Si les socialistes veulent gagner en 2012

En politique le problème de la pensée, c’est qu’elle est souvent précédée d’une arrière-pensée… Et hélas, il n’est pas rare que l’arrière-pensée encombre, occulte et finisse même par dominer la pensée.

Ainsi le calendrier des primaires a depuis l’origine été conçu pour ne pas gêner une éventuelle candidature de Dominique Strauss-Kahn. Toute velléité de modification de l’agenda est immédiatement interprétée comme servant les intérêts de telle ou tel concurrent. L’expérience et l’analyse ne comptent pour rien. Les affinités supposées avec l’un ou l’autre, pour tout. Résultat : plus rien ne bouge. Pourtant si rien ne change, le candidat socialiste à la présidentielle ne sera pas désigné avant… un an.

Dans l’intervalle continueront de se succéder des conventions thématiques qui mobilisent péniblement un tiers des militants. Le Conseil National du PS lui même, peine à se motiver. Un petit quart de ses membres s’est déplacé pour voter sur le texte présenté par Benoit Hamon sur « l’égalité réelle »…

Tout se passe comme si ces vocalises programmatiques n’avaient d’autre vocation que de meubler le temps qui court jusqu’aux primaires. Au fond, personne n’est dupe, le projet socialiste ne sera pas porté de la même façon selon que le leader du PS s’appelle Dominique, Martine, François, Ségolène, Pierre, Manuel, Arnaud, Benoit, Jean-Louis… Les priorités financières, les grandes orientations, les principales propositions ne seront tranchées qu’avec le choix du candidat, sauf à considérer qu’il relève d’un simple casting.

L’automne social a bousculé les rythmes. Le mouvement sur les retraites a provoqué une accélération du temps politique. Le désir d’alternance est plus vif. La demande d’incarnation de l’alternative devient sensible. L’absence de candidat socialiste alimente les commentaires sur « le flou de la ligne ». Tant que le jeu n’est pas stabilisé, le PS apparaît comme un bateau opportuniste qui navigue habilement entre les écueils, mais sans se fixer de cap. Cet état de flottement a interdit aux socialistes de capitaliser dans l’opinion le rejet de la réforme des retraites. L’écriture du contre-projet, la prestation brillante sur France 2 de Martine Aubry ont été éclipsés par un sentiment d’incertitude : entre Dominique qui laisse entendre que l’âge légal à 60 ans n’est pas tabou et Benoit qui suggère que le retour aux 40 annuités de cotisation n’est pas impossible, les éditorialistes ont trouvé tout l’espace de leurs commentaires sur la division et les Français quelques raisons de douter de la crédibilité de la gauche.

Le parti socialiste SFIO est né au siècle dernier de la synthèse entre les principaux courants du mouvement ouvrier. La confrontation des différentes sensibilités est permanente, ce qui est plutôt la marque d’une vitalité démocratique. Mais, en la circonstance et en l’absence de chef, les expressions dispersées peuvent se transformer en un poison mortel. Les tensions palpables ces derniers jours sont appelées à se multiplier et risquent de transformer l’année 2011 en un long calvaire.

Dès lors, peut-on plaider pour une accélération du calendrier des primaires sans être hostile à DSK ? En vérité, la question devrait être renversée : Rend-on service à DSK en lui donnant la possibilité de ne faire de choix qu’au dernier moment ? Devenir président de la République suppose une rencontre avec le pays profond. Ce n’est pas faire injure au directeur du FMI que de rappeler que Washington n’est pas la France, et qu’il lui faudra prendre le temps de saisir le pouls de son pays, de le comprendre, avant de le convaincre. Pour l’emporter il faut aussi manifester aux Français l’envie de les servir. Une course de surplace pendant de longs mois encore, adresserait au contraire le signe d’une préjudiciable hésitation.

En 2006 le calendrier des primaires fût trop tardif. La candidate fut investie en novembre. Ce fût une erreur qu’il n’est pas obligatoire de reproduire. J’ai l’intuition que DSK n’est plus très loin de partager cet avis.