Grèce et après?

Nous vivons des heures graves. Sans doute cruciales. Pendant que la Chine célèbre sa magnificence et exhibe sa force à Shangaï, la vieille Europe peine à enrayer une nouvelle crise financière. Les grecs sont aujourd’hui dans la tourmente. Athènes a des allures de « ville ouverte », ville vaincue, exhangue implorant qu’on lui évite la ruine… La rumeur renvoie les « pigs » (Portugal, Irlande, grèce, Espagne) à leur mauvaise réputation. Les commentaires n’épargnent plus tout à fait notre pays dont la Cour des comptes a pronostiqué que sa dette voisinerait avec les 100% du PIB en 2012, de quoi alimenter toutes les spéculations…

Fait rare, les socialistes et les Verts ont joint leurs voix à l’Assemblée pour adopter la participation française au plan d’aide qu’apporte la zone euro à la Grèce. Cette quasi unanimité n’abolit pas les clivages, mais face à une situation dramatique, il était urgent de marquer cette unité des européens qui a tant manqué jusqu’ici.

Du coup, ces mesures viennent trop tard  et coûtent trop cher. La faute à qui ? A Angela Merkel ? Sans doute. mais pas seulement. Comment ne pas voir et s’inquiéter de la quasi disparition du couple franco-allemand ? Les binômes De Gaulle- Adenauer, Giscard-Schmitt, Mitterrand-Kohl ont façonné l’Europe des dernières décennies. C’est sous leur impulsion que les européens ont approfondi la construction de leur destin commun. Or depuis 2007, Nicolas Sarkozy n’a eu de cesse de chercher à prendre le leadership de l’Europe seul, pour lui-même, multipliant les alliances de circonstance pour tenter de briller. Au lieu de consolider l’axe franco-allemand, notre président a laissé se creuser la distance avec la chancellière allemande ; Cela n’excuse pas le comportement égoïsto-électoraliste d’Angela Merkel à l’approche de régionales capitales pour son gouvernement (la majorité das la chambre haute est en jeu), mais la politique, la diplomatie exigent justement l’approfondissement d’alliances solides pour affronter les temps difficiles. Demander des efforts à ses partenaires est plus aisé quand les liens d’amitié sont étroits. Force est de constater que cela n’a pas été fait.

Cette absence de vision commune a un prix pour les grecs. Sous l’influence allemande, les pays de la zone euro ont choisi un taux unique de 5%. C’est-à-dire que nous allons prêter à un taux supérieur à celui auquel nous empruntons, drôle de façon d’être solidaires (1).

Ce défaut de dialogue a un prix pour tous les européens. Alors que la crise financière a constitué un avertissement sans précédent, l’Union Européenne est enlisée dans un fonctionnement anachronique. L’Europe se comporte comme un véhicule dont le tableau de bord serait doté d’un seul compteur : celui de la dette publique des états membres. Les politiques économiques au sein même de la zone euro ne sont pas coordonnées, mais la BCE fixe un taux d’intérêt unique. Entre la désinflation compétitive des allemands et l’explosion de la dette privée en Espagne, en Irlande ou au Portugal, pays dans lesquels l’inflation a poussé les particuliers et les entreprises à emprunter au vu du faible coût du crédit, l’écart s’est creusé.

Il est urgent de faire avancer le projet d’un gouvernement économique européen, de doter l’Europe d’une capacité à lever l’impôt, de contracter des emprunts, d’harmoniser les politiques fiscales. C’est la leçon de la crise. C’est le moyen de prévenir les prochaines. Mais comment avancer sans partager a minima ce projet avec nos amis allemands? Il n’y a guère que Nicolas Sarkozy pour penser le contraire, et là n’est pas sa moindre faute.

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(1) Ces 5% sont toutefois à comparer également avec le taux de 13% auquel emprunteraient les grecs auprès des marchés.

Les cailloux d’Auschwitz

Je savais en me rendant à Auschwitz-Birkenau que ce voyage se graverait dans ma mémoire. Je savais que j’avais rendez-vous avec les abysses de l’Humanité d’où toute lumière s’était retirée, que je visiterai  ces camps où  l’Histoire a sombré, que je foulerai un cimetière sans tombes. Je croyais tout savoir. Et peut-être même que je savais tout. Mais je ne savais pas que savoir n’est pas tout.

Depuis ce 22 octobre, je suis hanté chaque jour par cette journée. Raison pour laquelle je n’ai pas écrit depuis sur ce blog, en dépit d’une actualité politique et parlementaire chargée. Je voulais d’abord raconter ce que j’ai vu. Jusqu’ici sans y parvenir.

Dans cette ville d’Auschwitz qui comprenait 60% de juifs avant-guerre, il n’en restait plus qu’une. Elle vient de disparaître. C’est la première pensée qui vient en pénétrant ce village sans attrait : la mémoire peut disparaitre. On imagine une population polonaise partagée entre la nécessité de garder témoignage de l’horreur nazie et le désir de faire oublier que les fumées noires et âcres qui s’échappaient des crématoires obscurcissaient le ciel sans arracher la compassion et encore moins la résistance des voisins. C’est la seconde pensée qui assaille, il est possible de vivre en regardant passer des trains de femmes, d’enfants, de vieillards, d’hommes condamnés à l’humiliation, la torture et la mort. Il y a quelques années, la polémique enfla autour de la volonté de construire un supermarché en face du camp. Il y a aujourd’hui une grande pizzeria de l’autre côté de la route…

Nous avons franchi ce portail de fer forgé. Relu cette inscription : « Arbeit macht frei » (le travail rend libre). Ironnie glaçante de nazis qui n’hésitaient pas à faire jouer l’orchestre pour accueillir les familles épuisées et inquiètes.

Il faisait un temps magnifique ce 22 octobre. Il ne faisait pas froid. Il n’y avait pas de boue, pas de prisonniers squelettiques en pyjamas rayés, pas de kapos, ni de soldats SS. Juste une caserne qui aligne des bâtiments de briques rouges. Le camp d’Auschwitz I fût en effet d’abord une caserne de l’artillerie polonaise. On est presque gêné par la banalité de l’endroit. Les mots de Hannah Arendt sur la banalité du mal trouvent là un écho particulier. Lieux ordinaires pour hommes ordinaires qui se transforment en bourreaux quotidiens.

Rien n’a été fait dans ce lieu pour impressionner outre mesure le visiteur. Ce n’est peut-être pas utile. Des échantillons d’horreur sont entreposés derrière des vitres : des valises abandonnées marquées du nom de leurs propriétaires, des chaussures d’enfants amassées, des montures de lunettes empilées… J’écris des « échantillons d’horreur » parce que ce sont des dizaines de milliers de prothèses, des dizaines de milliers de poupées de porcelaine, des dizaines de milliers de bagages, des montagnes de cheveux que l’on aurait pu amasser ici pour donner à saisir ce que crime de masse signifie. Il y a accrochée au mur cette carte d’Europe, sinistre, dont Auschwitz est le centre vers lequel pointent des rayons qui ont pour origine les villes de provenance des convois : Riga, Hambourg, Berlin, Bruxelles, Rome, Paris, Drancy, Pithiviers, Lyon…

Vers 16 heures, nous avons atteint Birkenau, le camp d’Auschwitz II. Le soleil se couche. Derrière les barbelés électrifiés, se profile un camp à perte de vue. Des baraques de part et d’autres d’une voie ferrée. Des miradors hauts perchés. Le gigantisme des lieux m’anéantit. Dans un dortoir, un rabbin a entamé une prière. Peut-être le kaddish, la prière des morts. Le soir tombe vite en Pologne. L’humidité monte. La fraîcheur aussi. Les bois sont tous prêts. J’entre dans les bâtiments des femmes. Dehors on entend des chiens aboyer. Une sirène de police hurle au loin. Dans la pénombre, je découvre ces couches superposées où s’entassaient celles qui n’avaient pas été condamnées au gaz dès leur arrivée. Elles devaient survivre à quelques dizaines de mètres des douches et des fours. Je reste une dizaine de minutes, seul dans ce bâtiment. Je suis englouti. Submergé. J’imagine ces filles auxquelles on offrit pour tout écrin à leur jeunesse, ces matelas de planches et ces murs de briques. J’imagine ces mères arrachées à leurs enfants. J’imagine ces coeurs serrés qui, la nuit venue, devaient scruter au travers des quelques ouvertures cet horizon fermé par d’autres baraques et saturé par d’autres douleurs.

Le soleil s’est pratiquement éteint lorsque j’atteins les ruines des chambres à gaz et des krématoriums, dynamités par les nazis avant l’arrivée des alliés. C’est ici que se perpétua l’organisation industrielle du crime. Tout fût pensé et planifié. Moll, le spécialiste de l’élimination des cadavres, alla jusqu’à imaginer un système de combustion à l’intérieur des fosses pour que la graisse humaine ainsi dégagée soit récupérée par des canalisations et vienne alimenter la flamme des fours en se passant de carburant… Des machines à broyer les os furent inventées pour réduire en poudre les restes humains qui n’avaient pas été réduit en cendres.

J’ai beaucoup hésité à écrire sur ce voyage. Devant tant de misère, je ne me sentais pas légitime à décrire l’indescriptible et l’insondable souffrance. Complexe du témoin qui se désole en se prenant pour un voyeur. Mais je sais aussi que ce sentiment doit s’effacer devant la nécessité de témoigner. Les nazis avaient décidé de retirer aux juif jusqu’au statut d’êtres humains. Ils ne voulaient pas seulement les exterminer, mais effacer jusqu’à leur passage et interdire le deuil et le souvenir.

J’ai fait de nombreuses photos. En les regardant, je les ai trouvées souvent trop esthétiques. Il y a une esthétique de l’horreur. Pour illustrer ce billet je me suis interrogé sur celle que je choisirais. J’ai préféré ce portrait parce qu’il évite tous les « clichés » avec miradors et barbelés. Cet homme s’appelle Elie Buzyn. C’est un des rescapés d’Auschwitz. Au premier plan, c’est sa femme qui parle. C’est la première fois qu’elle l’accompagnait sur les traces de son passé tragique. Au moment où je prends cette photo, elle raconte comment Elie sauva l’un de ses camarades d’une mort certaine en lui offrant sa ceinture (un pantalon qui tombe et c’est la mort), ne conservant pour lui-même qu’une ficelle… Elie a décidé de vivre le plus longtemps possible pour pouvoir emmener pour leurs 15 ans, tous ses petits enfants.

J’ai remonté dans la nuit noire le chemin de fer de Birkenau, éclairé par les projecteurs le long des chemins de ronde. Sur le ballast qui supporte les rails, j’ai prélevé trois petits cailloux. Un caillou pour chacun de mes enfants.

Trois cailloux comme ces cailloux que l’on dépose sur les tombes juives, symboles de la mémoire et de la permanence du souvenir. Dans l’antiquité, les pierres que chaque passant déposait, protégeaient aussi les corps des défunts des charognards.

Trois cailloux pour qu’ils se souviennent.

Trois cailloux pour que ce cri rapporté par Primo Levi, de cet homme qui fût pendu quelques heures avant la libération du camp, soit exaucé : « Kameraden, ich bin der letze ! » (Camarades, je suis le dernier !)

Et si la gauche redémarrait? (suite)

Les premières réactions sur Facebook à mon précédent post étaient univoques : il fallait avoir beaucoup fumé ou avoir beaucoup d’imagination pour observer un redémarrage à  gauche! Je reprends donc : je ne décris pas une gauche qui n’existe pas. Celle que je vois est effectivement malade. Je préfère penser, convalescente. Mais je maintiens que l’UMP a de son côté de sérieux soucis à se faire sur le plan électoral . Je maintiens aussi que lorsque les socialistes ne sont pas artificiellement divisés, ils demeurent la force de l’alternance. J’observe enfin que lorsque les socialistes ne sont pas à la hauteur, l’électorat de l’opposition ne s’évapore pas et se fédère par exemple sur les candidats écologistes comme dans les Yvelines. Si ce que j’écris là n’avait aucune réalité, Nicolas Sarkozy ne prendrait pas autant de risques politiques pour accumuler les tripatouillages électoraux.

Mais ce billet vient de plus loin. Il est l’expression de ma mauvaise humeur. Je suis fatigué de la lecture récurrente des éditorialistes qui n’en finissent plus de décrire l’agonie des socialistes. Je suis tout aussi las des socialistes qui n’aiment rien tant que se flageller en public, en général sur le dos d’un-e  voisin-e. La rénovation ce n’est pas l’auto-dénigrement permanent.

La gauche va sans doute « très mal« , mais lorsque ce week-end, deux millions de personnes signifient par un vote symbolique leur attachement au statut de la Poste, il est permis d’espérer. Les sondages montrent que c’est à une majorité très confortable que nos concitoyens refusent toute privatisation du plus ancien de nos services publics. La gauche va sans doute très mal, mais ses valeurs sont donc loin d’être minoritaires dans le pays.

La gauche va sans doute « très mal » sur tout le continent. La crise de la social-démocratie est sans doute européenne, mais ce week-end ce sont les socialistes grecs de Papandréou qui ont remporté les élections législatives. C’est vrai la semaine précédente les allemands du SPD ont perdu. Mais ils sortaient d’ue coalition avec la droite qui a brouillé leur identité et interrogé sur leur utilité. C’est exact que Les travaillistes anglais devraient selon toute vraisemblance subir une cuisante défaite prochainement. Mais qui ne voit l’usure d’un « New Labour » au pouvoir depuis douze ans?

Pourquoi je m’agace? Parce que le commentaire « Canal habituel » c’est « la gauche est sans idées, sans projet« . Les valeurs, le système libéral ont beau mener le monde au quasi chaos, ce sont les idées des sociaux démocrates qui sont dépassées !

Pourquoi je m’exaspère? Parce que la victoire des socialistes du Pasok ne sera décrite demain que comme une victoire locale, alors que celle du SPD la semaine dernière était présentée comme une défaite européenne.

Pourquoi je m’inquiète? Parce que je ne voudrais pas que Nicolas Sarkozy soit le seul à prendre un vent qui souffle à nouveau de la gauche. Pas parce que c’est lui. Mais parce que nous n’allons pas vers le même port.

Le Temps de l’audace

En juin le navire socialiste traversait une des pires tempêtes de son histoire . Les augures prévoyaient déjà la transformation du bateau en radeau. Une mutinerie menaçait  la direction du frêle esquif. En bref tout depuis les élections européennes,  semblait confirmer les sombres pronostics de BHL  qui nous représentait en « grand cadavre à la renverse« .

Le tableau était trop sombre pour être juste. Le PS connaît une grave crise – comment l’ignorer – mais il faut être aveugle pour ne pas voir que le libéralisme est lui en échec de manière spectaculaire.

Le ciel ne s’est pas non plus totalement éclairé depuis la Rochelle, il faudrait être naïf pour le croire.

Mais il s’est passé quelque chose à la Rochelle. Pour filer la métaphore maritime, pour la première fois depuis longtemps les vigies qui scrutent l’horizon ont pu annoncer « terre! »

Tout n’est pas réglé, mais les socialistes sont à nouveau en mouvement. Ils n’ont pas encore tranché la question du leadership mais ils ont avancé sur le mode de désignation du candidat(e) à l’élection présidentielle. Nous allons en 2010 adopter un système de primaires.

Le non cumul des mandats franchit une nouvelle étape. Chacun sait qu’il est la condition du renouvellement, de la féminisation et de la diversification des élus. C’est un élément de rénovation indiscutable et attendu depuis longtemps dans notre pays qui fait figure de triste exception en la matière.

Surtout le débat d’idées est reparti, il suffit pour s’en convaincre d’écouter les propositions nombreuses sur la création d’une contribution énergie climat (j’y reviendrai dans un prochain post).

Nous ne sommes pas sauvés pour autant. J’avoue être parfois perplexe lorsque j’entends certains dont l’expression semble davantage relever de la pensée magique que de la froide raison. Aussi souhaitable soient les primaires, il ne faudrait pas surestimer leur rôle. Elles ne conduisent pas forcément à Obama. Mac Cain, Bush ont aussi été désignés dans ce cadre. En France, depuis 1974, un tel système n’aurait finalement jamais changé l’identité du candidat de la gauche sauf en 1981 où Michel Rocard aurait vraisemblablement été préféré à François Mitterrand. Aurait-il ensuite gagné face à Giscard d’Estaing puis été réélu sept ans plus tard ? Nous ne le saurons jamais. En Italie, Romano Prodi fût désigné par des primaires de toute la gauche, ce qui n’empêcha pas sa coalition de se fissurer au bout de deux ans, et Rutelli après des débuts en fanfare n’a hélas pas détronné l’épouvantable Berlusconi.

L‘adoption d’un tel mode de sélection nous oblige à réfléchir et à repenser totalement la place des partis comme notre propre vision des institutions de la République.

Les militants n’auront plus la même fonction. Comment ne pas les transformer en simples supporters d’écuries concurrentes ou en organisateurs de scrutins? La vie politique elle même se présidentialisera davantage. Tout tournera désormais autour des femmes et des hommes qui peuvent concourir à l’élection suprême. Si l’on veut bien se souvenir que nous avons adopté le quinquennat et que l’élection présidentielle précède et conditionne l’élection législative (1), si l’on se rappelle enfin que le président de la République dispose du pouvoir de dissolution, alors comment ne pas s’interroger sur la nature de la République que nous construisons.

Depuis 1971 que de chemin parcouru ! Y compris par Arnaud défenseur d’une « sixième République » qui dans sa première version prévoyait la fin de l’élection du président de la République au suffrage universel direct.

Ces réserves ne portent pas condamnation du système qui se met en place. Loin s’en faut. Mais il faut maintenant pousser la réflexion plus loin. Ne pas se contenter de slogans. Par exemple, s’agissant des primaires, leur choix trahit le fait que nous ne reviendrons plus sur l’élection du président de la République au suffrage universel direct (nous aurions pu opter pour une autre voie qui aurait ma préférence : les allemands, les anglais, les espagnols se portent très bien avec une République parlementaire). Les Français attachent trop d’importance à ce scrutin qu’il considère comme celui des grands choix. Dans ce vieux pays qui n’a coupé la tête de son roi qu’il y a trois cent petites années, la politique s’incarne. C’est ainsi.

Mais cette reconnaissance ne doit pas nous contraindre à renoncer à tout rééquilibrage entre pouvoir exécutif et législatif. La concentration des pouvoirs dans les mains d’un seul sont la marque de fabrique du sarkozysme, pas la nôtre. Je ne rêve pas d’un « Sarkozy de gauche« . La solution? Opter pour un régime que les juristes qualifient de « présidentiel« , c’est-à-dire une Constitution qui adopte le principe de stricte séparation des pouvoirs (pas de censure du gouvernement par le Parlement, pas de droit de dissolution de l’Assemblée par le chef de l’Etat. Ce qui oblige le Président à négocier son programme avec les parlementaires. C’est tout de même mieux que notre 5ème République bis). Jusqu’ici nous n’avons jamais osé franchir le pas.

Voici venu le temps de l’audace.

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(1) Ce qui conduit une large part des députés de la majorité à devoir leur élection au président élu.

Chronique de campagne européenne 6 (message à celles et ceux qui sont tentés par la pêche à la ligne)

Voilà. c’est presque fini. Dans quelques minutes la campagne officielle sera terminée. Les militants vont ranger les pinceaux et la colle. Les affiches et les tracts vont enfin débarrasser les coffres des voitures. Chacun aura le sentiment du devoir accompli, mais surtout un goût amer, un goût d’inachevé, car cette campagne n’a jamais vraiment pris. Elle se clôt sur ce triste spectacle télévisuel opposant Bayrou à Cohn-Bendit, qui depuis hier soir passe en boucle sur toutes les chaînes.

Depuis 2004, tous les rendez-vous politiques avaient donné lieu à des campagnes passionnantes : référendum européen, présidentielles, législatives. Pour l’élection présidentielle, 85% des électeurs s’étaient mobilisés. A quelques heures du scrutin, l’institut CSA anticipe cette fois une hausse de l’abstention. Comment ne pas s’en inquiéter?

La droite a donné le sentiment d’éviter la confrontation démocratique, elle s’est refusée à assumer son bilan comme son projet libéral et conservateur commun aux partis du PPE (groupe auquel appartient l’UMP au Parlement européen) et s’est limitée à agiter quelques épouvantails (Turquie, sécurité) pour mobiliser le noyau de ses électeurs traditionnels. A gauche l’offre est tellement large qu’elle l’a rendue en grande partie inaudible. Au centre, Le chef du Modem dont l’obsession présidentielle n’est plus à démontrer, a préféré tenter de préempter la place de meilleur opposant plutôt que de développer son projet européen.

Ce panorama de campagne n’a évidemment rien d’exaltant. Il peut sans doute conduire à s’interroger sur l’intérêt du vote. Des altercations comme celles d’hier soir sur le plateau de France 2 peuvent même provoquer la colère et stimuler l’abstention. Difficile de prétendre le contraire. Et pourtant, ce soir, puisque je peux vous écrire encore, je veux vous dissuader de ce choix.

Lundi 8, il y aura une nouvelle assemblée. Elle sera élue pour cinq ans. Pendant cinq ans, elle décidera de l’avenir des services publics, de la mise en concurrence ou non de la santé, d’harmoniser ou non les législations sociales. C’est ce Parlement européen qui répondra ou pas au défi posé par la crise financière. Ce sont ces nouveaux élus qui auront à dire si tout doit continuer comme avant ou si, au contraire, l’heure est à la maîtrise du capitalisme et à sa régulation.

Lundi, il y aura des députés qui auront à protéger 500 millions d’européens, et singulièrement les 27 millions de chômeurs que les prévisionistes annoncent au cours des deux années à venir.

Lundi, il y aura une majorité. Elle peut être de droite. ce sera alors la même politique qui se perpétuera. Avec les mêmes résultats. avec les mêmes désillusions. Les partisans de la dérégulation nous ont conduit à la crise, ils ne peuvent être la solution. Cette majorité peut aussi être de gauche. Pour cela, il faut donner vos voix aux 27 partis socialistes et sociaux démocrates qui ont ensemble écrit le « manifesto« . D’autres partis offrent leur « résistance » aux thèses libérales, mais c’est exclusivement autour des socialistes européens que l’alternative et l’alternance sont possibles.

Alors dimanche, pour ce tour unique, donnez votre voix à l’espérance. Donnez une chance au changement…

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Afin de respecter la clôture de la campagne officielle, aucun commentaire n’est hélas autorisé sur ce post. Merci de votre compréhension.

chronique de campagne européenne 5 (Demandez le programme du PPE)

Ce matin, marché de Torcy. Heureusement que nous sommes heureux de nous retrouver pour faire campagne. Parce que cette fois, on ne peut pas dire que nous soyons vraiment stimulés et portés par l’ambiance…

Nous sommes à une semaine du premier tour. Habituellement en fin de campagne, sur les marchés on sent un frémissement. D’un seul coup, les passants viennent chercher les tracts, entrent volontiers en discussion, posent des questions, s’enquièrent de nos propres impressions, nous tapent sur l’épaule ou nous saisissent le bras pour nous dire de ne pas nous inquiéter…. Les politologues parlent du moment de la « cristallisation« . Celui où tout se joue et se fige à la fois. Nous sommes à une semaine et franchement, nous ne sentons pas grand chose…

Il faut dire que nous élisons des députés européens dans une circonscription régionale. Hors Ile de France, cette circonscription ne correspond géographiquement pas à grand chose puisqu’il s’agit du regroupement de plusieurs régions administratives. Une fois les députés élus, ils disparaissent dans un Parlement européen dont le fonctionnement complexe est totalement méconnu. Le travail législatif n’est pratiquement jamais commenté par la presse. Compte tenu de la taille des circonscriptions, aucun lien n’existe entre les élus et leur mandants. On ne parle finalement d’Europe et de parlement européen qu’une fois tous les cinq ans. Difficile de faire pire…

Les partis ont tendance à passer des messages sans rapport avec l’élection pour mobiliser leur électorat. Dernier exemple jeudi. Nicolas Sarkozy présentant son quatrevingt milième plan pour la sécurité signant en creux un échec devenu évident.

Que se passera-t-il donc le 7 juin? Les sondages se multiplient. Cela ne remplace pas un résultat. Mais pourquoi le cacher, ils sont plutôt inquiétants. Ils indiquent une forte dispersion des oppositions à Nicolas Sarkozy, ce qui permet à l’UMP de maintenir une avance qu’elle ne doit qu’à la réunion de toute la droite dans un seul parti.

Ils nous reste une semaine pour convaincre qu’une victoire même relative de la droite ne signifierait rien de bon pour les européens. L’autre matin Jakubyszyn donnait lecture sur RMC du programme des droites européennes regroupées au sein du groupe PPE. C’était édifiant. on y apprend que la droite européenne entend faire de la relation transatlantique une priorité pour éfendre nos valeurs, « défendre les valeurs communes de l’occident« . A propos de la crise, on apprend que « c’est une crise de valeurs« . Les fautifs ce sont « les familles qui renoncent aux obligations et à l’épargne pour rechercher la facilité et le confort. ce sont les valeurs qui sont en crise« . A pleurer. Troisième exemple cité le développement de la culture génétiquement modifiée et la critique du manque de productivité de l’agriculture biologique…

Trois raisons supplémentaires de faire jouer l’alternance le 7 juin.

chronique de campagne européenne 4 (discours de Savigny le Temple)

Les socialistes tenaient meeting hier soir à Savigny le Temple avec Harlem Désir. Voici la retranscription de mon intervention :

Chers amis,

Je veux d’abord saluer Jean Louis Mouton et Alain Traca et à travers eux tous les élus,

Saluer Emeric Bréhier et avec lui l’ensemble des secrétaires fédéraux et parmi eux Eduardo Cypel et Laetitia Martig qui ont particulièrement œuvré pour cette campagne,

Saluer plus largement vous tous militantes et militants, sympathisants, qui avez accompagné ou aller accompagner cette campagne que nous menons dans notre Seine et marne avec Thomas Petit sur la liste que conduit Harlem Désir.

Chers amis,

J’avais déjà mené campagne voici cinq ans avec Laurent Bonsang. Alors lorsque nous avons démarré je me suis permis de dire – comme ancien, comme vétéran – à Thomas : « tu sais, c’est pas facile une campagne européenne »… Je ne disais pas ça parce que je suis en onzième place et qu’il faudrait un raz de marée pour être élu, et une épidémie de grippe pour que Thomas puisse nous suppléer… non,  je disais cela parce que, d’expérience, la simple mobilisation de nos concitoyens est un travail. En lui disant, je ne pensais pas – pour tout vous dire – que ce serait si difficile. Sur chaque marché, dans chaque réunion publique, notre premier combat, notre première ennemie, c’est l’indifférence, la résignation, l’abstention. Il y a tous ces visages qui restent fermés. Murés dans leur douleur. Celle du chômage, celle de la précarité, celle de la misère. « pourquoi voter ? Pourquoi encore voter ? Que pouvez-vous pour moi ? Que peut l’Europe pour moi ? Et puis la crise, elle a tout emporté… »

Mais justement, c’est là le premier enjeu du 7 juin, tout ce que nous avons à porter auprès de ceux qui sont dans le doute – et ils sont trop nombreux – c’est justement que c’est la crise qui commande plus d’Europe. Et en Europe plus de gauche ! Et au sein de la gauche plus de socialistes, pour plus d’efficacité !

Alors il faut faire campagne. sans relâche. Même si longtemps d’ailleurs, nous avons fait campagne un peu seuls… Nous étions pourtant prêts au débat. Nous sommes seine et marnais et nous avons cru – il est vrai un peu vite – que le débat serait ici plus vif qu’ailleurs puisque c’est Franck Riester député maire de Coulommiers qui avait été désigné comme directeur de la campagne UMP. Ce que nous n’avions pas compris c’est qu’il avait été nommé directeur pour une non-campagne… Que sa mission c’était d’entretenir la démobilisation…

La campagne de l’UMP est en effet, cher Harlem, un peu moins pénible que celle que tu nous imposes. Une campagne de l’UMP c’est : pas de tracts, pas de meetings, pas de réunions publiques. Pas de débat contradictoire. En seine et Marne, au seul qui ait été programmé – à l’initiative du mouvement européen – l’UMP n’est pas venue. Oh, ils avaient une bonne excuse ! C’était Le fameux soir de leur réunion unique…

Mieux encore, c’était avec Rachida Dati ! Et une réunion sur le Parlement Européen avec Rachida Dati cela ne se rate pas ! Chacun le sait, madame Dati a une vision particulièrement claire de ce qu’est l’Europe : « l’Europe s’occupe de ce qu’on lui donne à s’occuper avec les personnes qui peuvent porter ces affaires à s’occuper »…

Je le dis en plaisantant. Je ne devrais pas. Alors que tant de Français doutent, la désinvolture est coupable. L’Europe ce n’est pas un parachute doré pour ministre en chute libre. L’Europe mérite mieux. Elle mérite des élus qui s’investissent. Elle mérite des Harlem, des Pervenche, des Benoit, des Monique, des Alain, des Thomas qui eux sont prêts à l’engagement. Prêts à faire changer l’Europe.

L’Europe mérite mieux qu’une UMP qui ne présente ses candidats que 30 jours avant l’échéance,

L’Europe mérite mieux qu’un parti qui s’affranchit de toute responsabilité en refusant d’assumer devant les électeurs son bilan depuis cinq ans,

L’Europe mérite mieux qu’un président qui n’offre qu’un jeu de postures et d’impostures.

Car enfin ! voilà une campagne qui démarre à droite avec un président qui à la veille du scrutin vient réveiller ses électeurs sur ses vieux thèmes, ses vieux fantasmes, ses vieilles peurs ! Quel serait l’enjeu du scrutin selon Nicolas Sarkozy ? L’adhésion de la Turquie ! Comme si cette question allait être tranchée dans les cinq prochaines années. Comme si la prochaine assemblée aurait à en décider.

A ce propos je veux simplement rappeler que sous présidence française, les négociateurs ont ouverts deux nouveaux chapitres du dossier d’adhésion et que lors de la révision constitutionnelle de juillet dernier, Nicolas Sarkozy a veillé à ce que soit retiré le verrou que Sarkozy Nicolas avait imposé à Jacques Chirac en 2005. Il s’agissait alors de soumettre à référendum tout nouvel élargissement. Cherchez l’hypocrisie, vous trouverez toujours Nicolas Sarkozy !

Non ce n’est pas la Turquie l’enjeu du 7 juin.

C’est plus concret. Parce que l’Europe c’est notre quotidien. L’Europe c’est l’avenir de notre environnement, c’est la sécurité alimentaire, c’est la protection des consommateurs, c’est la durée de notre temps de travail, c’est nos droits fondamentaux, c’est la protection des services publics, c’est même l’accès à des droits nouveaux comme Internet.

Comme le temps m’est compté, je ne vais pas égrener l’ensemble des combats nationaux qui trouvent leur prolongement en Europe. Je ne prendrais qu’un seul exemple tiré de l’actualité immédiate. A ceux qui se demandent à quoi peut servir l’Europe, je dis qu’elle peut servir à corriger la copie d’un gouvernement rétrograde. C’est ce qui s’est passé à deux reprises sur Internet et la loi Hadopi. Ne croyez pas que j’en veuille particulièrement à ce pauvre Riester, mais c’est encore lui qui était à l’œuvre comme rapporteur de cette loi… Mais là où le gouvernement français et sa majorité refusent de prendre en compte les évolutions liées à la société numérique, l’Europe elle avance. Et pour être honnête, au delà même de la seule gauche européenne.

Cette fois la remarque est pour Jean-François Copé. Parce que Jean-François Copé, il croit – je n’invente rien – que les 407 parlementaires européens qui ont adopté l’amendement Bono c’est le résultat – je le cite – d’une petite « manip » des socialistes français ! Ségolène serait là, elle nous conseillerait de l’excuser… Je me fais son interprète…  Alors, excusez Jean-François Copé ; depuis le 9 avril dernier, il voit des rideaux rouges partout. Des rideaux derrière lesquels se cachent des hordes de socialistes qui bondissent au dernier moment pour gagner les scrutins ! Alors imaginez ce cauchemar récurrent de Jean-François Copé jusqu’au 7 juin : un grand parlement rassemblant les parlementaires de 27 Etats membres, avec un immense rideau rouge derrière lequel ou plutôt devant lequel il retrouve 407 députés socialistes!..

Mes chers amis, le parlement européen est donc utile comme l’Europe l’est. Je suis européen comme vous. Quels qu’aient été vos votes passés.

Je continue de penser, quelles que soient les difficultés que rencontre l’Union européenne, qu’elle reste la plus belle aventure humaine et politique de la fin du siècle dernier et de ce siècle qui commence. Si il m’arrive de douter, ce n’est jamais de l’Europe, mais de la majorité qui la dirige. Cette majorité qui a été inspirée depuis trente ans par Reagan, Thatcher, Bush, et plus proche de nous par Aznar, Berlusconi, Barroso et Sarkozy qui en sont les derniers héritiers. Et c’est vrai notre Europe n’est pas la leur. Notre projet ne se confond en rien avec le leur.

· Oui je crois en l’Europe politique, celle qui donne une gouvernance économique à l’Europe, mais non je ne crois pas à une Europe qui s’identifierait à un seul homme, Non je ne crois pas à une Europe qui se limite à des réponses intergouvernementales, mais oui je crois à une Europe qui saurait inventer une réponse commune à la crise !

· Oui je crois en une Europe de la défense qui assure aux européens leur protection, leur liberté et leur autonomie de décision, mais non je ne suis pas favorable à la réintégration de la France dans le commandement intégré de l’OTAN.

· Oui je crois à une Europe qui défend les agriculteurs, ce qui est très différent de la suppression des quotas et l’interdiction de fixer des prix de référence.

· Oui je crois en une Europe qui regarde l’avenir de chaque côté de la méditerranée, mais non mon Europe n’est pas celle qui exclut a priori les turcs parce qu’ils sont musulmans, et qui adopte une directive honteuse contre les immigrants parce qu’ils sont pauvres et peuvent croupir 18 mois sans autre forme de procès dans des centres de rétention.

· Oui je crois en l’Europe sociale qui harmonise par le haut les droits des travailleurs, fait converger les fiscalités et lutte contre le dumping qui met en concurrence les salariés et organise les délocalisations. Mais non, mon Europe sociale n’est définitivement pas celle de la directive Bolkestein, celle du temps de travail hebdomadaire à 65 heures, ou celle de la libéralisation des services publics.

Harlem le dira après moi, mieux que moi,

notre Europe c’est celle de la régulation financière,

celle de la relance économique à travers un gouvernement économique,

notre Europe c’est celle de la défense des services publics à travers une directive cadre,

notre Europe c’est celle d’un salaire minimum partout, selon les capacités et les potentiels de chaque pays !

c’est celle de la suppression des stock options, de l’interdiction des licenciements boursiers !

Sur tous ces sujets, nous avons besoin de l’Europe pour avancer.

Notre Europe, c’est quand même autre chose que celle de Nicolas Sarkozy !

Nicolas Sarkozy, il nous dit qu’il a réuni le G20. Très bien de réunir le G20. Formidable. Quelle photo ! Il nous dit qu’il a réussi à dresser une liste, celle des paradis fiscaux. Bravo… Mais si c’était pour avoir la liste, il aurait pu s’éviter beaucoup de peine et d’argent. La liste, nous l’avions. Il suffisait – s’il s’agissait juste de cela – de nous la demander !

Avec les paradis fiscaux, le problème ce n’est pas de les désigner, c’est de les interdire ! Avec le secret bancaire le problème ce n’est pas seulement de l’évoquer, mais c’est de le lever !

Avec Sarkozy, le problème ce ne sont pas les mots, mais les actes ! Alors que la crise était sensée avoir servi de révélation à la droite, alors que le président s’est engagé à refonder le capitalisme, la dérégulation continue. Et cela, au nom même de la crise ! Avec cette droite, le cynisme n’est jamais loin. Si on les écoute, c’est parce que les salariés ont trop de droits que le capitalisme va mal. Le chômage c’est parce que les chômeurs ne sont pas assez souples. Aujourd’hui même se poursuit la discussion d’une proposition de loi UMP à laquelle son porte-parole, Frederic Lefebvre a proposé d’ajouter un amendement que personne n’avait osé jusqu’ici. Les femmes enceintes, les malades, les infirmes pourront désormais télétravailler entre deux allaitements, deux soins ou deux souffrances !..

Pour sortir de la crise, comment pourrions-nous faire confiance à ceux qui nous y ont entrainé ? La réponse c’est nous  ! Alors nous devons être à la hauteur. Ce qui suppose notre unité.

L’unité c’est la première condition de notre crédibilité.

Ceux qui aujourd’hui se détournent de nous, le font non pas en raison d’un désaccord de fond avec ce que nous sommes, mais parce qu’ils ont le sentiment que chez nous les ambitions personnelles prennent le pas sur les ambitions collectives.

Ce soir, en ce moment même se tient un autre meeting. A Nantes. Ce soir, Ségolène Royal et Martine Aubry font meeting commun. C’est cette image là que les Français attendent de nous. Notre image lorsque c’est celle de notre unité, elle est belle. Mais elle doit être durable. C’est la promesse de Nantes. Partout, il nous appartient de la tenir.

Chers amis, j’en viens à ma conclusion;  il nous reste quelques jours, quelques heures. Pendant ces quelques jours et heures qui nous restent, vous allez croiser voisins, amis, famille, collègues…

Portez haut nos couleurs, proclamez haut nos valeurs ! Soyez fiers d’être socialistes ! Faites entendre notre voix.

Il y a un peu plus de 100 jours, un autre grand peuple a fait le choix de l’alternance. A nous de donner cette chance à l’Europe.

Le 7 juin les oppositions à Nicolas Sarkozy seront majoritaires, mais cela ne suffit pas. Il ne suffit pas d’exprimer un front du refus. Il faut exprimer une alternative. Et ça, seuls les socialistes peuvent l’offrir aux européens.

Le 7 juin avec Harlem, aidez nous à changer l’Europe, aidez nous à donner rendez-vous à la victoire !

Chronique de campagne européennes 3

Etrange campagne.

Elle a d’abord mis un temps fou à démarrer. Et puis les premiers arguments dégainés, voilà que nous en sommes déjà à commenter les résultats! Les journaux fleurissent de commentaires sur leurs effets supposés sur les carrières des uns et des autres. L’UMP aurait gagné. Le PS ne se se relèverait pas de ses divisions et Martine Aubry serait menacée par un destin à la Rocard. Bayrou aurait réussi son pari et cavalerait flamberge au vent jusquà la prochaine présidentielle. J’exagère à peine.

Ce scénario c’est celui que vendent les spin doctors de l’Elysée. Ils sont tellement pressés d’enjamber le scrutin européen, qu’ils répandent les rumeurs sur le prochain remaniement. L’effet médiatique recherché est double :

  • Accréditer l’idée que prochain évènement important de la vie politique c’est le jeu de chaises ministérielles qu’organise Nicolas Sarkozy, pas le vote du 7 juin.
  • Distiller le nom de Claude Allègre pour démobiliser au passage les électeurs socialistes, écoeurés de voir les vieilles gloires se vendre pour pas cher.

Aucun média ou presque ne rappelle que la droite est historiquement faible. Que l’UMP, seul parti à soutenir son action est en dessous de 30%

Etrange campagne aussi parce qu’en quinze jours, les médias compriment le travail qu’ils répugnent à faire, au quotidien. Qui rend compte du travail parlementaire à Strasbourg ou à Bruxelles? La plupart des journaux n’ont même pas de correspondant permanent pour suivre l’actualité européenne !

Coment s’étonner dès lors qu’aux tracts que nous distribuons, les passants nous répondent trop souvent par un sourire poli : « c’est courageux de faire ce que vous faites, mais franchement cela nous indiffère« . En quelques secondes, il faudrait tout à la fois rappeler le fonctionnement de nos institutions européennes, faire le récit de cinq ans de mandat, et énoncer les principales propositions clivantes…

Alors, en courant derrière les unes et les autres, à la sortie d’un RER, sur le parking d’un supermarché, la devanture d’une boulangerie, nous essayons de vous dire que si le 7 juin l’alternance joue, la gauche mettra en place un bouclier social pour les salariés, les chômeurs, les retraités. Il comprendra notamment :
– Un salaire minimum dans chaque pays européen pour stopper les délocalisations
– Une directive pour empêcher les licenciements boursiers ;
– Une « clause de progrès social » pour qu’aucune directive ne puisse affaiblir nos droits sociaux ;
– Une directive cadre pour protéger les services publics.

Et cela ne vaudrait pas la peine de se mobiliser?

Chronique de campagne élections Européennes 2

Mardi 15:00 Assemblée nationale. Séance des questions au gouvernement. Au 1er rang du banc des ministres, le tandem Dati-Barnier. Aucun des deux ne semble très pressé de sortir de sa peau de ministre pour entrer dans celle de candidat. Bruxelles est encore synonyme d’exil et de punition à l’UMP…

Mardi 16:15 Vote solennel sur la loi Hadopi. Cette fois les boulons ont été vissés. Pas question pour la majorité de se faire à nouveau déborder. Pourtant 44 députés UMP refusent de jouer les godillots et s’abstiennent. Ces 44 là savent que leur patron JF-Copé se moque du monde lorsqu’il dit que l’amendement Bono adopté au Parlement européen (par 407 voix et qui contredit Hadopi) est le résultat d’une « manip » des socialistes. Au Parlement européen, la gauche est minoritaire. Il a fallu une bonne part des voix de la droite pour que soit votée l’obligation de passer par l’autorité judiciaire lorsque l’on veut couper un abonnement Internet. Il faut toute la démagogie de la droite française et le soutien objectif des majors et des grands médias (TF1 ne s’en cache pas) pour laisser croire aux artistes que cette loi est une réponse au téléchargement illégal. A ceux qui se demandent à quoi sert le Parlement Européen, voilà une réponse : à corriger les erreurs du gouvernement français sur Internet. Pour le prochain round, la discussion avec le conseil de l’Union, mieux vaudrait des députés anti Hadopi en nombre. A bons entendeurs…

Mercredi 19:30 Paris. Cirque d’hiver. La salle est comble. Jeunes et vieux militants sont venus. les drapeaux virevoltent. Les intervenants expriment dans leur diversité ce que les socialistes portent dans cette campagne. Pourtant, il manque quelque chose. Ce quelque chose est exprimé en creux par ce slogan cent fois scandé par la salle : « tous ensemble, tous ensemble, socialistes« ! La recherche obsessionnelle de l’unité couvre nos propositions pour ce scrutin.

Vendredi 20:00 Brie Comte Robert. Salle de « la clé des champs ». Le mouvement européen 77 a invité les candidats seine-et-marnais. Seule l’UMP a jugé inutile de venir. Pas même un représentant. On ne peut dire mieux son mépris pour le débat européen. Quel cynique jeu de rôle entre Bruno Lemaire, ministre des affaires européennes qui se désole de l’abstention prévisible et l’UMP qui se méfie d’une participation qui pourrait tourner au vote sanction de deux années de politique de Nicolas Sarkozy…

Samedi 21:00 Moscou, concours de l’Eurovision. Il n’y a pas qu’en politique que les sondages ne sont pas prédictifs… Patricia Kaas était – parait-il – favorite pour ce tour de chant, elle n’est arrivée que 8ème. Décidément l’Europe ce n’est pas « la France en grand » comme le proclamait autrefois les affiches du RPR lorsque ses dirigeants voulaient faire avaler la pilule de l’Union à leurs électeurs réticents. Les Européens ne s’inclinent pas spontanément devant le « génie français« . L’Europe c’est un ensemble de 27 pays qui demandent à être traités à égalité d’égards et de dignité. La remarque vaut pour de nombreux politiques français, avec une spéciale dédicace toutefois pour Nicolas Sarkozy dont la présidence fût un modèle d’autopromotion.

Dimanche 11:00 Champs sur Marne, parking de Carrefour Pyramides. Nous tendons nos tracts aux passants. Ce serait beaucoup dire que nous suscitons un grand intérêt. Il faut se battre pour convaincre chacun-e de l’intérêt de l’élection européenne. Sur toutes les lèvres : « la crise est là, vous ferez tous pareil« . Répéter et répéter encore. Non, une majorité de gauche ne ferait pas la même chose. Cete crise n’est pas venue par hasard. Elle est la conséquence d’une politique ultra libérale conduite de Reagan jusqu’à Bush aux Etats-Unis. Les derniers partisans de Bush en Europe s’appellent Barroso, Berlusconi et Sarkozy… Les américains ont choisi il y a un peu plus de 100 jours B. Obama. L’Europe aussi a droit à l’alternance le 7 juin.

Votez pour le « Manifesto » (chronique Européennes. J – 30)

A droite, les listes ne sont complètes que depuis hier. Un mois jour pour jour avant le scrutin. La campagne pour les élections européennes va peut-être enfin commencer.

Cela fait quinze jours que je parcours la Seine et Marne pour éveiller à l’intérêt du vote le 7 juin prochain. C’est peu dire que la campagne ne mobilise guère pour le moment. Partout l’ignorance et l’indifférence. C’est pour cela que la désinvolture de Rachida Dati le 23 avril, lorsqu’elle a montré le peu d’intérêt qu’elle portait à une assemblée où elle est appelée à siéger, est véritablement coupable. Difficile d’accepter que l’Europe soit ainsi traitée. Comme un vulgaire parachute doré pour Ministre en torche.

Je suis candidat sur la liste socialiste en Ile de France, liste conduite par Harlem, Pervenche et Benoit, tous les trois députés sortants aux solides états de service. Je suis en onzième position. Ce qui signifie qu’il faudrait sans doute près de 90% des voix pour que je sois élu… Si j’ai voulu cette place non éligible (comme il y a cinq ans), c’est parce que je suis un militant. Je crois à cette formidable avanture humaine qu’est l’Europe. Comme tous, il m’arrive d’être solidement ébranlé par les politiques conduites, mais justement jamais par la nécessité de construire l’Europe. Ce qui ne va pas en Europe, c’est la majorité qui la dirige. Cette majorité qui de directive Bolkestein,  en directive temps de travail, cherche à libéraliser, à déréguler et hélas à déshumaniser aussi parfois (directive retour).

L’élection au Parlement Européen a un impact sur nos vies. C’est en Europe que se décident les durées maximales hebdomadaires du travail, c’est en Europe que peuvent s’inventer les nouvelles règles pour encadrer le marché, c’est l’Europe qui seule est à même de prendre la dimension du désastre écologique.

Certains vous diront : « A quoi bon? la crise est là. Les européennes qu’est-ce que cela va changer« ? C’est ceux-là justement qu’il faudra convaincre que la crise économique, financière et sociale ne rend pas négligeable mais incontournable cette élection.

Les socialistes des 27 Etats membres se sont rassemblés autour d’un programme unique « le manifesto ».

Je reviendrai régulièrement au cours des prochaines semaines sur nos propositions très concrètes. Je veux aujourd’hui simplement insister sur cette formidable opportunité. Seuls les partis du « manifesto » ont fait ce travail commun. Eux seuls peuvent demain constituer l’épine dorsale d’une nouvelle majorité qui change l’Europe.

Le projet européen doit aujourd’hui trouver un nouveau souffle. Social. Qui d’autres que les socialistes peuvent y conduire?