Pourquoi Nicolas Sarkozy n’a pas voulu abandonner le débat sur l’Islam

Les résultats des cantonales sont tombés comme un désaveu pour l’UMP. Le discours de Grenoble, la déchéance de la nationalité, les expulsions de Roms, les bateaux de Chantal Brunel pour les réfugiés méditerranéens, les clins d’œil répétés de Claude Gueant au FN, aucune de ces initiatives n’est venu enrayer l’érosion du parti présidentiel. L’extrême-droite n’a jamais été aussi forte et pour la première fois le FN parvient à progresser sensiblement entre les deux tours d’un scrutin. Tout appelait le Président de la république à renoncer au débat sur l’Islam et la laïcité comme l’y invitait lundi son porte-parole, François Baroin. Nicolas Sarkozy a choisi de le maintenir, au prix d’une crise avec son premier ministre et une partie de sa majorité. Pourquoi ?

L’hypothèse du monarque enfermé dans sa tour d’orgueil relève de la psychologie de comptoir. Nicolas Sarkozy compose avec les éléments lorsqu’ils s’imposent à lui. Il ne souhaitait pas reconduire François Fillon à Matignon, il s’y est résolu en septembre.

Ce qui apparaît de prime abord comme une décision irrationnelle est une décision murie. L’abandon du débat sur l’Islam contredirait tout simplement sa stratégie de reconquête pour l’élection présidentielle.

Celle-ci a pour fondement une  double analyse :

1.    Les sujets économiques et sociaux sont désormais minés pour le « candidat du pouvoir d’achat » devenu « président du bouclier fiscal ». Ce terrain est réputé favorable à l’adversaire. Il faut donc déplacer le débat sur le plan idéologique. Le candidat qui impose ses thèmes de campagne prend toujours l’avantage.

2.    L’opinion de droite opère un glissement progressif sur sa droite sous l’influence de Marine Le Pen. Ce sont ces voix qu’il faut reconquérir. Il faut parvenir à la fusion des électorats FN et UMP.

Le discret conseiller du Chef de l’Etat, Patrick Buisson est sorti de sa réserve en accordant une interview à Paris Match cette semaine. De manière transparente il évoque la clé d’une réélection de Nicolas Sarkozy, la reconquête des milieux populaires dont il suppose qu’ils sont particulièrement perméables aux discours sur l’immigration et la sécurité. Il oppose les élites accusées de « prolophobie » aux sans grades. Le populisme est assumé sans fard. Les pauvres sont présumés racistes, donnons leur les signes qu’ils attendent.

L’éminence noire de Nicolas Sarkozy préfère évoquer les classes populaires plutôt que les Français de plus de 65 ans qui constituèrent le véritable atout maître de la victoire de la droite en 2007 (seule catégorie d’âge dans laquelle N. Sarkozy fut majoritaire devant S. Royal). Mais pour les uns comme pour les autres, l’argumentaire est le même. Nicolas Sarkozy est le président protecteur contre toutes les invasions.

Patrick Buisson annonce un plan de bataille en trois points : plus de fermeté sur l’immigration, un code de la laïcité, une loi dite de réhabilitation du travail et qui aurait pour objet de réserver aux Français le RSA et le RMI…

La proximité avec les thèmes de campagne de Marine Le Pen est confondante. Elle n’est pas fortuite. Sur le plan électoral, Nicolas Sarkozy prend un risque, celui de conforter l’original au détriment de la copie. Mais Nicolas sarkozy croit pouvoir gagner à tous les coups. Soit Marine Le Pen devance le candidat PS au 1er tour et c’est un nouveau 21 avril qui lui assure la victoire. Soit la présidente du FN n’est pas qualifiée pour le second tour et il lui sera alors nécessaire de s’assurer un report massif des voix du FN.

Cette stratégie est aujourd’hui contrariée par la multiplication de sondages qui anticipent une éventuelle élimination de Nicolas Sarkozy dès le 1er tour et l’implosion de sa majorité qui se refuse pour partie à piqueniquer avec l’extrême-droite.

La réponse de Chantal Brunel… la faillite morale et électorale de l’UMP

Chantal Brunel a répondu, avant le premier tour des élections cantonales, à mon courrier qui faisait suite à ses propos sur les réfugiés d’Afrique du Nord qu’il fallait renvoyer sur leurs bateaux. Je lui demandais de sortir de toute ambigüité vis-à-vis de l’extrême-droite et de préciser ce que serait son choix dans l’hypothèse d’un second tour opposant le FN à la gauche. L’hypothèse n’avait rien de farfelue, et elle s’est hélas vérifiée. Dans la circonscription qui l’a élue, le cas se présente hélas dans deux cantons. A Torcy, Gérard Eude (PS) et à Champs-sur-Marne, Maud Tallet (PCF) affrontent au second tour monsieur et madame Staelens (FN).

Que me répond Chantal Brunel ? « En aucun cas je n’appellerai à voter pour un candidat FN. Tous mes efforts se portent pour que, dans ma circonscription, le candidat soutenu par l’UMP arrive 1er ou 2ème ».

En d’autres mots, elle anticipait la ligne de Jean-François Copé « ni FN, ni gauche ». Cette façon de renvoyer dos à dos l’opposition et l’extrême droite est une rupture avec les usages républicains. Il s’agit ni plus ni moins que d’une nouvelle étape dans la banalisation de l’extrême-droite en France. Le message qu’ils adressent à leurs électeurs est destructeur : le PS et le FN sont deux adversaires équivalents. En préconisant la liberté de vote, ils prennent la responsabilité de faire élire des élus du FN.

Du discours de Grenoble aux déclarations de Claude Guéant et Chantal Brunel, en passant par l’organisation d’un débat sur l’Islam qui fait suite au calamiteux débat sur l’identité nationale, l’UMP n’a cessé de légitimer les thèses entretenues par l’extrême droite.

C’est encore ce que fait Madame Brunel dans sa réponse lorsqu’elle reprend les « dadas » de l’extrême-droite en fustigeant les « baptêmes républicains » (confusion avec les parrainages républicains organisés par RESF pour les enfants scolarisés menacés d’expulsion).

L’immigration est devenue un sujet d’inquiétude pour nombre de nos concitoyens. Cela ne justifie en aucun cas le populisme. Nul ne conteste qu’il faille établir des règles. Cela doit se faire dans la transparence, le respect du droit des migrants et avec humanité. C’est ce qu’ont défendu les députés socialistes au cours du récent débat sur le projet de loi immigration. Madame Brunel ne s’interrogerait plus sur la nature des « mesures préconisées par le PS pour lutter contre l’immigration illégale » si elle avait honoré l’hémicycle de sa présence… Mais peut-on courir les plateaux en faisant assaut de démagogie et travailler sérieusement dans le même temps au Parlement ?

Le résultat de cette course-poursuite avec l’extrême droite est connu depuis dimanche. Le parti de madame Le Pen enregistre sur tout le territoire un score record pour des élections cantonales. Dans le propre département du secrétaire général de l’UMP, notre Seine et Marne, c’est le FN qui est arrivé en seconde position derrière le PS (PS 23,10% FN 21,64% UMP 21,56%).

A se compromettre, on ne gagne rien. Il serait temps pour l’UMP de le comprendre.

Pourquoi j’écris à Chantal Brunel

En 2007 il s’en est fallu de peu pour que Chantal Brunel ne soit pas élue. Si les communes de gauche avaient connu une participation similaire à celles de droite, le score se serait inversé. Ce fut une belle bataille. Aucun socialiste n’a hélas gagné en Ile de France contre un député sortant de droite. Mais dans cette seule circonscription de Seine et Marne, le résultat de 2007 fut supérieur à celui de 2002.
Je n’en ai conservé aucune amertume. Faire de la politique exige d’accepter la victoire comme la défaite. Seul le peuple est souverain.
Depuis j’ai été nommé secrétaire général du groupe socialiste à l’Assemblée Nationale. J’ai à ce titre croisé régulièrement Chantal Brunel dans les couloirs du Palais Bourbon avec laquelle les relations ont toujours été courtoises. J’ai sur ce blog évité de personnaliser le combat droite-gauche en le transformant en un débat permanent avec la députée de la 8e circonscription.
Mais ses insupportables déclarations sur l’immigration m’ont tellement indigné que je suis sorti de cette réserve. Ces propos ne sont pas une énième gaffe de l’ancienne porte-parole de l’UMP. Elle a choisi de les confirmer sur son blog. Ils sont le fruit d’une réflexion cynique sur les moyens de conserver une circonscription (qui a pourtant été redécoupée sur mesure). Curieuse coïncidence, un sondage privé réalisé par Opinionway vient d’être réalisé dans la circonscription. De là à y voir un lien de cause à effet…
En 2007 Chantal Brunel a pratiqué une campagne flattant tous les communautarismes poussant la sophistication jusqu’à faire traduire sa profession de foi dans certaines langues d’origine de nos concitoyens. Elle a entretenu les amalgames les plus douteux pour capter le vote de celles et ceux qui, boat people, ont fui le communisme Vietnamien, Cambodgien ou Chinois. Aujourd’hui c’est la même qui suggère de renvoyer à la mer les réfugiés des rives sud de la Méditerranée. Cette fois, c’est trop.
Laurent Wauquiez a dérapé voici quelques jours en évoquant les « racines » de DSK. Il a depuis cherché à corriger le tir et a annoncé qu’entre la gauche et l’extrême-droite, son choix se porterait toujours sur le républicain. On aimerait être certain qu’il en est de même pour Chantal Brunel. C’est le sens de la lettre que je viens de lui adresser et dont vous pourrez lire ci-dessous le contenu :

« Madame la députée,

Vous avez choqué la France entière par vos propos : « il faut rassurer les Français sur toutes les migrations de populations qui viendraient de la Méditerranée. Après tout remettons-les dans les bateaux » ! Le Premier Ministre, François Fillon a lui même dû intervenir publiquement pour désapprouver vos déclarations.

Votre expression est d’autant plus scandaleuse qu’elle a pour arrière-pensée transparente votre volonté de venir pêcher dans les eaux troubles du FN. « Marine Le Pen n’a aucune solution à proposer, nous on doit montrer qu’on a des solutions » avez vous ainsi ajouté.

Depuis sur votre blog, loin de vous excuser, vous avez confirmé : « le sens de mes paroles ne change pas ».

Votre course-poursuite avec l’extrême-droite ne peut qu’inquiéter.

La politique que vous soutenez conduit au désordre en poussant les Français les uns contre les autres. L’instrumentalisation du débat sur l’Islam a provoqué la réaction vive du président du Conseil des démocrates musulmans de France.

La surenchère sécuritaire qui a fait suite au discours de Grenoble du président de la République a indigné jusqu’aux centristes de votre majorité qui ont refusé de voter la déchéance de la nationalité. Le Conseil Constitutionnel, hier soir, dans une décision d’une sévérité inédite a lui même censuré les articles majeurs de la loi sur la sécurité intérieure que vous avez votée sans sourciller.

Nos concitoyens ont le droit de savoir où les conduira vos dérives puisque comme députée, vous intervenez non pas à titre personnel, mais en leur nom.

Aussi je vous demande instamment de vous prononcer à l’instar de vos amis Nathalie Kosciusko-Morizet ou Laurent Wauquiez qui, eux, ont clairement refusé toute ambiguïté vis-à-vis de l’extrême-droite. Dans l’hypothèse d’un second tour entre un candidat socialiste et un candidat FN, quelle sera votre attitude ? Pour qui appellerez-vous à voter ?

En 2002 les électeurs de gauche ont accordé leurs suffrages à Jacques Chirac pour éviter une nouvelle progression catastrophique de l’extrême-droite. Aujourd’hui la responsabilité est dans votre camp. Nous attendons de vous que vous soyez à la hauteur.

Salutations républicaines,
Olivier Faure »


Quand Chantal Brunel et les députés de l’UMP paniquent…

Les sondages de Louis Harris publiés dimanche et mardi (qui placent Marine Le Pen en tête du 1er tour de la présidentielle de 2012) ont créé la stupeur générale. Quoi de plus normal.

Ce qui l’est moins c’est la réponse apportée par l’ancienne porte-parole de l’UMP Chantal Brunel. Interrogée par la presse sur le sondage Louis Harris, elle suggère brutalement « de remettre les immigrés dans les bateaux qui viendraient de la Méditerranée » car le « temps n’est plus à la parole mais aux décisions ». Décidée à prendre La présidente du FN sur son extrême-droite, elle va jusqu’à oser « Marine Le Pen n’a aucune solution à proposer, nous on doit montrer qu’on a des solutions »…

Le propos dénote d’un cynisme rare. Michel Noir refusait de vendre son âme pour gagner une élection, Chantal Brunel a préféré la mettre aux enchères…

Il témoigne surtout d’une totale incompréhension par les sarkozystes des enjeux du moment.

Depuis deux mois, le chef de la diplomatie française est resté immobile quand les peuples arabes, de Tunisie en Libye, bousculaient l’Histoire. Dans 100 ans peut-être les historiens écriront-ils que le monde est entré dans le XXIème siècle au mois de janvier 2011 mais que le président français a pris acte tardivement de ce « printemps arabe » pour modérer aussitôt son audace en agitant la peur de vagues déferlantes charriant de nouveaux migrants vers nos frontières.

Il y a – comment ne pas le voir – une pression migratoire. Elle est liée au fait que la désorganisation des états libérés favorise la fuite de ceux qui avaient déjà le projet de partir. Elle est parfois le fait de personnes impliquées dans les régimes tombés et qui cherchent à échapper à une purge. Elle est enfin l’issue dramatique de celles et ceux qui craignent pour leur vie et qui cherchent à se protéger de la folie de Kadhafi.

La vision stratégique c’est pourtant de saisir avec enthousiasme cette opportunité unique, c’est de se réjouir de partager ce moment où la liberté gagne de nouveaux territoires.
La vision stratégique c’est d’aider le monde arabe à s’approprier des principes que nous croyons universels.
La vision stratégique c’est de conforter ces révolutions en aidant ces peuples à consolider la démocratie, en favorisant leur développement économique, en assurant une coopération avec des partenaires qui ne veulent plus être traités comme de simples obligés.
La vision stratégique c’est de soutenir un processus qui peut permettre tout à la fois l’émergence d’un Islam modéré, et la constitution d’Etats qui tout en préservant la liberté de conscience séparent le temporel du spirituel.
La vision stratégique c’est enfin d’imaginer que la démocratie et la liberté sont les meilleurs remparts contre le fanatisme, le terrorisme.
La vision stratégique c’est d’imaginer des citoyens heureux qui n’auront plus jamais à fuir leur pays pour gonfler les rangs des clandestins pour lesquels la vie est une succession d’humiliations et de frustrations.

Aujourd’hui les peuples libérés, ceux qui se libèreront demain nous regardent. Ils n’oublieront pas. Les liens économiques, culturels, stratégiques dans le monde arabe et plus généralement en Afrique s’apprécieront à partir de la façon dont nous avons accueilli leur formidable mutation. Ne pas le comprendre relève de la faute politique.

Le jour où la déchéance nationale a été votée

C’était le débat attendu de la journée. Jeudi 9h40, les députés entament la discussion autour de l’article 3 bis, ouvrant la possibilité de déchoir de leur nationalité les Français d’origine étrangère ayant commis un crime sur un gendarme, un policier, un gardien d’immeuble…

L’article contrevient expressément à l’article 1er de la constitution qui affirme « l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion ». Le gouvernement ne l’ignore pas. Son objectif est triple : adresser un message aux électeurs du Front National, activer un clivage artificiel entre ceux qui voudraient défendre les policiers et les laxistes qui prennent toujours fait et cause pour les criminels, déplacer le débat public du terrain social vers les questions d’immigration et de sécurité, réputées plus favorables à la droite.

Dans l’hémicycle, Eric Besson mime la sérénité. Sanguin, il force sa nature et s’applique à ne jamais répondre aux interpellations, se contentant le plus souvent d’un laconique « même avis que le rapporteur » (Thierry Mariani, UMP Vaucluse).

Lorsque Jean-Marc Ayrault lui cite pour la seconde fois en deux jours le passage d’un texte qu’il connaît bien pour l’avoir écrit, ” Chaque fois qu’il se trouve en difficulté ou se voit obligé de se justifier de son action, Nicolas Sarkozy se saisit d’un fait divers pour enfiler la combinaison qu’un Le Pen laisse parfois au vestiaire de celui “qui dit tout haut ce que les français pensent tout bas”.  Un jugement à l’emporte-pièce, une provocation suivie d’une polémique, le tout conclu par un sondage qui démontrerait que Nicolas Sarkozy a les élites contre lui mais le peuple avec lui et le tour est généralement joué », le visage du Ministre de l’identité nationale se fige. Il serre ostensiblement les maxillaires. Pour ne pas perdre sa contenance, il feint de ne pas entendre, se saisit d’un crayon et se met à écrire fébrilement. Surtout ne pas répondre. Se maîtriser. Eviter l’incident.
Ce rappel rouvre une cicatrice fraiche. Le ralliement à Nicolas Sarkozy est surtout un reniement personnel. Le ministre est touché. A 15 heures avant la reprise, il ne pourra retenir sa rancoeur et évoquera devant la presse « l’ostracisme de l’apparatchik Ayrault ».

Dans la salle des séances, les socialistes entendent démonter la supercherie gouvernementale :

La question n’est pas de savoir qui défend les policiers (Julien Dray, PS Essonne) mais devrait être de savoir comment on fait pour retrouver les auteurs d’agressions sur les forces de l’ordre (Delphine Batho, PS Deux Sèvres).

Cet amendement n’est qu’un leurre. Son dispositif est absurde, quand bien même on accepterait de se placer dans la logique de ses auteurs (Sandrine Mazetier, Christophe Caresche, PS Paris). Il opère une classification entre les crimes. Le meurtre d’un pompier peut conduire à la déchéance de la nationalité, mais pas celui de l’infirmier ou du professeur. Il ne présente aucun caractère dissuasif, car chacun conviendra que celui qui abat un gendarme et qui encourt à ce titre la prison à vie, se soucie peu de la déchéance de sa nationalité (Alain Vidalies, PS Landes).
Enfin cette peine complémentaire sera dans les faits peu prononcée, compte tenu tout à la fois du faible nombre de cas à laquelle elle sera applicable et de la complexité de la procédure. Claude Goasguen (UMP Paris) finit par reconnaître lui-même que « cet article n’aura pas beaucoup d’utilité ».

La démonstration est faite, voici donc une mesure absurde, inefficace, et dont l’application sera surtout symbolique, dès lors pourquoi la proposer ?

Cette déchéance de nationalité n’a d’autre vocation que d’ouvrir un débat dangereux au sein de la communauté nationale. Un débat nauséabond qui avait débuté autour du thème de l’identité nationale et qui a trouvé son prolongement dans l’amalgame pratiqué à Grenoble par le Chef de l’Etat entre délinquance et immigration.

C’est ce qu’a répété courageusement et à plusieurs reprises depuis septembre Etienne Pinte (UMP Versailles). Il s’est assis derrière le banc des ministres et dans un filet de voix, il s’est levé pour rappeler son hostilité au projet. Grandeurs et hasards de la République, il se retrouve dans l’opposition à son propre camp et l’hommage que lui rend Jean-Marc Ayrault « – Merci à vous de placer la morale et les valeurs au dessus de vos intérêts personnels. Dans ce moment singulier, la République a votre visage » sonne d’autant plus juste que naguère, le fils d’Etienne Pinte fût justement candidat aux municipales à Nantes contre lui…

Devant la porte de bronze, Jean Léonetti 1er Vice-président du groupe UMP bat le rappel des troupes avec les collaborateurs de Jean-François Copé. Quelques bataillons supplémentaires sont rameutés dans les étages et descendent au pas de charge vers l’hémicycle.

12:30 Eric Besson est le dernier intervenant avant le vote de l’article 3 bis. Il lit l’intervention préparée par son cabinet. Sur de grandes feuilles blanches on aperçoit l’écriture appliquée de l’un de ses conseillers. Les têtes de chapitres sont soulignées au feutre bleu. Beau comme une circulaire…

12:35 l’Assemblée Nationale adopte la déchéance de nationalité dans une relative indifférence de l’opinion publique. Le dernier mot appartient à Simone de Beauvoir : « Ce qu’il y a d’insupportable avec l’insupportable c’est qu’on s’y habitue ».

la bonne nouvelle de l’été.

L’actualité réserve parfois des comparaisons cruelles.

En France, Nicolas Sarkozy désigne des boucs émissaires à la vindicte populaire, il assimile l’immigration à la délinquance et organise la mise à l’index des populations Roms , après avoir mené, dans des conditions douteuses un débat sur l’identité nationale. De l’autre côté de l’Atlantique, Barack Obama prend la décision courageuse de maintenir l’édification d’un centre culturel et cultuel musulman à deux cent mètres de « ground zero ».

Le président des Etats-Unis est à la veille d’élections importantes. Les Républicains amalgament dans un terrifiant raccourci, la religion musulmane et les terroristes d’Al Qaida qui ont abattu les tours du World trade center. Mais l’hôte de la Maison Blanche choisit, à contre-courant d’une large part de son opinion publique, de rappeler les valeurs non négociables sur lesquelles s’est construit son pays : « that’s America« !

Le locataire de l’Elysée prépare aussi des échéances électorales et cherche à rassembler sa droite jusqu’à l’extrême. Michel Noir, confronté dans les années 90 au score du FN, préférait perdre des élections que son âme. Nicolas Sarkozy a choisi lui le destin de Faust. Une deuxième vie à l’Elysée vaut bien tous les pactes. Théoriquement gardien de la constitution, il n’hésite pas à contourner son article 2 qui assure l’égalité des citoyens quelles que soient leurs origines. Le secrétaire général de l’Elysée rame pour limiter le nombre de cas concrets pour lesquels une procédure de déchéance de nationalité sera envisageable. Mais, trop tard. Le mal est fait parce que le message est clair : les français qui ne sont pas de souche, sont tolérés comme citoyens de seconde zone.

Il faut évidemment s’élever contre le meurtre de policiers, condamner l’excision et réprouver la polygamie. Mais la République s’est construite sur l’égalité de ses citoyens et sur le droit du sol. Tous les criminels sont passibles des mêmes peines. En revenant sur ces principes, l’UMP ouvre une brèche. Cette dernière est d’autant plus grave qu’elle vise spécifiquement à stigmatiser les Français de confession musulmane (1). En effet, quel point commun entre le crime de sang, passible de la réclusion à perpétuité, la mutilation sexuelle punissable jusquà 20 ans d’emprisonnement et le mariage multiple qui n’est sanctionnable que d’un an de privation de liberté? Aucun sur le plan pénal. Mais sur le plan symbolique chacun aura compris la confusion opérée.

Sur le champ des luttes contre les discriminations l’été aura été avare en bonnes nouvelles. Mais il y en a eu une. Le président n’aime pas les immigrés, ni les gens du voyage, mais il n’a rien… contre les petits. Désormais les policiers pourront mesurer moins d’un mètre soixante. Les plus médisants décèleront dans cette décision un sérieux conflit d’intérêt. Les plus optimistes saisiront l’augure d’une prochaine reconversion du chef de l’Etat… Une bonne nouvelle peut toujours en cacher une autre.

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(1) l’excision ou la polygamie sont au demeurant des pratiques minoritaires. Mais après un an de polémiques orchestrées par l’UMP, on finirait par croire que l’Islam n’est qu’affaire de femmes excisées, en burqa et enrôlées dans des harems.

Les allumettes d’Hortefeux

Comme souvent, l’histoire commence par une humiliation. Celle que Nicolas Sarkozy a infligée à son ami Brice Hortefeux, en proclamant urbi et orbi qu’il avait « tué le métier » de ministre de l’intérieur après son brillant passage place Beauvau.

Piqué au vif, Brice Hortefeux s’est lancé dans l’instrumentalisation d’un fait divers au prix d’un festival d’approximations et d’amalgames indignes de sa fonction. Plus grave, obsédé par la polémique qu’il avait engagé avec ce mari islamiste de Nantes, il a passé le week-end en occultant un autre fait divers qui aurait pu se révéler tragique, celui du mitraillage de la mosquée d’Istres.

Les Français ont adressé un message clair lors des élections régionales. Ils souhaitent une inflexion  de la politique conduite et une modification du style présidentiel. Les Français ont demandé plus de gauche. Au lieu de quoi, le « retour aux fondamentaux » prôné par Jean-François Copé se traduit par une « droitisation » des propos et la multiplication des gesticulations médiatiques.

Les arrières-pensées électoralistes sont si apparentes et grossières que nous pourrions nous contenter de les relever pour éviter de répondre. Mais aussi anecdotique soit la question, elle existe et maintenant qu’elle sature le débat public, ne nous défilons pas : soldons cette affaire de burqa.

Personne ne la défend. Ni à gauche ni à droite. Ni les musulmans pour lesquels ce n’est pas une prescription religieuse. Le consensus républicain doit être recherché. Ce qui suppose une discussion sincère sans la pression de l’urgence, sans préalable (celui d’une loi d’interdiction générale), applicable sur le terrain et constitutionnelle. Le Conseil d’Etat a ouvert une voie qui peut permettre de concilier la nécessité de se dévoiler dans les services publics et dans les lieux où existent des risques particuliers d’atteinte à l’ordre public et la protection des libertés qui a conduit à éviter jusqu’ici dans notre droit toute mesure d’interdiction générale.

La tentation de la surenchère qui a jusqu’ici prévalu au gouvernement et à l’UMP ne peut conduire qu’au pire. La division des Républicains et la probable censure par le Conseil constitutionnel offriraient une victoire éclatante aux islamistes dont la burqa deviendrait définitivement l’étendard.

Judas, le boxeur et les bénévoles

Mardi 13 :30. Mon téléphone vibre. Un nom s’affiche. Un nom que je lis trop souvent ces derniers jours. Un nom qui me vient d’un passé décomposé. Un nom qui rime avec trahison.

La dernière fois que nous nous étions parlé, Eric Besson venait de franchir le Rubicon. C’est moi qui l’avais appelé parce que dans la presse, il répétait sans honte que le pamphlet qu’il avait signé sur le candidat Sarkozy lui avait été imposé par la direction du PS. Je savais pour en être témoin, qu’Eric avait voulu, seul, écrire ce brûlot. Il ne voulait partager avec personne le titre envié de meilleur opposant à Nicolas Sarkozy.

Trahison, indécence, mensonge. Je pris mon téléphone. Au bout du fil, les explications furent aussi brèves que confuses – « je te rappellerai, je n’ai plus de batterie ». Trahison, indécence, mensonge… j’ajoutais lâcheté.
Il ne me rappela évidemment jamais. Jusqu’à mardi, jour où il apprit que les socialistes prévoyaient de l’interroger lors de la séance des questions au gouvernement. Il avait fallu la peur (celle d’être pris au dépourvu) pour que mon téléphone sonne à nouveau.

Je n’ai pas pu décrocher. Qu’aurais-je pu lui dire sinon mon dégoût.
Changer de camp par blessure d’orgueil, passe encore. Transgresser toutes les valeurs morales, tous les principes éthiques qui ont fondé un engagement, il y a de quoi vomir.

Il y a quelques semaines, c’était l’appel à la délation et maintenant c’est le déclanchement d’une polémique artificielle avec Philippe Lioret, le réalisateur du film WELCOME. Cette attaque grossière a pour seul objet de détourner l’attention de l’opinion publique de cet article L622-1 (*) qui menace toute personne qui aura aidé directement ou indirectement un étranger en situation irrégulière, d’un emprisonnement de cinq ans et d’une amende de 30 000 Euros.

Cette disposition est une épée de Damoclès au dessus de celles et ceux qui placent leur part d’humanité au dessus de toute légalité.
Je veux dire ici combien me révolte l’attitude d’un ministre qui légalise un sans-papier quand il devient champion de boxe, mais criminalise les bénévoles qui servent un bol de soupe à la cohorte des perdants. L’immense colonne de ceux qui – hommes, femmes, enfants – ont tout abandonné et tout perdu.
Le respect du droit n’implique pas l’abandon de toute solidarité, ni de toute fraternité. Ces valeurs sont notre histoire. Elles étaient la seule source de lumière et de chaleur quand la nuit s’est abattue sur le ciel de notre Europe.

Si j’étais ministre de l’identité nationale c’est ce que je m’efforcerais de ne jamais oublier.

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(*) du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.