Quand Nicolas Sarkozy lance l’opération « règle d’or »

Le Parlement est hors session. A l’Assemblée, l’hémicycle est bâché et les échafaudages grimpent jusqu’à la verrière. Les ouvriers s’affairent dans l’ensemble du Palais Bourbon. C’est ce moment là que Nicolas Sarkozy a choisi pour écrire aux parlementaires. Sur leurs bureaux, ils auraient pu trouver ce matin du 26 juillet une lettre de trois pages du Président de la République sur la dette… Nicolas Sarkozy aime les grosses ficelles. Au cœur de l’été il pose son piège en espérant pouvoir l’actionner à la rentrée.

Comme l’a rappelé François Hollande le 11 juillet, Nicolas Sakozy est le président qui a atteint quelques records, dont celui de la dette publique qui a atteint 85% de la richesse nationale. Son bilan c’est le doublement de la dette. Selon la Cour des comptes, la crise ne pèse que pour un tiers dans ce triste résultat. Raison pour laquelle, depuis plusieurs mois, Nicolas Sarkozy réfléchit à la façon de transformer un échec patent en argument de campagne. La solution, il pense l’avoir trouvée avec le débat autour de l’adoption d’une « règle d’or ». Etant le président des déficits, il souhaite apparaître comme le président de la « remise en ordre des comptes publics », comme il vient de l’écrire dans sa lettre aux parlementaires. C’est là sa première mystification.

En Allemagne, la « règle d’or » allemande a consisté à inscrire dans la Constitution un plafond contraignant pour son déficit structurel à horizon 2016. Dans le projet de Nicolas Sarkozy, rien de tout cela. Le projet se limite au renforcement des obligations de transparence du gouvernement en obligeant la discussion d’une loi de programmation triennale (mais révisable chaque année). C’est sa seconde mystification.

Prudent, le texte présenté par le gouvernement ne sera applicable qu’à la majorité issue des urnes de 2012… C’est sa troisième mystification.

Depuis le début de la discussion parlementaire, le président de la République sait qu’il ne dispose pas de la majorité des 3/5ème dans les deux chambres pour faire voter son projet. Cette majorité sera encore plus introuvable après les élections sénatoriales de septembre. Son objectif est moins de faire adopter son texte que d’exposer sa pseudo vertu.  C’est sa quatrième mystification.

La force de Nicolas Sarkozy, c’est sa capacité à simplifier le débat médiatique : pour ou contre la règle d’or ? Pour ou contre la réduction de la dette publique ? Alors que le débat devrait porter sur les conditions de réduction du déficit. Le sujet est en réalité la suppression des niches fiscales et des privilèges fiscaux versus l’augmentation des impôts et des taxes pour les classes populaire et moyenne. Pas l’écriture de quelques lignes dans la constitution.

Dans l’ancien testament les hébreux après s’être enfui d’Egypte, se mirent à adorer un veau d’or, à l’imitation du taureau Apis, qu’adoraient leurs anciens maîtres. Moïse les ramena à la « vraie foi » en les adjurant de renoncer à cette idole. Aujourd’hui ce n’est pas de l’édification d’un nouveau veau d’or constitutionnel que les Français ont besoin mais d’un président qui lutte – avec justice – contre ces déficits qui plombent notre avenir.

Pourquoi Nicolas Sarkozy n’a pas voulu abandonner le débat sur l’Islam

Les résultats des cantonales sont tombés comme un désaveu pour l’UMP. Le discours de Grenoble, la déchéance de la nationalité, les expulsions de Roms, les bateaux de Chantal Brunel pour les réfugiés méditerranéens, les clins d’œil répétés de Claude Gueant au FN, aucune de ces initiatives n’est venu enrayer l’érosion du parti présidentiel. L’extrême-droite n’a jamais été aussi forte et pour la première fois le FN parvient à progresser sensiblement entre les deux tours d’un scrutin. Tout appelait le Président de la république à renoncer au débat sur l’Islam et la laïcité comme l’y invitait lundi son porte-parole, François Baroin. Nicolas Sarkozy a choisi de le maintenir, au prix d’une crise avec son premier ministre et une partie de sa majorité. Pourquoi ?

L’hypothèse du monarque enfermé dans sa tour d’orgueil relève de la psychologie de comptoir. Nicolas Sarkozy compose avec les éléments lorsqu’ils s’imposent à lui. Il ne souhaitait pas reconduire François Fillon à Matignon, il s’y est résolu en septembre.

Ce qui apparaît de prime abord comme une décision irrationnelle est une décision murie. L’abandon du débat sur l’Islam contredirait tout simplement sa stratégie de reconquête pour l’élection présidentielle.

Celle-ci a pour fondement une  double analyse :

1.    Les sujets économiques et sociaux sont désormais minés pour le « candidat du pouvoir d’achat » devenu « président du bouclier fiscal ». Ce terrain est réputé favorable à l’adversaire. Il faut donc déplacer le débat sur le plan idéologique. Le candidat qui impose ses thèmes de campagne prend toujours l’avantage.

2.    L’opinion de droite opère un glissement progressif sur sa droite sous l’influence de Marine Le Pen. Ce sont ces voix qu’il faut reconquérir. Il faut parvenir à la fusion des électorats FN et UMP.

Le discret conseiller du Chef de l’Etat, Patrick Buisson est sorti de sa réserve en accordant une interview à Paris Match cette semaine. De manière transparente il évoque la clé d’une réélection de Nicolas Sarkozy, la reconquête des milieux populaires dont il suppose qu’ils sont particulièrement perméables aux discours sur l’immigration et la sécurité. Il oppose les élites accusées de « prolophobie » aux sans grades. Le populisme est assumé sans fard. Les pauvres sont présumés racistes, donnons leur les signes qu’ils attendent.

L’éminence noire de Nicolas Sarkozy préfère évoquer les classes populaires plutôt que les Français de plus de 65 ans qui constituèrent le véritable atout maître de la victoire de la droite en 2007 (seule catégorie d’âge dans laquelle N. Sarkozy fut majoritaire devant S. Royal). Mais pour les uns comme pour les autres, l’argumentaire est le même. Nicolas Sarkozy est le président protecteur contre toutes les invasions.

Patrick Buisson annonce un plan de bataille en trois points : plus de fermeté sur l’immigration, un code de la laïcité, une loi dite de réhabilitation du travail et qui aurait pour objet de réserver aux Français le RSA et le RMI…

La proximité avec les thèmes de campagne de Marine Le Pen est confondante. Elle n’est pas fortuite. Sur le plan électoral, Nicolas Sarkozy prend un risque, celui de conforter l’original au détriment de la copie. Mais Nicolas sarkozy croit pouvoir gagner à tous les coups. Soit Marine Le Pen devance le candidat PS au 1er tour et c’est un nouveau 21 avril qui lui assure la victoire. Soit la présidente du FN n’est pas qualifiée pour le second tour et il lui sera alors nécessaire de s’assurer un report massif des voix du FN.

Cette stratégie est aujourd’hui contrariée par la multiplication de sondages qui anticipent une éventuelle élimination de Nicolas Sarkozy dès le 1er tour et l’implosion de sa majorité qui se refuse pour partie à piqueniquer avec l’extrême-droite.

Quand César choisit de faire confiance à Brutus…

Mercredi à 15 heures, ils se sont levés, ils ont applaudi. Pendant 40 minutes, les députés UMP ont marqué leur soutien à leur Premier Ministre.
Lui est arrivé en retard, il a bavardé avec sa voisine, signé des parapheurs et quand vraiment il devenait difficile de faire autrement, il a timidement – ce qui ne lui ressemble pas – tapé mollement dans ses mains. Lui, c’est le vrai vainqueur de la quinzaine du remaniement à droite. Lui qui rêve de devenir le prochain Nicolas Sarkozy. Lui qui lui ressemble tant : même rapport obsessionnel au pouvoir et décomplexé à l’argent, même fascination pour les médias, même besoin pathologique de reconnaissance, même arrogance.

En quinze jours, Jean-François Copé a obtenu de se faire nommer secrétaire général de l’UMP et a conservé la haute main sur le groupe parlementaire par l’intermédiaire de son ami Jacob.

Son doublé est tout à la fois le résultat de son talent et le reflet de la faiblesse de Nicolas Sarkozy.

En le nommant à la tête de l’UMP le président a pris plus qu’un risque, l’assurance d’une trahison. Reste l’heure.
Le coup de couteau viendra soit au moment de la présidentielle, parce que au lendemain d’une défaite de la droite, le secrétaire général de l’UMP deviendrait – de facto – le leader de l’opposition. Soit au lendemain de la présidentielle, parce que sa candidature en 2017 ne pourrait se construire que dans la différenciation avec le président en place.
Dans ce pacte les joueurs sont inégaux. Sarkozy ne peut affaiblir Copé dont il a besoin pour la présidentielle. Inversement, Copé occupe une fonction qui – objectivement – le rend indifférent à la victoire comme à la défaite, les deux lui ouvrant des perspectives quasi équivalentes.

Sarkozy pense avoir équilibré son dispositif en stimulant la concurrence entre Copé et Fillon. Là encore le pari est audacieux. Le Premier Ministre n’est en position de force que jusqu’en 2012. Jusqu’à cette date, il est le recours de la droite. A partir du second tour de l’élection présidentielle, soit le président aura perdu, et dans cette hypothèse François Fillon sera solidairement emporté dans la tourmente. Soit la victoire sera au rendez-vous, mais inévitablement Matignon changera de locataire.

Le bon coup eut été pour César – et c’était son intention originelle – de nommer Brutus à Matignon et Pompée à l’UMP. Sa faiblesse politique ne lui a pas permis d’imposer sa volonté. Il lui reste le nez de Cléopâtre.

Les calculs de Nicolas Sarkozy après le vote sur les retraites

Jeudi 28 octobre. Il n’est pas quatorze heures. Quelque part entre Concorde et République. Ils sont au bout du wagon mais leur enthousiasme est si communicatif que le reste de la rame s’est tourné vers eux. Ils sont trois étudiants qui arborent un brassard de coton jaune. Sur la banquette qui leur fait face, une septuagénaire aux longs cheveux teintés de noir a entamé la conversation. De leurs vingt ans, ils veulent faire un engagement. Ils s’enflamment et commentent les arguments qui leur sont opposés.
–    On nous parle des autres pays, mais si la France a aussi bien résisté à la crise c’est justement parce que nous avons un modèle social plus performant. Les autres pays, ils réfléchissent à la manière de nous imiter, et nous pendant ce temps là on nous demande de nous aligner sur ce qu’il y a de moins social !
–    Comment on va faire pour trouver du boulot si les plus anciens doivent travailler plus longtemps. Et d’ailleurs les vieux ils ont déjà du mal à en trouver eux-mêmes, du boulot, après cinquante ans.

Ils parlent comme des mitraillettes. Parfois ils s’égarent dans les comparaisons historiques…
–   Justement Obama, il vient de réformer le système de santé américain, et bien les Républicains, ils tentent de le discréditer comme ils ont fait pour Allende au Chili, assène le jeune homme qui porte un sac kaki marqué CCCP en bandoulière.
La mamie ne peut s’empêcher de lui retourner dans un sourire qu’elle « espère que cela finira moins mal »

A République ils joignent leur énergie au flot des manifestants qui remontent des galeries vers la surface. Dehors le soleil, l’odeur entêtante des merguez grillées et déjà les sonos qui crachent les tubes de cet automne social.

Incontestablement il y a moins de monde pour ce septième rendez-vous avec la rue. La veille, le vote définitif de la loi par l’Assemblée Nationale a cassé l’élan. La foule est moins compacte. Elle est surtout moins joyeuse. L’amertume monte. L’extrême gauche tente de la canaliser en la radicalisant. Les amis d’Arlette ont affiché sur le parcours des panneaux qui affirment « ce que le Parlement a fait, la rue peut le défaire ». Le NPA appelle à la grève générale jusqu’à la victoire.

Les mines sont plus grises. On lève encore le poing, mais les yeux sont baissés. Il y a l’humiliation de s’être battus sans avoir rien obtenu. Il y a la colère d’avoir perdu des jours de salaires sans avoir été entendus, alors même que tous les sondages témoignaient de l’écrasant soutien au mouvement social.

Les syndicats ont conduit le mouvement avec beaucoup de sang-froid et de sens des responsabilités. Elles ne sont pas payées de retour. Elles aussi ont pu espérer une autre sortie de crise. Elles ont pu croire que le vieux conseiller Soubie saurait rappeler au Président la nécessité de ne pas envoyer vers un mur les organisations de salariés, indispensables au dialogue social. Qu’il saurait trouver les mots pour convaincre de l’intérêt de maintenir la crédibilité de confédérations interprofessionnelles qui ont la mémoire de l’histoire sociale, qui sont capables d’organiser une confrontation pacifique et savent rechercher le compromis. C’est toujours une faute que de se priver d’interlocuteurs qui ont la culture de la négociation.

Dans son bureau de l’Elysée, Nicolas Sarkozy a fait un autre calcul. Le président est déjà en campagne pour sa réélection. Comme la dernière fois, il procède méthodiquement, par étape, à la conquête des Français, découpés scientifiquement en segments d’opinion. Il y a eu Grenoble pour rassurer les électeurs du FN. Il y a maintenant la réforme des retraites pour réconforter le cœur de l’électorat de droite sur sa fermeté et sa capacité à agir. C’est sur ces Français-là que le chef de l’Etat a l’œil rivé en cette fin octobre.

Aux autres, il prépare une autre séquence. Celle qui viendra après le remaniement ministériel. Depuis plusieurs jours déjà, les ministres répètent à l’envie que la période qui vient sera « sociale ». Maintenant que l’essentiel a été acté, la table des négociations va pouvoir s’ouvrir…

De son fauteuil, Nicolas Sarkozy jette un œil sur les notes qui lui sont adressées sur l’état du mouvement. Il guette les premières lézardes. Il savoure ce moment où la gauche de la gauche tentera de maintenir des mouvements minoritaires et radicalisés qui s’opposeront à la gauche de gouvernement toujours trop tiède et suspecte de ne pas vouloir se battre jusqu’au dernier sang.

Après avoir cru à la résignation des Français au printemps, cherché à prendre de vitesse la contestation l’été venu, il compte maintenant sur la division syndicale et politique.

Tout l’enjeu pour la gauche est là. Maintenir son unité pour faire de 2012 le point de départ d’un nouveau projet. En l’absence de quoi, nous entrerions dans un très long hiver social.

Quand Eric Besson avait des visions prémonitoires…

Il y a quelques mois une équipe de l’émission « Envoyé spécial » est venue m’interroger à l’occasion d’un portrait réalisé sur Eric Besson. Nous avons en effet travaillé ensemble pour la préparation de l’élection présidentielle de 2007 (Inutile de préciser avant qu’il ne retourne sa veste). Il avait eu très tôt cette bonne idée de faire le bilan du président de l’UMP et de compiler l’ensemble de ses discours. Il voulait démasquer à partir de faits bruts et de déclarations incontestables les habiletés ou les mensonges du candidat, et restituer l’identité politique de Nicolas Sarkozy. Ce travail fut mis en ligne la semaine précédant le congrès d’investiture de l’UMP, puis le document vendu en kiosques sous le titre « les inquiétantes ruptures de M. Sarkozy« .

La droite avait riposté en s’attaquant à une phrase malheureuse de l’introduction (la seule partie écrite de la seule main d’Eric Besson, le reste ayant été rédigé sous sa coordination) lorsqu’il qualifiait N. Sarkozy de « néo-conservateur américain à passeport français« .

Pour préparer cette émission, j’ai relu ce document et évidemment avec une attention particulière pour le propos liminaire. Ma surprise fût finalement de ne trouver aucune ride à ce document de campagne. Il faut bien reconnaître que Nicolas Sarkozy n’a pas besoin d’être caricaturé pour être inquiétant…

Je vous épargnerai la relecture complète (cette fois) du texte (excellent). Mais je ne résiste pas au plaisir de vous citer ces quelques lignes de l’actuel « ministre de l’immigration et de l’identité nationale », lignes qui prennent tout leur relief dans l’actualité du moment :

 » ce sarko show est une arme de dissimulation massive, car celui qui ne cesse de prétendre vouloir être jugé à ses résultats n’a pas son pareil pour masquer les piètres bilans de son action » (…/…) « l’échec n’atteint que rarement notre héros. Le plus souvent parce qu’il le noie dans le mouvement perpétuel : chaque fois qu’il se trouve en difficulté ou se voit obligé de se justifier de son action, le candidat de l’UMP se saisit d’un fait divers pour enfiler la combinaison qu’un Le Pen laisse parfois au vestiaire de celui « qui dit tout haut ce que les français pensent tout bas ».  Un jugement à l’emporte-pièce, une provocation suivie d’une polémique, le tout conclu par un sondage qui démontrerait que Nicolas Sarkozy a les élites contre lui mais le peuple avec lui et le tout est généralement joué. En cas de nécessité, si provocation et écran de fumée ne suffisent pas, Nicolas Sarkozy actionne le parachute de secours celui de la défausse. Car celui qui se présente comme un pieux catholique n’aime rien tant que battre sa coulpe sur la poitrine des autres : il n’est par essence, jamais responsable » Toute ressemblance avec une réalité récente serait purement fortuite…

Dans sa conclusion Eric Besson rappelait que Nicolas Sarkozy avait déclaré qu' »une seule chose » le distinguait de Georges Bush : « il a été élu deux fois président, moi pas« . La suite est entre nos mains.

la bonne nouvelle de l’été.

L’actualité réserve parfois des comparaisons cruelles.

En France, Nicolas Sarkozy désigne des boucs émissaires à la vindicte populaire, il assimile l’immigration à la délinquance et organise la mise à l’index des populations Roms , après avoir mené, dans des conditions douteuses un débat sur l’identité nationale. De l’autre côté de l’Atlantique, Barack Obama prend la décision courageuse de maintenir l’édification d’un centre culturel et cultuel musulman à deux cent mètres de « ground zero ».

Le président des Etats-Unis est à la veille d’élections importantes. Les Républicains amalgament dans un terrifiant raccourci, la religion musulmane et les terroristes d’Al Qaida qui ont abattu les tours du World trade center. Mais l’hôte de la Maison Blanche choisit, à contre-courant d’une large part de son opinion publique, de rappeler les valeurs non négociables sur lesquelles s’est construit son pays : « that’s America« !

Le locataire de l’Elysée prépare aussi des échéances électorales et cherche à rassembler sa droite jusqu’à l’extrême. Michel Noir, confronté dans les années 90 au score du FN, préférait perdre des élections que son âme. Nicolas Sarkozy a choisi lui le destin de Faust. Une deuxième vie à l’Elysée vaut bien tous les pactes. Théoriquement gardien de la constitution, il n’hésite pas à contourner son article 2 qui assure l’égalité des citoyens quelles que soient leurs origines. Le secrétaire général de l’Elysée rame pour limiter le nombre de cas concrets pour lesquels une procédure de déchéance de nationalité sera envisageable. Mais, trop tard. Le mal est fait parce que le message est clair : les français qui ne sont pas de souche, sont tolérés comme citoyens de seconde zone.

Il faut évidemment s’élever contre le meurtre de policiers, condamner l’excision et réprouver la polygamie. Mais la République s’est construite sur l’égalité de ses citoyens et sur le droit du sol. Tous les criminels sont passibles des mêmes peines. En revenant sur ces principes, l’UMP ouvre une brèche. Cette dernière est d’autant plus grave qu’elle vise spécifiquement à stigmatiser les Français de confession musulmane (1). En effet, quel point commun entre le crime de sang, passible de la réclusion à perpétuité, la mutilation sexuelle punissable jusquà 20 ans d’emprisonnement et le mariage multiple qui n’est sanctionnable que d’un an de privation de liberté? Aucun sur le plan pénal. Mais sur le plan symbolique chacun aura compris la confusion opérée.

Sur le champ des luttes contre les discriminations l’été aura été avare en bonnes nouvelles. Mais il y en a eu une. Le président n’aime pas les immigrés, ni les gens du voyage, mais il n’a rien… contre les petits. Désormais les policiers pourront mesurer moins d’un mètre soixante. Les plus médisants décèleront dans cette décision un sérieux conflit d’intérêt. Les plus optimistes saisiront l’augure d’une prochaine reconversion du chef de l’Etat… Une bonne nouvelle peut toujours en cacher une autre.

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(1) l’excision ou la polygamie sont au demeurant des pratiques minoritaires. Mais après un an de polémiques orchestrées par l’UMP, on finirait par croire que l’Islam n’est qu’affaire de femmes excisées, en burqa et enrôlées dans des harems.

La revanche des sites

Le pronostic n’engage que moi. Mais il y a peu à parier que les voix vont bientôt se multiplier pour demander la tête d’Eric Woerth. Pas les voix de l’opposition pour lesquelles la présence du maire de Chantilly au gouvernement devient une incroyable aubaine en mettant à nu les liaisons dangereuses du sarkozysme qui expliquent ses choix depuis 2007. Les « visiteurs du soir » qui iront réclamer à l’Elysée la démission du ministre appartiennent à cet « entre soi » qui évolue de cercles en coteries, de clubs en réseaux d’influence. Ce petit monde qui n’aime pas la publicité et lui préfère l’ambiance feutrée et climatisée des palaces ou des grands restaurants.

La succession quotidienne de révélations par la presse trouble la quiétude et la discrétion propres à la prospérité des affaires. Le feuilleton Woerth-Bettencourt inquiète en mettant à jour les liens incestueux qu’entretient ce pouvoir avec les milieux d’argent. Il révèle les mauvaises habitudes, les petits et grands arrangements, la cellule fiscale qui traite leurs dossiers, les privilèges accordés, le scandale des chèques de restitution du bouclier fiscal… Les projecteurs sont maintenant braqués sur cette ploutocratie qui évolue entre hippodromes, avant-premières et visites privées d’expositions. Les marchands d’art y côtoient les grands patrons, les financiers et les proches de Nicolas Sarkozy.

Eric Woerth, après avoir été pour nombre d’entre eux la solution, est en passe de devenir le problème. Alors que le Président de la République a tenté le 12 juillet de siffler la fin du match, voilà que les journaux ouvrent les prolongations.

Marianne2.fr et le Canard enchainé révèlent une nouvelle affaire, la vente décidée par Eric Woerth, quelques jours avant son départ du ministère du budget, d’une parcelle de la forêt de Compiègne à un prix dix fois inférieur au marché. Le bénéficiaire de cette opération président de la Société des courses de Compiègne est l’un des dirigeants de France Galop, association dont Florence Woerth est membre depuis 2003.

Médiapart a de son côté enquêté sur la baronne Eva Ameil. C’est elle qui a contredit les dépositions de Claire Tribout en affirmant qu’elle n’avait jamais eu de conversations avec la comptable de madame Bettencourt, au moment où cette dernière s’inquiétait de la sortie de 150 000 euros en liquide. Jusqu’ici, chacun imaginait l’employée type de la BNP, occupant deux mètres carrés de bureau banalisés, sans liens personnels avec sa clientèle. En clair une femme qui n’aurait aucun intérêt à travestir la vérité. C’est son témoignage qui a constitué l’un des piliers de la contre-attaque de l’UMP. Le site d’information nous apprend qu’elle est l’une des amies de la sœur de M. de Maistre et qu’elle anime le très mondain le Maxim’s Business Club dont la domiciliation sociale est désormais… le Fouquet’s.

Enfin le Nouvelobs.com publie un mémo de M. De Maistre destiné à André Bettencourt en date du 29 septembre 2006 et dont l’objet est le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy après une discussion avec… Eric Woerth. Cette note constitue un démenti cinglant aux déclarations croisées de MM. De Maistre et Woerth qui n’ont cessé de nier leur proximité et relance la suspicion sur la contribution des Bettencourt à la campagne de 2007.

Pendant une semaine, la contre-offensive de l’UMP a été d’une violence rare. Après les raids de l’aviation (Bertrand, Morano, Estrosi, Lefebvre, Paillé), le pas lourd de l’infanterie dirigée par Claude Guéant, le général Sarkozy pensait pouvoir faire du 14 juillet le moment de son triomphe. Mais voilà si l’Empire contre-attaque, ce soir l’heure est à la revanche des sites…

Quand l’Empire contre attaque

Ca y est. L’Empire contre attaque. Premier temps de la manoeuvre, discréditer la presse. Mediapart est la cible la plus commode, publié sur Internet, média jeune et inconnu du grand public. Peu importe que toute la presse du Point à Marianne ait contibué à sortir de nouveaux éléments dans cette affaire. C’est le site dirigé par le sulfureux Edwy Plenel qui a le droit aux honneurs des snipers du gouvernement. Les arguments sont simples : le web est une usine à ragots. Mediapart utilise des « méthodes fascistes« .

La gauche elle serait coupable de « populisme » et ferait  « le jeu de l’extrême droite » lorsqu’elle se borne pourtant à interroger le gouvernement, exige un juge indépendant et la création d’une une commission d’enquête. L’accusation est d’autant plus savoureuse qu’Eric Woerth fit alliance aux régionales avec le FN et que c’est le fondateur de l’Oréal qui fut le principal financeur dans les années 30 de « la Cagoule« , organisation fasciste de sinistre mémoire…

Sur le dossier lui-même, on apprend que Claire T. la comptable de madame Bettencourt reviendrait sur une partie de ses déclarations. Outre le fait que cette rétractation est très partielle, il n’est pas inutile de s’interroger sur les conditions dans lesquelles nous parvient cette information.

  1. Claire T. répond à la police dans le cadre d’une enquête préliminaire. Ce qui signifie pour les non initiés qu’elle répond, hors présence de son avocat, à des enquêteurs placés sous l’autorité d’un procureur, M. Courroye, ami notoire de Niclas Sarkozy et lui-même mis en cause dans les fameux enregistrements du majordome.
  2. Alors que M. De Maistre n’a jamais été inquiété, Madame T. l’est pour la troisième fois. De quoi intimider les esprits les plus indépendants.
  3. Ce n’est pas madame T. qui communique avec la presse puisqu’elle est toujours entendue. C’est donc le parquet qui transmet en temps réel à la Chancellerie et à l’Elysée qui distillent à leur tour les informations. Il n’est pas inimaginable de penser que les comptes rendus soient très partiels. Et c’est à partir de ces éléments choisis que le pouvoir organise sa communication désormais.

Personne ne sait, et l’opposition n’a jamais dit, que tous les soupçons qui pèsent, notamment sur Eric Woerth, étaient avérés. Mais comment faire le tri entre accusations diffamatoires et délits éventuels lorque la commission d’enquête demandée est refusée et qu’aucun juge d’instruction, magistrat indépendant, n’est nommé?

En réalité les zones d’ombres sont toujours aussi nombreuses :

  • La presse a révélé une fraude fiscale, que madame Bettencourt a ensuite reconnue. Pourquoi M. Woerth qui avait été informé par le parquet de la vraisemblance d’avoirs dissimulés en Suisse n’a-t-il pas agi?
  • La presse a révélé un évident conflit d’intérêt entre le métier de madame Woerth et les fonctions ministérielles de son mari. Elle a d’ailleurs démissionné en reconnaissant avoir « sous-estimé » ce conflit. Cela solde-t-il le passé?
  • La presse a révélé un chèque à Valérie Pécresse dont le montant excède le niveau autorisé pour les campagnes électorales. Qu’est devenue la différence?
  • La presse a révélé que M. Woerth avait reçu un chèque de madame Bettencourt à destination d’un parti de poche dont il est l’unique adhérent et dont l’objet est sa seule promotion. Si le don est légal, n’y-a-t-il pas matière à s’interroger pour un ministre du budget, chargé de contrôler la situation fiscale de madame Bettencourt?
  • La presse a révélé le contenu de bandes magnétiques faisant état de don à Nicolas Sarkozy. Claire T. déclare ne pas en avoir la preuve mais donne des éléments qui peuvent au minimum susciter notre éveil.
  • Les mêmes enregistrements ont fait apparaître l’immixion du conseiller justice de Nicolas Sarkozy dans une procédure privée opposant mère et fille Bettencourt. Madame Alliot-Marie l’a confirmé et justifié au nom du patriotisme économique. Qui peut se laisser convaincre par un tel argument?
  • Claire T parle de retraits de 50 000 euros réguliers en liquide. La banque a-t-elle prévenu TRACFIN? Si tel est le cas l’administration fiscale a-t-elle été saisie? Quelles procédures ont alors été engagée, alors que visiblement madame Bettencourt n’a pas subi d’examen approfondi de sa situation fiscale depuis une grosse dizaine d’année?
  • La presse a soulevé une deuxième affaire, avec cette fois la famille du vendeur d’art, Wildenstein. La veuve dit avoir saisi Eric Woerth à deux reprises sans réponse de sa part alors qu’elle évoquait la fuite de 3 milliards d’euros dans plusieurs paradis fiscaux. M. Woerth n’a jamais répondu. Est-ce parce qu’il menacerait directement en l’espèce un co-fondateur de l’UMP, lui même chargé de rabattre les généreux donateurs sur le sol américain?

L’Empire contre attaque, mais ne convainc pas. Il est irresponsable de laisser le doute s’installer. Seule la justice peut apaiser l’exigence commune de vérité.

Pourquoi Eric Woerth doit rester au gouvernement

Il y aurait bien un scénario diabolique : Nicolas Sarkozy, conscient de l’impossibilité de maintenir Eric Woerth se poserait non pas la question de savoir si il doit le démissionner, mais quand il doit l’exfiltrer de son gouvernement.

Parfait connaisseur des médias, le chef de l’Etat attendrait la fin du pic médiatique, ce moment où les journalistes ne feraient plus recette avec cette embarrassante affaire Bettencourt. En faisant partir trop tôt son ministre, il se retrouverait en première ligne, rattrapé par l’immixion de son conseiller Ouart dans les démêlés judiciaires de la famille Bettencourt, par ses rencontres à l’Elysée avec le gestionnaire de fortune M. De Maistre, par sa présence au Bristol lors des soirées organisées pour et avec les généreux donateurs de l’UMP… Le Président attendrait don son heure, protégé par son ministre-fusible. Grillé pour grillé, le ministre du travail pourrait bien encore servir à lui éviter la foudre quelques semaines, le temps de clore la session parlementaire et de voir la France passer à autre chose, coincée entre camping, chaises longues et crème solaire.

A la rentrée, il annoncerait un remaniement (après avoir laissé fuiter que ce grand moment n’interviendrait qu’en octobre). Le ou la nouvelle ministre aurait eu tout l’été pour se préparer au débat sur les retraites. L’effet de surprise permettrait de gagner une quinzaine pendant laquelle la presse pourrait commenter la nouvelle « séquence qui s’ouvre » et se perdrait en conjectures pour savoir si Nicolas Sarkozy a « repris la main » ou pas. Le nouveau ministre annoncerait quelques inflexions modestes sur les retraites en espérant que la nouveauté de sa nomination et ces évolutions permettraient d’apaiser une rentrée sociale que l’on pressentait agitée.

Mais Nicolas Sarkozy n’est pas le diable. Et pour une fois, le président n’a pas tort. Il faut maintenir coûte que coûte Eric Woerth. Je m’explique :

  • qui mieux que ce ministre des affaires sociales incarnerait cette confusion entre les milieux d’argent et la droite?
  • Qui mieux qu’Eric Woerth pourrait défendre dans le débat sur les retraites, l’inégal partage de l’effort entre revenus du capital et du travail?
  • Qui mieux que lui pourrait défendre la rigueur pour les modestes et la clémence fiscale pour les grandes fortunes?
  • Qui mieux qu’ Eric Woerth pourrait contribuer à la mobilisation syndicale du 7 septembre? Deux, trois millions de personnes pourraient se retrouver à manifester au choix contre la réforme des retraites ou cette société où l’indécence est érigée en modèle ?

Monsieur le Président, en politique les symboles ont leur importance. Ne nous privez pas de ce ministre qui incarne mieux que tous les autres, votre politique.

Que vaut encore la parole d’Eric Woerth ?

Je n’aime pas les « chasses à l’homme« . Mais contrairement aux propos outrés de François Fillon, les « chiens » n’ont pas été lâchés. Mardi et mercredi, les députés socialistes se sont limités à trois questions, sans jamais mettre en cause l’honnêteté du ministre :

Quelles suites donner sur le plan fiscal aux fraudes désormais avouées de madame Bettencourt ? Sera-t-elle poursuivie ou privigéliera-t-on les arrangements entre amis ?
Pourquoi aucune poursuite n’est engagée sur le plan pénal contre M. de Maistre, gestionnaire de fortune ? Le majordome auteur des enregistrements pirates a été immédiatement mis en garde à vue. Quelle est la raison de la clémence dont bénéficie le patron de madame Woerth ? Pourquoi Patrick Ouart, ancien conseiller justice de Nicolas Sarkozy ne fait l’objet d’aucune procédure alors que les enregistrements font apparaître qu’il était en contact avec M. de Maistre et que les faits rapportés dans les écoutes pirates sont rigoureusement exacts?

Au delà des suites judiciaires, quelle déontologie guide ce gouvernement ? Qui ne voit le conflit d’intérêt évident entre les fonctions exercées par le mari et la femme ? C’est tellement vrai que Florence Woerth a démissionné et que c’est son mari qui a choisi de l’annoncer. Qui peut sérieusement plaider pour le cumul entre la fonction de ministre du budget et celle de trésorier de l’UMP ?
Mardi, Eric Woerth est intervenu lors de la séance des questions d’actualité. Il a utilisé la tribune de l’Assemblée nationale pour faire une déclaration sur son intégrité alors même que la question posée à la garde des Sceaux et ne la mettait pas en cause.
Lors de cette mise au point soigneusement indignée, le ministre Woerth a déclaré, parlant de sa femme et de lui-même : « jamais ni elle ni moi n’avons été informés d’une quelconque fraude ou évasion fiscale ». Vendredi soir, réagissant à un article du journal Marianne, le procureur de la République Philippe Courroye l’a démenti en révélant que l’administration fiscale avait été prévenue le 9 janvier 2009, le parquet ne pouvant décider seul de se saisir d’un fait de fraude fiscale.
Le ministre n’a pas nié. Comment le pourrait-il ? Il était à l’époque engagé dans un combat très médiatique contre l’évasion fiscale. Comment ses services auraient-ils pu oublier de l’informer des soupçons pesant sur la plus grosse fortune de France?
Il s’est défendu en affirmant avoir demandé un contrôle fiscal de… M. Banier. Pour prolonger sa défense, l’ancien ministre du budget a affirmé qu’il n’avait donné aucune instruction visant madame Bettencourt. Ce faisant il a escamoté la seule vraie question : pourquoi n’a-t-il engagé aucune action contre madame Bettencourt alors qu’il explique avoir commandité un contrôle de la situation de son « ami photographe » ?

Personne ne peut à ce jour conclure à une quelconque culpabilité d’Eric Woerth. Il a le droit à la présomption d’innocence. Mais c’est sa parole qui a perdu toute crédibilité. Hier, il prétendait ne pas connaître M. de Maistre avant que nous apprenions qu’il l’avait lui même décoré de la légion d’honneur quelques semaines après l’embauche de son épouse. Il a ensuite menti en prétendant n’avoir jamais été informé d’éventuelles fraudes de la patronne de Loréal.

S’il n’y a pas encore d’affaire Woerth, il y a clairement un problème Woerth.