Les souliers vides

Les souliers vides

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Nicolas Sarkozy connaît son talon d’Achille : le pouvoir d’achat. Les flèches décochées par les socialistes depuis plusieurs semaines l’ont conduit à sortir de son inquiétant silence sur ce sujet, lui qui est si volubile sur tous les autres.
Prisonnier de ses choix initiaux, le président a finalement renvoyé les Français à leurs propres poches puisque les siennes étaient déjà vides.

Aux Français donc de travailler davantage. Comme s’ils en avaient le choix. Comme si cela relevait de leur décision. Comme si, pour les métiers les plus pénibles, l’accroissement de la charge de travail ne représentait pas une menace pour les intéressés comme pour la collectivité. Comme si enfin cette mesure ne mettait pas dès le départ de côté, les salariés des PME, les travailleurs des entreprises en difficulté, les employés annualisés, les femmes à temps partiel contraint, les cadres, les retraités, les chômeurs, les agents publics… La vérité est simple, ne font des heures supplémentaires que les salariés sélectionnés par leur encadrement dans les entreprises en croissance. Ce qui n’est malheureusement pas une majorité.

Au renvoi vers d’hypothétiques heures supplémentaires, le gouvernement ajoute la possibilité de rachat des comptes épargnes temps. Il omet cependant de dire à quel taux seront payées ces heures. La tentation est évidente. En payant ces heures à un moindre coût que celui des heures supplémentaires, la manœuvre est limpide : désormais la 36ème heure travaillée ne sera plus majorée. La durée légale du travail n’aura pas été modifiée, mais dans les faits, elle sera désormais contournée.

Les négociations sont renvoyées au niveau des entreprises, c’est-à-dire l’échelon auquel la pression patronale s’exerce le plus fortement, sans le contrepouvoir et la contre-expertise syndicale. Le moment n’est plus très loin où les rapports sociaux seront individualisés, laissant chacun face à la puissance de l’employeur et sans le secours et la force du collectif.

Quand la droite évoque la conditionnalité des allègements de charge pour les entreprises, elle ne les conditionne qu’à la tenue de négociations, là où les socialistes posent comme préalable l’augmentation vérifiée des salaires.

Le pouvoir d’achat n’est pour la droite qu’un nouveau cheval de Troie. Il lui permet paradoxalement de détricoter le code du travail. Ainsi, elle en profite pour remettre en cause le « non-travail » du dimanche, laissant croire que la consommation des ménages est bridée par la fermeture dominicale et non par l’absence de moyens. Les grandes enseignes commerciales applaudiront, car elles seules pourront suivre, laissant derrière elles le petit commerce qui n’aura d’autre choix que l’esclavage ou la faillite.

Au fond, tout sépare les propositions de la gauche sur le pouvoir d’achat de celles de la droite. Celles de la droite renvoient à des gains virtuels. Celles de la gauche – baisse ciblée de la TVA, chèque transport, majoration de la prime pour l’emploi, conditionnement des allègements de cotisation à l’augmentation des salaires – sont d’application immédiate, justes et s’appliquent à tous.

Hélas, le président est resté sourd aux attentes profondes du pays relayées par la gauche. Voilà pourquoi pour Noël, les souliers de l’immense majorité des Français demeureront obstinément vides.