60 000 postes dans l’éducation, la cohérence et l’ambition de François Hollande

Quand François Hollande entre lundi 12 septembre dans la salle surchauffée du Trianon, le chanteur Rost chante « L’avenir c’est nous ». François Hollande n’en a jamais fait mystère. Sa priorité pour le quinquennat tient en deux mots : la jeunesse. Beaucoup n’ont voulu y voir qu’une posture, un élément rhétorique de campagne. C’était mal connaître cet homme qui tire parfois des bords pour éviter les vents contraires, mais n’abandonne jamais son cap.

La dette abyssale a rendu les candidats modestes. Il serait absurde qu’elle les conduise à renoncer à toute ambition. Il n’y a pas d’avenir envisageable sans croissance. Pour la droite, la crise de la dette se limite à la réduction drastique de la dépense publique. Symétriquement il existe une gauche qui résume la solution à l’augmentation des recettes fiscales. Pour François Hollande, la sortie de la crise suppose l’action coordonnée sur trois fronts :
–    les politiques publiques doivent toutes être évaluées. Les dépenses improductives doivent être supprimées
–    De nouvelles marges doivent être trouvées avec une réforme de la fiscalité qui rétablisse davantage de progressivité, et privilégie le travail sur la rente.
–    La croissance doit être stimulée pour permettre au pays de renouer avec la prospérité et l’emploi dans un univers très compétitif et face à des pays émergents qui ont fait le pari de la formation de centaines de milliers de leurs enfants.

Il n’y a pas de croissance durable sans effort massif en faveur des jeunes générations. Nous en sommes aujourd’hui très loin. Les chiffres s’alignent comme un réquisitoire : Selon l’OCDE, la France est l’un des pays développés qui dépensent le moins pour son école primaire et l’un des pays où les dépenses d’éducation rapportées au produit intérieur brut ont le plus baissé depuis l’an 2000. Dans la tranche d’âge allant de 25 à 29 ans, un jeune français sur six (16,5%) était « sans diplôme » en 2005 pour une moyenne Européenne de un sur cinq (20,5%).

Le diagnostic ne peut laisser indifférent : faiblesse du niveau moyen, échec scolaire, reproduction des inégalités socioéconomiques et accroissement de l’écart entre les meilleurs et les moins bons.

C’est dans ce contexte que François Hollande annoncé la création de 12000 postes par an dans l’éducation nationale au cours des cinq prochaines années. Le projet n’est pas de céder à une revendication corporatiste pour revenir au statuquo ante. L’ambition est d’attribuer des moyens nouveaux pour répondre à des besoins aujourd’hui mal satisfaits. L’ambition c’est de donner plus aux établissements qui en ont le plus besoin, de mettre enfin le paquet sur les quartiers, de mieux accompagner et orienter les enfants dans leur parcours, d’assurer le soutien en dehors des heures de cours, de scolariser les jeunes handicapés pour les sortir de leur marginalité, de répondre à la question de la violence, de ne plus négliger les questions de santé…

La plupart des inégalités naissent avant l’âge adulte. Nous passons ensuite une vie à tenter de les réparer. Il faut attaquer le mal à la racine. Je prends un exemple pour être bien compris. L’obésité est devenue un fléau. Il est temps d’opter pour un travail de prévention mené par des infirmières scolaires plus nombreuses. Le bénéfice c’est plus de santé et moins de coûts pour la sécurité sociale.

12 000 postes de plus dans l’éducation nationale pendant cinq ans c’est plus d’enseignants, moins d’élèves par classe, plus de psychologues, de conseillers d’orientation, de surveillants, d’infirmières et de médecins scolaires, plus de personnes pour assurer le soutien, plus de personnes pour accompagner les enfants handicapés…

La droite dit que c’est trop ? Je dis que c’est faire moins qui n’est pas assez. Comment pouvons nous accepter que nos enfants bénéficient de moins de moyens que ceux dont nous avons nous mêmes bénéficié ?

Il faut évidemment parler du coût (2,5 milliards en 2017), mais qui parle du coût pour la collectivité que représentent le chômage, la délinquance, ou encore du coût généré par l’absence en nombre suffisant d’ingénieurs, de chercheurs, de créateurs pour résister à la concurrence ?

Le 10 avril 1870, un homme d’Etat prenait cet engagement public : « je me suis fait un serment. Entre toutes les nécessités du temps, entre tous les problèmes, j’en choisirai un auquel je consacrerai tout ce que j’ai d’intelligence, tout ce que j’ai d’âme, de cœur, de puissance physique et morale : c’est le problème de l’éducation du peuple ». Il s’agissait de Jules Ferry. C’était un grand Républicain. De ceux qui ont nourri le rêve français.

les oubliés du plan

Nicolas Sarkozy présente son plan emploi. La réunion de groupe des députés socialistes vient de se terminer. Les spécialistes de l’emploi sont restés autour de François Hollande pour écouter le chef de l’Etat (photo).

Beaucoup de ce qui est annoncé a déjà « fuité » dans la presse dès le matin. Après avoir fustigé les emplois aidés, en avoir supprimé 200 000, voilà que l’exécutif en annonce 100 000 contrats supplémentaires.Ne boudons pas notre plaisir. Mais ne surestimons pas non plus la mesure. Le traitement social du chômage est nécessaire pour répondre à certaines situations d’urgence, mais il n’est pas une panacée.

Beaucoup a déjà été dit et je ne reprendrai donc pas l’ensemble des critiques. Je voudrais juste faire deux remarques :

  • le plan emploi est en fait un mauvais plan chômage. Il ne crée aucune dynamique, il ne stimule pas les investissements et ne relance pas la demande.
  • les jeunes sont encore une fois les oubliés du dispositif. Déjà écartés du RSA, ils ne sont pas considérés alors même que chacun sait la difficulté pour eux à entrer sur le marché du travail. Pire, les mesures annoncées d’assouplissement de l’utilisation des CDD, ou le travail du dimanche les visent prioritairement.

régression scolaire

Il fut un temps où la rentrée était un moment joyeux. Celui des bonnes résolutions, celui des retrouvailles, celui des nouveaux défis. Un temps où surtout les enfants regagnaient l’école avec la perspective d’y décrocher un droit à l’avenir. Certes, l’éducation nationale ne disparaît pas encore cette année, mais il est une réforme dont on n’a pas fini de parler, celle des rythmes scolaires.

L’abandon du samedi a ses défenseurs. Il y a d’abord celles et ceux qui trouveront avantage à partir en week-end dès le vendredi soir. Les parents divorcés considèreront que ce changement évitera l’amputation d’une demi-journée de leur temps de garde. Plus largement, voilà une matinée où plus aucun adulte ne sera sommé de se lever pour conduire le petit dernier sur les bancs de la communale.

Mais l’intérêt de l’enfant qui s’en préoccupe ? Depuis des décennies, les rapports se succèdent pour dénoncer les rythmes auxquels ils sont soumis. Les congés scolaires sont trop longs et les semaines de cours sont trop lourdes. Et voilà que pour camoufler de drastiques chutes des moyens (13500 postes seront supprimés dans l’éducation en 2009, après 11000 disparitions en 2008, soit 60000 postes de moins sur 6 ans), le ministre Darcos a entrepris, à rebours de tous les chercheurs, de densifier le travail hebdomadaire. Il faudra en vingt-quatre heures sur quatre jours faire ingurgiter aux élèves ce qu’ils avaient déjà peine à assimiler en vingt-six heures étalées sur cinq jours. Ce rythme est unique en Europe. Aucun autre pays n’impose une telle cadence à ses enfants. La plupart connaissent des journées moins remplies sur cinq jours.
Qui seront les enfants pénalisés ? La réponse ne fait aucun doute. Les élèves en difficulté. Comment apprendre encore plus vite quand on peine déjà au rythme actuel ? Comment compenser la difficulté par un travail accru à la maison quand le suivi familial est déjà peu ou pas assuré ? Le gouvernement a sa botte secrète : le soutien scolaire ! Mais quand pourra-t-il avoir lieu ? Avant le déjeuner ? c’est-à-dire à un moment où la concentration est la plus faible ? Après l’école ? c’est-à-dire lorsque la fatigue est la plus forte ?

C’est tout simplement l’échec scolaire que l’on programme pour des milliers de jeunes. Les inégalités de demain s’écrivent dès aujourd’hui.