Le Temps de l’audace

En juin le navire socialiste traversait une des pires tempêtes de son histoire . Les augures prévoyaient déjà la transformation du bateau en radeau. Une mutinerie menaçait  la direction du frêle esquif. En bref tout depuis les élections européennes,  semblait confirmer les sombres pronostics de BHL  qui nous représentait en « grand cadavre à la renverse« .

Le tableau était trop sombre pour être juste. Le PS connaît une grave crise – comment l’ignorer – mais il faut être aveugle pour ne pas voir que le libéralisme est lui en échec de manière spectaculaire.

Le ciel ne s’est pas non plus totalement éclairé depuis la Rochelle, il faudrait être naïf pour le croire.

Mais il s’est passé quelque chose à la Rochelle. Pour filer la métaphore maritime, pour la première fois depuis longtemps les vigies qui scrutent l’horizon ont pu annoncer « terre! »

Tout n’est pas réglé, mais les socialistes sont à nouveau en mouvement. Ils n’ont pas encore tranché la question du leadership mais ils ont avancé sur le mode de désignation du candidat(e) à l’élection présidentielle. Nous allons en 2010 adopter un système de primaires.

Le non cumul des mandats franchit une nouvelle étape. Chacun sait qu’il est la condition du renouvellement, de la féminisation et de la diversification des élus. C’est un élément de rénovation indiscutable et attendu depuis longtemps dans notre pays qui fait figure de triste exception en la matière.

Surtout le débat d’idées est reparti, il suffit pour s’en convaincre d’écouter les propositions nombreuses sur la création d’une contribution énergie climat (j’y reviendrai dans un prochain post).

Nous ne sommes pas sauvés pour autant. J’avoue être parfois perplexe lorsque j’entends certains dont l’expression semble davantage relever de la pensée magique que de la froide raison. Aussi souhaitable soient les primaires, il ne faudrait pas surestimer leur rôle. Elles ne conduisent pas forcément à Obama. Mac Cain, Bush ont aussi été désignés dans ce cadre. En France, depuis 1974, un tel système n’aurait finalement jamais changé l’identité du candidat de la gauche sauf en 1981 où Michel Rocard aurait vraisemblablement été préféré à François Mitterrand. Aurait-il ensuite gagné face à Giscard d’Estaing puis été réélu sept ans plus tard ? Nous ne le saurons jamais. En Italie, Romano Prodi fût désigné par des primaires de toute la gauche, ce qui n’empêcha pas sa coalition de se fissurer au bout de deux ans, et Rutelli après des débuts en fanfare n’a hélas pas détronné l’épouvantable Berlusconi.

L‘adoption d’un tel mode de sélection nous oblige à réfléchir et à repenser totalement la place des partis comme notre propre vision des institutions de la République.

Les militants n’auront plus la même fonction. Comment ne pas les transformer en simples supporters d’écuries concurrentes ou en organisateurs de scrutins? La vie politique elle même se présidentialisera davantage. Tout tournera désormais autour des femmes et des hommes qui peuvent concourir à l’élection suprême. Si l’on veut bien se souvenir que nous avons adopté le quinquennat et que l’élection présidentielle précède et conditionne l’élection législative (1), si l’on se rappelle enfin que le président de la République dispose du pouvoir de dissolution, alors comment ne pas s’interroger sur la nature de la République que nous construisons.

Depuis 1971 que de chemin parcouru ! Y compris par Arnaud défenseur d’une « sixième République » qui dans sa première version prévoyait la fin de l’élection du président de la République au suffrage universel direct.

Ces réserves ne portent pas condamnation du système qui se met en place. Loin s’en faut. Mais il faut maintenant pousser la réflexion plus loin. Ne pas se contenter de slogans. Par exemple, s’agissant des primaires, leur choix trahit le fait que nous ne reviendrons plus sur l’élection du président de la République au suffrage universel direct (nous aurions pu opter pour une autre voie qui aurait ma préférence : les allemands, les anglais, les espagnols se portent très bien avec une République parlementaire). Les Français attachent trop d’importance à ce scrutin qu’il considère comme celui des grands choix. Dans ce vieux pays qui n’a coupé la tête de son roi qu’il y a trois cent petites années, la politique s’incarne. C’est ainsi.

Mais cette reconnaissance ne doit pas nous contraindre à renoncer à tout rééquilibrage entre pouvoir exécutif et législatif. La concentration des pouvoirs dans les mains d’un seul sont la marque de fabrique du sarkozysme, pas la nôtre. Je ne rêve pas d’un « Sarkozy de gauche« . La solution? Opter pour un régime que les juristes qualifient de « présidentiel« , c’est-à-dire une Constitution qui adopte le principe de stricte séparation des pouvoirs (pas de censure du gouvernement par le Parlement, pas de droit de dissolution de l’Assemblée par le chef de l’Etat. Ce qui oblige le Président à négocier son programme avec les parlementaires. C’est tout de même mieux que notre 5ème République bis). Jusqu’ici nous n’avons jamais osé franchir le pas.

Voici venu le temps de l’audace.

_______________

(1) Ce qui conduit une large part des députés de la majorité à devoir leur élection au président élu.

Commentaires

Claire
Répondre

Si seulement cela pouvait être le signal du renouveau des socialistes. Vive le non cumul des mandats en tous cas. Japplaudis de s deux mains

Claire
Répondre

Et je me demande bien comment va réagir la droite sur ce non cumul. Elle devra aussi avancer. Copé avocat maire president de groupe et député ce n’est pas sérieux.

Amandine
Répondre

Il ne faut pas se faire trop d’illusions sur le cumul des mandats. La mesure a d’ores et déjà été reportée « après les régionales ». Et elle ne sera pas absolu. Les parlementaires notamment pourront conserver un mandat local, a priori non exécutif. A suivre …

sandra
Répondre

Oui en effet amandine, c’est de l’ordre de l’effet d’annonce pour l’instant….

Et peu de renouveau en vue pour les élections régionales, ça c’est évident.
Quand on sait que ce sont les premiers de liste ,donc quasiment tous les présidents de région sortants, qui vont élaborer les listes, malgré toutes leurs qualités (quand ils en ont, et ce n’est pas toujours le cas !) on peut déja acter que le renouvèlement ne se fera que très à la marge lors de ces élections !

De quoi affaiblir considérablement les propos d’aubry….

V.E
Répondre

Votez pour le mandat parlementaire unique !

Jean-Michel
Répondre

Le mandat parlementaire unique allez on y va , basta aux cumulards!!

ARNAUD
Répondre

La rochelle c’est quand même tout le temps la meme chose….. de grandes images médiatiques à offrir … pas de fond, faudrait penser à changer de style !!!

Cette année tout le monde s’est mis d’accord pour donner l’image d’un PS apaisé… avec l’idée des primaires . Alors les primaires ok j’y suis favorable depuis longtemps pour ouvrir absolument ce parti……Mais pour parler de quoi ?…Les commentaires très enthousiastes de ceux qui hier disaient tout le mal qu’ils pensaient notamment de la direction m’agacent vraiment…. bref quel cirque, pour moi, c’est pas ça la politique …

Stéphane
Répondre

Je me permets de m’exprimer directement sur le blog. Vous êtes favorable à un régime présidentiel monsieur Faure, je ne sais pas si c’est très adaptable à notre pays. La tradition française tient à sa doublette du Président de la république et du premier ministre chef de la majorité parlementaire.. Pour ma part je préférais qu’on aille vers un régime plus parlementaire..

Quant aux primaires oui elle présidentialisent certainement mais le problème surtout c’est qu’elles « égotisent » le parti socialiste. Tous les leaders de tentes sont déjà candidats et ils continuent à fortifier leurs tentes pour affronter celles du voisin.

On risque d’ avoir un sacré concours de chefs de tentes, espérons qu’ils aient l’intelligence de réflechir à un projet et à une campagne .. Il serait bien que les sympathisants de gauche glorieux participants auc primaires n’aient pas à choisir entre la plus belle bobine, mais qu’ils expriment par leur choix les aspirations qu’ils souhaitent pour le pays et la manière dont ils souhaitent être conduite la campagne. Au moins les primaires permettraient au PS de faire un grand pas vers un choix éclairé un choix d’autant plus fort que sa légitimité sera redoublée.

Grégory
Répondre

Je vous rejoins monsieur Faure , l’université d’été a mis à nouveau en mouvement notre parti mais si la rénovation du PS est une condition nécessaire du renouveau, elle n’est pas suffisante. L’enjeu principal est celui de l’élaboration d’un nouveau projet collectif suffisamment créatif pour inventer de nouvelles réponses à la crise que nous vivons et suffisamment précis pour être compatible avec les contraintes du réel.

Marc
Répondre

Entièrement d’accord. On ne va pas revenir en arrière sur le président élu par les français alors autant imaginer comment le limiter par des contre-pouvoirs efficaces.

André
Répondre

good analyse.

Tina
Répondre

Je vous rejoins complètement ,

JEAN MICHEL
Répondre

Et vous croyez vraiment qu’en région ile de france , ça va être le temps de l’audace….avec jean paul huchon….sans déconner monsieur Faure

MALONE
Répondre

Un livre polémique fait surface au sujet du dernier congrès du PS….quelque soit la qualité de ce livre, une chose est sure , le PS doit impérativement se transformer !!!

Et cela montre aussi , on le sait tous, que Royal n’avait aucune chance de gagner ce congrès…car même s’il y a eu des triches des deux cotés , au final, la triche Aubry avec le futur célèbre Guillaume Blanc a consisté à ajuster les résultats du Nortd au tout dernier moment pour donner la victoire à Aubry avec la complicité de la direction sortante…..

Et je précise , je suis pas particulièrement fan de Royal…….

Impossible de ne pas en parler….le temps de l’audace , on a en effet du mal à y croire !!!!

Alors, tant mieux s’il y a des primaires ouvertes, le risque de fraude sera moindre , il devrait même à terme être généraliser à toutes les élections et donc à terme au niveau local….

c. B
Répondre

Le parti est pathétique , les réactions sont hallucinantes, ne nous voilons pas la face gardons notre dignité, la dignité c’est tout ce qui nous reste

JEAN MICHEL
Répondre

Ce batârd d’hortefeux a encore frappé !!!! Faut pas le rater et le pousser à démissionner !!!!!

Damien
Répondre

Je ne sais pas si le ciel s’est éclairci à la Rochelle, mais, ce qui est sûr, c’est qu’il est en train de s’assombrir avec la parution du livre anti-Aubry (pro-Ségolène ?). Mais là n’est pas le sujet de mon commentaire.

Je tenais à vous dire M. Faure que, pour une fois, je partage votre analyse : on ne reviendra pas sur le mode de scrutin du président de la République et il semble que notre régime tende vers une présidentialisation des institutions. Et comme vous le soulignez, régime présidentiel n’est pas synonyme de dictature. A titre personnel, c’est le type de régime que je préfère pour notre pays parce qu’il me semble plus adapté, en particulier à son histoire politique. Depuis que la France a coupé la tête de son roi, elle a hésité jusqu’au XXème siècle entre régime républicain, régime monarchiste et régime bonapartiste. De Gaulle a su réaliser la synthèse des 3 régimes mais aujourd’hui, les juristes disent que notre régime doit évoluer. Sans doute le régime doit-il évoluer – je fais confiance aux juristes – mais il ne doit pas non plus revenir en arrière. Raison de plus pour ne pas souhaiter un retour à un régime parlementaire.

Après, il faut faire un choix : soit on soumet par réferundum une proposition visant à l’établissement d’une VIème république qui serait présidentielle (résultat qui serait à mon sens forcément négatif, car si l’on soumet un texte insitutionnel, juridique, donc trop technique pour être compris par la majorité des électeurs, ces derniers risqueraient de voter « non » par précaution), soit on fait évoluer le régime de manière moins brutale mais plus sûre vers un système présidentiel, à coups de réformes successives. Personnellement, je suis partisan de la deuxième solution (sauf s’il en existe une troisième, mais je ne vois pas laquelle).

Grégory
Répondre

Le parti socialiste a fini par comprendre qu’il faut changer , une consultation militante ça c’est moderne c’est pas à l’ump que ça se passerait..

ARNAUD
Répondre

Le temps de l’audace au niveau de la direction du parti, cher olivier , c’est quand même pas gagné… Certes , on peut reconnaitre une certaine volonté à aubry de vouloir moderniser en surface le PS…..

Mais franchement , ce n’est pas à la hauteur des défis qui nous attendent…Seulement un exemple le questionnaire destiné aux adhérents …De qui se moque t-on ? les réponses sont contenues dans les questions , il suffit de ratifier les décisions du bn, pourquoi pas donc un vote direct… ? ce n’est pas ça une consultation militante…bref la méthode aubry, c’est sans l’ombre d’un révolution….
Bref, on va vite passer à autre chose

Leave a comment

nom*

email* (not published)

site internet