Histoire d’une manipulation

Lundi 18 juillet. Il est un peu moins de minuit. Mon téléphone sonne. Mon correspondant, très contrarié, m’annonce la Une du Figaro du lendemain.

Sur la première page s’étale en lettres blanches sur photo couleur un titre qui tente de faire la part belle au sensationnel : AFFAIRE BANON-DSK, FRANCOIS HOLLANDE VA ETRE ENTENDU.
Bigre ! La Une pour un accusé innocent, cela peut arriver, mais la réservation de la manchette pour annoncer l’audition d’un témoin secondaire, relève moins de la liberté d’informer que de la volonté de nuire.
Le journal de Serge Dassault s’est fait une nouvelle spécialité de Unes aussi « trash » qu’approximatives (voir post DSK saison 2). Les journalistes du Figaro se plaignent discrètement de ces choix de titraille qu’ils subissent. L’article lui-même n’apporte rien que nous ne connaissions déjà.

J’appelle François qui vient de rentrer de Nice. Je l’informe et lui raconte ma discussion avec mon correspondant (dont chacun comprendra qu’il souhaite demeurer anonyme) : « Qui dispose de ces informations alors que nous sommes dans le cadre d’une enquête préliminaire et que les policiers travaillent sous le contrôle du seul parquet  » ? En posant cette question mon interlocuteur suggère de dénoncer l’instrumentalisation d’une procédure judiciaire à des fins politiques transparentes. Les fuites font état d’une convocation en septembre, c’est-à-dire dans la dernière ligne droite avant le scrutin des primaires socialistes…. Faut-il sortir les trompettes et faire donner l’assaut, dénoncer le trajet trop clair de la Chancellerie vers le grand quotidien de la droite française ?

François me laisse parler. Il me demande mon avis. Je lui donne. Sa voix ne laisse apparaître aucune exaspération. Juste peut-être une pointe de lassitude. Il a tranché. Ne pas répondre à la grossièreté par une polémique. Mais comment résister à cette spirale infernale qui, progressivement, substitue les débats de prétoires au débat politique? Parfait connaisseur des cycles médiatiques, François sait déjà que sa journée du lendemain sera une journée blanche. Une journée foutue. Parasitée par la reprise du Figaro. Une journée au cours de laquelle il n’aura d’autre choix que de répondre des suites d’un échange – 8 ans plus tôt  – lorsqu’il était premier secrétaire du PS.

A Dijon où il se rendait, les micros se sont tendus comme prévu pour évoquer la question du jour. François Hollande a répondu « ça suffit », qu’il se rendrait à la convocation des policiers, et que le plus tôt serait le mieux.

Que lui demanderont-ils alors ? Que pourra-t-il leur répondre sans risque de se répéter ? Un premier secrétaire n’est pas un magistrat, un confesseur, un psychiatre, un policier. De la vérité, il n’est pas juge. Il n’en a ni les moyens ni la fonction. Il ne peut offrir que sa propre humanité. Ce qu’il fit. Cela vaudrait peut-être la Une du Figaro…

Quand l’Empire contre attaque

Ca y est. L’Empire contre attaque. Premier temps de la manoeuvre, discréditer la presse. Mediapart est la cible la plus commode, publié sur Internet, média jeune et inconnu du grand public. Peu importe que toute la presse du Point à Marianne ait contibué à sortir de nouveaux éléments dans cette affaire. C’est le site dirigé par le sulfureux Edwy Plenel qui a le droit aux honneurs des snipers du gouvernement. Les arguments sont simples : le web est une usine à ragots. Mediapart utilise des « méthodes fascistes« .

La gauche elle serait coupable de « populisme » et ferait  « le jeu de l’extrême droite » lorsqu’elle se borne pourtant à interroger le gouvernement, exige un juge indépendant et la création d’une une commission d’enquête. L’accusation est d’autant plus savoureuse qu’Eric Woerth fit alliance aux régionales avec le FN et que c’est le fondateur de l’Oréal qui fut le principal financeur dans les années 30 de « la Cagoule« , organisation fasciste de sinistre mémoire…

Sur le dossier lui-même, on apprend que Claire T. la comptable de madame Bettencourt reviendrait sur une partie de ses déclarations. Outre le fait que cette rétractation est très partielle, il n’est pas inutile de s’interroger sur les conditions dans lesquelles nous parvient cette information.

  1. Claire T. répond à la police dans le cadre d’une enquête préliminaire. Ce qui signifie pour les non initiés qu’elle répond, hors présence de son avocat, à des enquêteurs placés sous l’autorité d’un procureur, M. Courroye, ami notoire de Niclas Sarkozy et lui-même mis en cause dans les fameux enregistrements du majordome.
  2. Alors que M. De Maistre n’a jamais été inquiété, Madame T. l’est pour la troisième fois. De quoi intimider les esprits les plus indépendants.
  3. Ce n’est pas madame T. qui communique avec la presse puisqu’elle est toujours entendue. C’est donc le parquet qui transmet en temps réel à la Chancellerie et à l’Elysée qui distillent à leur tour les informations. Il n’est pas inimaginable de penser que les comptes rendus soient très partiels. Et c’est à partir de ces éléments choisis que le pouvoir organise sa communication désormais.

Personne ne sait, et l’opposition n’a jamais dit, que tous les soupçons qui pèsent, notamment sur Eric Woerth, étaient avérés. Mais comment faire le tri entre accusations diffamatoires et délits éventuels lorque la commission d’enquête demandée est refusée et qu’aucun juge d’instruction, magistrat indépendant, n’est nommé?

En réalité les zones d’ombres sont toujours aussi nombreuses :

  • La presse a révélé une fraude fiscale, que madame Bettencourt a ensuite reconnue. Pourquoi M. Woerth qui avait été informé par le parquet de la vraisemblance d’avoirs dissimulés en Suisse n’a-t-il pas agi?
  • La presse a révélé un évident conflit d’intérêt entre le métier de madame Woerth et les fonctions ministérielles de son mari. Elle a d’ailleurs démissionné en reconnaissant avoir « sous-estimé » ce conflit. Cela solde-t-il le passé?
  • La presse a révélé un chèque à Valérie Pécresse dont le montant excède le niveau autorisé pour les campagnes électorales. Qu’est devenue la différence?
  • La presse a révélé que M. Woerth avait reçu un chèque de madame Bettencourt à destination d’un parti de poche dont il est l’unique adhérent et dont l’objet est sa seule promotion. Si le don est légal, n’y-a-t-il pas matière à s’interroger pour un ministre du budget, chargé de contrôler la situation fiscale de madame Bettencourt?
  • La presse a révélé le contenu de bandes magnétiques faisant état de don à Nicolas Sarkozy. Claire T. déclare ne pas en avoir la preuve mais donne des éléments qui peuvent au minimum susciter notre éveil.
  • Les mêmes enregistrements ont fait apparaître l’immixion du conseiller justice de Nicolas Sarkozy dans une procédure privée opposant mère et fille Bettencourt. Madame Alliot-Marie l’a confirmé et justifié au nom du patriotisme économique. Qui peut se laisser convaincre par un tel argument?
  • Claire T parle de retraits de 50 000 euros réguliers en liquide. La banque a-t-elle prévenu TRACFIN? Si tel est le cas l’administration fiscale a-t-elle été saisie? Quelles procédures ont alors été engagée, alors que visiblement madame Bettencourt n’a pas subi d’examen approfondi de sa situation fiscale depuis une grosse dizaine d’année?
  • La presse a soulevé une deuxième affaire, avec cette fois la famille du vendeur d’art, Wildenstein. La veuve dit avoir saisi Eric Woerth à deux reprises sans réponse de sa part alors qu’elle évoquait la fuite de 3 milliards d’euros dans plusieurs paradis fiscaux. M. Woerth n’a jamais répondu. Est-ce parce qu’il menacerait directement en l’espèce un co-fondateur de l’UMP, lui même chargé de rabattre les généreux donateurs sur le sol américain?

L’Empire contre attaque, mais ne convainc pas. Il est irresponsable de laisser le doute s’installer. Seule la justice peut apaiser l’exigence commune de vérité.

L’omniprésent M. Courbit

Demain, l’Assemblée sera saisie en deuxième lecture d’un projet sur les jeux en ligne. La droite ne déposera aucun amendement. L’objectif est clair : obtenir un vote conforme après le vote du Sénat et en finir avec un débat embarrassant. Dans un billet du 5 octobre dernier, j’alertais déjà les lecteurs de ce blog sur ce que j’ai appelé la seconde nuit du Fouquet’s.

Il n’y a qu’en France où le gouvernement légifère sur les jeux en ligne dans la précipitation. Le commissaire européen en charge du marché intérieur, Michel Barnier (ancien ministre UMP) entend lui prendre le temps de la réflexion et du diagnostic (Procédure du livre vert) pour proposer ensuite une législation européenne sur le sujet.

Cette urgence ne peut s’expliquer que du point de vue des potentiels bénficiaires de l’ouverture de ce marché des jeux : l’intérêt est de se placer dans le carré de tête des opérateurs de jeux en ligne européens avant le mondial de football de juin 2010.

Parmi les heureux bénéficiaires de ce jackpot il y a l’omniprésent M. Courbit. C’est dans les secteurs où l’Etat se retire, les jeux ou l’énergie, que ce businessman issu du show-biz espère maintenant faire prospérer le magot sur lequel il a mis la main, en vendant ses parts dans Endemol France (240 millions d’€).

Stéphane Courbit va où est l’argent et démultiplie les participations, les rachats, les associations juteuses pour contrôler des sociétés de jeux qui ont d’ores et déjà commencé leur activité d’opérateurs de jeux (Betclic, Mangas-gaming, Everest Gaming spécialisé dans le poker, Expekt, Betathome, …), illégales pour les joueurs français, mais qui concernent un bon million de clients et ont rapporté déjà un magot de plus de 300 millions d’€ de chiffres d’affaires, l’an passé.
Dans cette course de vitesse pour profiter des politiques de déréglementation mises en place par l’Elysée, il est conseillé par Alain Minc depuis une dizaine d’années (et actionnaire minoritaire de sa holding Financière LOV), mais également stratège du chef de l’Etat.

Plus intriguant encore, Stéphane Courbit (associé à Publicis) est au même moment à la manoeuvre pour le rachat de la régie publicitaire de France Télévisions.
De quoi s’agit-il cette fois? De confier la régie publicitaire d’un média public à des opérateurs privés, sans aucune raison apparente. En effet, cette régie très performante a, malgré la suppression de la publicité après 20 heures sur les chaînes publiques, rapporté  à l’entreprise publique près de 400 millions d’€. Alors pourquoi se précipiter pour la céder au moment où tant d’incertitudes pèsent sur le financement de France Télévisions (1) ? Comment ne pas s’inquiéter d’une tutelle financière privée qui pourrait demain peser sur l’indépendance éditoriale des chaînes ?

Cette privatisation est si contestée que le ministre de la culture a fini par reconnaître ce matin devant l’Association des journalistes médias (AJM) une «situation mal aisée à résoudre». Quel sens de l’euphémisme… Après les scandales de l’EPAD (Jean Sarkozy), d’EDF (Henri Proglio), voici celle de la libéralisation des jeux en ligne et de la privatisation de France Télévisions Publicité. On murmure que dans les prochains jours se profile déjà le limogeage d’Anne Lauvergeon à la tête d’AREVA (Bouygues à la manoeuvre).

La défaite des régionales encaissée, rien n’a changé, ni le cap politique, ni l’éthique, ni la gouvernance.

Les urnes à peine rangées, les derniers commentaires juste publiés, les cartes du monopoly sont ressorties. Les affaires reprennent.

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(1) la Commission européenne a retoqué l’idée d’une taxe sur les télécoms pour compléter le financement de l’audiovisuel public (370 millions d’€ de recettes évaporées)

Pas de cadeau pour Sarko

Depuis un an et demi, Nicolas Sarkozy doit ses plus cuisantes défaites dans l’opinion aux députés socialistes.

Il y a un an, c’est de l’assemblée qu’est née la contestation du paquet fiscal, puis la bataille pour le pouvoir d’achat ou la lutte contre la dissémination des OGM.

Au mois de décembre, Nicolas Sarkozy et sa majorité auront mis le genou à terre à deux reprises à l’Assemblée.

  • Le projet de loi audiovisuel n’a été adopté qu’à une courte majorité. Surtout une écrasante majorité de nos concitoyens, alertés par le débat (1) sont désormais hostiles à la régression démocratique voulue par le chef de l’Etat.
  • La proposition de loi sur la généralisation du travail du dimanche a été reportée, JF. Copé n’ayant pas réussi à mobiliser ses propres parlementaires. Plus grave pour  la droite, là encore, elle a perdu la bataille de l’opinion.

Il ne faut pas chercher plus loin les raisons pour lesquelles le chef de l’Etat cherche à museler le Parlement à travers un projet de loi organique qui sera débattu en janvier et qui aurait pour effet, adopté, de remettre en cause le droit d’amendement des députés.

Pourquoi Nicolas Sarkozy n’aime pas le Parlement?

D’abord parce qu’il est le lieu de la contestation, de la concurrence des projets, de la confrontation démocratique. Nicolas Sarkozy aime les faire-valoirs mais ne supporte pas les contre-pouvoirs.

Le rythme parlementaire est aussi un cauchemar pour le président de la République. depuis son accession aux responsabilités, il n’a eu de cesse d’imposer un rythme étourdissant aux médias. Les sujets se succèdent sans cohérence, mais dans un tourbillon d’images et de propositions qui lui permettent de maintenir l’attention ou de la détourner – c’est selon -. Le Parlement c’est plusieurs jours (et nuits…) de débats sur le même sujet. C’est l’obligation de quitter la surface et l’écume pour répondre des profondeurs. C’est l’impossibilité pour ce très grand manipulateur de noyer dans un déluge d’informations la vigilance citoyenne.

Le temps est en politique une question clé. La maîtrise de l’agenda est stratégique. Ce que nous reproche Nicolas Sarkozy, c’est justement d’avoir substitué au sien, le nôtre, et de lui avoir imposé régulièrement des sujets qu’il préférait esquiver.

Nicolas Sarkozy aime cultiver sa légende d’homme pressé. Sa vérité est moins flatteuse : celle d’un politique capricieux, incapable de supporter la contradiction et qui dans la vitesse – supposée toujours nécessaire – trouve la justication de son autoritarisme .

Raison de plus pour lui imposer les temps du dialogue social ou de la délibération parlementaire.

(1) sur cette photo qui a fait le tour des médias, les députés socialistes brandissent des panneaux ORTS, « office de radio-télévision sarkozyenne », allusion transparente à l’ORTF de De Gaulle, période pendant laquelle l’audiovisuel public était placé sous la tutelle du ministre de l’information….

Ce que révèle le débat sur l’audiovisuel public

Depuis trois semaines, les députés socialistes, radicaux et citoyens  assument une bataille parlementaire aux côtés des Verts et du parti communiste. Sur certains sujets, comme la révocation du président de France Télévisions, il est arrivé que le Nouveau Centre se joigne à la critique. Le Modem ne s’est pas exprimé en séance, mais son président a affiché son rejet de ce texte.

L’opposition ne dispose pas d’une majorité pour contrecarrer les intentions du Chef de l’Etat. Tout projet de loi finit par être adopté. L’opposition  dispose toutefois d’un moyen symbolique, la prolongation des débats, pour révéler à l’opinion la dangerosité de certains projets. Celui-là intéressait peu. Il était d’autant plus important que, du Parlement s’élève une critique véhémente, pour dénoncer un texte qui remet en cause jusqu’à l’équilibre des pouvoirs.

Qu’a permis le débat, que révèle-t-il des intentions et de la méthode de la droite au pouvoir?

1. Le débat a permis de sensibiliser le grand public.

Selon LH2 (5 et 6 décembre), 56% des français (contre 30% seulement d’avis contraire) pensent désormais que la réforme  « remet en cause l’indépendance des chaines de télévision publiques par rapport à l’Etat ». Selon une enquête plus récente de CSA, (10-11 dec)  74% des personnes interrogées estiment que la nomination du président de France télévisions est une « mauvaise chose« . Sur les résultats attendus de la réforme, seuls 16% estiment qu’elle conduira à une amélioration de la qualité des programmes !

2. Le débat révèle une méthode, celle du passage en force.

Pour un projet aussi important que celui là, le gouvernement n’a initialement programmé que 6 courtes journées étalées sur deux semaines pour en débattre. Comme pour tous les textes ou presque désormais, l’urgence a été déclarée, ce qui supprime la seconde lecture avant Commission Mixte Paritaire.
Lorsque l’opposition cherche à animer le débat, la majorité et le gouvernement crient à l’obstruction et menacent d’utiliser le 49-3 (avant de reculer sous la pression). Pour mémoire, le projet de loi sur la presse en 1983 avait mobilisé 20 jours de séance étalés sur trois mois entre décembre 1983 et février 1984.

Retardé dans ses projets d’une courte semaine, le gouvernement Fillon décide de passer par décret pour supprimer la publicité de France Télévisions. C’est Frédéric Lefebvre qui a, le premier, vendu la mèche.  Nous sommes loin, très loin des déclarations enflammées de juillet dernier où il n’était question que de revaloriser le Parlement et de donner un statut à l’opposition.

3. Le débat révèle une hypocrisie. Ce texte n’est pas fait pour servir l’audiovisuel public mais pour renflouer les caisses de Martin Bouygues, ami personnel du chef de l’Etat.

La ministre Albanel explique qu’elle attend la fin des débats pour prendre sa décision sur d’éventuels décrets. La ministre est dans un jeu de faux semblants. En réalité selon l’AFP, son entourage a expliqué dès jeudi dernier que,  je cite, « tout est prêt » pour une suppression de la publicité à partir du 5 janvier. « les chaines privées sont dans les starting blocks, les annonceurs l’ont anticipée et nous leur avons confirmé cette date ».

Voilà qui achève de nous éclairer :
–    l’objectif véritable est de redistribuer 450 millions € aux chaines privées, essentiellement TF1 et M6.
–    450 millions auxquels s’ajouteront 2 autres millions d’euros correspondant à la sortie de TF1 du capital de France 24 (contre 18 000 euros versés seulement au moment de la création de France 24).
–    Cette suppression de la publicité pouvait se faire par décret.
–    Si cela est passé par la loi c’était pour habiller la reprise en main de l’audiovisuel public par le chef de l’Etat.

4. Le débat révèle en effet un objectif, celui de la mise au pas de tous les contre-pouvoirs

La nomination – révocation des présidents de l’audiovisuel publics est une régression condamnée y compris dans les rangs de l’UMP (Cf. déclarations répétées de François Baroin).

Il y avait une tendance continue depuis 1981, celle de la libération des médias et l’affirmation d’une autorité de régulation indépendante. C’est ce mouvement qui est aujourd’hui rompu.

Maintenant nous découvrons que le gouvernement veut aller plus loin avec le projet de loi organique qui vient décliner la réforme constitutionnelle adoptée en juillet dernier. Le droit d’amendement va être remis en cause. L’opposition va être interdite de parole.
Le président de l’Assemblée, Bernard Accoyer appuie ce projet liberticide en expliquant qu’il faut revenir à un « crédit temps » pour l’opposition qui était en vigueur en 1935 et jusqu’en 1969. Il oublie juste de dire que ce qui a justifié son abandon, c’est justement le changement de République. Nous sommes passés de la 4ème République qui était un régime parlementaire et où l’instabilité a été la seule permanence, à un régime semi-présidentiel qui ne cesse de se présidentialiser depuis 2007.

C’est aujourd’hui la démocratie qui est en cause. Le pluralisme est menacé à la télévision. Le temps de parole de l’opposition est déjà réduit à la portion congrue à la télé. Le temps de parole présidentiel n’est toujours pas décompté dans l’audiovisuel alors même que le président est omniprésent. Et maintenant c’est la parole de l’opposition au Parlement que l’on souhaite brider. Il y a de quoi être très inquiets. C’est un système qui se met progressivement en place. Son inspiration n’est pas démocratique.

La Ministre sans voix

Pour des raisons informatiques que je ne maîtrise pas, je ne vous montrerai pas la photo de Christine Albanel répondant aux parlementaires de l’opposition. Cette photo vous ne l’avez vue nulle part. Peut-être qu’elle ne vous manque pas non plus. n’empêche, j’en suis particulièrement fier. Elle est pratiquement introuvable et je suis sans doute l’un de ses très rares possesseurs.

Christine Albanel cultive le mutisme. Elle est une ministre de la culture dont on ne saura jamais vraiment ce qu’elle pense des textes qu’elle présente au nom du gouvernement. Il y a un an, elle avait appris par la presse que France Télévisions se verrait supprimer ses recettes publicitaires. Quelques mois plus tard, elle avait découvert que la couleuvre serait un boa lorsque notre insatiable Chef de l’Etat a annoncé que les présidents de France Télévisions et de Radio France seraient nommés et révoqués par lui-même…

Nous voudrions croire qu’en son for intérieur, madame la ministre de la culture n’adhère pas à de tels projets et que son silence au banc des Ministres constitue un demi aveu. Comment pourrait-elle défendre l’indéfendable? Comment cautionnerait-elle un bon en arrière de 25 ans comme l’a justement fait remarquer l’ancien ministre de Jacques Chirac, François Baroin?

Qu’organise le pouvoir sinon la reprise en main de l’audiovisuel public? Nous assistons  à sa mise sous dépendance politique et financière.

Politique, je n’insiste pas. La nomination-révocation est inimaginable dans toutes les démocraties européennes.

Financière, parce que les ressources (450 millions d’€ par an sur un budget de 800 millions) ne sont pas garanties et placeront la direction de France Télévisions dans une situation de dépendance budgétaire vis-à-vis du pouvoir exécutif.

Enfin, au delà de la question du pluralisme, de la liberté de la presse, de l’indépendance du service public, l’Etat se livre là à une dépense que rien ne justifie.

Le gouvernement supprime des postes d’enseignants pour les élèves en difficultés et dans le même temps, trouve les moyens de dilapider 450 millions alors qu’aucune urgence ne s’imposait.

Qui plaidait en faveur d’une telle décision? Ni De Carolis, ni les personnels, ni les spectateurs ou auditeurs du service public n’étaient demandeurs. Les seuls quémandeurs sont à rechercher parmi les invités de la nuit du Fouquet’s de Nicolas Sarkozy. Cette mesure n’est dictée que par les intérêts des concurrents privés de France Télévisions qui voient leurs parts de marché s’amenuiser avec l’émergence rapide des chaînes de la TNT et qui attendent, les babines retroussées, de récupérer les 450 millions de publicité que ne récoltera plus le service public. Indirectement, au beau milieu d’une crise financière, économique et sociale sans précédent, le gouvernement prélève 450 millions sur les Français pour rassasier les actionnaires de TF1 et M6.

Effectivement, sans doute une bonne raison de se taire, madame Albanel.

une voix d’avance

Le projet gouvernemental portant révision de la constitution n’a finalement été adopté qu’avec une voix d’avance alors que la majorité dispose théoriquement d’un large avance (sur la photo au centre le président de l’Assemblée se pince les lèvres à la lecture de l’analyse des résultats).
Cette victoire « ric rac » démontre une fois encore la difficulté qu’a eu le chef de l’Etat à convaincre sa majorité de le soutenir et son incapacité à négocier un véritable pacte démocratique avec son opposition. on ne peut que regretter que le dialogue se soit mué en un monologue.

Il ne faudra pas un an pour que chacun prenne conscience de l’inutilité d’une réforme qui ne permet pas de rééquilibrer nos institutions mais qui accompagne la concentration de tous les pouvoirs dans les mains du seul chef de l’Etat.

Le résultat c’est une loi constitutionnelle en trompe l’œil.

Nous voulions garantir l’impartialité des organes de contrôle ( conseil constitutionnel, conseil supérieur de l’audiovisuel, conseil supérieur de la magistrature). L’UMP n’a concédé qu’un droit de veto sur les nominations aux 3/5èmes des parlementaires, ce qui concrètement est impossible à obtenir. C’est toujours la droite qui nommera la totalité des membres de ces institutions.

Nous voulions l’indépendance des médias et la défense du pluralisme des opinions. Le président a au contraire fait faire un bond en arrière de trente ans à la liberté de la presse en expliquant que le président doit nommer directement le patron de France télévision et donner son avis sur les programmes du service public.

Nous voulions des modes de scrutins démocratiques. Il n’est pas acceptable que le mode de scrutin du Sénat garantisse à la droite d’y être pour toujours majoritaire, quels que soient les changements de l’opinion. La réforme augmente les pouvoirs du Sénat. Ce qui signifie que lorsque la gauche sera à nouveau majoritaire à l’Assemblée nationale, la droite pourra systématiquement freiner les réformes.

Nous voulions plus de droits pour les citoyens. Nous avons défendu le référendum d’initiative populaire. La droite a rendu le mécanisme si compliqué que la procédure est dans les faits inutilisable.

Nous voulions plus de droits pour le Parlement. Certains droits nouveaux ont été concédés. Mais le droit d’amendement a été solidement encadré, ce qui aura pour effet de limiter les droits de l’opposition.

Au final, une majorité étriquée pour une réforme étriquée.