Après l’amendement Lefebvre, l’amendement Copé !

On se souvient de l’amendement Lefebvre du 22 mai dernier qui introduisait la possibilité pour une femme enceinte, un malade ou un accidenté de continuer son activité par télétravail…

Jean-François Copé franchit un nouveau palier pas dans le cynisme. Sortant d’une rencontre à Bercy avec le ministre Eric Woerth, le président du groupe UMP  vient de déclarer que la « coproduction législative » lui avait permis d’obtenir la fiscalisation des indemités journalières versées par la sécurité sociale aux salariés victimes d’accident du travail !

Je n’invente rien. la dépêche AFP que je viens de découvrir date de 19h36.

Je n’en reviens pas. L’UMP vient d’inventer la triple peine. Il y a d’abord le traumatisme lié à l’accident, la diminution physique, la souffrance psychologique et morale. Il y a ensuite la diminution des revenus car les accidentés sont indemnisés avec un plafond fixé à 80% du salaire journalier de base.  Et voilà maintenant que sur ces indemnités, il est prévu de faire payer des impôts « dès 2010″…

« Cela n’a rien de choquant. Et cela rapportera environ 150 millions d’Euros » ose le maire de Meaux. 150 millions d’Euros que l’on va prendre dans la poche des accidentés du travail. Dans le même temps Qu’apprend-on? que les promesses de « rabotage » des niches fiscales ont reportées au calendes grecques. Les niches fiscales, c’est juste le moyen pour les plus fortunés de ne pas payer d’impôts en réalisant les bons investissements. Les niches fiscales c’est juste 70 milliards d’euros par an.

Ce soir la colère le dispute à l’écoeurement.

Réveille-toi Fadela !

Honnêtement il y a une semaine vous m’auriez demandé si je connaissais « Orelsan » , j’aurais tenté ma chance avec une marque d’aspirine. Depuis, tout a changé dans ma vie tant il est devenu difficile d’échapper à ce rappeur dont la notoriété dépasse désormais les  Francofolies de la Rochelle.

Qu’en penser? Spontanément je suis du côté de ceux qui défendent la liberté d’expression. Question de principe. Quitte à me retrouver – une fois n’est pas coutume – sur la même position que Frédéric Lefebvre, sniper sans finesse de l’UMP. Surtout je me dis que je suis en confiance. Fadela Amara est sortie de son mutisme pour exprimer sa tolérance à l’égard du chanteur. Je me dis donc que Ségolène en a peut-être un peu trop fait. Ce qui peut lui arriver.

Franchement il faut être vraiment réac pour ne pas apprécier  la poésie et la modernité d’un « sale pute » lancé à la tête d’une femme adultère. Frédéric Mitterrand a trouvé la juste comparaison en convoquant la mémoire d’Arthur Rimbaud pour sauver l’oeuvre en péril d’Orelsan… Sentimental comme je suis, je vois déjà les fantômes d’Oscar Wilde, Charles Baudelaire, Serge Gainsbourg… tirés de leur sommeil éternel, se masser pour faire rempart de leurs esprits et protéger cette nouvelle victime de la morale étriquée de la bourgeoisie bien-pensante. Si je puis dire, la messe est dite :  il est dans la nature même des provocateurs de choquer.

Je ne sais pas quel tourment intérieur me pousse pourtant à vérifier cette première intuition, toujours est-il que je me mets à rechercher sur le Net, les vers de ce poète maudit.

Je dois dire que je n’ai pas été déçu du voyage. Je vous livre tout à trac ces rimes riches qui expriment le « dépit amoureux » comme le dit joliment notre ministre de la Culture :

J’te déteste j veux que tu crèves lentement j veux qu’tu tombes enceinte et qu’tu perdes l’enfant
(…/…)
On verra comment tu fais la belle avec une jambe cassée
On verra comment tu suces quand j’te boiterai la mâchoire
T’es juste une truie tu mérites ta place a l’abattoir
T es juste un démon déguisé en femme j veut te voir brisée en larmes
J veut t’voir rendre l âme j’veux te voir retourner brûler dans les flammes

Avec un taliban pareil, la lapidation c’est cadeau ! On comprend que le ministre de la Culture ait pu juger que Orelsan a « le droit tout à fait légitime de composer sa chanson et de la chanter où il veut« .

Mais bon… je lis comme vous que cette chanson, il ne la chante plus qu’à sa compagne. Pas de quoi s’alarmer…

Je ne sais pas ce qui me prends encore, mais par acquis de conscience, je me remets à consulter au hasard les titres de son répertoire. Je commence donc par « Saint Valentin« . Je m’attends à un titre tendre tendance gnan gnan. Je vous laisse juge de la guimauve :

« Et le lendemain matin, elles en redemandent, se mettent à trépigner
Mais ferme ta gueule ou tu vas t’faire marie-trintignier
J’te l’dis gentiment, j’suis pas là pour faire de sentiments
J’suis là pour te mettre 21 centimètres
Tu seras ma petite chienne et je serai ton gentil maître
 »

« J’respecte les shneks avec un QI en déficit
Celles qui encaissent jusqu’à finir handicapées physiques
Le courant passe avec un doigt dans ta prise électrique
Moi d’abord je lèche et j’te tèje, et puis tu pars au tri sélectif
 »

Ce n’est pas une chanson isolée, mais toute l’ « oeuvre » d’Orelsan qui est vomitive. Le message véhiculé par ses chansons est sans  ambiguïté. Celui d’une soumission totale des femmes aux hommes. c’est la version pornographique de la Burqa.

Dommage que la volonté de polémiquer avec Ségolène Royal ait fait perdre tout discernement aux ministres qui se sont exprimés. Si Fadela avait pris le temps de lire les paroles de « No Life » elle aurait apprécié à sa juste valeur cet « idéal féminin moitié pute, moitié soumise« …

Mauvaise conscience

C’est Jean-Marc Ayrault qui a utilisé les mots « mauvaise conscience » à propos des élus UMP qui s’interrogent sur le bienfondé du « bouclier fiscal« . Le poids de la culpabilité est sans doute plus lourd à porter en temps de crise, au point de devenir insupportable à certains. L’expression d’un remord est venu du démocrate chrétien, Pierre méhaignerie qui juge désormais opportun d’imposer davantage les revenus qui dépassent les 300 000€ annuels.

Les chiffres transmis par le ministère des Finances sur l’application du « paquet fiscal » sont édifiants. Le bénéfice moyen pour les heureux gagnants de la loterie gouvernementale est de 33 000 € par foyer ! Il faudrait suggérer aux zélateurs du Président de la République d’aller justifier ces exonérations auprès des salariés licenciés qui se battent pour des primes de 1000 €. Même Dominique de Villepin, inventeur de la formule en 2005 suggère désormais d’aménager le « bouclier fiscal« .

Malheureusement, la grâce ne semble pas avoir frappé une majorité à droite. Lors de la discussion du collectif budgétaire cette semaine, l’amendement socialiste de suppression du bouclier ne sera pas davantage adopté que l’amendement Méhaignerie. Le président Sarkozy n’a plus de cap, mais il maintient un dogme : le président ne peut pas avoir eu tort.

Alors vous lirez, verrez, entendrez toute la semaine, sur toutes les ondes et dans tous les journaux le porte-parole de l’UMP s’échiner à défendre l’indéfendable. Mentir est devenu son métier.

Il vous dira que le bouclier fiscal fait revenir les contribuables exilés sur des terres à la fiscalité moins hostile. N’hésitez pas à lui demander les noms de ceux qui sont rentrés. La presse n’en a trouvé qu’un seul, Denis Payre cofondateur de Buisiness objects.

Frédéric Lefebvre vous expliquera ensuite que dans le paquet fiscal, il n’y avait pas que le bouclier. L’essentiel des crédits utilisés sert à financer le dispositif relatif aux heures supplémentaires. Sous-entendu, ce ne sont pas les riches qui en profitent. Demandez-lui alors comment se répartissent les 4,3 milliards€. Ce que nous dit Bercy, c’est que 4,1 milliards correspondent aux exonérations de cotisations sociales des entreprises qui pratiquent les heures sup et 200 millions seulement à la défiscalisation dont profitent les salariés…

Si il est dans un grand jour, le député des Hauts-de-Seine osera peut-être un bobard énorme du genre « le paquet fiscal est un élément de justice fiscale« … Demandez-lui alors quelle justice inspire l’évaporation de 2 milliards d’euros  pour exonérer les grosses successions, ou  de 250 millions (3 milliards en période de croisière) de crédits d’impôts sur les intérêts d’emprunt immobilier qui ont bénéficié notamment aux 67 000 familles relevant des tranches d’imposition à 30 et 40%.

Au vu de ces chiffres, le temps devrait être celui des regrets.

Le problème c’est que comme le disait Nietzsche, « on vient plus facilement à bout de sa mauvaise conscience que de sa mauvaise réputation« . Puisqu’ils étouffent facilement leur mauvaise conscience, à nous de faire en sorte de contribuer à leur mauvaise réputation…