60 000 postes dans l’éducation, la cohérence et l’ambition de François Hollande

Quand François Hollande entre lundi 12 septembre dans la salle surchauffée du Trianon, le chanteur Rost chante « L’avenir c’est nous ». François Hollande n’en a jamais fait mystère. Sa priorité pour le quinquennat tient en deux mots : la jeunesse. Beaucoup n’ont voulu y voir qu’une posture, un élément rhétorique de campagne. C’était mal connaître cet homme qui tire parfois des bords pour éviter les vents contraires, mais n’abandonne jamais son cap.

La dette abyssale a rendu les candidats modestes. Il serait absurde qu’elle les conduise à renoncer à toute ambition. Il n’y a pas d’avenir envisageable sans croissance. Pour la droite, la crise de la dette se limite à la réduction drastique de la dépense publique. Symétriquement il existe une gauche qui résume la solution à l’augmentation des recettes fiscales. Pour François Hollande, la sortie de la crise suppose l’action coordonnée sur trois fronts :
–    les politiques publiques doivent toutes être évaluées. Les dépenses improductives doivent être supprimées
–    De nouvelles marges doivent être trouvées avec une réforme de la fiscalité qui rétablisse davantage de progressivité, et privilégie le travail sur la rente.
–    La croissance doit être stimulée pour permettre au pays de renouer avec la prospérité et l’emploi dans un univers très compétitif et face à des pays émergents qui ont fait le pari de la formation de centaines de milliers de leurs enfants.

Il n’y a pas de croissance durable sans effort massif en faveur des jeunes générations. Nous en sommes aujourd’hui très loin. Les chiffres s’alignent comme un réquisitoire : Selon l’OCDE, la France est l’un des pays développés qui dépensent le moins pour son école primaire et l’un des pays où les dépenses d’éducation rapportées au produit intérieur brut ont le plus baissé depuis l’an 2000. Dans la tranche d’âge allant de 25 à 29 ans, un jeune français sur six (16,5%) était « sans diplôme » en 2005 pour une moyenne Européenne de un sur cinq (20,5%).

Le diagnostic ne peut laisser indifférent : faiblesse du niveau moyen, échec scolaire, reproduction des inégalités socioéconomiques et accroissement de l’écart entre les meilleurs et les moins bons.

C’est dans ce contexte que François Hollande annoncé la création de 12000 postes par an dans l’éducation nationale au cours des cinq prochaines années. Le projet n’est pas de céder à une revendication corporatiste pour revenir au statuquo ante. L’ambition est d’attribuer des moyens nouveaux pour répondre à des besoins aujourd’hui mal satisfaits. L’ambition c’est de donner plus aux établissements qui en ont le plus besoin, de mettre enfin le paquet sur les quartiers, de mieux accompagner et orienter les enfants dans leur parcours, d’assurer le soutien en dehors des heures de cours, de scolariser les jeunes handicapés pour les sortir de leur marginalité, de répondre à la question de la violence, de ne plus négliger les questions de santé…

La plupart des inégalités naissent avant l’âge adulte. Nous passons ensuite une vie à tenter de les réparer. Il faut attaquer le mal à la racine. Je prends un exemple pour être bien compris. L’obésité est devenue un fléau. Il est temps d’opter pour un travail de prévention mené par des infirmières scolaires plus nombreuses. Le bénéfice c’est plus de santé et moins de coûts pour la sécurité sociale.

12 000 postes de plus dans l’éducation nationale pendant cinq ans c’est plus d’enseignants, moins d’élèves par classe, plus de psychologues, de conseillers d’orientation, de surveillants, d’infirmières et de médecins scolaires, plus de personnes pour assurer le soutien, plus de personnes pour accompagner les enfants handicapés…

La droite dit que c’est trop ? Je dis que c’est faire moins qui n’est pas assez. Comment pouvons nous accepter que nos enfants bénéficient de moins de moyens que ceux dont nous avons nous mêmes bénéficié ?

Il faut évidemment parler du coût (2,5 milliards en 2017), mais qui parle du coût pour la collectivité que représentent le chômage, la délinquance, ou encore du coût généré par l’absence en nombre suffisant d’ingénieurs, de chercheurs, de créateurs pour résister à la concurrence ?

Le 10 avril 1870, un homme d’Etat prenait cet engagement public : « je me suis fait un serment. Entre toutes les nécessités du temps, entre tous les problèmes, j’en choisirai un auquel je consacrerai tout ce que j’ai d’intelligence, tout ce que j’ai d’âme, de cœur, de puissance physique et morale : c’est le problème de l’éducation du peuple ». Il s’agissait de Jules Ferry. C’était un grand Républicain. De ceux qui ont nourri le rêve français.

Comment François Hollande a constitué son équipe

Depuis de très longs mois, François Hollande sillonne la France. S’est-il d’ailleurs un jour interrompu ? Longtemps dans le minuscule bureau de Brigitte qui préparait ses déplacements, les visiteurs sont tombés nez à nez avec une carte de France transpercée de centaines d’épingles figurant chacun de ses séjours…
De ces milliers de rencontres François Hollande a tiré une connaissance intime de la France et des français. C’est en allant vers eux qu’il a puisé l’énergie d’une candidature et l’intuition des priorités à mettre en œuvre.

Lassé par les combats d’appareil après le congrès de Reims, l’ancien Premier secrétaire a entrepris une quête qui fut d’abord solitaire. A sa table le mardi, nous n’étions guère plus d’une dizaine, plus soudés par l’amitié que par une très improbable ambition. Et sur cette dizaine, il était probablement le seul à imaginer la fin d’une traversée du désert.

Souvent l’un d’entre nous s’indignait de l’injustice des commentaires. Après avoir conduit et uni les socialistes pendant plus de dix ans il était rendu responsable de tous leurs maux. Les victoires à toutes les élections intermédiaires, la reconstruction après 2002, tout avait été oublié. Les arguments les plus contradictoires furent utilisés. Les premiers critiquaient un supposé goût immodéré pour la synthèse, les seconds lui reprochaient au contraire de ne pas l’avoir recherchée en 2005 lors du référendum européen. Pour les uns trop consensuel, pour les autres trop clivant…
Jamais il n’a souhaité relever. François Hollande n’est pas homme à s’épancher ni à se plaindre. Plutôt du genre à relever le défi. A sa façon. Sans fanfare.

Le 21 avril 2002, j’étais assis à côté de lui sur les marches de l’Atelier de campagne. Nous étions abasourdis par le double coup de tonnerre du résultat et du départ de Lionel Jospin. Progressivement dans la soirée les journalistes se sont attroupés autour de lui. C’est à travers leur regard et leurs questions que je l’ai vu prendre conscience de sa nouvelle responsabilité. Il a ployé, puis il s’est redressé.

Cette fois encore, François est reparti à la conquête. Après avoir longtemps, trop sans doute, porté la parole des autres, il s’est remis au travail. A son compte cette fois.
L’homme que l’on décrit comme habile – il l’est – est d’abord doté d’une solide cohérence. Dans un monde politique où les positionnements successifs ne lassent de surprendre, il est resté attaché aux fondamentaux de la gauche réformiste. Au moment où tous les regards se tournaient vers Tony Blair ou Gerhart Schröder, il a maintenu le cap. Après les défaites présidentielles, lorsque la tentation de rompre avec l’esprit majoritaire, celle du repli protestataire, gagnait les esprits, il a maintenu le cap. Lorsque le PS s’est déchiré en 2005, il a maintenu l’unité sans laquelle toute espérance se serait définitivement évanouie.

Son patient travail a d’abord été repéré par quelques éditorialistes, étonnés de cette métamorphose physique autant qu’intellectuelle. Et puis, magie de la politique, Sa voix a commencé à porter. Comme Mitterrand, comme Chirac, comme Sarkozy, le chemin vers la présidence de la république a commencé dans le mépris. C’est peut-être le parcours initiatique. Celui d’un homme libre qui doit se confronter à sa propre vérité avant de la faire partager au peuple français. C’est peut-être oublié des siens que l’on se rend plus disponible pour entendre les souffrances silencieuses, évaluer les douleurs profondes et mesurer aussi les atouts d’un pays.

Le 12 juillet, François Hollande a confirmé son engagement dans le combat présidentiel. Il a choisi une équipe. Avec celles et ceux qui ont partagé le pain noir, avec celles et ceux qui – après l’avoir parfois contesté – ont jugé qu’il incarnait cette gauche qui change. Cette gauche qui, parce qu’elle s’est changée elle-même est maintenant prête à changer la vie. Cette gauche qui parce qu’elle a tiré la leçon de ses défaites peut désormais envisager la victoire.

C’est une équipe composée sans trébuchet. Elle allie les forces de femmes et d’hommes choisis pour leurs compétences. Connus ou inconnus du grand public. Tous savent que leur présence a pour unique objet d’accompagner une candidature, sans autre promesse que celle d’une possible victoire de la gauche après trois défaites successives.
Pierre Moscovici animera un groupe qui comprend parmi les meilleurs sur leurs sujets. Michel Sapin, ancien ministre des finances, Jérôme Cahuzac, président de la Commission des finances, Marisol Touraine, experte incontestable des affaires sociales, André Vallini, spécialiste de la justice et ancien président de la commission Outreau, Aurélie Filipetti militante engagée du développement durable, Vincent Peillon, député européen et agitateur d’idées prolifique, François Rebsamen qui fut conseiller de Pierre Joxe à l’Intérieur avant de conquérir le cœur des dijonnais, Bernard Roman, ancien président de la Commission des lois à l’Assemblée, Victorin Lurel, parfait connaisseur de l’outre-mer et président du CR de Guadeloupe, Nicole Bricq infatigable rédactrice de propositions de loi préfigurant une politique économique alternative, Karine Berger, économiste, François Patriat, véérinaire devenu ministre de l’agriculture, Julien Dray, vice président régional chargé de la culture…
A côté des figures les plus médiatiques, comme celle de Gérard Collomb, maire de Lyon, il y a ces nouveaux visages, celui de quadragénaires comme Thierry Repentin, président de l’Union sociale pour l’habitat qui fédère le mouvement HLM, Geneviève Fioraso députée de l’Isère et ancienne dirigeante d’une PME innovante, Vincent Feltesse, jeune président de la Communauté Urbaine de Bordeaux, Jean-François Debat, vigoureux maire de Bourg en Bresse, Sylvie Guillaume fraiche députée européenne investie dans la coopération, Christophe Sirugue, spécialiste de l’insertion et nouveau maire de Chalon, Pascal Terrasse député et membre du Conseil d’Orientation des retraites, Vincent Eblé, président du CG 77 grand connaisseur des collectivité locales, Emeric Bréhier, constitutionnaliste, Bernadette Laclais, première femme maire de Chamberry…
Il y a ceux qui – sans la revendiquer – illustrent la diversité des parcours et des origines, Faouzi Lamdaoui, Safia Ottokoré, chargés de la presse, Kader Arif, chargé de l’Europe, Cécile Ha Minh Tu, chargée de l’industrie, Nisrine Zaibi, chargé de la jeunesse…
Sans oublier les talents prometteurs de têtes bien faites comme celles des trentenaires Manuel Flam (Essec, Sc Po, Ena) Mathias Fekl (normale sup, sc Po, Ena) qui ont coordonné les travaux des experts ou Rémi Branco (IEP) qui a éclairé les pas de François Hollande sur la question centrale de l’avenir de la jeunesse ou encore Benjamin Griveaux, vice-président du Conseil général de Saône et Loire…

A la source de ce fleuve qui est appelé à connaître d’autres confluents, il y a Stéphane Le Foll, compagnon des bonnes et des mauvaises heures dont les qualités d’organisateur sont indispensables à la victoire. Il y a le très diplomate, Thierry Lajoie qui coordonne le cabinet de François composé de militants dévoués dont les noms n’apparaissent dans aucun organigramme, mais dont la présence a été indispensable tout au long de l’aventure.

Et puis François m’a confié la communication. Sans doute parce que je ne suis pas un « communiquant ». Parce que, pour lui, la forme n’a jamais emporté le sens, ni le marketing remplacé les idées. Parce que nous partageons et revendiquons cet archaïsme : la politique ne sera jamais un « produit » et les citoyens des consommateurs.

NB : pour voir l’organigramme complet de l’équipe : rv sur francoishollande.fr

La Rochelle et après?

Sous les stands devant les bâtiments de l’Encan où se déroule l’université du PS les portraits des présidentiables tournent sur un même présentoir et prennent la lumière à tour de rôle. A l’intérieur les éléphants tirent dans le même sens et dénoncent « l’été de la honte« . Les journalistes s’inquiètent. Pas de petites phrases à se mettre sous la dent. Le seul candidat à la primaire en campagne s’appelle… Will Mael Nyamat, militant PS de la section de Londres. Cela faisait longtemps. Cela a fait du bien.

Les militants sont repartis de la Rochelle soulagés avec le sentiment qu’une haie venait d’être franchie, même si ce n’était pas la plus haute.

Que se sont-ils dit? Les sondages sont bons, mais ils font apparaître davantage l’envie d’en finir avec Nicolas Sarkozy qu’un réel emballement pour la gauche. DSK est très haut mais il est aussi très loin. Ceci n’est pas sans rapport avec cela. Martine s’installe, mais sa position demeure fragile. François réalise un inespéré 50/50 dans un second tour simulé par la Sofres, mais demeure en dessous de la barre des 20% au premier tour. Ségolène n’apparait plus en situation de revenir, mais sa posture unitaire la réintègre au sein de la famille socialiste qu’elle a souvent donné l’impression de contourner.

Dominique semble la meilleure chance de la gauche, mais certains doutent de sa gauche. Martine est au centre de gravité de la gauche, mais d’autres doutent de sa capacité à gagner les indispensables voix du centre. François est la synthèse des deux, mais il est trop loin dans l’opinion. Ségolène ne semble plus pouvoir gagner, mais peut-on gagner sans elle?

Sur le port, on s’est perdu en conjectures sur le désir réel des uns et des autres d’être président. DSK peut-il renoncer au confort d’une situation enviable au FMI. Martine rêve-t-elle vraiment de l’Elysée? François joue-t-il gagnant ou placé? Quels sont les vrais désirs d’avenir de Ségolène?

L’indécision domine. Les uns et les autres hésitent à afficher trop tôt des préférences. Cette fois, nous ne pouvons pas perdre. Et puis après tout, les primaires sont là pour départager les candidats. Cependant l’ardeur même pour les primaires est loin d’être unanime. Le choix sera-t-il exhaustif ou tronqué? Et si le choix est réel, l’âpreté du débat ne servira-t-elle pas l’adversaire?

Au fond, les socialistes rêvent d’un candidat qui n’existe pas. Ils souhaitent le désigner, mais aimeraient que ce choix s’impose naturellement. Ils souhaitent le débat, mais redoutent la confrontation.

La réalité est évidemment différente. Aucun candidat ne réunit les qualités de tous les autres. Il faut accepter le débat qui éclaire, mais disqualifier ceux qui pensent pouvoir servir le collectif en commençant par l’affaiblir.

Putain deux ans…

la bonne nouvelle de l’été.

L’actualité réserve parfois des comparaisons cruelles.

En France, Nicolas Sarkozy désigne des boucs émissaires à la vindicte populaire, il assimile l’immigration à la délinquance et organise la mise à l’index des populations Roms , après avoir mené, dans des conditions douteuses un débat sur l’identité nationale. De l’autre côté de l’Atlantique, Barack Obama prend la décision courageuse de maintenir l’édification d’un centre culturel et cultuel musulman à deux cent mètres de « ground zero ».

Le président des Etats-Unis est à la veille d’élections importantes. Les Républicains amalgament dans un terrifiant raccourci, la religion musulmane et les terroristes d’Al Qaida qui ont abattu les tours du World trade center. Mais l’hôte de la Maison Blanche choisit, à contre-courant d’une large part de son opinion publique, de rappeler les valeurs non négociables sur lesquelles s’est construit son pays : « that’s America« !

Le locataire de l’Elysée prépare aussi des échéances électorales et cherche à rassembler sa droite jusqu’à l’extrême. Michel Noir, confronté dans les années 90 au score du FN, préférait perdre des élections que son âme. Nicolas Sarkozy a choisi lui le destin de Faust. Une deuxième vie à l’Elysée vaut bien tous les pactes. Théoriquement gardien de la constitution, il n’hésite pas à contourner son article 2 qui assure l’égalité des citoyens quelles que soient leurs origines. Le secrétaire général de l’Elysée rame pour limiter le nombre de cas concrets pour lesquels une procédure de déchéance de nationalité sera envisageable. Mais, trop tard. Le mal est fait parce que le message est clair : les français qui ne sont pas de souche, sont tolérés comme citoyens de seconde zone.

Il faut évidemment s’élever contre le meurtre de policiers, condamner l’excision et réprouver la polygamie. Mais la République s’est construite sur l’égalité de ses citoyens et sur le droit du sol. Tous les criminels sont passibles des mêmes peines. En revenant sur ces principes, l’UMP ouvre une brèche. Cette dernière est d’autant plus grave qu’elle vise spécifiquement à stigmatiser les Français de confession musulmane (1). En effet, quel point commun entre le crime de sang, passible de la réclusion à perpétuité, la mutilation sexuelle punissable jusquà 20 ans d’emprisonnement et le mariage multiple qui n’est sanctionnable que d’un an de privation de liberté? Aucun sur le plan pénal. Mais sur le plan symbolique chacun aura compris la confusion opérée.

Sur le champ des luttes contre les discriminations l’été aura été avare en bonnes nouvelles. Mais il y en a eu une. Le président n’aime pas les immigrés, ni les gens du voyage, mais il n’a rien… contre les petits. Désormais les policiers pourront mesurer moins d’un mètre soixante. Les plus médisants décèleront dans cette décision un sérieux conflit d’intérêt. Les plus optimistes saisiront l’augure d’une prochaine reconversion du chef de l’Etat… Une bonne nouvelle peut toujours en cacher une autre.

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(1) l’excision ou la polygamie sont au demeurant des pratiques minoritaires. Mais après un an de polémiques orchestrées par l’UMP, on finirait par croire que l’Islam n’est qu’affaire de femmes excisées, en burqa et enrôlées dans des harems.

Meilleurs voeux 2010 !

2009 s’achève. Merci à toutes celles et ceux qui fréquentent ce blog, le lisent ou le commentent. J’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir vos réactions, suggestions, revendications, récriminations…

J’espère qu’en 2010 nous nous retrouverons régulièrement pour débattre et le plus souvent possible nous comprendre.

Je formule pour vous même, votre famille, vos proches, celles et ceux qui vous sont chers, tous mes voeux de belle et heureuse année 2010. A bientôt.

Bien amicalement,

Olivier FAURE

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NB : pour ceux qui ne le connaissent pas, le château en photographie sous la neige est celui de Champs sur Marne. Château qui vit passer Voltaire, et qui abrite donc un peu de l’esprit des Lumières…

Les cailloux d’Auschwitz

Je savais en me rendant à Auschwitz-Birkenau que ce voyage se graverait dans ma mémoire. Je savais que j’avais rendez-vous avec les abysses de l’Humanité d’où toute lumière s’était retirée, que je visiterai  ces camps où  l’Histoire a sombré, que je foulerai un cimetière sans tombes. Je croyais tout savoir. Et peut-être même que je savais tout. Mais je ne savais pas que savoir n’est pas tout.

Depuis ce 22 octobre, je suis hanté chaque jour par cette journée. Raison pour laquelle je n’ai pas écrit depuis sur ce blog, en dépit d’une actualité politique et parlementaire chargée. Je voulais d’abord raconter ce que j’ai vu. Jusqu’ici sans y parvenir.

Dans cette ville d’Auschwitz qui comprenait 60% de juifs avant-guerre, il n’en restait plus qu’une. Elle vient de disparaître. C’est la première pensée qui vient en pénétrant ce village sans attrait : la mémoire peut disparaitre. On imagine une population polonaise partagée entre la nécessité de garder témoignage de l’horreur nazie et le désir de faire oublier que les fumées noires et âcres qui s’échappaient des crématoires obscurcissaient le ciel sans arracher la compassion et encore moins la résistance des voisins. C’est la seconde pensée qui assaille, il est possible de vivre en regardant passer des trains de femmes, d’enfants, de vieillards, d’hommes condamnés à l’humiliation, la torture et la mort. Il y a quelques années, la polémique enfla autour de la volonté de construire un supermarché en face du camp. Il y a aujourd’hui une grande pizzeria de l’autre côté de la route…

Nous avons franchi ce portail de fer forgé. Relu cette inscription : « Arbeit macht frei » (le travail rend libre). Ironnie glaçante de nazis qui n’hésitaient pas à faire jouer l’orchestre pour accueillir les familles épuisées et inquiètes.

Il faisait un temps magnifique ce 22 octobre. Il ne faisait pas froid. Il n’y avait pas de boue, pas de prisonniers squelettiques en pyjamas rayés, pas de kapos, ni de soldats SS. Juste une caserne qui aligne des bâtiments de briques rouges. Le camp d’Auschwitz I fût en effet d’abord une caserne de l’artillerie polonaise. On est presque gêné par la banalité de l’endroit. Les mots de Hannah Arendt sur la banalité du mal trouvent là un écho particulier. Lieux ordinaires pour hommes ordinaires qui se transforment en bourreaux quotidiens.

Rien n’a été fait dans ce lieu pour impressionner outre mesure le visiteur. Ce n’est peut-être pas utile. Des échantillons d’horreur sont entreposés derrière des vitres : des valises abandonnées marquées du nom de leurs propriétaires, des chaussures d’enfants amassées, des montures de lunettes empilées… J’écris des « échantillons d’horreur » parce que ce sont des dizaines de milliers de prothèses, des dizaines de milliers de poupées de porcelaine, des dizaines de milliers de bagages, des montagnes de cheveux que l’on aurait pu amasser ici pour donner à saisir ce que crime de masse signifie. Il y a accrochée au mur cette carte d’Europe, sinistre, dont Auschwitz est le centre vers lequel pointent des rayons qui ont pour origine les villes de provenance des convois : Riga, Hambourg, Berlin, Bruxelles, Rome, Paris, Drancy, Pithiviers, Lyon…

Vers 16 heures, nous avons atteint Birkenau, le camp d’Auschwitz II. Le soleil se couche. Derrière les barbelés électrifiés, se profile un camp à perte de vue. Des baraques de part et d’autres d’une voie ferrée. Des miradors hauts perchés. Le gigantisme des lieux m’anéantit. Dans un dortoir, un rabbin a entamé une prière. Peut-être le kaddish, la prière des morts. Le soir tombe vite en Pologne. L’humidité monte. La fraîcheur aussi. Les bois sont tous prêts. J’entre dans les bâtiments des femmes. Dehors on entend des chiens aboyer. Une sirène de police hurle au loin. Dans la pénombre, je découvre ces couches superposées où s’entassaient celles qui n’avaient pas été condamnées au gaz dès leur arrivée. Elles devaient survivre à quelques dizaines de mètres des douches et des fours. Je reste une dizaine de minutes, seul dans ce bâtiment. Je suis englouti. Submergé. J’imagine ces filles auxquelles on offrit pour tout écrin à leur jeunesse, ces matelas de planches et ces murs de briques. J’imagine ces mères arrachées à leurs enfants. J’imagine ces coeurs serrés qui, la nuit venue, devaient scruter au travers des quelques ouvertures cet horizon fermé par d’autres baraques et saturé par d’autres douleurs.

Le soleil s’est pratiquement éteint lorsque j’atteins les ruines des chambres à gaz et des krématoriums, dynamités par les nazis avant l’arrivée des alliés. C’est ici que se perpétua l’organisation industrielle du crime. Tout fût pensé et planifié. Moll, le spécialiste de l’élimination des cadavres, alla jusqu’à imaginer un système de combustion à l’intérieur des fosses pour que la graisse humaine ainsi dégagée soit récupérée par des canalisations et vienne alimenter la flamme des fours en se passant de carburant… Des machines à broyer les os furent inventées pour réduire en poudre les restes humains qui n’avaient pas été réduit en cendres.

J’ai beaucoup hésité à écrire sur ce voyage. Devant tant de misère, je ne me sentais pas légitime à décrire l’indescriptible et l’insondable souffrance. Complexe du témoin qui se désole en se prenant pour un voyeur. Mais je sais aussi que ce sentiment doit s’effacer devant la nécessité de témoigner. Les nazis avaient décidé de retirer aux juif jusqu’au statut d’êtres humains. Ils ne voulaient pas seulement les exterminer, mais effacer jusqu’à leur passage et interdire le deuil et le souvenir.

J’ai fait de nombreuses photos. En les regardant, je les ai trouvées souvent trop esthétiques. Il y a une esthétique de l’horreur. Pour illustrer ce billet je me suis interrogé sur celle que je choisirais. J’ai préféré ce portrait parce qu’il évite tous les « clichés » avec miradors et barbelés. Cet homme s’appelle Elie Buzyn. C’est un des rescapés d’Auschwitz. Au premier plan, c’est sa femme qui parle. C’est la première fois qu’elle l’accompagnait sur les traces de son passé tragique. Au moment où je prends cette photo, elle raconte comment Elie sauva l’un de ses camarades d’une mort certaine en lui offrant sa ceinture (un pantalon qui tombe et c’est la mort), ne conservant pour lui-même qu’une ficelle… Elie a décidé de vivre le plus longtemps possible pour pouvoir emmener pour leurs 15 ans, tous ses petits enfants.

J’ai remonté dans la nuit noire le chemin de fer de Birkenau, éclairé par les projecteurs le long des chemins de ronde. Sur le ballast qui supporte les rails, j’ai prélevé trois petits cailloux. Un caillou pour chacun de mes enfants.

Trois cailloux comme ces cailloux que l’on dépose sur les tombes juives, symboles de la mémoire et de la permanence du souvenir. Dans l’antiquité, les pierres que chaque passant déposait, protégeaient aussi les corps des défunts des charognards.

Trois cailloux pour qu’ils se souviennent.

Trois cailloux pour que ce cri rapporté par Primo Levi, de cet homme qui fût pendu quelques heures avant la libération du camp, soit exaucé : « Kameraden, ich bin der letze ! » (Camarades, je suis le dernier !)

Et si la gauche redémarrait? (suite)

Les premières réactions sur Facebook à mon précédent post étaient univoques : il fallait avoir beaucoup fumé ou avoir beaucoup d’imagination pour observer un redémarrage à  gauche! Je reprends donc : je ne décris pas une gauche qui n’existe pas. Celle que je vois est effectivement malade. Je préfère penser, convalescente. Mais je maintiens que l’UMP a de son côté de sérieux soucis à se faire sur le plan électoral . Je maintiens aussi que lorsque les socialistes ne sont pas artificiellement divisés, ils demeurent la force de l’alternance. J’observe enfin que lorsque les socialistes ne sont pas à la hauteur, l’électorat de l’opposition ne s’évapore pas et se fédère par exemple sur les candidats écologistes comme dans les Yvelines. Si ce que j’écris là n’avait aucune réalité, Nicolas Sarkozy ne prendrait pas autant de risques politiques pour accumuler les tripatouillages électoraux.

Mais ce billet vient de plus loin. Il est l’expression de ma mauvaise humeur. Je suis fatigué de la lecture récurrente des éditorialistes qui n’en finissent plus de décrire l’agonie des socialistes. Je suis tout aussi las des socialistes qui n’aiment rien tant que se flageller en public, en général sur le dos d’un-e  voisin-e. La rénovation ce n’est pas l’auto-dénigrement permanent.

La gauche va sans doute « très mal« , mais lorsque ce week-end, deux millions de personnes signifient par un vote symbolique leur attachement au statut de la Poste, il est permis d’espérer. Les sondages montrent que c’est à une majorité très confortable que nos concitoyens refusent toute privatisation du plus ancien de nos services publics. La gauche va sans doute très mal, mais ses valeurs sont donc loin d’être minoritaires dans le pays.

La gauche va sans doute « très mal » sur tout le continent. La crise de la social-démocratie est sans doute européenne, mais ce week-end ce sont les socialistes grecs de Papandréou qui ont remporté les élections législatives. C’est vrai la semaine précédente les allemands du SPD ont perdu. Mais ils sortaient d’ue coalition avec la droite qui a brouillé leur identité et interrogé sur leur utilité. C’est exact que Les travaillistes anglais devraient selon toute vraisemblance subir une cuisante défaite prochainement. Mais qui ne voit l’usure d’un « New Labour » au pouvoir depuis douze ans?

Pourquoi je m’agace? Parce que le commentaire « Canal habituel » c’est « la gauche est sans idées, sans projet« . Les valeurs, le système libéral ont beau mener le monde au quasi chaos, ce sont les idées des sociaux démocrates qui sont dépassées !

Pourquoi je m’exaspère? Parce que la victoire des socialistes du Pasok ne sera décrite demain que comme une victoire locale, alors que celle du SPD la semaine dernière était présentée comme une défaite européenne.

Pourquoi je m’inquiète? Parce que je ne voudrais pas que Nicolas Sarkozy soit le seul à prendre un vent qui souffle à nouveau de la gauche. Pas parce que c’est lui. Mais parce que nous n’allons pas vers le même port.

Et si Sarkozy avait compris avant les autres que la gauche est prête à redémarrer?

« Les Français ont fait le tour de ce président. Ils n’espèrent plus de Nicolas Sarkozy, mais reconnaissons qu’ils n’espèrent pas encore en nous« . C’est par ces mots que Jean-Marc Ayrault appelait les députés et sénateurs socialistes à rendre plus lisibles leurs propositions lors des journées parlementaires de Toulouse qui viennent de se terminer.

A priori, rien ne devrait laisser penser que les socialistes ont la moindre chance de l’emporter en 2012. Et pourtant. Ce mois de septembre me laisse penser que quelque chose est en train de se passer. Rien de perceptible encore. Juste une esquisse. Le trait est encore maladroit. le style mal assuré. Mais l’inspiration est revenue.

Loin de moi, l’idée de penser que la suite est une promenade de santé. Mais il y a des indicateurs qui passent du rouge à l’orange.

Nicolas Sarkozy est à la peine. Ses discours collent de moins en moins à la réalité de son action. Pour éviter d’être assimilé à un libéralisme qui a fait faillite, il adopte un discours de « refondation du capitalisme » mais il est incapable de revenir sur ses fautes originelles (injustice fiscale). Il ne satisfait pas à gauche en maintenant une politique de droite qui limite le pouvoir d’achat de l’immense majorité au profit d’une minorité. Il déçoit la droite qui découvre que le champion du « moins d’impôts » s’est transformé en « monsieur taxes« .

La majorité UMP/NC se lézarde sur chaque projet de loi. La coproduction UMP/ gouvernement apparaît pour ce qu’elle est un vulgaire slogan  entretenu par JF. Copé, mais qui n’a d’autre réalité que publicitaire.

Face à lui, la gauche est encore hésitante sur le fond, divisée sur ses leaders et sur ses alliances, Mais… Depuis la consultation des militants PS hier soir, quoi que l’on puisse penser des primaires, les socialistes se sont donnés un moyen de régler la question de la désignation de leur futur-e candidat-e. L’application inédite du non cumul des mandats va offrir un ballon d’oxygène au « vieux parti » et ouvrir au renouvellement nécessaire. Les parlementaires socialistes commencent à rendre audibles leurs contre-propositions.

Les élections partielles sont elles mêmes encourageantes. La droite, forte au 1er tour, est sans réserves au second. La droite perd des sièges et la gauche en gagne. L’élection de justesse, à 5 voix, du député UMP Poisson est exemplaire de la situation actuelle. Dans une circonscription jusqu’ici détenue sans faiblesse par Christine Boutin, la victoire est devenue possible à gauche. C’est une verte qui était présente au second tour, ce qui fait dire à certains esprits rapides que le PS est mort et déjà remplacé. Pas si simple. Dans les Yvelines, les socialistes étaient arrivés divisés au 1er tour. La vraie leçon est là : lorsque le PS incarne l’alternative comme à Carcassonne, alors il capitalise la confiance des électeurs de gauche. Inversement, il suffit qu’il montre ses insuffisances pour que ses électeurs le fuient sans remords.

Cette fragilité de la droite est devenue si apparente au chef de l’Etat qu’il cherche aujourd’hui moins à convaincre du bienfondé de sa politique qu’à diviser la gauche. Après avoir pratiqué une « ouverture » dont l’objectif était la démobilisation de l’électorat PS, Nicolas Sarkozy a cherché à valoriser Olivier Besancenot. Lors d’un voyage au Liban, il avait expliqué à François Hollande, encore 1er secrétaire du PS que le NPA serait l’enfer de la gauche comme le FN l’avait été pour la droite. Il s’est ensuite essayé à l’instrumentalisation des Verts. Le scrutin de dimanche dernier dans la Xème circonscription des Yvelines lui a toutefois montré les limites de son art. La manipulation finit par se retourner contre son auteur. Les écologistes peuvent s’avérer de redoutables compétiteurs-ices de second tour.

Ce matin le Parisien livrait un sondage de CSA donnant 31 % à l’UMP aux prochaines régionales. C’est certes 10 points devant le PS, mais le parti du président ne peut compter au second tour que sur les 8% du FN. Tous les autres partis étant désormais dans l’opposition.

Nicolas Sarkozy est si conscient de l’évolution du rapport de force qu’il a fait procéder à un scandaleux redécoupage des circonscriptions législatives qui obligera la gauche à réaliser près de 52% des voix en France pour obtenir 50% des sièges à l’Assemblée ! (débat sur la ratification de l’ordonnance fixant le redécoupage la semaine prochaine à l’Assemblée).  Le chef de l’Etat prévoit également de modifier le mode d’élection des élus départementaux et régionaux en créant une nouvelle catégorie d’élus, les conseillers territoriaux. s’agira d’introduire le scrutin majoritaire à un seul tour, ce qui permettra à la droite de gagner chaque fois qu’elle sera unie face à une gauche divisée (débat au Sénat en décembre). `

Quelque chose me dit que ces réformes en précèdent une autre : le passage au scrutin majoritaire à un tour pour l’élection des députés.

En politique le diable est dans les modes de scrutin.

Atlas Obama

S’il fallait une nouvelle preuve du phénomène de mondialisation, l’élection présidentielle américaine vient de la fournir. Aucun scrutin n’avait jusqu’ici intéressé à ce point la terre entière. Même l’élection en 1960 de JFK n’avait pas provoqué la même attention planétaire. La légende Kennedy doit autant au destin tragique qu’au projet du candidat qui voulait ouvrir de « nouvelles frontières ».

L’arrivée d’un métis, noir, à la tête de la première puissance crée une onde de choc dont chacun pressent l’ampleur. L’élection d’un homme issu de la minorité visible n’est plus seulement  « a dream », mais une réalité. Il n’est pas anodin que ce soit dans le pays qui connut la ségrégation raciale que ce vote historique soit intervenu. Le peuple américain a fait preuve d’une maturité démocratique que le reste du monde peut lui envier.

Cette victoire symbolise la volonté de rompre avec une politique économique ultralibérale  et la guerre des civilisations. Une page se tourne, celle des années Bush. Le pays des subprimes peut aussi devenir celui d’une fiscalité plus juste, de l’accès à la santé pour tous, de la défense de notre patrimoine écologique et de l’ouverture au multilatéralisme. C’est la promesse de cette belle campagne. « Change, he can ».

Sur tous les continents, une vague d’espérance s’est levée. L’attente est immense. Trop sans doute. Barack Obama ressemble à Atlas, le titan qui dans la mythologie grecque, fût condamné par Zeus à porter la terre sur ses épaules. Comment ne pas ployer sous la tâche ?

Il hérite d’une situation politique, diplomatique, financière, économique, sociale qui le place devant des responsabilités à la hauteur de son succès. Il lui reste jusqu’au 20 janvier, date de son accession à la maison blanche, pour prendre totalement conscience du phénomène qu’il a su créer, mais qui l’a aussi pour une large part dépassé. La tentation la plus évidente sera d’être d’abord le président des américains. C’est peut dire que l’enthousiasme suscité pose une exigence plus large.

Le 4 novembre, Barack Hussein Obama est entré dans l’histoire. Mais l’Histoire reste en réalité à écrire, celle d’un new deal, celle d’une nouvelle organisation du monde. Obama est déjà un symbole, il lui reste à devenir un « grand homme ». Il est l’incarnation du rêve américain, il lui appartient d’aller au delà. C’est l’espoir que nous fondons. Good morning America !