Blog-notes N°12 – De la violence en politique

Blog-notes N°12 – De la violence en politique

Un homme de 23 ans est mort. Il s’appelait Quentin Deranque. Chacun peut imaginer la douleur de sa famille. L’émoi est considérable parce que dans une démocratie, personne ne devrait mourir pour ses idées, quelles qu’elles soient.

Que sait-on à ce stade ? Que la victime appartenait à un service d’ordre d’une organisation d’extrême-droite et qu’elle a été lynchée aux abords d’une réunion publique organisée par la France Insoumise. Onze agresseurs présumés ont été interpellés et désormais l’enquête devra déterminer leurs éventuelles responsabilités dans cet homicide. Voilà ce que l’on sait. Parce que cette affaire est tragique, toute forme d’exploitation politicienne doit s’effacer devant la vérité judiciaire. La défense de l’état de droit ne peut pas être intermittente.

Reste la question qui n’est pas neutre, celle de la violence en politique. La violence des mots, des interpellations ad hominem, la sauvagerie des réseaux sociaux, des raids numériques, les vérités déformées qui sont de vrais mensonges, tourmentent et empoisonnent les esprits comme les cœurs. Cette violence-là participe d’un climat dans lequel la violence physique trouve une source de légitimation. Et force est de constater qu’aujourd’hui beaucoup contribuent à cette forme d’hooliganisation de la politique.

Ce meurtre secoue profondément notre pays parce qu’il touche les fondements de notre démocratie.
Le règlement des conflits passe par la traduction devant les tribunaux, ou par les urnes. Personne n’est autorisé à se faire justice soi-même. C’est la raison pour laquelle il n’y a pas d’auto-défense même « populaire » à organiser. C’est à l’Etat et aux forces de l’ordre, seuls détenteurs du monopole de la “violence légitime”, d’assurer la sécurité publique sous le contrôle citoyen. Il ne peut donc y avoir la moindre complaisance à l’égard de quelque groupuscule, même en réaction à la violence de l’extrême droite.

Aucun parti ne peut accepter le compagnonnage, même lointain, de ce type d’organisation. Aucun parti ne peut encourager ces organisations, publiquement ou mezzo voce, à devenir des milices pour se défendre de ses adversaires politiques. La récupération du meurtre de Quentin Deranque par l’extrême droite n’en est que plus indécente, tant elle participe de cette violence.

S’agissant de la gauche, et spécifiquement de la France Insoumise, elle ne peut s’affranchir d’un examen de conscience. A force d’outrances, de chercher à conflictualiser tout et son contraire, elle finit par laver, par contraste, l’extrême droite de sa violence intrinsèque et l’exonérer des turpitudes de ses propres satellites identitaires.

L’incapacité de la France insoumise à reconnaître qu’elle a fait fausse route en se liant à un groupe dont certains de ses membres ont été condamnés pour violences volontaires en réunion aboutit à cette insupportable inversion : l’antifascisme serait le nouveau fascisme. Jusqu’à faire oublier les groupes néo-nazis qui défilent en toute impunité à Paris, les agressions et meurtres racistes, la violence des médias soumis à Bolloré… la gauche sortirait de l’arc républicain pour que l’extrême droite l’y remplace. Quel résultat !

On ne combat pas l’extrême droite en donnant le sentiment de partager ses armes.
Cette fuite en avant sans fin, cette escalade de caricatures, fait courir à notre pays un risque collectif.
Nous avons besoin de croire à nouveau ensemble, de rêver à nouveau ensemble, de construire à nouveau ensemble.

Toute l’histoire de la gauche et du socialisme est intrinsèquement liée à l’antifascisme. C’est la constitution du front populaire en réaction à la menace des ligues identitaires défilant dans Paris, qui avaient ensuite lynché Léon Blum laissé pour mort. Mais notre antifascisme est joyeux, vivant et prône la pacification du débat. Dans la symbolique des trois flèches de la SFIO, on retrouve celle de la paix. Ne perdons pas de vue que les classes populaires sont toujours les premières à payer le prix de la violence.

Nous sommes une grande nation, avec une très longue histoire de luttes sociales, parfois très dures. Tous les droits dans ce pays ont été arrachés. Rien n’a été donné. Mais depuis l’instauration de la démocratie, ces luttes se sont toujours inscrites dans le cadre du débat. Il ne peut y avoir d’autre issue que le verdict des urnes, les lois que l’on vote au parlement et le respect profond de nos institutions garantes de notre république. Tout autre chemin est une impasse.

La violence qu’elle soit verbale ou physique est une voie sans issue. Il y a encore tant de bastilles à faire tomber, comme quand on apprend ce matin, que 10% des millionnaires affichent un impôt sur le revenu nul ou négatif, quand trop de nos concitoyens font l’objet de racisme, d’antisémitisme, d’homophobie. Mais pas en poussant les colères, en cultivant les ressentiments, en alimentant les haines par l’outrance ou le mensonge. On ne crée rien en cherchant à opposer deux France. On gagne tout à la rassembler en contribuant à la rendre fidèle à sa promesse de liberté, d’égalité et de fraternité.

Voilà ce que doit porter la gauche parce qu’elle est indéfectiblement liée à la République et à la démocratie. A défaut elle se perd.

La France a soif d’apaisement.
Dialoguer ne signifie pas se compromettre.
Parler calmement, écouter sereinement, ne signifie pas être faible.
C’est au contraire la quintessence de la démocratie.
La loi du plus juste contre la loi du plus fort.