Les calculs de Nicolas Sarkozy après le vote sur les retraites

Jeudi 28 octobre. Il n’est pas quatorze heures. Quelque part entre Concorde et République. Ils sont au bout du wagon mais leur enthousiasme est si communicatif que le reste de la rame s’est tourné vers eux. Ils sont trois étudiants qui arborent un brassard de coton jaune. Sur la banquette qui leur fait face, une septuagénaire aux longs cheveux teintés de noir a entamé la conversation. De leurs vingt ans, ils veulent faire un engagement. Ils s’enflamment et commentent les arguments qui leur sont opposés.
–    On nous parle des autres pays, mais si la France a aussi bien résisté à la crise c’est justement parce que nous avons un modèle social plus performant. Les autres pays, ils réfléchissent à la manière de nous imiter, et nous pendant ce temps là on nous demande de nous aligner sur ce qu’il y a de moins social !
–    Comment on va faire pour trouver du boulot si les plus anciens doivent travailler plus longtemps. Et d’ailleurs les vieux ils ont déjà du mal à en trouver eux-mêmes, du boulot, après cinquante ans.

Ils parlent comme des mitraillettes. Parfois ils s’égarent dans les comparaisons historiques…
–   Justement Obama, il vient de réformer le système de santé américain, et bien les Républicains, ils tentent de le discréditer comme ils ont fait pour Allende au Chili, assène le jeune homme qui porte un sac kaki marqué CCCP en bandoulière.
La mamie ne peut s’empêcher de lui retourner dans un sourire qu’elle « espère que cela finira moins mal »

A République ils joignent leur énergie au flot des manifestants qui remontent des galeries vers la surface. Dehors le soleil, l’odeur entêtante des merguez grillées et déjà les sonos qui crachent les tubes de cet automne social.

Incontestablement il y a moins de monde pour ce septième rendez-vous avec la rue. La veille, le vote définitif de la loi par l’Assemblée Nationale a cassé l’élan. La foule est moins compacte. Elle est surtout moins joyeuse. L’amertume monte. L’extrême gauche tente de la canaliser en la radicalisant. Les amis d’Arlette ont affiché sur le parcours des panneaux qui affirment « ce que le Parlement a fait, la rue peut le défaire ». Le NPA appelle à la grève générale jusqu’à la victoire.

Les mines sont plus grises. On lève encore le poing, mais les yeux sont baissés. Il y a l’humiliation de s’être battus sans avoir rien obtenu. Il y a la colère d’avoir perdu des jours de salaires sans avoir été entendus, alors même que tous les sondages témoignaient de l’écrasant soutien au mouvement social.

Les syndicats ont conduit le mouvement avec beaucoup de sang-froid et de sens des responsabilités. Elles ne sont pas payées de retour. Elles aussi ont pu espérer une autre sortie de crise. Elles ont pu croire que le vieux conseiller Soubie saurait rappeler au Président la nécessité de ne pas envoyer vers un mur les organisations de salariés, indispensables au dialogue social. Qu’il saurait trouver les mots pour convaincre de l’intérêt de maintenir la crédibilité de confédérations interprofessionnelles qui ont la mémoire de l’histoire sociale, qui sont capables d’organiser une confrontation pacifique et savent rechercher le compromis. C’est toujours une faute que de se priver d’interlocuteurs qui ont la culture de la négociation.

Dans son bureau de l’Elysée, Nicolas Sarkozy a fait un autre calcul. Le président est déjà en campagne pour sa réélection. Comme la dernière fois, il procède méthodiquement, par étape, à la conquête des Français, découpés scientifiquement en segments d’opinion. Il y a eu Grenoble pour rassurer les électeurs du FN. Il y a maintenant la réforme des retraites pour réconforter le cœur de l’électorat de droite sur sa fermeté et sa capacité à agir. C’est sur ces Français-là que le chef de l’Etat a l’œil rivé en cette fin octobre.

Aux autres, il prépare une autre séquence. Celle qui viendra après le remaniement ministériel. Depuis plusieurs jours déjà, les ministres répètent à l’envie que la période qui vient sera « sociale ». Maintenant que l’essentiel a été acté, la table des négociations va pouvoir s’ouvrir…

De son fauteuil, Nicolas Sarkozy jette un œil sur les notes qui lui sont adressées sur l’état du mouvement. Il guette les premières lézardes. Il savoure ce moment où la gauche de la gauche tentera de maintenir des mouvements minoritaires et radicalisés qui s’opposeront à la gauche de gouvernement toujours trop tiède et suspecte de ne pas vouloir se battre jusqu’au dernier sang.

Après avoir cru à la résignation des Français au printemps, cherché à prendre de vitesse la contestation l’été venu, il compte maintenant sur la division syndicale et politique.

Tout l’enjeu pour la gauche est là. Maintenir son unité pour faire de 2012 le point de départ d’un nouveau projet. En l’absence de quoi, nous entrerions dans un très long hiver social.

Quand l’Empire contre attaque

Ca y est. L’Empire contre attaque. Premier temps de la manoeuvre, discréditer la presse. Mediapart est la cible la plus commode, publié sur Internet, média jeune et inconnu du grand public. Peu importe que toute la presse du Point à Marianne ait contibué à sortir de nouveaux éléments dans cette affaire. C’est le site dirigé par le sulfureux Edwy Plenel qui a le droit aux honneurs des snipers du gouvernement. Les arguments sont simples : le web est une usine à ragots. Mediapart utilise des « méthodes fascistes« .

La gauche elle serait coupable de « populisme » et ferait  « le jeu de l’extrême droite » lorsqu’elle se borne pourtant à interroger le gouvernement, exige un juge indépendant et la création d’une une commission d’enquête. L’accusation est d’autant plus savoureuse qu’Eric Woerth fit alliance aux régionales avec le FN et que c’est le fondateur de l’Oréal qui fut le principal financeur dans les années 30 de « la Cagoule« , organisation fasciste de sinistre mémoire…

Sur le dossier lui-même, on apprend que Claire T. la comptable de madame Bettencourt reviendrait sur une partie de ses déclarations. Outre le fait que cette rétractation est très partielle, il n’est pas inutile de s’interroger sur les conditions dans lesquelles nous parvient cette information.

  1. Claire T. répond à la police dans le cadre d’une enquête préliminaire. Ce qui signifie pour les non initiés qu’elle répond, hors présence de son avocat, à des enquêteurs placés sous l’autorité d’un procureur, M. Courroye, ami notoire de Niclas Sarkozy et lui-même mis en cause dans les fameux enregistrements du majordome.
  2. Alors que M. De Maistre n’a jamais été inquiété, Madame T. l’est pour la troisième fois. De quoi intimider les esprits les plus indépendants.
  3. Ce n’est pas madame T. qui communique avec la presse puisqu’elle est toujours entendue. C’est donc le parquet qui transmet en temps réel à la Chancellerie et à l’Elysée qui distillent à leur tour les informations. Il n’est pas inimaginable de penser que les comptes rendus soient très partiels. Et c’est à partir de ces éléments choisis que le pouvoir organise sa communication désormais.

Personne ne sait, et l’opposition n’a jamais dit, que tous les soupçons qui pèsent, notamment sur Eric Woerth, étaient avérés. Mais comment faire le tri entre accusations diffamatoires et délits éventuels lorque la commission d’enquête demandée est refusée et qu’aucun juge d’instruction, magistrat indépendant, n’est nommé?

En réalité les zones d’ombres sont toujours aussi nombreuses :

  • La presse a révélé une fraude fiscale, que madame Bettencourt a ensuite reconnue. Pourquoi M. Woerth qui avait été informé par le parquet de la vraisemblance d’avoirs dissimulés en Suisse n’a-t-il pas agi?
  • La presse a révélé un évident conflit d’intérêt entre le métier de madame Woerth et les fonctions ministérielles de son mari. Elle a d’ailleurs démissionné en reconnaissant avoir « sous-estimé » ce conflit. Cela solde-t-il le passé?
  • La presse a révélé un chèque à Valérie Pécresse dont le montant excède le niveau autorisé pour les campagnes électorales. Qu’est devenue la différence?
  • La presse a révélé que M. Woerth avait reçu un chèque de madame Bettencourt à destination d’un parti de poche dont il est l’unique adhérent et dont l’objet est sa seule promotion. Si le don est légal, n’y-a-t-il pas matière à s’interroger pour un ministre du budget, chargé de contrôler la situation fiscale de madame Bettencourt?
  • La presse a révélé le contenu de bandes magnétiques faisant état de don à Nicolas Sarkozy. Claire T. déclare ne pas en avoir la preuve mais donne des éléments qui peuvent au minimum susciter notre éveil.
  • Les mêmes enregistrements ont fait apparaître l’immixion du conseiller justice de Nicolas Sarkozy dans une procédure privée opposant mère et fille Bettencourt. Madame Alliot-Marie l’a confirmé et justifié au nom du patriotisme économique. Qui peut se laisser convaincre par un tel argument?
  • Claire T parle de retraits de 50 000 euros réguliers en liquide. La banque a-t-elle prévenu TRACFIN? Si tel est le cas l’administration fiscale a-t-elle été saisie? Quelles procédures ont alors été engagée, alors que visiblement madame Bettencourt n’a pas subi d’examen approfondi de sa situation fiscale depuis une grosse dizaine d’année?
  • La presse a soulevé une deuxième affaire, avec cette fois la famille du vendeur d’art, Wildenstein. La veuve dit avoir saisi Eric Woerth à deux reprises sans réponse de sa part alors qu’elle évoquait la fuite de 3 milliards d’euros dans plusieurs paradis fiscaux. M. Woerth n’a jamais répondu. Est-ce parce qu’il menacerait directement en l’espèce un co-fondateur de l’UMP, lui même chargé de rabattre les généreux donateurs sur le sol américain?

L’Empire contre attaque, mais ne convainc pas. Il est irresponsable de laisser le doute s’installer. Seule la justice peut apaiser l’exigence commune de vérité.

Plan d’austérité. Qui va payer?

Les mots sont choisis. On parle de « gel« . On précise même « gel zéro valeur« . Les ministres évitent soigneusement d’évoquer une quelconque « rigueur » et moins encore un « plan d’austérité« . Mais qui cela trompe-t-il ?

Les esprits sont préparés depuis longtemps. La cour des comptes a dans son dernier rapport rappelé que la dette atteindrait, au rythme actuel, 100% du PIB en 2013 (Par comparaison c’est aujourd’hui 133 % en Grèce et 35% en Espagne). La dette, c’est ce que nous laissons aux générations futures. Chacun a compris que ce n’est pas raisonnable de vivre à crédit sur le dos de nos enfants.

Le gouvernement profite donc de la crise européenne pour appeler les Français aux économies. Pour atteindre en 2013 un déficit public équivalent à 3% du PIB, le gouvernement doit trouver 100 milliards en trois ans. Nous pourrions tous applaudir à un effort de réduction des déficits et pourtant nous ne le faisons pas. Pourquoi?

Tout d’abord parce que les 8% de déficits publics actuels ne tombent pas du ciel. Ils sont dus – toujours selon la Cour des Comptes – pour une petite moitié à la crise. Le reste est lié à la politique menée par la droite. Le paquet fiscal, les niches fiscales, la réduction de la TVA dans la restauration plombent de près de 88 milliards d’euros par an le budget de l’Etat.

La seconde raison de ne pas approuver le plan Fillon, c’est que cette politique fiscale n’est pas remise en cause. Pire, ce sont les plus modestes qui vont payer l’addition du plan d’austérité. Pour parvenir à ces 100 milliards d’économie, le gouvernement annonce un retour de la croissance qui rapporterait 50 premiers milliards (le Gvt table sur 1,4% de croissance cette année, 2,5% par an minimum pour les années suivantes. Soit un point de mieux que les prévisions de Bruxelles) et surtout il envisage une sévère réduction des dépenses pour trouver les 50 milliards restants.

Ces cinquante milliards, la logique voudrait qu’ils soient recherchés dans les poches de ceux qui traversent la crise sans difficultés. Ce serait trop facile. Les privilégiés fiscaux conserveront leur « bouclier » et il n’est pas prévu de raboter les « niches fiscales » au delà de 5 milliards sur 2 ans… Alors, où trouver le solde? D’abord une baisse de 10% en trois ans des dépenses de fonctionnement, soit 4,3 milliards sur la période. Mais nous sommes encore loin du compte. C’est là qu’intervient le fameux « gel zéro valeur » qui signifie que contrairement au gel « zéro volume« , le budget de l’Etat ne progressera même pas de l’inflation au cours des trois prochaines années. Le pouvoir d’achat de l’Etat baissera donc de 1 à 2% par an, de quoi trouver entre 3,5 et 7 milliards d’euros par an. Les fonctionnaires apprécieront car leurs salaires ne devraient plus augmenter, (le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux ne rapportant que 500 millions par an). L’ensemble de ces coupes claires représente entre 20 et 30 milliards d’euros. Loin des 50 attendus (sans compter que les 50 premiers milliards reposent sur des recettes très hypothétiques). Le gouvernement a donc une botte secrète… Il s’est engagé à une remise à plat des « dépenses d’intervention » (aides à l’emploi et aides sociales). Incroyable ! A Bercy, il est aussi envisagé de taxer les chèques déjeuners et les chèques vacances… No comment.

La troisième raison de s’opposer à ce plan, c’est qu’il impose l’austérité dans un moment où la croissance chancelante, fragile, se nourrit de la consommation des Français.

Au total ce plan n’est donc pas seulement injuste, il est aussi contreproductif. Ce sont d’abord les grandes fortunes qu’il faut faire contribuer au redressement de l’Etat et ne pas étouffer les ménages qui – trop modestes pour épargner – injectent chaque mois l’ensemble de leurs revenus dans la machine économique.

Le paradoxe du moment c’est que seule la justice sociale peut sauver durablement les marchés !

Grèce et après?

Nous vivons des heures graves. Sans doute cruciales. Pendant que la Chine célèbre sa magnificence et exhibe sa force à Shangaï, la vieille Europe peine à enrayer une nouvelle crise financière. Les grecs sont aujourd’hui dans la tourmente. Athènes a des allures de « ville ouverte », ville vaincue, exhangue implorant qu’on lui évite la ruine… La rumeur renvoie les « pigs » (Portugal, Irlande, grèce, Espagne) à leur mauvaise réputation. Les commentaires n’épargnent plus tout à fait notre pays dont la Cour des comptes a pronostiqué que sa dette voisinerait avec les 100% du PIB en 2012, de quoi alimenter toutes les spéculations…

Fait rare, les socialistes et les Verts ont joint leurs voix à l’Assemblée pour adopter la participation française au plan d’aide qu’apporte la zone euro à la Grèce. Cette quasi unanimité n’abolit pas les clivages, mais face à une situation dramatique, il était urgent de marquer cette unité des européens qui a tant manqué jusqu’ici.

Du coup, ces mesures viennent trop tard  et coûtent trop cher. La faute à qui ? A Angela Merkel ? Sans doute. mais pas seulement. Comment ne pas voir et s’inquiéter de la quasi disparition du couple franco-allemand ? Les binômes De Gaulle- Adenauer, Giscard-Schmitt, Mitterrand-Kohl ont façonné l’Europe des dernières décennies. C’est sous leur impulsion que les européens ont approfondi la construction de leur destin commun. Or depuis 2007, Nicolas Sarkozy n’a eu de cesse de chercher à prendre le leadership de l’Europe seul, pour lui-même, multipliant les alliances de circonstance pour tenter de briller. Au lieu de consolider l’axe franco-allemand, notre président a laissé se creuser la distance avec la chancellière allemande ; Cela n’excuse pas le comportement égoïsto-électoraliste d’Angela Merkel à l’approche de régionales capitales pour son gouvernement (la majorité das la chambre haute est en jeu), mais la politique, la diplomatie exigent justement l’approfondissement d’alliances solides pour affronter les temps difficiles. Demander des efforts à ses partenaires est plus aisé quand les liens d’amitié sont étroits. Force est de constater que cela n’a pas été fait.

Cette absence de vision commune a un prix pour les grecs. Sous l’influence allemande, les pays de la zone euro ont choisi un taux unique de 5%. C’est-à-dire que nous allons prêter à un taux supérieur à celui auquel nous empruntons, drôle de façon d’être solidaires (1).

Ce défaut de dialogue a un prix pour tous les européens. Alors que la crise financière a constitué un avertissement sans précédent, l’Union Européenne est enlisée dans un fonctionnement anachronique. L’Europe se comporte comme un véhicule dont le tableau de bord serait doté d’un seul compteur : celui de la dette publique des états membres. Les politiques économiques au sein même de la zone euro ne sont pas coordonnées, mais la BCE fixe un taux d’intérêt unique. Entre la désinflation compétitive des allemands et l’explosion de la dette privée en Espagne, en Irlande ou au Portugal, pays dans lesquels l’inflation a poussé les particuliers et les entreprises à emprunter au vu du faible coût du crédit, l’écart s’est creusé.

Il est urgent de faire avancer le projet d’un gouvernement économique européen, de doter l’Europe d’une capacité à lever l’impôt, de contracter des emprunts, d’harmoniser les politiques fiscales. C’est la leçon de la crise. C’est le moyen de prévenir les prochaines. Mais comment avancer sans partager a minima ce projet avec nos amis allemands? Il n’y a guère que Nicolas Sarkozy pour penser le contraire, et là n’est pas sa moindre faute.

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(1) Ces 5% sont toutefois à comparer également avec le taux de 13% auquel emprunteraient les grecs auprès des marchés.

Pourquoi une mission parlementaire s’impose sur la gestion du virus H1N1

La grippe H1 N1 n’est pas la pandémie meurtrière crainte notamment par l’Organisation Mondiale de la Santé. Tant mieux. Le gouvernement a anticipé une crise qui n’est pas venue. Tant mieux. Il est préférable de gérer l’excès de précaution à l’impréparation et l’improvisation. Pas faux. Doit-on pour autant exonérer le pouvoir exécutif de toute critique dans sa gestion de la période? Pas davantage.

Si nul ne peut contester l’imprévisibilité du virus, il subsiste des doutes très sérieux sur les choix opérés par les pouvoir publics. La France a en effet adopté une stratégie vaccinale unique en Europe et dans le monde. Le gouvernement avait prévu de faire vacciner 100% de la population, ce qui l’a conduit à acheter et mobiliser 10% de la commande mondiale ! (30% pour les anglais à titre d’exemple. En effet, la contagion diminue à mesure que les barrières sont posées : gestes de prévention, vaccinés, personnes qui ont été en contact avec le virus et se sont auto-immunisé…)

Sans être épidémiologiste, ni scientifique, il est impossible que la ministre de la santé ne se soit livrée à un calcul simple : en combien de temps est-il possible de vacciner 60 millions de Français ? C’est là que les interrogations se multiplient. Depuis l’origine, il n’a jamais été sérieusement envisageable d’écouler les 94 millions de doses achetées. Au rythme intensif de 2 millions de vaccinations par semaine, il en aurait fallu 30, soit six mois. Le pic de contagion était prévu pour le mois de novembre. Les vaccins pas livrables avant début novembre… A l’époque de la prise de décision, ce calcul était basé – circonstance aggravante – sur la probable nécessité de procéder à une double injection, ce qui rendait encore plus évidente l’impossibilité d’immuniser les Français dans des délais utiles.

Où en sommes-nous aujourd’hui? seules cinq millions de personnes ont eu recours à la vaccination en plus de deux mois. Nous sommes le pays qui a commandé le plus de vaccins et le moins vacciné. En décembre 90% de la population n’était pas vaccinée et sur ces 90%, 78% déclaraient ne pas souhaiter le faire. Pour tenter de désamorcer une critique sur les coûts, Roselyne Bachelot a entrepris de solder nos stocks massifs (10% des vaccins, 33% du Tamiflu mondial, des tonnes de masques…). Comme l’a souligné Bernard Debré, cette campagne absurde a représenté plus que le déficit cumulé de tous les hôpitaux français !

Comment et pourquoi en est-on arrivés là?

  • La pression de l’opinion? jamais les Français n’ont cédé à la moindre panique. Au contraire.
  • La hantise d’une « canicule bis« ? Sans doute, y a-t-il là une part d’explication, mais elle ne peut justifier une commande publique démente.
  • La pression de l’industrie pharmaceutique qui ont pu trouver une oreille attentive avec une ministre qui en fût longtemps salariée? Le soupçon mérite d’être levé.
  • Volonté du gouvernement d’instrumentaliser une pandémie en se donnant le beau rôle? C’est bien l’explication minimale à des décisions qui apparaissent irrationnelles.

Il est urgent que le Parlement accède à la demande de l’opposition d’une mission parlementaire pour sortir de cette zone d’ombre qui ruine une fois encore la parole publique et mine la confiance indispensable en matière de santé publique.

Loi de Finances 2010, le bilan de la session budgétaire

L’Assemblée Nationale et le Sénat viennent d’adopter en lecture définitive le projet de loi de Finances pour 2010.

Présenté comme un budget de crise, il n’impose la rigueur qu’aux Classes moyennes et populaires.

Conformément aux engagements pris par le chef de l’Etat lors d’une réception des généreux donateurs de l’UMP au Bristol, le bouclier fiscal (700 millions d’€) et les niches fiscales (75 milliards d’€) demeurent intouchables. Quant à la taxation des bonus annoncée, elle remplacera simplement celle que les banques devaient acquitter pour financer les autorités régulatrices des marchés. Opération blanche. Nous sommes loin de l’audace fiscale des britanniques qui ont prévu de fiscaliser à 50% les bonus des traders.

En revanche, les accidentés du travail devront, eux, payer 135 millions d’Euros. Les discours de Jean-François Copé sur la « souffrance au travail » trouvent dans cette mesure un écho scandaleux.
La taxe carbone, payée par tous les Français, sera compensée de manière identique aux chômeurs et aux cadres supérieurs. Injuste autant qu’absurde.

Les erreurs originelles du gouvernement n’ont fait l’objet d’aucun repentir. Alors que le chômage explose, l’incitation aux heures supplémentaires a été maintenue avec l’ensemble du « paquet fiscal ».

Alors que les marges budgétaires sont limitées :
–    le gouvernement a confirmé la baisse de la TVA à 5,5% (2,5 milliards d’€) pour les hôteliers restaurateurs sans leur imposer la moindre contrepartie en matière d’emploi, de formation ou de baisse des prix.
–    Il fait porter une large part des cadeaux aux entreprises (réforme de la TP) sur les ménages.

Pour ne pas assumer frontalement le creusement vertigineux de la dette, le gouvernement a évité d’inscrire le « grand emprunt » dans le budget 2010, et renvoyé sa discussion à un collectif budgétaire en janvier.

Sur le plan démocratique, le gouvernement aura utilisé dans le cadre de cette loi de finances tous les moyens de contrainte sur le Parlement. Il est passé en force pour faire rejeter l’amendement sur la surtaxation des banques de 10% pourtant adopté en commission des Finances, puis en séance publique.
Il a eu recours au vote bloqué pour revenir sur le compromis sur la taxe professionnelle, pourtant élaboré par les sénateurs et les députés de droite et de gauche, en Commission Mixte Paritaire.

L’hyper parlement reste plus que jamais une illusion et la justice fiscale, un horizon qui recule toujours…

D’un tremblement de terre à l’autre

La dernière fois c’était en 1929. Un monde heureux basculait dans une crise qui ouvrit alors les portes au pire. Depuis il y a eu des répliques à ce séisme mondial, mais rien de comparable. Les spasmes étaient localisés.

En 2008, la terre a de nouveau tremblé. Toute entière. Du Nord au Sud, d’Est en Ouest. Cette fois encore le désastre a pour épicentre le pays des subprimes, des titres pourris, des fonds spéculatifs, des produits financiers « toxiques »…

Il faudrait être désormais fous pour ne pas chercher à tirer les leçons de l’Histoire. C’est ce que nous nous sommes employés à faire hier soir avec Pierre Alain Muet, député du Rhône, ancien président du Conseil d’Analyse Economique qui nous faisait l’amitié de venir à Champs.

Comme en 1929 la crise a deux causes. La première est évidente. Un château de cartes financier qui repose sur la dernière…

Faut-il rappeler l’insensé jeu de dominos de ces dernières années?

1. des ménages américains peu solvables 2. mais que l’on pousse à consommer 3. au moyen de crédits subprimes à taux variables indexés sur le taux directeur de la FED 4. Ces prêts sont hypothéqués pour compenser une éventuelle insolvabilité par la vente des maisons 5. Quand la FED a relevé ses taux pour corriger l’inflation, les intérêts des crédits subprimes se sont en conséquence envolés 6. Les acheteurs les plus modestes ont revendu 7. Ils ont ainsi contribué à l’effondrement des prix de l’immobilier dont la valeur est passée en dessous de la valeur des crédits… 8. Ces défaillances en chaîne ont fini par peser sur les revenus des organismes prêteurs, mais pas uniquement sur eux, car ces créances avaient été converties en titres, vendus à des fonds d’investissements et à des banques 9. la diffusion a été large et  la « titrisation était devenue un sport national 10. le nombre d’investisseurs touchés, loin de diluer le risque l’a amplifié et a permis la contagion à l’ensemble de la planète…

La deuxième cause identifiée, c’est la pression constante sur les salaires. Comme en 1929, la crise a été précédée par une formidable explosion des inégalités. les écarts de revenus sont passés d’un rapport de un à trente à un rapport de un à trois cent. Sans justification. Et pendant ce temps la consommation des ménages modestes s’est financée par leur endettement exponentiel. Cherchez l’erreur.

En 1929, la solution est venue pour une large part des Etats-Unis et par la politique mise en oeuvre d’un « new deal » proposé à partir de 33 par Franklin Delano Roosevelt : séparation des banques d’affaires des banques de dépôts, installation de « l’Etat providence« , correction des inégalités par une politique fiscale que la droite française qualifierait de confiscatoire et punitive aujourd’hui (1).

En 2009, la solution semble encore dépendre d’un président américain charismatique, Barack Obama. La réunion du G20 la semaine dernière, loin de suffire, a toutefois jeté les bases d’une coopération nécessaire. La convocation d’un nouveau rendez-vous en septembre donne l’espoir de nouvelles avancées en matière de relance ou de régulations.

Le plus grand regret que nous puissions formuler? Que de Roosevelt à Obama, l’Europe n’ait pas trouvé la force de faire émerger d’elle même un modèle et une vision. Comme si nos douze étoiles n’avaient toujours pas l’éclat de celles qui ornent la bannière étasunienne.

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(1) Roosevelt a fait grimper le taux marginal de l’impôt de 25 à 63% en 1933. Puis à 63% et enfin à 91% en 1941.  Le taux marginal s’est ensuite stabilisé pendant cinquante ans autour de 80% ! Dommage que Nicolas Sarkozy ne s’inspire que des USA de Bush et Reagan et pas des USA de Roosevelt…

C’est l’histoire d’un divorce….

C’est l’histoire d’un divorce…

Jeudi 19 mars. Alors que les Français manifestent une nouvelle fois pour l’emploi, le pouvoir d’achat et la défense des services publics, les députés sont en séance pour débattre de la loi de finances rectificative. Le débat se focalise autour du fameux « bouclier fiscal ».

Dehors, il y a plusieurs millions de citoyens qui défilent, précaires, stagiaires, étudiants, licenciés, chômeurs, salariés du public et du privé, dans l’automobile, la sidérurgie, la raffinerie…

Dans l’hémicycle, il y a Pierre Méhaignerie qui s’adresse à ses collègues de droite. Il leur dit simplement « nous ne sommes pas dans l’esprit de justice« . Ces mots forts résonnent à droite dans le vide. Jean-François Copé prend la parole pour faire la leçon : les Français ont un problème avec les riches et l’argent. Circulez, il n’y a rien à voir…

Dans la rue, il y a des gens qui ont été rattrapés par la crise, d’autres qui craignent de l’être demain, d’autres enfin qui croient que dans la vie, on ne peut pas penser qu’à soi.

A l’Assemblée, l’UMP a mobilisé. Ils sont nombreux. Silencieux derrière leur chef de file, ils sont juste venus pour repousser les amendements des socialistes et de P.Méhaignerie.

Entre République et Nation, les manifestants ne savent pas encore. Ils ne savent pas que le bouclier fiscal permet aux contribuables dont le patrimoine est supérieur à 15,5 millions d’euros de bénéficier cette année d’une restitution d’un montant de 368 000 euros, soit 30 années de SMIC ! Ils ne savent pas que Philippe Séguin qui préside le Conseil d’Orientation du Prélèvement évalue la menace d’évasion fiscale annuelle à 17 millions d’euros tandis que le bouclier coûte cette année 458 millions… Ils ne savent pas que ces 458 millions c’est très exactement l’économie que réalise l’Etat en ne remplaçant pas un fonctionnaire sur deux dans les écoles, dans la recherche, dans la justice, dans les quartiers etc.

C’est l’histoire d’une majorité devenue sourde au pays qui l’a portée au pouvoir. C’est l’histoire d’une majorité qui préfère l’entêtement à la justice. C’est l’histoire d’un divorce.

Cours président, le vieux monde est derrière toi !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Cours président, le vieux monde est derrière toi ». C’est ce que Nicolas Sarkozy a dû penser le 25 septembre dernier quand il a découvert l’usage du mot « régulation ».  Pour ne pas se laisser rattraper par la crise financière, Nicolas Sarkozy a choisi de couper sans délai tous les ponts idéologiques avec les libéraux anglo-saxons dont il s’est toujours inspiré. Ses odes de l’an passé  au crédit hypothécaire, formule francisée des subprimes  ont été remisées au profit d’une nécessaire « refondation du capitalisme ». Rien n’est trop gros. Aucun de ses homologues libéraux n’a eu autant d’estomac. Nicolas Sarkozy a un avantage sur tous les autres, il n’a pas les scrupules encombrants.

Devons-nous blâmer un nouveau converti ? Ne devons-nous pas nous réjouir de voir le président de la République rejoindre la confrérie social-démocrate ? La question n’est finalement pas si stupide. Nous sommes de gauche et nous croyons volontiers à la capacité de chaque homme à s’amender… Hélas, le tournant affiché depuis le discours de Toulon ne peut tromper personne. La plasticité des discours de Nicolas Sarkozy n’a d’égale que la rigidité de ses actes. Seul les paroles changent pour épouser l’air du temps, mais la politique du gouvernement, elle, ne varie pas. Il y a deux Nicolas Sarkozy. Celui qui parcourt le monde animé des meilleures intentions et celui qui, à domicile, ne renie rien de ses erreurs passées.

L’épreuve de vérité pour le gouvernement, c’était aujourd’hui lors de la présentation de la loi de Finances pour 2009. La crise aurait dû bouleverser ses priorités budgétaires. Il est au contraire « droit dans ses bottes »… Tout change, un monde s’écroule, mais la droite n’a pas jugé utile de réviser ses plans.

Les hypothèses de croissance sont irréalistes et le rendez-vous avec la vérité est encore repoussé. Plus grave le plan de soutien aux ménages et aux entreprises qui aurait dû accompagner le plan européen de sauvetage des banques n’existe pas. La récession n’est pourtant pas virtuelle, elle est là. La croissance est au point mort. Le pouvoir d’achat des français et l’investissement des entreprises sont en panne. Les milliards d’euros qui manquaient ont été trouvés pour recapitaliser les banques , mais pour l’emploi, le logement, la recherche, les collectivités locales, les PME, rien n’est venu. Rien.

Nicolas Sarkozy ne connaît en réalité ni regrets ni remords. Les adaptations sémantiques sont ses seules concessions. La preuve : Le paquet fiscal qui ôte toute marge de manoeuvre? il n’y sera pas touché. La Poste ? il est toujours question de la privatiser. Les allègements de cotisations sociales pour les entreprises ? Ils demeureront sans contrepartie alors qu’il serait urgent de les conditionner à l’augmentation des salaires. La régulation du marché du travail ? La prochaine réforme sera de supprimer l’interdiction de bosser le dimanche… Même la morale n’y trouvera pas son compte. Le bouclier fiscal sera maintenu pour les traders, les spéculateurs et autres rentiers.

Nicolas Sarkozy est rapide. Alors qu’il avait imprudemment proclamé la « victoire idéologique » de la droite il n’a pas voulu, la crise survenue,  se laisser engloutir par la faillite des thèses libérales. Mais la virtuosité de ses mots ne remplace pas une politique. La droite n’a renoncé à rien parce qu’elle y perdrait sa raison d’être. Elle se contente d’attendre la fin de l’orage à l’abri d’idées qui lui demeurent étrangères.

Pourquoi l’heure n’est pas à l’unité nationale.

Le gouvernement a soumis hier à l’Assemblée le plan européen pour sauver le système de crédit. Utilisant l’inquiétude légitime des Français, la droite voulait obtenir, à partir de ce vote, l’affichage d’une unité nationale. Les socialistes et les Verts ont fait le choix de l’abstention. Pourquoi ?

Le plan européen de sauvetage des banques n’est pas contestable. Nous l’avions demandé sans recevoir jusqu’alors la moindre réponse. Il sera, nous l’espérons, après l’échec du G4, décisif pour que la confiance revienne. C’est pourquoi la responsabilité imposait de ne pas s’opposer à l’adoption de ce plan. Mais s’il est nécessaire, il n’est pas suffisant.

La crise ne se limite en effet pas aux aspects financiers. Il faut traiter aussi la crise économique, celle qui va toucher le monde réel. Les entreprises comme les salariés, les chômeurs et les retraités. Les banques ne sont pas tout. Il faut aussi s’intéresser aux Français. Cela doit se traduire par une loi de finances qui soutienne notamment le pouvoir d’achat des ménages et les efforts d’investissement des entreprises, des collectivités ou des particuliers. Jusqu’ici le gouvernement n’a pas modifié d’une virgule son projet de budget initial. C’est-à-dire qu’il repose à la fois sur des hypothèses de croissance pour 2009 irréalistes, qu’il ne renonce en rien à l’erreur du paquet fiscal qui ampute de toute marge de manœuvre et qu’il ne soutient ni l’activité économique ni l’emploi. C’est un budget qui fait supporter sa rigueur sur les classes moyennes et populaires.

Enfin, la dernière raison pour laquelle un quitus ne peut être donné au gouvernement pour sa gestion de la crise tient au fait qu’elle n’est pas un accident regrettable comme le plaide la droite. Elle est le produit d’un système ultra libéral qui a atteint la surchauffe et va conduire des centaines de milliers de femmes et d’hommes  au chômage, à la pauvreté, en un mot à la récession. La question n’est donc pas simplement de juguler dans l’urgence une hémorragie financière, il s’agit surtout d’interdire tout retour à la situation antérieure. Nous ne pouvons accepter que le système redémarre comme si rien ne s’était produit, comme si la crise n’avait jamais eu lieu. Il y a la version punitive de Nicolas Sarkozy qui annonce vouloir sanctionner les responsables de la crise. Pourtant, sans vouloir exonérer quiconque, l’enjeu est moins de retrouver des « fautifs » que de prévenir de nouvelles crises en modifiant en profondeur le système lui-même. A cette nécessité, le pouvoir reste sourd parce que ce sont ses propres dogmes qu’il lui faudrait accepter de remettre en cause. Le premier signal qu’il donne pour relancer la consommation et l’emploi, c’est l’ouverture du travail du dimanche qui est une nouvelle dérégulation du marché du travail.
C’est à un changement de logique et de modèle de développement que la situation appelle. Et pour dire vrai, ce n’est pas de ce gouvernement et de ce président que nous l’attendons.