DSK saison 2

Avec le procès DSK,  la droite espérait disqualifier la gauche sur le terrain de la morale (Cf. post précédent). François Fillon et François Baroin n’ont pas hésité à utiliser l’argument dans l’hémicycle. Dans les allées du pouvoir, les sourires entendus affichaient une satisfaction peu avouable, celle d’un feuilleton judiciaire polluant la campagne présidentielle des socialistes.

Vendredi 1er juillet, dès potron-minet  la France s’est réveillée d’un bond. Sur les radios, les auditeurs ont découvert que la crédibilité de Nafissatou Diallo était très fortement remise en cause par le procureur suite à la découverte de nombreux mensonges de la plaignante. Les informations parvenues dans la nuit, le Figaro n’a pas eu le temps de modifier sa Une. C’est une photo de DSK qui illustre donc ce matin-là le gros titre blanc sur fond noir « l’heure où tout a basculé pour DSK ». Le journal de M. Dassault ne visait pas le probable et prochain acquittement de l’ancien directeur du FMI, mais sa descente aux enfers comme l’indiquait le sous titre « le Figaro a reconstitué minute par minute la succession des évènements qui ont scellé sa chute ».

Ce décalage aurait pu prêter simplement à la raillerie. Tous les journaux peuvent être victimes d’une actualité qui ne s’interrompt pas entre l’heure du bouclage et celle de la distribution. Ce qui dans le cas du Figaro ne lasse d’interroger c’est une Une sur DSK le jour où le choix éditorial aurait logiquement dû les conduire – par exemple – au retour de Taponier et Guesquière après 18 mois de captivité, au vote par la Grèce de son nouveau plan de rigueur, à l’entrée en vigueur de la réforme des retraites, voire au mariage civil du dernier des Grimaldi…
Comment ne pas soupçonner que le seul objet de cette Une ait été d’entretenir une petite musique, celle du discrédit ? Le papier en page 2 était un simple rappel des accusations portées contre DSK et la mise en exergue d’une phrase du porte-parole de l’hôtel – « le Sofitel a déclaré qu’elle donnait toute satisfaction, nous disons même que c’est une employée exemplaire » – donnait le ton (et prend toute sa saveur à la lumière de ce que chacun sait désormais).

Le vent a tourné. Plus personne n’osera critiquer Jean-Marc Ayrault qui lisant une déclaration solennelle devant le groupe socialiste le 17 mai expliquait que « dans cette affaire il y a une victime, mais nous ne savons pas encore s’il s’agit de l’accusé ou de la victime présumée ».

Sans céder à un nouvel emballement, tout semble indiquer un probable acquittement de Dominique Strauss-Kahn dans les semaines qui viennent. Viendra alors le temps de la réhabilitation d’un homme condamné à la vitesse de twitter. Puis se posera la question de son éventuel retour dans la course présidentielle.

François Hollande a suggéré que les délais de dépôt de candidatures aux élections primaires soient prolongés pour permettre à celui qui fût – avant lui – le favori des sondages , d’y participer s’il en conserve le désir. Le geste est trop rare dans cet univers pour ne pas le souligner. Un « homme normal » peut ainsi se révéler un politique exceptionnel.

Gaz de schiste, l’ambiguïté de la loi adoptée

Mardi 10 mai l’Assemblée Nationale débat de la proposition de loi gaz de schiste. Une semaine plus tôt en commission, le texte limpide indiquant que les « permis exclusifs de recherches de mines d’hydrocarbures liquides ou gazeux non conventionnels sont abrogés » est amendé et renvoie désormais une éventuelle annulation des permis à une décision de l’administration dans les deux mois qui suivent la promulgation de la loi. Cette amodiation de la loi est présentée par les rapporteurs comme une « sécurisation juridique » de la loi. Est pointée la menace d’un recours (QPC) des industriels devant le Conseil constitutionnel et la demande d’indemnisation financière.

La commission du développement durable adopte à l’unanimité à l’exception d’Yves Cochet (Verts Paris) cette version, prise par le vertige d’une éventuelle annulation des abrogations.

Comme sur chaque texte, les groupes se réunissent et réfléchissent entre le passage en commission et la séance publique (dans l’hémicycle). Très vite les consultations de juristes font apparaître que le risque d’annulation et d’indemnisation a été surjoué et que la nouvelle rédaction pourrait avoir pour effet de confirmer certains permis attribués.

Lundi 9 mai,  les socialistes adressent à l’AFP un communiqué qui précise leur position. Le consensus est possible, mais uniquement sur la base de la version initiale du texte.

Mardi 10 mai, 11 heures, les députés socialistes se rendent place Edouard Herriot, à deux pas de l’Assemblée Nationale. Quelques centaines de militants associatifs et citoyens se sont rassemblés pour manifester en faveur de l’abrogation des permis accordés pour l’exploration et l’exploitation de l’huile et du gaz de schiste.

Parmi eux, il y a Danièle Mitterrand. La militante qu’elle n’a jamais cessé d’être, a souhaité fêter le trentième anniversaire de la victoire de la gauche en 1981 à sa façon. Plutôt que de céder à la tentation d’une célébration nostalgique, elle est venue afficher son combat d’aujourd’hui, son combat pour l’eau, bien commun de l’Humanité.

15 heures, séance des questions d’actualité. Pascal Terrasse (PS Ardèche) interroge le gouvernement sur ses intentions réelles et réitère le souhait des socialistes d’une abrogation claire et effective. Nathalie Kosciusko-Morizet défend la nouvelle version du texte au motif de l’insécurité juridique qui naîtrait de la rédaction qui jusqu’ici faisait l’unanimité des parlementaires.

21 heures 30 Yves Cochet (Verts Paris) défend la motion de rejet préalable, et exprime son incompréhension devant le dernier revirement du gouvernement.

22 heures, Jean-Marc Ayrault (président groupe PS, Loire-Atlantique) tente d’exprimer les conditions d’un vote favorable, mais le président de séance Marc Laffineur (UMP), pressé d’en finir alors que le débat démarre à peine, lui coupe la parole au bout de trois petites minutes.

S’en suit une succession de rappels au règlements et incidents de séance. Lors de la seconde suspension de séance, Christian Jacob (Président du groupe UMP, Seine et Marne), conscient de la tournure désastreuse que prend le débat, rejoint les socialistes salon Delacroix et s’engage à convaincre le président de séance de permettre à Jean-Marc Ayrault d’exprimer le point de vue de l’opposition.

23 heures Jean-Marc Ayrault peut enfin développer son argumentation : La disposition d’abrogation des permis de recherche de mines d’hydrocarbures liquides ou gazeux est proportionnée à l’objectif poursuivi, c’est-à-dire la préservation de l’environnement. Cet objectif dispose d’une solide base juridique avec la Charte de l’environnement (de valeur constitutionnelle) et notamment son article 5 qui dispose que :  « Lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d’attributions, à la mise en oeuvre de procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage. »

En l’espèce, la réalisation du dommage ne fait pas de doute dans le cadre de l’exploitation des gaz non conventionnel.

S’agissant de la rétroactivité de la mesure, le Conseil constitutionnel l’admet lorsqu’un motif impérieux d’intérêt général justifie la mesure envisagée. Cette exigence qui est également imposée par la Cour européenne des droits de l’homme est parfaitement remplie dans le cas présent puisqu’il s’agit de la préservation d’un intérêt ayant valeur constitutionnelle à savoir la protection de l’environnement.

Enfin et s’agissant de l’indemnisation des entreprises qui bénéficiaient des permis annulés, rien n’oblige la collectivité publique. L’article 17 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen n’impose une indemnisation qu’en cas d’atteinte au droit de propriété. Or, dans le cas présent les entreprises ne sont pas propriétaire des terrains, pas plus qu’elles ne le sont des permis.

Les juges éventuellement saisis de cette question devront mettre en balance les intérêts privés liés à l’exploitation de ces gisements « non conventionnels » et la préservation de l’environnement constitutionnellement reconnu.

Cette annulation brandie par quelques entreprises est donc illusoire. En revanche, la rédaction actuelle de la proposition de loi peut servir par son ambiguïté à maintenir certains permis, le temps que la contestation faiblisse.

1 : 30. Fin de la discussion générale. La ministre de l’environnement confirme sa position. La discussion des articles commence sans espoir de trouver une solution consensuelle.

La loi ouvrira donc des portes que la mobilisation constante des élus et des citoyens doit pousser à refermer définitivement.

Gaz de shit. Histoire d’une fracturation hydraulique de la majorité.

Evoquant l’inquiétude des Français soulevée par l’exploration et l’exploitation du « Gaz de shit », François Fillon a provoqué mercredi les rires de l’hémicycle. Le lapsus était révélateur. Le sujet est considéré explosif. Rarement le gouvernement aura donné le sentiment d’une aussi belle improvisation. Qu’on en juge.

1er temps : le gouvernement (à l’époque Jean-Louis Borloo) donne son autorisation aux entreprises industrielles désireuses de développer les gisements d’énergie hydrocarbures non conventionnels.

2ème temps : les mobilisations locales se multiplient pour dénoncer la dangerosité pour l’environnement des procédés de fracturation hydraulique nécessaires pour extraire gaz et huile de schiste.

3ème temps : les élus locaux concernés, relayés par les députés et sénateurs socialistes interpellent le gouvernement et l’appellent à revoir sa décision.

4ème temps : le gouvernement temporise et propose de suspendre toute opération en attendant le rapport d’une mission d’inspection du ministère de l’environnement. Parallèlement une mission d’information est créée à l’Assemblée.

5ème temps : les socialistes haussent le ton et déposent des propositions de lois à l’Assemblée et au Sénat. Pris de court, Christian Jacob, président du groupe UMP décide de faire de même le lendemain. Jean-Louis Borloo qui ne se décourage pas devant ses propres contradictions fait de même.

6ème temps : le dépôt des propositions de lois n’entrainant pas mécaniquement leur discussion, les socialistes décident d’utiliser la journée qui leur est réservée le 12 mai prochain pour que le débat ait enfin lieu. Ils acceptent volontiers que soit discutée concomitamment la proposition de loi UMP.

7ème temps : Christian Jacob qui s’est découvert une passion subite pour l’écologie, ne supporte pas de partager la vedette. Il implore le gouvernement d’invoquer l’urgence sur sa seule proposition de loi pour qu’elle soit discutée le… 10 mai, soit deux jours plus tôt que la proposition socialiste. Et demande que le vote solennel intervienne dès le lendemain ! L’intérêt général est loin. La juvénilité toute proche.

8ème temps : le gouvernement accède à la demande de Jacob.

9ème temps : Séance des questions d’actualité mercredi 13 avril. Dominique Orliac demande au nom du groupe socialiste et radical l’annulation des permis de prospection.

Nathalie Kociusko-Morizet rappelle la position du gouvernement. Moratoire, rapport, puis débat parlementaire. Visiblement la ministre de l’environnement n’avait pas été prévenue d’une nouvelle accélération. Lorsque le Premier Ministre répond à son tour, il annonce tout à trac sa décision d’annuler « les autorisations déjà données » et sa volonté de soutenir les propositions de lois déposées en ce sens… En annonçant prématurément sa position, il évite (peut-être) l’expression désordonnée du groupe UMP très divisé sur ce sujet. Il ne trompe personne sur la gestion erratique et approximative d’un dossier touchant pourtant à la stratégie énergétique du pays.

Pourquoi Nicolas Sarkozy n’a pas voulu abandonner le débat sur l’Islam

Les résultats des cantonales sont tombés comme un désaveu pour l’UMP. Le discours de Grenoble, la déchéance de la nationalité, les expulsions de Roms, les bateaux de Chantal Brunel pour les réfugiés méditerranéens, les clins d’œil répétés de Claude Gueant au FN, aucune de ces initiatives n’est venu enrayer l’érosion du parti présidentiel. L’extrême-droite n’a jamais été aussi forte et pour la première fois le FN parvient à progresser sensiblement entre les deux tours d’un scrutin. Tout appelait le Président de la république à renoncer au débat sur l’Islam et la laïcité comme l’y invitait lundi son porte-parole, François Baroin. Nicolas Sarkozy a choisi de le maintenir, au prix d’une crise avec son premier ministre et une partie de sa majorité. Pourquoi ?

L’hypothèse du monarque enfermé dans sa tour d’orgueil relève de la psychologie de comptoir. Nicolas Sarkozy compose avec les éléments lorsqu’ils s’imposent à lui. Il ne souhaitait pas reconduire François Fillon à Matignon, il s’y est résolu en septembre.

Ce qui apparaît de prime abord comme une décision irrationnelle est une décision murie. L’abandon du débat sur l’Islam contredirait tout simplement sa stratégie de reconquête pour l’élection présidentielle.

Celle-ci a pour fondement une  double analyse :

1.    Les sujets économiques et sociaux sont désormais minés pour le « candidat du pouvoir d’achat » devenu « président du bouclier fiscal ». Ce terrain est réputé favorable à l’adversaire. Il faut donc déplacer le débat sur le plan idéologique. Le candidat qui impose ses thèmes de campagne prend toujours l’avantage.

2.    L’opinion de droite opère un glissement progressif sur sa droite sous l’influence de Marine Le Pen. Ce sont ces voix qu’il faut reconquérir. Il faut parvenir à la fusion des électorats FN et UMP.

Le discret conseiller du Chef de l’Etat, Patrick Buisson est sorti de sa réserve en accordant une interview à Paris Match cette semaine. De manière transparente il évoque la clé d’une réélection de Nicolas Sarkozy, la reconquête des milieux populaires dont il suppose qu’ils sont particulièrement perméables aux discours sur l’immigration et la sécurité. Il oppose les élites accusées de « prolophobie » aux sans grades. Le populisme est assumé sans fard. Les pauvres sont présumés racistes, donnons leur les signes qu’ils attendent.

L’éminence noire de Nicolas Sarkozy préfère évoquer les classes populaires plutôt que les Français de plus de 65 ans qui constituèrent le véritable atout maître de la victoire de la droite en 2007 (seule catégorie d’âge dans laquelle N. Sarkozy fut majoritaire devant S. Royal). Mais pour les uns comme pour les autres, l’argumentaire est le même. Nicolas Sarkozy est le président protecteur contre toutes les invasions.

Patrick Buisson annonce un plan de bataille en trois points : plus de fermeté sur l’immigration, un code de la laïcité, une loi dite de réhabilitation du travail et qui aurait pour objet de réserver aux Français le RSA et le RMI…

La proximité avec les thèmes de campagne de Marine Le Pen est confondante. Elle n’est pas fortuite. Sur le plan électoral, Nicolas Sarkozy prend un risque, celui de conforter l’original au détriment de la copie. Mais Nicolas sarkozy croit pouvoir gagner à tous les coups. Soit Marine Le Pen devance le candidat PS au 1er tour et c’est un nouveau 21 avril qui lui assure la victoire. Soit la présidente du FN n’est pas qualifiée pour le second tour et il lui sera alors nécessaire de s’assurer un report massif des voix du FN.

Cette stratégie est aujourd’hui contrariée par la multiplication de sondages qui anticipent une éventuelle élimination de Nicolas Sarkozy dès le 1er tour et l’implosion de sa majorité qui se refuse pour partie à piqueniquer avec l’extrême-droite.

Pourquoi j’écris à Chantal Brunel

En 2007 il s’en est fallu de peu pour que Chantal Brunel ne soit pas élue. Si les communes de gauche avaient connu une participation similaire à celles de droite, le score se serait inversé. Ce fut une belle bataille. Aucun socialiste n’a hélas gagné en Ile de France contre un député sortant de droite. Mais dans cette seule circonscription de Seine et Marne, le résultat de 2007 fut supérieur à celui de 2002.
Je n’en ai conservé aucune amertume. Faire de la politique exige d’accepter la victoire comme la défaite. Seul le peuple est souverain.
Depuis j’ai été nommé secrétaire général du groupe socialiste à l’Assemblée Nationale. J’ai à ce titre croisé régulièrement Chantal Brunel dans les couloirs du Palais Bourbon avec laquelle les relations ont toujours été courtoises. J’ai sur ce blog évité de personnaliser le combat droite-gauche en le transformant en un débat permanent avec la députée de la 8e circonscription.
Mais ses insupportables déclarations sur l’immigration m’ont tellement indigné que je suis sorti de cette réserve. Ces propos ne sont pas une énième gaffe de l’ancienne porte-parole de l’UMP. Elle a choisi de les confirmer sur son blog. Ils sont le fruit d’une réflexion cynique sur les moyens de conserver une circonscription (qui a pourtant été redécoupée sur mesure). Curieuse coïncidence, un sondage privé réalisé par Opinionway vient d’être réalisé dans la circonscription. De là à y voir un lien de cause à effet…
En 2007 Chantal Brunel a pratiqué une campagne flattant tous les communautarismes poussant la sophistication jusqu’à faire traduire sa profession de foi dans certaines langues d’origine de nos concitoyens. Elle a entretenu les amalgames les plus douteux pour capter le vote de celles et ceux qui, boat people, ont fui le communisme Vietnamien, Cambodgien ou Chinois. Aujourd’hui c’est la même qui suggère de renvoyer à la mer les réfugiés des rives sud de la Méditerranée. Cette fois, c’est trop.
Laurent Wauquiez a dérapé voici quelques jours en évoquant les « racines » de DSK. Il a depuis cherché à corriger le tir et a annoncé qu’entre la gauche et l’extrême-droite, son choix se porterait toujours sur le républicain. On aimerait être certain qu’il en est de même pour Chantal Brunel. C’est le sens de la lettre que je viens de lui adresser et dont vous pourrez lire ci-dessous le contenu :

« Madame la députée,

Vous avez choqué la France entière par vos propos : « il faut rassurer les Français sur toutes les migrations de populations qui viendraient de la Méditerranée. Après tout remettons-les dans les bateaux » ! Le Premier Ministre, François Fillon a lui même dû intervenir publiquement pour désapprouver vos déclarations.

Votre expression est d’autant plus scandaleuse qu’elle a pour arrière-pensée transparente votre volonté de venir pêcher dans les eaux troubles du FN. « Marine Le Pen n’a aucune solution à proposer, nous on doit montrer qu’on a des solutions » avez vous ainsi ajouté.

Depuis sur votre blog, loin de vous excuser, vous avez confirmé : « le sens de mes paroles ne change pas ».

Votre course-poursuite avec l’extrême-droite ne peut qu’inquiéter.

La politique que vous soutenez conduit au désordre en poussant les Français les uns contre les autres. L’instrumentalisation du débat sur l’Islam a provoqué la réaction vive du président du Conseil des démocrates musulmans de France.

La surenchère sécuritaire qui a fait suite au discours de Grenoble du président de la République a indigné jusqu’aux centristes de votre majorité qui ont refusé de voter la déchéance de la nationalité. Le Conseil Constitutionnel, hier soir, dans une décision d’une sévérité inédite a lui même censuré les articles majeurs de la loi sur la sécurité intérieure que vous avez votée sans sourciller.

Nos concitoyens ont le droit de savoir où les conduira vos dérives puisque comme députée, vous intervenez non pas à titre personnel, mais en leur nom.

Aussi je vous demande instamment de vous prononcer à l’instar de vos amis Nathalie Kosciusko-Morizet ou Laurent Wauquiez qui, eux, ont clairement refusé toute ambiguïté vis-à-vis de l’extrême-droite. Dans l’hypothèse d’un second tour entre un candidat socialiste et un candidat FN, quelle sera votre attitude ? Pour qui appellerez-vous à voter ?

En 2002 les électeurs de gauche ont accordé leurs suffrages à Jacques Chirac pour éviter une nouvelle progression catastrophique de l’extrême-droite. Aujourd’hui la responsabilité est dans votre camp. Nous attendons de vous que vous soyez à la hauteur.

Salutations républicaines,
Olivier Faure »


Quand Chantal Brunel et les députés de l’UMP paniquent…

Les sondages de Louis Harris publiés dimanche et mardi (qui placent Marine Le Pen en tête du 1er tour de la présidentielle de 2012) ont créé la stupeur générale. Quoi de plus normal.

Ce qui l’est moins c’est la réponse apportée par l’ancienne porte-parole de l’UMP Chantal Brunel. Interrogée par la presse sur le sondage Louis Harris, elle suggère brutalement « de remettre les immigrés dans les bateaux qui viendraient de la Méditerranée » car le « temps n’est plus à la parole mais aux décisions ». Décidée à prendre La présidente du FN sur son extrême-droite, elle va jusqu’à oser « Marine Le Pen n’a aucune solution à proposer, nous on doit montrer qu’on a des solutions »…

Le propos dénote d’un cynisme rare. Michel Noir refusait de vendre son âme pour gagner une élection, Chantal Brunel a préféré la mettre aux enchères…

Il témoigne surtout d’une totale incompréhension par les sarkozystes des enjeux du moment.

Depuis deux mois, le chef de la diplomatie française est resté immobile quand les peuples arabes, de Tunisie en Libye, bousculaient l’Histoire. Dans 100 ans peut-être les historiens écriront-ils que le monde est entré dans le XXIème siècle au mois de janvier 2011 mais que le président français a pris acte tardivement de ce « printemps arabe » pour modérer aussitôt son audace en agitant la peur de vagues déferlantes charriant de nouveaux migrants vers nos frontières.

Il y a – comment ne pas le voir – une pression migratoire. Elle est liée au fait que la désorganisation des états libérés favorise la fuite de ceux qui avaient déjà le projet de partir. Elle est parfois le fait de personnes impliquées dans les régimes tombés et qui cherchent à échapper à une purge. Elle est enfin l’issue dramatique de celles et ceux qui craignent pour leur vie et qui cherchent à se protéger de la folie de Kadhafi.

La vision stratégique c’est pourtant de saisir avec enthousiasme cette opportunité unique, c’est de se réjouir de partager ce moment où la liberté gagne de nouveaux territoires.
La vision stratégique c’est d’aider le monde arabe à s’approprier des principes que nous croyons universels.
La vision stratégique c’est de conforter ces révolutions en aidant ces peuples à consolider la démocratie, en favorisant leur développement économique, en assurant une coopération avec des partenaires qui ne veulent plus être traités comme de simples obligés.
La vision stratégique c’est de soutenir un processus qui peut permettre tout à la fois l’émergence d’un Islam modéré, et la constitution d’Etats qui tout en préservant la liberté de conscience séparent le temporel du spirituel.
La vision stratégique c’est enfin d’imaginer que la démocratie et la liberté sont les meilleurs remparts contre le fanatisme, le terrorisme.
La vision stratégique c’est d’imaginer des citoyens heureux qui n’auront plus jamais à fuir leur pays pour gonfler les rangs des clandestins pour lesquels la vie est une succession d’humiliations et de frustrations.

Aujourd’hui les peuples libérés, ceux qui se libèreront demain nous regardent. Ils n’oublieront pas. Les liens économiques, culturels, stratégiques dans le monde arabe et plus généralement en Afrique s’apprécieront à partir de la façon dont nous avons accueilli leur formidable mutation. Ne pas le comprendre relève de la faute politique.

Les déclarations hallucinantes de MAM sur la situation en Tunisie

La scène est passée inaperçue. Les interventions du Premier Ministre sur les deux jeunes otages assassinés ont monopolisé l’attention médiatique lors de la séance des questions d’actualité du 11 janvier.

Elle mérite pourtant d’être racontée, tant elle révèle la pensée scandaleuse de la ministre des Affaires étrangères.

La situation en Tunisie est préoccupante. Des dizaines de jeunes gens, étudiants pour la plupart, ont payé de leur vie l’absence de droit à manifester. La presse étrangère ne peut plus travailler librement. Jean-Paul Lecoq (PCF) interroge donc MAM sur un gouvernement « si prompt à s’exprimer sur la situation démocratique en Côte d’Ivoire » et le silence assourdissant sur la répression policière voulue par le président Ben Ali. Le parallèle est certes un peu rapide, mais la question de la position de la France est bien posée.
Michèle Alliot-Marie se lève, et avec son habituel ton pincé ose une réponse tout simplement hallucinante. Elle commence par reprocher à son interlocuteur de « lancer des anathèmes » alors qu’il s’est limité à rappeler un principe universel, celui des droits de l’Homme dont la France s’honore d’être l’auteure. Surtout elle opère une belle sortie de route lorsqu’elle déclare que « le problème des décès et des violences constatées au cours de ces manifestations (…/…) montre le bien-fondé de la politique que nous voulons mener quand nous proposons que le savoir-faire de nos forces de sécurité, qui est reconnu dans le monde entier, permette de régler des situations sécuritaires de ce type »
Personne ne s’attendait à une condamnation explicite du régime autoritaire de Ben Ali. Chacun connaît la ligne diplomatique qui a prévalu jusqu’ici « mieux vaut Ben Ali que Ben Laden ». De là à passer sous silence la responsabilité du pouvoir et à offrir comme seule réponse le savoir faire de nos forces de sécurité…

L’observateur bienveillant pourrait plaider le dérapage verbal, la fatigue ou l’inattention… Las, Axel Poniatowski (UMP) offre une deuxième chance à la ministre en lui posant une nouvelle question sur la Tunisie. Sa question est plus que bienveillante, le président de la commission des Affaires étrangères ayant déjà exprimé publiquement sa volonté que la France ne s’érige pas en « donneuse de leçons ». Il dit son souhait que la France « exprime ses préoccupations avec mesure ». Et là stupeur, ce n’est pas de mesure dont fait preuve Michèle Alliot-Marie mais d’une complaisance coupable : « Aujourd’hui face à cette situation, la priorité doit aller à l’apaisement après des affrontements qui ont fait des morts, un apaisement qui peut reposer sur des techniques de maintien de l’ordre. J’ai fait part tout à l’heure de notre proposition, puisque nous avons des savoir-faire en la matière. De la même façon, il est évident que doivent être prises en compte les réponses apportées par les gouvernements eux-mêmes ».

Si Rama Yade existe encore, si son poste à l’UNESCO n’a pas acheté son silence, on aimerait entendre le son d’une voix à l’UMP qui ne se confonde pas avec de tels propos et nous épargne ce sentiment de honte qui nous envahit.

Jean-François Copé fait voter une amnistie préalable pour les députés fraudeurs

Les esprits sont à la préparation des fêtes de fin d’année. Le pays est sous la neige, c’est le moment choisi par Jean-François Copé, secrétaire général de l’UMP et de Christian Jacob, président du groupe UMP pour déposer trois amendements aux textes sur la transparence financière.

La commission des lois avait pourtant trouvé une rédaction consensuelle créant une incrimination pénale pour les députés qui omettraient « sciemment » de déclarer une « part substantielle » de leur patrimoine. C’est précisément cette incrimination que messieurs Copé et Jacob ont proposé de supprimer, quitte à laisser impunis les fraudeurs intentionnels.

A 22h35 lundi soir, après une discussion houleuse dans l’hémicycle, le groupe UMP demande par la voie de son président une suspension de séance. Pendant quarante minute la quarantaine d’élus UMP présents se retire et débat de la possibilité de passer en force sur un sujet aussi sensible.

Salon Delacroix les socialistes croisent les centristes qui, pour une fois, ne s’alignent pas contrits, sur la position dictée par leur encombrant allié.

23H10, la séance reprend par une explication confuse de Christian Jacob qui annonce le retrait de l’amendement auquel il est substitué un nouvel amendement 38 qui maintient une incrimination pénale, mais supprime toute peine d’emprisonnement.

Jean-Yves Le Bouillonnec (PS Val de Marne) brandit un code pénal en rappelant que le vol simple est passible de 3 ans de prison, l’escroquerie de 5 ans, rien n’ébranle plus le carré UMP. Maxime Gremetz (PCF Somme) s’égosille en vain en dénonçant un système « deux poids, deux mesures ».

Le président du groupe Nouveau Centre tente une dernière médiation en demandant à ses partenaires politiques d’en revenir au texte initial de la commission qui vise des parlementaires ayant dissimulé « sciemment » une part de leur patrimoine.

Jean-Luc Warsmann, président UMP de la Commission des Lois, qui s’était jusqu’ici opposé courageusement à l’amendement Copé-Jacob met un terme à la discussion en annonçant son ralliement à l’amendement 38.

Le scrutin est annoncé dans le palais. Sans surprise les élus UMP adoptent cette disposition qui crée un régime dérogatoire pour les élus et revient à les amnistier de toute peine de prison, pour violation délibérée d’une loi qu’ils votent. La « République irréprochable » de Nicolas Sarkozy s’éloigne chaque jour davantage.

Quand César choisit de faire confiance à Brutus…

Mercredi à 15 heures, ils se sont levés, ils ont applaudi. Pendant 40 minutes, les députés UMP ont marqué leur soutien à leur Premier Ministre.
Lui est arrivé en retard, il a bavardé avec sa voisine, signé des parapheurs et quand vraiment il devenait difficile de faire autrement, il a timidement – ce qui ne lui ressemble pas – tapé mollement dans ses mains. Lui, c’est le vrai vainqueur de la quinzaine du remaniement à droite. Lui qui rêve de devenir le prochain Nicolas Sarkozy. Lui qui lui ressemble tant : même rapport obsessionnel au pouvoir et décomplexé à l’argent, même fascination pour les médias, même besoin pathologique de reconnaissance, même arrogance.

En quinze jours, Jean-François Copé a obtenu de se faire nommer secrétaire général de l’UMP et a conservé la haute main sur le groupe parlementaire par l’intermédiaire de son ami Jacob.

Son doublé est tout à la fois le résultat de son talent et le reflet de la faiblesse de Nicolas Sarkozy.

En le nommant à la tête de l’UMP le président a pris plus qu’un risque, l’assurance d’une trahison. Reste l’heure.
Le coup de couteau viendra soit au moment de la présidentielle, parce que au lendemain d’une défaite de la droite, le secrétaire général de l’UMP deviendrait – de facto – le leader de l’opposition. Soit au lendemain de la présidentielle, parce que sa candidature en 2017 ne pourrait se construire que dans la différenciation avec le président en place.
Dans ce pacte les joueurs sont inégaux. Sarkozy ne peut affaiblir Copé dont il a besoin pour la présidentielle. Inversement, Copé occupe une fonction qui – objectivement – le rend indifférent à la victoire comme à la défaite, les deux lui ouvrant des perspectives quasi équivalentes.

Sarkozy pense avoir équilibré son dispositif en stimulant la concurrence entre Copé et Fillon. Là encore le pari est audacieux. Le Premier Ministre n’est en position de force que jusqu’en 2012. Jusqu’à cette date, il est le recours de la droite. A partir du second tour de l’élection présidentielle, soit le président aura perdu, et dans cette hypothèse François Fillon sera solidairement emporté dans la tourmente. Soit la victoire sera au rendez-vous, mais inévitablement Matignon changera de locataire.

Le bon coup eut été pour César – et c’était son intention originelle – de nommer Brutus à Matignon et Pompée à l’UMP. Sa faiblesse politique ne lui a pas permis d’imposer sa volonté. Il lui reste le nez de Cléopâtre.

Jeu de l’oie sans lois, atmosphère d’une fin de règne.

28 septembre. Le climat est lourd à l’Assemblée. Le temps politique est menaçant, comme ces fins d’après-midi incertaines pendant lesquelles les enfants guettent, entre crainte et espoir, l’arrivée de l’orage.
Ce week-end le Premier Ministre a tout fait pour accréditer l’idée d’une tournée des adieux. Partira, partira pas ? Le président de la république a décidé de jouer avec les nerfs de ses ministres et d’abord avec le premier d’entre eux. Ils ne pensent plus qu’à ça. A l’UMP, ils s’apprêtent à déposer le brevet d’un Monopoly nouveau genre, un jeu de l’oie sans loi, le « jeu du remaniement » : « – je t’échange le parti contre le groupe, Matignon contre la présidence de l’Assemblée, 2012 contre 2017, Fillon contre Copé, Copé contre Bertrand, Alliot-Marie contre Hortefeux, tous contre Borloo… »
Dans la vie gouvernementale, cela se traduit par un ministre de l’industrie qui se voit ministre de l’Intérieur, un ministre de l’Intérieur qui se prend pour la ministre de la justice, une ministre de la justice accusée d’avoir laissé fuiter des informations atteignant un ministre du travail longtemps concurrent pour Matignon, un ministre de l’Intérieur qui fait passer au Canard des comptes rendus de réunions interministérielles pour mouiller le ministre de l’immigration, un Premier ministre qui cherche sur le tard à s’émanciper du président qui l’a nommé, un quarteron de ministres qui rêve de remplacer dans son supplice le premier d’entre eux…
C’est l’histoire d’un avion qui plonge en chute libre dans lequel tous les passagers accourent dans la cabine pour tenir le manche. Et la tour de contrôle qui ne répond plus.

Dans la vie parlementaire, cela ressemble à un bateau ivre :

10h30 : l’AFP annonce la tribune signée par l’ensemble des députés de gauche pour demander la démission du président de l’Assemblée Nationale. Une première dans l’histoire de la 5ème République. Bernard Accoyer, livide, manifestement dépassé, répond dans un point presse qu’il ne « se sent pas menacé ». A gauche, les députés sont médusés par une réaction aussi nombriliste. « – on parle de déni de démocratie, de dévoiement des institutions, de respect de la constitution, et lui il nous parle encore de lui ? Mais il croit que cela intéresse qui ? »

15h : le Monde est dans les kiosques parisiens depuis deux heures. L’appel à la démission est connu de tous. A l’entrée du président dans l’hémicycle, les députés de la majorité se lèvent pour l’applaudir. Sans conviction.

La séance des questions commence. Alors qu’Armand Jung, député PS du Bas Rhin l’interroge sur le développement d’un climat xénophobe et la multiplication des profanations de tombes, Brice Hortefeux commet un lapsus en évoquant les cimetières « israéliens », là où « israélites » aurait suffi. Etre juif ne signifie pas être israélien. On peut encore mourir juif et français…

Olivier Dussopt, député PS de l’Ardèche interroge à son tour la garde des Sceaux. La veille par le procureur général près la Cour de Cassation (plus haut magistrat du parquet de France) a recommandé la nomination d’un juge d’instruction indépendant dans l’affaire Woerth/Bettencourt et donc implicitement demandé le dessaisissement du juge Courroye. « – Madame la Ministre, M. Courroye est placé sous votre autorité. Pouvez-vous nous dire quelles instructions vous comptez lui donner après avoir entendu la recommandation du procureur général ? Si vous refusiez de suivre la recommandation du procureur général, pouvez-vous nous dire pourquoi le gouvernement s’obstine à refuser un juge d’instruction alors que tout les magistrats s’accordent à penser qu’une information judiciaire aurait dû être ouverte ? »
Michèle Alliot-Marie que l’on a connue plus inspirée invoque l’indépendance de la justice… pour ne pas prendre ses responsabilités. Rires à gauche.

Aurélie Filipetti questionne ensuite la Ministre de l’Economie et des Finances sur les dommages et intérêts reçus par Bernard Tapie pour « préjudice moral » au terme d’un arbitrage voulu par le pouvoir (voir billet de sept 2009 sur les 6 anomalies de la procédure Tapie). Le 23 septembre 2008, madame Lagarde en réponse à une question du député centriste de Courson, indiquait que, « après déduction des impôts et des créances détenues par l’État, 30 millions d’euros devront être réglés au bénéfice des époux Tapie ». D’après les estimations faites par Jérôme Cahuzac, président PS de la Commission des Finances ce sont 220 millions qui resteront effectivement dans les poches de l’ancien dirigeant d’Adidas… Il n’y a pas de petits arrangements entre amis. La ministre refuse de confirmer ou d’infirmer le montant de ce « parachute doré ».

17h. Vote solennel sur la réforme territoriale. Personne n’y croit. Ni à droite ni à gauche. La grande loi qui devait mettre fin au « mille feuilles territorial » n’est plus qu’une coquille vide pour habiller le changement du mode d’élection des conseillers généraux et régionaux. Une poignée de députés UMP refuse de voter le projet présidentiel.

17h30 début du débat sur l’immigration. Curieusement les bancs de l’UMP sont vides pour le discours d’Eric Besson. La motion de rejet préalable défendue par Sandrine Mazetier, députée PS de Paris, n’est repoussée que de quelques voix.

21h30 les députés UMP sont seuls inscrits dans la discussion générale. Pendant près de quatre heures, ils se suivent en file indienne pour répéter à la tribune, chacun pour cinq minutes, le bien qu’ils pensent du projet de loi. Tiens, Bernard Accoyer n’est pas venu pour leur couper le sifflet…

Sur le chevet de l’Assemblée, un médecin abandonne son diagnostic «Etat crépusculaire»…