Pourquoi le pacte DSK/Aubry/Royal crée l’embarras

Ségolène Royal qui a l’instinct de survie a du se souvenir de ce que professait Bismarck : « dans un accord à trois, mieux vaut ne pas être le troisième »… Depuis le passage de Martine Aubry sur France 2, elle dénonce l’idée d’un pacte qui la lierait.

Les déclarations de la première secrétaire ont déclenché le tollé pour plusieurs raisons. La première, la plus simple, n’est pas forcément la plus juste : l’existence d’un arrangement entre plusieurs présidentiables contredirait l’esprit de primaires précisément créées pour départager les différents candidat-e-s potentiels à l’élection présidentielle. Pourtant, nul ne peut obliger l’un des leaders du PS à se placer sur la ligne de départ. Et personne ne saurait interdire à ceux qui renoncent de se désister en faveur d’un autre. C’est leur liberté et leur responsabilité. L’idée même de se rassembler derrière une candidature ne peut être choquante.

Le vrai embarras c’est l’existence d’un pacte dont personne ne connaît ni les critères de choix, ni le projet commun qui le sous-tend. Car si Martine, Ségolène et Dominique partagent beaucoup – ils sont socialistes – ils représentent des sensibilités singulières.

Celles et ceux qui sont disposés à soutenir l’un des trois au cours des primaires, ne sont pas prêts à le faire pour les trois. Ainsi Pierre Moscovici a suspendu sa candidature en attendant la réponse de DSK, mais si ce dernier abandonnait l’idée d’un retour, il se porterait candidat face à Ségolène ou Martine. Inversement Benoit Hamon joindrait ses forces à Martine Aubry, mais a déjà sous-entendu qu’il se présenterait face à l’actuel directeur du FMI. De la même manière, Laurent Fabius qui est prêt à s’effacer devant DSK ou Martine Aubry, ne le ferait pas pour Ségolène Royal.
Alors que l’annonce d’un accord était sensée rassurer les supporters potentiels des trois participants au pacte, c’est tout l’inverse qui s’est produit, chacun redoutant que cela soit au bénéfice de l’un des deux autres…

On aurait cependant tort de limiter l’interprétation des déclarations désordonnées du week-end à une nouvelle représentation du bal des egos. La question des primaires est intimement liée à la nature du projet qui sera porté par les socialistes en 2012.

Les débats qui agitent la famille socialiste autour de ce pacte ne sont pas insignifiants. Ils rappellent deux truismes :
• la gauche ne peut se mobiliser qu’autour d’un projet. C’est sa culture. Ce projet ne sera fixé qu’au moment des primaires car il dépend étroitement de celui ou celle qui l’incarnera.
• Cette première évidence se confond avec l’exigence posée par l’élection du président de la République au suffrage universel. Ce n’est pas un parti qui est candidat à l’investiture suprême, mais une personnalité qui doit développer un lien particulier et direct avec les Français.

La course des primaires vient dans les faits de démarrer indépendamment du calendrier officiel. Chacun y entre à son rythme. L’histoire dira qui, du lièvre ou de la tortue, passera le premier la ligne d’arrivée.

Si les socialistes veulent gagner en 2012

En politique le problème de la pensée, c’est qu’elle est souvent précédée d’une arrière-pensée… Et hélas, il n’est pas rare que l’arrière-pensée encombre, occulte et finisse même par dominer la pensée.

Ainsi le calendrier des primaires a depuis l’origine été conçu pour ne pas gêner une éventuelle candidature de Dominique Strauss-Kahn. Toute velléité de modification de l’agenda est immédiatement interprétée comme servant les intérêts de telle ou tel concurrent. L’expérience et l’analyse ne comptent pour rien. Les affinités supposées avec l’un ou l’autre, pour tout. Résultat : plus rien ne bouge. Pourtant si rien ne change, le candidat socialiste à la présidentielle ne sera pas désigné avant… un an.

Dans l’intervalle continueront de se succéder des conventions thématiques qui mobilisent péniblement un tiers des militants. Le Conseil National du PS lui même, peine à se motiver. Un petit quart de ses membres s’est déplacé pour voter sur le texte présenté par Benoit Hamon sur « l’égalité réelle »…

Tout se passe comme si ces vocalises programmatiques n’avaient d’autre vocation que de meubler le temps qui court jusqu’aux primaires. Au fond, personne n’est dupe, le projet socialiste ne sera pas porté de la même façon selon que le leader du PS s’appelle Dominique, Martine, François, Ségolène, Pierre, Manuel, Arnaud, Benoit, Jean-Louis… Les priorités financières, les grandes orientations, les principales propositions ne seront tranchées qu’avec le choix du candidat, sauf à considérer qu’il relève d’un simple casting.

L’automne social a bousculé les rythmes. Le mouvement sur les retraites a provoqué une accélération du temps politique. Le désir d’alternance est plus vif. La demande d’incarnation de l’alternative devient sensible. L’absence de candidat socialiste alimente les commentaires sur « le flou de la ligne ». Tant que le jeu n’est pas stabilisé, le PS apparaît comme un bateau opportuniste qui navigue habilement entre les écueils, mais sans se fixer de cap. Cet état de flottement a interdit aux socialistes de capitaliser dans l’opinion le rejet de la réforme des retraites. L’écriture du contre-projet, la prestation brillante sur France 2 de Martine Aubry ont été éclipsés par un sentiment d’incertitude : entre Dominique qui laisse entendre que l’âge légal à 60 ans n’est pas tabou et Benoit qui suggère que le retour aux 40 annuités de cotisation n’est pas impossible, les éditorialistes ont trouvé tout l’espace de leurs commentaires sur la division et les Français quelques raisons de douter de la crédibilité de la gauche.

Le parti socialiste SFIO est né au siècle dernier de la synthèse entre les principaux courants du mouvement ouvrier. La confrontation des différentes sensibilités est permanente, ce qui est plutôt la marque d’une vitalité démocratique. Mais, en la circonstance et en l’absence de chef, les expressions dispersées peuvent se transformer en un poison mortel. Les tensions palpables ces derniers jours sont appelées à se multiplier et risquent de transformer l’année 2011 en un long calvaire.

Dès lors, peut-on plaider pour une accélération du calendrier des primaires sans être hostile à DSK ? En vérité, la question devrait être renversée : Rend-on service à DSK en lui donnant la possibilité de ne faire de choix qu’au dernier moment ? Devenir président de la République suppose une rencontre avec le pays profond. Ce n’est pas faire injure au directeur du FMI que de rappeler que Washington n’est pas la France, et qu’il lui faudra prendre le temps de saisir le pouls de son pays, de le comprendre, avant de le convaincre. Pour l’emporter il faut aussi manifester aux Français l’envie de les servir. Une course de surplace pendant de longs mois encore, adresserait au contraire le signe d’une préjudiciable hésitation.

En 2006 le calendrier des primaires fût trop tardif. La candidate fut investie en novembre. Ce fût une erreur qu’il n’est pas obligatoire de reproduire. J’ai l’intuition que DSK n’est plus très loin de partager cet avis.

les coulisses du débat sur les retraites (1)

Lundi 6 : Woerth or not Woerth ?

Ils sont arrivés dès lundi soir pour éviter la paralysie des transports du lendemain. Les députés socialistes examinent au second sous-sol de l’Assemblée les conditions du débat sur les retraites. La question est posée de savoir comment traiter les dernières révélations de la presse sur l’affaire Woerth/ Bettencourt ? Très vite tous les violons s’accordent. Il faut centrer les questions d’actualité du lendemain sur la réforme et éviter que la droite esquive le débat en se réfugiant dans la polémique.

Dehors l’UMP s’inquiète de cette réunion inhabituelle un lundi. La rumeur court que les socialistes vont récuser le ministre du travail à l’ouverture du débat !

Mardi 7 : Projet contre projet.

Dans la rue plusieurs millions de salariés, de retraités, du public et du privé, défilent entre Paris et Province.

Dans l’hémicycle Jean Marc Ayraullt pose la première qustion de la session extraordinaire : « Une autre réforme, juste et durable, est possible. Cette réforme, vous auriez pu, vous auriez dû chercher à la construire avec l’ensemble du pays. C’est l’inverse qui s’est passé. C’est une faute. J’accuse le gouvernement de ne pas avoir joué sincèrement le jeu de la négociation avec les syndicats, comme avec les partis d’opposition ».
Le Premier Ministre se lève, et pour la première fois, il reconnaît que c’est un débat qui oppose deux projets alternatifs.

Mercredi 8 : l’opération de com de l’Elysée.

A 11 heures, le président de la République et son conseiller social convoquent la presse pour évoquer des amendements dont personne ne dispose. A 15 heures, le ministre du travail intervient en séance pour donner de vagues orientations. Le président de la commission des affaires sociales refuse de réunir sa commission, séance tenante, pour examiner les nouvelles dispositions annoncées.

Nous assistons à une manoeuvre de diversion et de manipulation de la cellule de communication de l’Elysée : comme par hasard le détail des mesures ne sera connu des parlementaires et des journalistes qu’au moment où toute la presse aura bouclé. Aucune analyse sérieuse n’aura pu être produite avant les 20h, et demain les journaux ne pourront que commenter la communication présidentielle.

Les socialistes refusent de se prêter à cette opération en retirant tous leurs intervenants de la discussion générale. Ils conservent  ainsi leur temps de parole pour la discussion des articles. La discussion de l’après-midi montre sa vacuité, l’Assemblée étant condamnée à débattre d’un projet dont elle ne connaît toujours pas l’intégralité.

La droite croit flairer un mauvais coup. S’imaginant que ce retrait augure du dépôt d’une motion référendaire, elle occupe la tribune pour permettre aux collaborateurs de l’ump de battre le rappel des troupes.

Jeudi 9 : La facture de la crise.

Dans l’hémicycle, le ministre du travail s’accroche à son banc, dernier espace que lui laisse le président. La veille en commission, il était tellement confus que plusieurs députés se sont demandés si il ne découvrait pas les amendements sur la pénibilité.

Comme dans tous les débats parlementaires, sous le feu des questions, la vérité apparaît par petites touches. Le ministre finit par reconnaître que les mesures prises aujourd’hui ne sont pas commandées par des questions démographiques, celles-là ont été soldées avec le passage de 150 à 166 trimestres de cotisations entre 1982 et 2020. La réforme d’aujourd’hui est justifiée par la crise argumente E. Woerth. « Et bien nous, nous n’acceptons pas que vous présentiez la facture de la crise financière à celles et ceux qui en sont les victimes et que dans le même temps vous préserviez celles et ceux qui s’en sont rendus complices ou responsables ! » assène Jean-Marc Ayrault.

20 :30 les députés socialistes se sont rassemblés autour d’un téléviseur pour voir l’émission « A vous de juger ». Fillon est jugé trop technique, presque détaché par rapport à un sujet qu’il défend par fonction. Il ne semble se libérer que quand Arlette Chabot l’interroge sur son avenir à Matignon. La surprise vient de Ségolène Royal. Toute la journée Guillaume Garot, le jeune député-maire de Laval est venu collecter les derniers éléments du débat pour brieffer sa patronne. Marisol Touraine, responsable du texte pour le PS, lui a fait passer ses notes. Jean-Marc Germain le directeur de cabinet de Martine Aubry lui a fait parvenir un dossier. Les députés socialistes qui suivent la retransmission ne sont pas connus pour être les plus fervents partisans de la présidente de Poitou Charente. Mais ce soir tout le monde loue le ton offensif, la précision et le souci du concret. Verdict : elle n’a pas été bonne… elle a été excellente.

Vendredi 10 l’UMP face à ses contradictions.

Enfin on aborde l’article 5, celui qui déplace l’âge légal de 60 à 62 ans. Derrière Pierre Alain Muet député du Rhône, les socialistes dénoncent cette mesure qui est simplement un nouvel impôt prélevé sur les Français. Pas n’importe lesquels. Pas pour les salariés qui, de toutes façons n’auraient pas atteint les 41,5 annuités à 60 ans, pas davantage pour ceux qui ont eu des carrières complètes et qui ne seront jamais contraints d’attendre 67 ans pour partir. « Non, votre nouvel impôt pèsera sur celles et ceux qui vont devoir sur-cotiser au delà des 41,5 annuités, ceux qui ont commencé tôt, ceux qui ont eu les carrières pénibles, ceux qui ont l’espérance de vie la plus faible » rappelle Jean-Marc Ayrault.

Jean Mallot, député PS de l’Allier, exhume le compte rendu d’un débat du 31 octobre 2008 lorsque la place de ministre du travail était occupée par Xavier Bertrand. A l’époque les députés UMP Tian et Bur voulaient relever l’âge légal à 63,5 ans. Et Jean Mallot de donner lecture de l’édifiante réponse de l’actuel secrétaire général de l’UMP : « Si on repousse l’âge légal de départ à la retraite mais qu’on ne change pas les comportements en matière d’emploi des seniors afin de faire coïncider l’âge réel et l’âge légal de départ à la retraite, alors, c’est mathématique, on diminuera le montant des pensions. Etes vous prêt à l’assumer ? »

18h, Coup de théâtre. Un amendement de deux députés UMP, dont la porte-parole de l’UMP sur les retraites madame Rosso-Debord, vient en discussion. Il a pour objet – je cite l’exposé des motifs – d’éviter aux « assurés nés entre le 1er juillet et le 31 décembre 2011 qui, chômeurs de longue durée » vont, du fait de la réforme, « se trouver sans ressources pendant une période de quatre mois, voire plus dans le cas où la fin de l’indemnisation chômage ne coïncide pas avec la retraite initialement prévue ». A la demande du gouvernement les auteurs retirent leur amendement. La gauche le reprend. Il doit donc être soumis au vote. L’UMP vote contre son propre amendement, madame Rosso-Debord y compris. Les pauvres n’ont qu’à se débrouiller !

19h c’est maintenant l’article 6 qui est en discussion, celui qui fixe la borne d’âge de la retraite sans décote à 67 ans. Cette évolution pèsera sur les français qui ont eu des carrières hachées, qui ont connu le chômage, sur les femmes particulièrement qui ont interrompu leur carrière pour élever leurs enfants, sur les épouses d’artisans, ou d’agriculteurs.
Pour ces salariés précaires, il faudra attendre 67 ans pour atteindre le taux plein. Et pour nombre d’entre eux, d’entre elles (un tiers des femmes), il faudra liquider ses droits avant cet âge et pour cela accepter de se voir verser une pension réduite.

Chantal Brunel, députée UMP, prend la parole. Pendant la semaine elle a travaillé avec les services de l’observatoire de la parité dont elle vient de récupérer la présidence. Peu habituée à exprimer une dissidence, elle s’émeut de sa propre audace quand elle reprend pour partie l’argumentation de la gauche. Elle finit son intervention dans un sanglot.

21H30 : Reprise des travaux. On apprend que l’UMP veut passer en force dans la nuit, profitant de la faible présence pour éviter le débat. Le Président de l’Assemblée Nationale est à Ottawa. Jean-Marc Ayrault le joint au téléphone. Bernard Accoyer s’engage à rechercher l’apaisement.
22H : Le président de séance Maurice Leroy confirme à François Brottes, député PS de l’Isère qu’il a eu la consigne directe du même Bernard Accoyer d’aller jusqu’à cinq heures du matin. Sur le projet comme sur la procédure, le double langage est la langue courante à l’UMP…

A suivre.

La Rochelle et après?

Sous les stands devant les bâtiments de l’Encan où se déroule l’université du PS les portraits des présidentiables tournent sur un même présentoir et prennent la lumière à tour de rôle. A l’intérieur les éléphants tirent dans le même sens et dénoncent « l’été de la honte« . Les journalistes s’inquiètent. Pas de petites phrases à se mettre sous la dent. Le seul candidat à la primaire en campagne s’appelle… Will Mael Nyamat, militant PS de la section de Londres. Cela faisait longtemps. Cela a fait du bien.

Les militants sont repartis de la Rochelle soulagés avec le sentiment qu’une haie venait d’être franchie, même si ce n’était pas la plus haute.

Que se sont-ils dit? Les sondages sont bons, mais ils font apparaître davantage l’envie d’en finir avec Nicolas Sarkozy qu’un réel emballement pour la gauche. DSK est très haut mais il est aussi très loin. Ceci n’est pas sans rapport avec cela. Martine s’installe, mais sa position demeure fragile. François réalise un inespéré 50/50 dans un second tour simulé par la Sofres, mais demeure en dessous de la barre des 20% au premier tour. Ségolène n’apparait plus en situation de revenir, mais sa posture unitaire la réintègre au sein de la famille socialiste qu’elle a souvent donné l’impression de contourner.

Dominique semble la meilleure chance de la gauche, mais certains doutent de sa gauche. Martine est au centre de gravité de la gauche, mais d’autres doutent de sa capacité à gagner les indispensables voix du centre. François est la synthèse des deux, mais il est trop loin dans l’opinion. Ségolène ne semble plus pouvoir gagner, mais peut-on gagner sans elle?

Sur le port, on s’est perdu en conjectures sur le désir réel des uns et des autres d’être président. DSK peut-il renoncer au confort d’une situation enviable au FMI. Martine rêve-t-elle vraiment de l’Elysée? François joue-t-il gagnant ou placé? Quels sont les vrais désirs d’avenir de Ségolène?

L’indécision domine. Les uns et les autres hésitent à afficher trop tôt des préférences. Cette fois, nous ne pouvons pas perdre. Et puis après tout, les primaires sont là pour départager les candidats. Cependant l’ardeur même pour les primaires est loin d’être unanime. Le choix sera-t-il exhaustif ou tronqué? Et si le choix est réel, l’âpreté du débat ne servira-t-elle pas l’adversaire?

Au fond, les socialistes rêvent d’un candidat qui n’existe pas. Ils souhaitent le désigner, mais aimeraient que ce choix s’impose naturellement. Ils souhaitent le débat, mais redoutent la confrontation.

La réalité est évidemment différente. Aucun candidat ne réunit les qualités de tous les autres. Il faut accepter le débat qui éclaire, mais disqualifier ceux qui pensent pouvoir servir le collectif en commençant par l’affaiblir.

Putain deux ans…

Marie-Luce, Georges, Twitter m’a tuer

Médiocre et morne campagne des régionales. Les franciliens partent en vacances et rien n’a vraiment commencé.Enfin, rien?..  Pas tout à fait. Un festival de petites phrases alimente la chronique médiatique.

  • Celle de Georges Frêche (PS), qui dit qui a une « gueule catholique » et qui ne l’a pas,
  • celle de Dominique Bussereau (UMP) qui croit que les élus du Modem ralliés à Ségolène Royal sont ses « harkis »,
  • celle de Jean-François Douard (UMP) qui compare la direction de la région Poitou Charente au nazisme,
  • celle de Philippe Lavaud (PS) qui assimile les méthodes de voyous d’« une certaine jeunesse dorée de l’UMP » à celles des « jeunesses hitlériennes
  • Celle de Francis Delattre (UMP) qui cherche les rires de son public en s’interrogeant sur le métier d’Ali Soumaré tête de liste PS dans le Val d’Oise : «j’ai cru que c’était un joueur de l’équipe de réserve du PSG
  • Celles de la ministre des outremers (UMP), capable de lâcher « cela me ferait mal de voir cette manne financière quitter la Guadeloupe au bénéfice de la Guyane, au bénéfice de la Réunion, au bénéfice de la Martinique
  • Celle d’Axel Poniatowski (UMP) qui désigne Ali Soumaré comme un « repris de justice, multirécidiviste », sans préciser les faits qui pourraient lui être reprochés.

La première réaction c’est de pointer la responsabilité des journalistes, toujours plus prompts à commenter les dernières saillies verbales qu’à décortiquer les programmes et détailler les propositions. Il n’y a pas plus hypocrites que les éditorialistes qui font la morale à la classe politique, mais ne tendent stylos micros et caméras qu’aux plus caricaturaux.

Il serait pourtant trop simple de faire porter le chapeau de la généralisation des dérapages à la presse. Cela doit nous interroger.

Toutes ces « sorties de routes » ne sont pas d’égale importance. Comparer Ségolène Royal à Hitler ou les jeunes UMP aux jeunesses nazies relève plus de la sénilité et de la bêtise. L’utilisation du mot « harki » pour stigmatiser une trahison est une détestable maladresse, hélas trop courante, mais pas le signe d’un mépris ou l’indice d’un racisme du ministre Bussereau.

En revanche, il y a plus grave, ce véritable acharnement des élus UMP du Val d’Oise face à l’ancien président du Forum de la jeunesse issue des migrations. Leurs attaques successives visent à réduire Ali Soumaré aux préjugés les plus racistes. Parce qu’il est noir, il ne serait bon qu’à jouer au football et son sourire ne pourrait que cacher les gredineries d’un multirécidiviste.

Dans un autre registre, la profession de foi de Marie-Luce Penchard serait choquante et déplacée dans la bouche de n’importe quel candidat ; dans celle d’une ministre de la république, elle devient inacceptable. En cherchant les faveurs des seuls guadeloupéens, elle s’est disqualifiée pour représenter le destin des outremers.

Mais Marie-Luce Penchard n’est pas un cas  isolé. Elle perpétue les recettes de sa mère, Lucette Michaux-Chevry, en appliquant les règles du clientélisme. Ce sont les mêmes reproches qui peuvent être adressés à Georges Frêche. Le vieux féodal est un démagogue et un populiste. Les accusations d’antisémitisme glissent sur lui, moins parce qu’il a le cuir épais que parce que la flèche rate sa cible. Antisémite, il ne l’est pas (1). Il est en revanche un autocrate dont l’autorité repose sur une mafia de réseaux et de clans.

La façon de Penchard ou de Frêche de « penser peuple », de « parler peuple », c’est une façon de mieux le mépriser, de mieux l’enfermer dans ses préjugés, de mieux l’endormir et le tromper en prétendant lui ressembler. Hélas Penchard ou Frêche ne sont pas les seuls spécimens de l’espèce. Ils sont juste les plus grossiers.

Ils ne tomberont vraisemblablement pas à coup de condamnations morales. La condition de leur chute, c’est l’arrivée d’un personnel politique qui accepte de rompre avec cette corruption de l’esprit public.

Mais voilà l’esprit de twitter règne dans les médias et chez de trop nombreux politiques. La pensée, au delà de 140 signes est devenue archaïque. Tout doit pouvoir se résumer d’une phase, peut-être deux. La concision a remplacé l’explication. La conviction laisse place à la communication. Les slogans ont gagné sur les idées.

Je sais que l’on m’objectera qu’il faut vivre avec son temps. Justement ! Je ne me résous pas à ce que « mon temps » soit celui du basisme, de la démagogie et du populisme.

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(1) Dans son avant-dernier livre, il écrivait même sa fierté à l’idée de penser que son patronyme était peut-être d’origine juive.

Réveille-toi Fadela !

Honnêtement il y a une semaine vous m’auriez demandé si je connaissais « Orelsan » , j’aurais tenté ma chance avec une marque d’aspirine. Depuis, tout a changé dans ma vie tant il est devenu difficile d’échapper à ce rappeur dont la notoriété dépasse désormais les  Francofolies de la Rochelle.

Qu’en penser? Spontanément je suis du côté de ceux qui défendent la liberté d’expression. Question de principe. Quitte à me retrouver – une fois n’est pas coutume – sur la même position que Frédéric Lefebvre, sniper sans finesse de l’UMP. Surtout je me dis que je suis en confiance. Fadela Amara est sortie de son mutisme pour exprimer sa tolérance à l’égard du chanteur. Je me dis donc que Ségolène en a peut-être un peu trop fait. Ce qui peut lui arriver.

Franchement il faut être vraiment réac pour ne pas apprécier  la poésie et la modernité d’un « sale pute » lancé à la tête d’une femme adultère. Frédéric Mitterrand a trouvé la juste comparaison en convoquant la mémoire d’Arthur Rimbaud pour sauver l’oeuvre en péril d’Orelsan… Sentimental comme je suis, je vois déjà les fantômes d’Oscar Wilde, Charles Baudelaire, Serge Gainsbourg… tirés de leur sommeil éternel, se masser pour faire rempart de leurs esprits et protéger cette nouvelle victime de la morale étriquée de la bourgeoisie bien-pensante. Si je puis dire, la messe est dite :  il est dans la nature même des provocateurs de choquer.

Je ne sais pas quel tourment intérieur me pousse pourtant à vérifier cette première intuition, toujours est-il que je me mets à rechercher sur le Net, les vers de ce poète maudit.

Je dois dire que je n’ai pas été déçu du voyage. Je vous livre tout à trac ces rimes riches qui expriment le « dépit amoureux » comme le dit joliment notre ministre de la Culture :

J’te déteste j veux que tu crèves lentement j veux qu’tu tombes enceinte et qu’tu perdes l’enfant
(…/…)
On verra comment tu fais la belle avec une jambe cassée
On verra comment tu suces quand j’te boiterai la mâchoire
T’es juste une truie tu mérites ta place a l’abattoir
T es juste un démon déguisé en femme j veut te voir brisée en larmes
J veut t’voir rendre l âme j’veux te voir retourner brûler dans les flammes

Avec un taliban pareil, la lapidation c’est cadeau ! On comprend que le ministre de la Culture ait pu juger que Orelsan a « le droit tout à fait légitime de composer sa chanson et de la chanter où il veut« .

Mais bon… je lis comme vous que cette chanson, il ne la chante plus qu’à sa compagne. Pas de quoi s’alarmer…

Je ne sais pas ce qui me prends encore, mais par acquis de conscience, je me remets à consulter au hasard les titres de son répertoire. Je commence donc par « Saint Valentin« . Je m’attends à un titre tendre tendance gnan gnan. Je vous laisse juge de la guimauve :

« Et le lendemain matin, elles en redemandent, se mettent à trépigner
Mais ferme ta gueule ou tu vas t’faire marie-trintignier
J’te l’dis gentiment, j’suis pas là pour faire de sentiments
J’suis là pour te mettre 21 centimètres
Tu seras ma petite chienne et je serai ton gentil maître
 »

« J’respecte les shneks avec un QI en déficit
Celles qui encaissent jusqu’à finir handicapées physiques
Le courant passe avec un doigt dans ta prise électrique
Moi d’abord je lèche et j’te tèje, et puis tu pars au tri sélectif
 »

Ce n’est pas une chanson isolée, mais toute l’ « oeuvre » d’Orelsan qui est vomitive. Le message véhiculé par ses chansons est sans  ambiguïté. Celui d’une soumission totale des femmes aux hommes. c’est la version pornographique de la Burqa.

Dommage que la volonté de polémiquer avec Ségolène Royal ait fait perdre tout discernement aux ministres qui se sont exprimés. Si Fadela avait pris le temps de lire les paroles de « No Life » elle aurait apprécié à sa juste valeur cet « idéal féminin moitié pute, moitié soumise« …

Le cauchemar

La nuit de vendredi à samedi a été longue. Dans le bureau du 1er secrétaire, sous le regard (sans doute incrédule et attristé) de Léon Blum, Daniel Vaillant reçoit les uns et les autres, royalistes, aubryistes etc. appelle François Hollande parti voter en Corrèze… La suite chacun la connaît. Un écart de 42 voix. Un résultat qui ne peut être validé en raison des contestations.

Le cauchemar !  Après pratiquement un an de débats, nous sommes revenu à la case départ. La phase de contributions ne s’est pas achevée sur les regroupements les plus logiques et le spectacle de la Rochelle aura été un avant goût de la suite. La phase des motions n’a pas davantage permis une véritable décantation puisque aucune majorité claire n’est issue de ce premier vote. Les délégués réunis en congrès n’ont pas davantage surmonté les divergences sur le « dispositif humain » selon l’expression désormais consacrée de Bertrand Delanoë qui vise le choix d’un premier secrétaire commun. Les deux tours pour élire une nouvelle première secrétaire débouchent sur un vote qui met face à face deux blocs à égalité…

Quelles conclusions en tirer? D’abord l’obsolescence d’un fonctionnement compliqué et inefficace pour sélectionner idées et dirigeants.

Plus immédiatement, je ne crois pas indispensable que la querelle des chiffres se prolonge à l’infini. L’arithmétique ne changera pas grand chose au fait que les deux dernières compétitrices totalisent des résultats quasi équivalents. Or je n’imagine pas que la première secrétaire puisse diriger sans tenir compte de l’autre moitié de son parti.

Il est temps que Martine et Ségolène se parlent pour trouver une issue politique à ce feuilleton qui passionne les médias mais qui désespère celles et ceux qui n’ont plus que la gauche pour espérer et les représenter.

Incurablement optimiste, je souhaite une direction renouvellée qui se mette d’accord sur un calendrier, une méthode et des objectifs de rénovation que tout le monde prétend désormais défendre.

Nous ne sommes pas forcément condamnés au pire.