Quand Nicolas Sarkozy lance l’opération « règle d’or »

Le Parlement est hors session. A l’Assemblée, l’hémicycle est bâché et les échafaudages grimpent jusqu’à la verrière. Les ouvriers s’affairent dans l’ensemble du Palais Bourbon. C’est ce moment là que Nicolas Sarkozy a choisi pour écrire aux parlementaires. Sur leurs bureaux, ils auraient pu trouver ce matin du 26 juillet une lettre de trois pages du Président de la République sur la dette… Nicolas Sarkozy aime les grosses ficelles. Au cœur de l’été il pose son piège en espérant pouvoir l’actionner à la rentrée.

Comme l’a rappelé François Hollande le 11 juillet, Nicolas Sakozy est le président qui a atteint quelques records, dont celui de la dette publique qui a atteint 85% de la richesse nationale. Son bilan c’est le doublement de la dette. Selon la Cour des comptes, la crise ne pèse que pour un tiers dans ce triste résultat. Raison pour laquelle, depuis plusieurs mois, Nicolas Sarkozy réfléchit à la façon de transformer un échec patent en argument de campagne. La solution, il pense l’avoir trouvée avec le débat autour de l’adoption d’une « règle d’or ». Etant le président des déficits, il souhaite apparaître comme le président de la « remise en ordre des comptes publics », comme il vient de l’écrire dans sa lettre aux parlementaires. C’est là sa première mystification.

En Allemagne, la « règle d’or » allemande a consisté à inscrire dans la Constitution un plafond contraignant pour son déficit structurel à horizon 2016. Dans le projet de Nicolas Sarkozy, rien de tout cela. Le projet se limite au renforcement des obligations de transparence du gouvernement en obligeant la discussion d’une loi de programmation triennale (mais révisable chaque année). C’est sa seconde mystification.

Prudent, le texte présenté par le gouvernement ne sera applicable qu’à la majorité issue des urnes de 2012… C’est sa troisième mystification.

Depuis le début de la discussion parlementaire, le président de la République sait qu’il ne dispose pas de la majorité des 3/5ème dans les deux chambres pour faire voter son projet. Cette majorité sera encore plus introuvable après les élections sénatoriales de septembre. Son objectif est moins de faire adopter son texte que d’exposer sa pseudo vertu.  C’est sa quatrième mystification.

La force de Nicolas Sarkozy, c’est sa capacité à simplifier le débat médiatique : pour ou contre la règle d’or ? Pour ou contre la réduction de la dette publique ? Alors que le débat devrait porter sur les conditions de réduction du déficit. Le sujet est en réalité la suppression des niches fiscales et des privilèges fiscaux versus l’augmentation des impôts et des taxes pour les classes populaire et moyenne. Pas l’écriture de quelques lignes dans la constitution.

Dans l’ancien testament les hébreux après s’être enfui d’Egypte, se mirent à adorer un veau d’or, à l’imitation du taureau Apis, qu’adoraient leurs anciens maîtres. Moïse les ramena à la « vraie foi » en les adjurant de renoncer à cette idole. Aujourd’hui ce n’est pas de l’édification d’un nouveau veau d’or constitutionnel que les Français ont besoin mais d’un président qui lutte – avec justice – contre ces déficits qui plombent notre avenir.

Comment François Hollande a constitué son équipe

Depuis de très longs mois, François Hollande sillonne la France. S’est-il d’ailleurs un jour interrompu ? Longtemps dans le minuscule bureau de Brigitte qui préparait ses déplacements, les visiteurs sont tombés nez à nez avec une carte de France transpercée de centaines d’épingles figurant chacun de ses séjours…
De ces milliers de rencontres François Hollande a tiré une connaissance intime de la France et des français. C’est en allant vers eux qu’il a puisé l’énergie d’une candidature et l’intuition des priorités à mettre en œuvre.

Lassé par les combats d’appareil après le congrès de Reims, l’ancien Premier secrétaire a entrepris une quête qui fut d’abord solitaire. A sa table le mardi, nous n’étions guère plus d’une dizaine, plus soudés par l’amitié que par une très improbable ambition. Et sur cette dizaine, il était probablement le seul à imaginer la fin d’une traversée du désert.

Souvent l’un d’entre nous s’indignait de l’injustice des commentaires. Après avoir conduit et uni les socialistes pendant plus de dix ans il était rendu responsable de tous leurs maux. Les victoires à toutes les élections intermédiaires, la reconstruction après 2002, tout avait été oublié. Les arguments les plus contradictoires furent utilisés. Les premiers critiquaient un supposé goût immodéré pour la synthèse, les seconds lui reprochaient au contraire de ne pas l’avoir recherchée en 2005 lors du référendum européen. Pour les uns trop consensuel, pour les autres trop clivant…
Jamais il n’a souhaité relever. François Hollande n’est pas homme à s’épancher ni à se plaindre. Plutôt du genre à relever le défi. A sa façon. Sans fanfare.

Le 21 avril 2002, j’étais assis à côté de lui sur les marches de l’Atelier de campagne. Nous étions abasourdis par le double coup de tonnerre du résultat et du départ de Lionel Jospin. Progressivement dans la soirée les journalistes se sont attroupés autour de lui. C’est à travers leur regard et leurs questions que je l’ai vu prendre conscience de sa nouvelle responsabilité. Il a ployé, puis il s’est redressé.

Cette fois encore, François est reparti à la conquête. Après avoir longtemps, trop sans doute, porté la parole des autres, il s’est remis au travail. A son compte cette fois.
L’homme que l’on décrit comme habile – il l’est – est d’abord doté d’une solide cohérence. Dans un monde politique où les positionnements successifs ne lassent de surprendre, il est resté attaché aux fondamentaux de la gauche réformiste. Au moment où tous les regards se tournaient vers Tony Blair ou Gerhart Schröder, il a maintenu le cap. Après les défaites présidentielles, lorsque la tentation de rompre avec l’esprit majoritaire, celle du repli protestataire, gagnait les esprits, il a maintenu le cap. Lorsque le PS s’est déchiré en 2005, il a maintenu l’unité sans laquelle toute espérance se serait définitivement évanouie.

Son patient travail a d’abord été repéré par quelques éditorialistes, étonnés de cette métamorphose physique autant qu’intellectuelle. Et puis, magie de la politique, Sa voix a commencé à porter. Comme Mitterrand, comme Chirac, comme Sarkozy, le chemin vers la présidence de la république a commencé dans le mépris. C’est peut-être le parcours initiatique. Celui d’un homme libre qui doit se confronter à sa propre vérité avant de la faire partager au peuple français. C’est peut-être oublié des siens que l’on se rend plus disponible pour entendre les souffrances silencieuses, évaluer les douleurs profondes et mesurer aussi les atouts d’un pays.

Le 12 juillet, François Hollande a confirmé son engagement dans le combat présidentiel. Il a choisi une équipe. Avec celles et ceux qui ont partagé le pain noir, avec celles et ceux qui – après l’avoir parfois contesté – ont jugé qu’il incarnait cette gauche qui change. Cette gauche qui, parce qu’elle s’est changée elle-même est maintenant prête à changer la vie. Cette gauche qui parce qu’elle a tiré la leçon de ses défaites peut désormais envisager la victoire.

C’est une équipe composée sans trébuchet. Elle allie les forces de femmes et d’hommes choisis pour leurs compétences. Connus ou inconnus du grand public. Tous savent que leur présence a pour unique objet d’accompagner une candidature, sans autre promesse que celle d’une possible victoire de la gauche après trois défaites successives.
Pierre Moscovici animera un groupe qui comprend parmi les meilleurs sur leurs sujets. Michel Sapin, ancien ministre des finances, Jérôme Cahuzac, président de la Commission des finances, Marisol Touraine, experte incontestable des affaires sociales, André Vallini, spécialiste de la justice et ancien président de la commission Outreau, Aurélie Filipetti militante engagée du développement durable, Vincent Peillon, député européen et agitateur d’idées prolifique, François Rebsamen qui fut conseiller de Pierre Joxe à l’Intérieur avant de conquérir le cœur des dijonnais, Bernard Roman, ancien président de la Commission des lois à l’Assemblée, Victorin Lurel, parfait connaisseur de l’outre-mer et président du CR de Guadeloupe, Nicole Bricq infatigable rédactrice de propositions de loi préfigurant une politique économique alternative, Karine Berger, économiste, François Patriat, véérinaire devenu ministre de l’agriculture, Julien Dray, vice président régional chargé de la culture…
A côté des figures les plus médiatiques, comme celle de Gérard Collomb, maire de Lyon, il y a ces nouveaux visages, celui de quadragénaires comme Thierry Repentin, président de l’Union sociale pour l’habitat qui fédère le mouvement HLM, Geneviève Fioraso députée de l’Isère et ancienne dirigeante d’une PME innovante, Vincent Feltesse, jeune président de la Communauté Urbaine de Bordeaux, Jean-François Debat, vigoureux maire de Bourg en Bresse, Sylvie Guillaume fraiche députée européenne investie dans la coopération, Christophe Sirugue, spécialiste de l’insertion et nouveau maire de Chalon, Pascal Terrasse député et membre du Conseil d’Orientation des retraites, Vincent Eblé, président du CG 77 grand connaisseur des collectivité locales, Emeric Bréhier, constitutionnaliste, Bernadette Laclais, première femme maire de Chamberry…
Il y a ceux qui – sans la revendiquer – illustrent la diversité des parcours et des origines, Faouzi Lamdaoui, Safia Ottokoré, chargés de la presse, Kader Arif, chargé de l’Europe, Cécile Ha Minh Tu, chargée de l’industrie, Nisrine Zaibi, chargé de la jeunesse…
Sans oublier les talents prometteurs de têtes bien faites comme celles des trentenaires Manuel Flam (Essec, Sc Po, Ena) Mathias Fekl (normale sup, sc Po, Ena) qui ont coordonné les travaux des experts ou Rémi Branco (IEP) qui a éclairé les pas de François Hollande sur la question centrale de l’avenir de la jeunesse ou encore Benjamin Griveaux, vice-président du Conseil général de Saône et Loire…

A la source de ce fleuve qui est appelé à connaître d’autres confluents, il y a Stéphane Le Foll, compagnon des bonnes et des mauvaises heures dont les qualités d’organisateur sont indispensables à la victoire. Il y a le très diplomate, Thierry Lajoie qui coordonne le cabinet de François composé de militants dévoués dont les noms n’apparaissent dans aucun organigramme, mais dont la présence a été indispensable tout au long de l’aventure.

Et puis François m’a confié la communication. Sans doute parce que je ne suis pas un « communiquant ». Parce que, pour lui, la forme n’a jamais emporté le sens, ni le marketing remplacé les idées. Parce que nous partageons et revendiquons cet archaïsme : la politique ne sera jamais un « produit » et les citoyens des consommateurs.

NB : pour voir l’organigramme complet de l’équipe : rv sur francoishollande.fr

Quand Eric Besson avait des visions prémonitoires…

Il y a quelques mois une équipe de l’émission « Envoyé spécial » est venue m’interroger à l’occasion d’un portrait réalisé sur Eric Besson. Nous avons en effet travaillé ensemble pour la préparation de l’élection présidentielle de 2007 (Inutile de préciser avant qu’il ne retourne sa veste). Il avait eu très tôt cette bonne idée de faire le bilan du président de l’UMP et de compiler l’ensemble de ses discours. Il voulait démasquer à partir de faits bruts et de déclarations incontestables les habiletés ou les mensonges du candidat, et restituer l’identité politique de Nicolas Sarkozy. Ce travail fut mis en ligne la semaine précédant le congrès d’investiture de l’UMP, puis le document vendu en kiosques sous le titre « les inquiétantes ruptures de M. Sarkozy« .

La droite avait riposté en s’attaquant à une phrase malheureuse de l’introduction (la seule partie écrite de la seule main d’Eric Besson, le reste ayant été rédigé sous sa coordination) lorsqu’il qualifiait N. Sarkozy de « néo-conservateur américain à passeport français« .

Pour préparer cette émission, j’ai relu ce document et évidemment avec une attention particulière pour le propos liminaire. Ma surprise fût finalement de ne trouver aucune ride à ce document de campagne. Il faut bien reconnaître que Nicolas Sarkozy n’a pas besoin d’être caricaturé pour être inquiétant…

Je vous épargnerai la relecture complète (cette fois) du texte (excellent). Mais je ne résiste pas au plaisir de vous citer ces quelques lignes de l’actuel « ministre de l’immigration et de l’identité nationale », lignes qui prennent tout leur relief dans l’actualité du moment :

 » ce sarko show est une arme de dissimulation massive, car celui qui ne cesse de prétendre vouloir être jugé à ses résultats n’a pas son pareil pour masquer les piètres bilans de son action » (…/…) « l’échec n’atteint que rarement notre héros. Le plus souvent parce qu’il le noie dans le mouvement perpétuel : chaque fois qu’il se trouve en difficulté ou se voit obligé de se justifier de son action, le candidat de l’UMP se saisit d’un fait divers pour enfiler la combinaison qu’un Le Pen laisse parfois au vestiaire de celui « qui dit tout haut ce que les français pensent tout bas ».  Un jugement à l’emporte-pièce, une provocation suivie d’une polémique, le tout conclu par un sondage qui démontrerait que Nicolas Sarkozy a les élites contre lui mais le peuple avec lui et le tout est généralement joué. En cas de nécessité, si provocation et écran de fumée ne suffisent pas, Nicolas Sarkozy actionne le parachute de secours celui de la défausse. Car celui qui se présente comme un pieux catholique n’aime rien tant que battre sa coulpe sur la poitrine des autres : il n’est par essence, jamais responsable » Toute ressemblance avec une réalité récente serait purement fortuite…

Dans sa conclusion Eric Besson rappelait que Nicolas Sarkozy avait déclaré qu' »une seule chose » le distinguait de Georges Bush : « il a été élu deux fois président, moi pas« . La suite est entre nos mains.

Quand l’Empire contre attaque

Ca y est. L’Empire contre attaque. Premier temps de la manoeuvre, discréditer la presse. Mediapart est la cible la plus commode, publié sur Internet, média jeune et inconnu du grand public. Peu importe que toute la presse du Point à Marianne ait contibué à sortir de nouveaux éléments dans cette affaire. C’est le site dirigé par le sulfureux Edwy Plenel qui a le droit aux honneurs des snipers du gouvernement. Les arguments sont simples : le web est une usine à ragots. Mediapart utilise des « méthodes fascistes« .

La gauche elle serait coupable de « populisme » et ferait  « le jeu de l’extrême droite » lorsqu’elle se borne pourtant à interroger le gouvernement, exige un juge indépendant et la création d’une une commission d’enquête. L’accusation est d’autant plus savoureuse qu’Eric Woerth fit alliance aux régionales avec le FN et que c’est le fondateur de l’Oréal qui fut le principal financeur dans les années 30 de « la Cagoule« , organisation fasciste de sinistre mémoire…

Sur le dossier lui-même, on apprend que Claire T. la comptable de madame Bettencourt reviendrait sur une partie de ses déclarations. Outre le fait que cette rétractation est très partielle, il n’est pas inutile de s’interroger sur les conditions dans lesquelles nous parvient cette information.

  1. Claire T. répond à la police dans le cadre d’une enquête préliminaire. Ce qui signifie pour les non initiés qu’elle répond, hors présence de son avocat, à des enquêteurs placés sous l’autorité d’un procureur, M. Courroye, ami notoire de Niclas Sarkozy et lui-même mis en cause dans les fameux enregistrements du majordome.
  2. Alors que M. De Maistre n’a jamais été inquiété, Madame T. l’est pour la troisième fois. De quoi intimider les esprits les plus indépendants.
  3. Ce n’est pas madame T. qui communique avec la presse puisqu’elle est toujours entendue. C’est donc le parquet qui transmet en temps réel à la Chancellerie et à l’Elysée qui distillent à leur tour les informations. Il n’est pas inimaginable de penser que les comptes rendus soient très partiels. Et c’est à partir de ces éléments choisis que le pouvoir organise sa communication désormais.

Personne ne sait, et l’opposition n’a jamais dit, que tous les soupçons qui pèsent, notamment sur Eric Woerth, étaient avérés. Mais comment faire le tri entre accusations diffamatoires et délits éventuels lorque la commission d’enquête demandée est refusée et qu’aucun juge d’instruction, magistrat indépendant, n’est nommé?

En réalité les zones d’ombres sont toujours aussi nombreuses :

  • La presse a révélé une fraude fiscale, que madame Bettencourt a ensuite reconnue. Pourquoi M. Woerth qui avait été informé par le parquet de la vraisemblance d’avoirs dissimulés en Suisse n’a-t-il pas agi?
  • La presse a révélé un évident conflit d’intérêt entre le métier de madame Woerth et les fonctions ministérielles de son mari. Elle a d’ailleurs démissionné en reconnaissant avoir « sous-estimé » ce conflit. Cela solde-t-il le passé?
  • La presse a révélé un chèque à Valérie Pécresse dont le montant excède le niveau autorisé pour les campagnes électorales. Qu’est devenue la différence?
  • La presse a révélé que M. Woerth avait reçu un chèque de madame Bettencourt à destination d’un parti de poche dont il est l’unique adhérent et dont l’objet est sa seule promotion. Si le don est légal, n’y-a-t-il pas matière à s’interroger pour un ministre du budget, chargé de contrôler la situation fiscale de madame Bettencourt?
  • La presse a révélé le contenu de bandes magnétiques faisant état de don à Nicolas Sarkozy. Claire T. déclare ne pas en avoir la preuve mais donne des éléments qui peuvent au minimum susciter notre éveil.
  • Les mêmes enregistrements ont fait apparaître l’immixion du conseiller justice de Nicolas Sarkozy dans une procédure privée opposant mère et fille Bettencourt. Madame Alliot-Marie l’a confirmé et justifié au nom du patriotisme économique. Qui peut se laisser convaincre par un tel argument?
  • Claire T parle de retraits de 50 000 euros réguliers en liquide. La banque a-t-elle prévenu TRACFIN? Si tel est le cas l’administration fiscale a-t-elle été saisie? Quelles procédures ont alors été engagée, alors que visiblement madame Bettencourt n’a pas subi d’examen approfondi de sa situation fiscale depuis une grosse dizaine d’année?
  • La presse a soulevé une deuxième affaire, avec cette fois la famille du vendeur d’art, Wildenstein. La veuve dit avoir saisi Eric Woerth à deux reprises sans réponse de sa part alors qu’elle évoquait la fuite de 3 milliards d’euros dans plusieurs paradis fiscaux. M. Woerth n’a jamais répondu. Est-ce parce qu’il menacerait directement en l’espèce un co-fondateur de l’UMP, lui même chargé de rabattre les généreux donateurs sur le sol américain?

L’Empire contre attaque, mais ne convainc pas. Il est irresponsable de laisser le doute s’installer. Seule la justice peut apaiser l’exigence commune de vérité.

Puisque tout le monde en parle…

La rumeur a désormais un visage. Celui de Pierre Charon.

Jusqu’ici les potins avaient été soigneusement évités par la presse nationale. Pas un mot. Pas un nom, alors même qu’ils circulaient de table en table dans le Paris politique et médiatique. L’article sur le blog du JDD, duquel tout serait parti, oeuvre d’un stagiaire immédiatement sanctionné n’est demeuré que quelques heures. C’est bien le conseiller en communication de Nicolas Sarkozy qui est venu donner une dimension pathétique à ces bruits imbéciles en évoquant un complot international. C’est maintenant Carla Bruni-Sarkozy qui tente, dans le Figaro, de clore ce nouvel épisode du pompier pyromane. Trop tard. Le mal est fait. Au lieu de circonscrire la rumeur, les propos de Charon lui ont donné une ampleur nouvelle à laquelle s’ajoute désormais un scandale sur l’utilisation des services secrets, l’éventuel usage d’écoutes, pour un sujet qui ne menace pas très directement la sûreté de l’Etat.

Ces pseudo indiscrétions sont sans doute douloureuses pour les quatre amants virtuels. Mais s’agissant du président de la République, il n’est ni le premier ni le dernier à être victime des ragots. Le pouvoir d’Etat a perdu de sa magie et de ses mystères, mais il suscite toujours les mêmes fantasmes. Giscard aimait les taches de rousseur à l’heure du laitier, la réputation de Casanova de Mitterrand le suivit jusqu’à la mort, on ne compte plus les filles japonaises de Jacques Chirac, fruits de supposées amours adultérines. Ces affaires d’alcôves n’ont jamais suscité dans l’opinion de rejet particulier. Giscard a depuis fait montre d’une libido littéraire à de multiples reprises et finalement démontré qu’il n’était pas le dernier à fantasmer sur une fonction qu’il exerça tout un septennat. Mitterrand ne détestait pas être présenté comme un séducteur et révéla aux dernières heures de sa vie sa famille morganatique. Chirac fut sans doute le premier lecteur du livre-confessions de Bernadette Chirac avant la présidentielle de 2002 dans lequel elle exprimait à mots à peine couverts les infidélités de son bouillant mari.

La deuxième réflexion que cette histoire inspire c’est celle de l’arroseur arrosé. En octobre 2007 j’écrivais « ne rien vouloir savoir de la vie de Nicolas et Cécilia« . Il s’agissait alors de la déplorable affaire du SMS présidentiel. Cette affaire aurait dû constituer une alerte. Depuis le président de la République n’a cessé de mettre en scène sa famille. Le voyage de Petra, la mise sur orbite du jeune Jean, les vacances sur le rocher de belle-maman, ont accéléré une détestable, navrante, choquante pipolisation de la vie politique. Les femmes et les hommes politiques ne sont pas des stars de cinéma. Ils ne devraient pas être appréciés ou détestés pour d’autres qualités que celles de leurs idées.

La troisième réflexion que ce déballage obscène appelle, c’est tout de même la permanente confusion des genres au sommet de l’Etat. Qu’il s’agisse de Clearstream ou de cette rumeur, le Chef de l’Etat donne le sentiment de se servir de sa fonction pour régler ses comptes avec celle (Rachida Dati) ou celui (D. De Villepin) qu’il considère comme responsables. Les déclarations de M. Squarcini patron de la direction centrale du renseignement intérieur sont inquiétantes. Son service aurait été « saisi  » par son « autorité de tutelle afin d’effectuer une remontée informatique au plus près du point de départ dans le temps et, si possible de la source« .

Au total, personne ne peut se réjouir d’un tel spectacle qui contribue à l’affaissement dramatique de la fonction présidentielle. Quelques jours après un scrutin qui a battu des records d’abstention, il est urgent de donner une autre image de la politique et de l’Etat.

L’omniprésent M. Courbit

Demain, l’Assemblée sera saisie en deuxième lecture d’un projet sur les jeux en ligne. La droite ne déposera aucun amendement. L’objectif est clair : obtenir un vote conforme après le vote du Sénat et en finir avec un débat embarrassant. Dans un billet du 5 octobre dernier, j’alertais déjà les lecteurs de ce blog sur ce que j’ai appelé la seconde nuit du Fouquet’s.

Il n’y a qu’en France où le gouvernement légifère sur les jeux en ligne dans la précipitation. Le commissaire européen en charge du marché intérieur, Michel Barnier (ancien ministre UMP) entend lui prendre le temps de la réflexion et du diagnostic (Procédure du livre vert) pour proposer ensuite une législation européenne sur le sujet.

Cette urgence ne peut s’expliquer que du point de vue des potentiels bénficiaires de l’ouverture de ce marché des jeux : l’intérêt est de se placer dans le carré de tête des opérateurs de jeux en ligne européens avant le mondial de football de juin 2010.

Parmi les heureux bénéficiaires de ce jackpot il y a l’omniprésent M. Courbit. C’est dans les secteurs où l’Etat se retire, les jeux ou l’énergie, que ce businessman issu du show-biz espère maintenant faire prospérer le magot sur lequel il a mis la main, en vendant ses parts dans Endemol France (240 millions d’€).

Stéphane Courbit va où est l’argent et démultiplie les participations, les rachats, les associations juteuses pour contrôler des sociétés de jeux qui ont d’ores et déjà commencé leur activité d’opérateurs de jeux (Betclic, Mangas-gaming, Everest Gaming spécialisé dans le poker, Expekt, Betathome, …), illégales pour les joueurs français, mais qui concernent un bon million de clients et ont rapporté déjà un magot de plus de 300 millions d’€ de chiffres d’affaires, l’an passé.
Dans cette course de vitesse pour profiter des politiques de déréglementation mises en place par l’Elysée, il est conseillé par Alain Minc depuis une dizaine d’années (et actionnaire minoritaire de sa holding Financière LOV), mais également stratège du chef de l’Etat.

Plus intriguant encore, Stéphane Courbit (associé à Publicis) est au même moment à la manoeuvre pour le rachat de la régie publicitaire de France Télévisions.
De quoi s’agit-il cette fois? De confier la régie publicitaire d’un média public à des opérateurs privés, sans aucune raison apparente. En effet, cette régie très performante a, malgré la suppression de la publicité après 20 heures sur les chaînes publiques, rapporté  à l’entreprise publique près de 400 millions d’€. Alors pourquoi se précipiter pour la céder au moment où tant d’incertitudes pèsent sur le financement de France Télévisions (1) ? Comment ne pas s’inquiéter d’une tutelle financière privée qui pourrait demain peser sur l’indépendance éditoriale des chaînes ?

Cette privatisation est si contestée que le ministre de la culture a fini par reconnaître ce matin devant l’Association des journalistes médias (AJM) une «situation mal aisée à résoudre». Quel sens de l’euphémisme… Après les scandales de l’EPAD (Jean Sarkozy), d’EDF (Henri Proglio), voici celle de la libéralisation des jeux en ligne et de la privatisation de France Télévisions Publicité. On murmure que dans les prochains jours se profile déjà le limogeage d’Anne Lauvergeon à la tête d’AREVA (Bouygues à la manoeuvre).

La défaite des régionales encaissée, rien n’a changé, ni le cap politique, ni l’éthique, ni la gouvernance.

Les urnes à peine rangées, les derniers commentaires juste publiés, les cartes du monopoly sont ressorties. Les affaires reprennent.

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(1) la Commission européenne a retoqué l’idée d’une taxe sur les télécoms pour compléter le financement de l’audiovisuel public (370 millions d’€ de recettes évaporées)

Marie-Luce, Georges, Twitter m’a tuer

Médiocre et morne campagne des régionales. Les franciliens partent en vacances et rien n’a vraiment commencé.Enfin, rien?..  Pas tout à fait. Un festival de petites phrases alimente la chronique médiatique.

  • Celle de Georges Frêche (PS), qui dit qui a une « gueule catholique » et qui ne l’a pas,
  • celle de Dominique Bussereau (UMP) qui croit que les élus du Modem ralliés à Ségolène Royal sont ses « harkis »,
  • celle de Jean-François Douard (UMP) qui compare la direction de la région Poitou Charente au nazisme,
  • celle de Philippe Lavaud (PS) qui assimile les méthodes de voyous d’« une certaine jeunesse dorée de l’UMP » à celles des « jeunesses hitlériennes
  • Celle de Francis Delattre (UMP) qui cherche les rires de son public en s’interrogeant sur le métier d’Ali Soumaré tête de liste PS dans le Val d’Oise : «j’ai cru que c’était un joueur de l’équipe de réserve du PSG
  • Celles de la ministre des outremers (UMP), capable de lâcher « cela me ferait mal de voir cette manne financière quitter la Guadeloupe au bénéfice de la Guyane, au bénéfice de la Réunion, au bénéfice de la Martinique
  • Celle d’Axel Poniatowski (UMP) qui désigne Ali Soumaré comme un « repris de justice, multirécidiviste », sans préciser les faits qui pourraient lui être reprochés.

La première réaction c’est de pointer la responsabilité des journalistes, toujours plus prompts à commenter les dernières saillies verbales qu’à décortiquer les programmes et détailler les propositions. Il n’y a pas plus hypocrites que les éditorialistes qui font la morale à la classe politique, mais ne tendent stylos micros et caméras qu’aux plus caricaturaux.

Il serait pourtant trop simple de faire porter le chapeau de la généralisation des dérapages à la presse. Cela doit nous interroger.

Toutes ces « sorties de routes » ne sont pas d’égale importance. Comparer Ségolène Royal à Hitler ou les jeunes UMP aux jeunesses nazies relève plus de la sénilité et de la bêtise. L’utilisation du mot « harki » pour stigmatiser une trahison est une détestable maladresse, hélas trop courante, mais pas le signe d’un mépris ou l’indice d’un racisme du ministre Bussereau.

En revanche, il y a plus grave, ce véritable acharnement des élus UMP du Val d’Oise face à l’ancien président du Forum de la jeunesse issue des migrations. Leurs attaques successives visent à réduire Ali Soumaré aux préjugés les plus racistes. Parce qu’il est noir, il ne serait bon qu’à jouer au football et son sourire ne pourrait que cacher les gredineries d’un multirécidiviste.

Dans un autre registre, la profession de foi de Marie-Luce Penchard serait choquante et déplacée dans la bouche de n’importe quel candidat ; dans celle d’une ministre de la république, elle devient inacceptable. En cherchant les faveurs des seuls guadeloupéens, elle s’est disqualifiée pour représenter le destin des outremers.

Mais Marie-Luce Penchard n’est pas un cas  isolé. Elle perpétue les recettes de sa mère, Lucette Michaux-Chevry, en appliquant les règles du clientélisme. Ce sont les mêmes reproches qui peuvent être adressés à Georges Frêche. Le vieux féodal est un démagogue et un populiste. Les accusations d’antisémitisme glissent sur lui, moins parce qu’il a le cuir épais que parce que la flèche rate sa cible. Antisémite, il ne l’est pas (1). Il est en revanche un autocrate dont l’autorité repose sur une mafia de réseaux et de clans.

La façon de Penchard ou de Frêche de « penser peuple », de « parler peuple », c’est une façon de mieux le mépriser, de mieux l’enfermer dans ses préjugés, de mieux l’endormir et le tromper en prétendant lui ressembler. Hélas Penchard ou Frêche ne sont pas les seuls spécimens de l’espèce. Ils sont juste les plus grossiers.

Ils ne tomberont vraisemblablement pas à coup de condamnations morales. La condition de leur chute, c’est l’arrivée d’un personnel politique qui accepte de rompre avec cette corruption de l’esprit public.

Mais voilà l’esprit de twitter règne dans les médias et chez de trop nombreux politiques. La pensée, au delà de 140 signes est devenue archaïque. Tout doit pouvoir se résumer d’une phase, peut-être deux. La concision a remplacé l’explication. La conviction laisse place à la communication. Les slogans ont gagné sur les idées.

Je sais que l’on m’objectera qu’il faut vivre avec son temps. Justement ! Je ne me résous pas à ce que « mon temps » soit celui du basisme, de la démagogie et du populisme.

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(1) Dans son avant-dernier livre, il écrivait même sa fierté à l’idée de penser que son patronyme était peut-être d’origine juive.

Versailles après la com…

Soixante douze heures à peine que le congrès de Versailles a refermé ses portes dorées. Que reste-t-il après la com?

Ce que Nicolas Sarkozy voulait nous laisser de cette journée, c’était moins un discours qu’une image. Celle de son triomphe. César entrant dans Rome…

Il suffisait de regarder le dispositif vidéo mis en place par l’Elysée (c’est l’équipe présidentielle qui fournissait aux télés une image exclusive et contrôlée) : D’abord une Louma (grue de prise de vue au bout de laquelle est installée une caméra. Permet les mouvements de cinéma, travelling avant, arrière, latéral) en haut de l’escalier des 100 marches pour filmer l’arrivée de la voiture du président escortée d’un cortège de véhicules digne du président des Etats-Unis. Puis une deuxième Louma, juste devant l’entrée droite de l’hémicycle pour filmer le pas présidentiel remontant la galerie des bustes au milieu d’une haie de gardes républicains. Enfin, pendant le discours, des caméras placées en contre plongée face au pupitre (ce qui n’est pas la place habituelle des caméras lors des congrès) pour filmer le chef de l’Etat sous son meilleur angle et éviter qu’il n’apparaisse écrasé par le lieu.

Il y avait presque quelque chose de touchant dans cette lourde mise en scène. On avait le sentiment de toucher du doigt les rêves du petit Nicolas : « regarde maman, la grosse voiture, elle est à moi. Dans le château, ils sont tous venus m’écouter moi. Et la fille à la beauté de magazine dans la tribune, son mari c’est moi! »

Au delà que pourrait-on retenir d’un discours qui était en creux la négation de tous ceux prononcés lors de la campagne présidentielle?

Nous pourrions nous féliciter de l’abandon de chimères autour de la discrimination ou de la laïcité positives. Nous pourrions surtout savourer la spectaculaire conversion à la défense du modèle social français paré jusqu’ici de tous les archaïsmes et avec lequel le président voulait justement rompre? Mais la question qui nous est posée c’est celle de la part de sincérité que nous devons accorder à ces déclarations.

Si l’intention est réellement de préserver le modèle social français qui puise ses racines pour partie dans l’œuvre du Front populaire et pour une autre part dans le programme du Conseil National de la Résistance, alors la gauche devra répondre positivement.

Seulement nous avons appris à nous méfier des mots. Jacques Chirac avait déjà cette spécialité : capter les mots pour mieux les vider de leur sens. Nicolas Sarkozy maîtrise un art consommé des changements de cap. Après avoir vanté le modèle anglo-saxon, appelé à une politique de civilisation, exigé la refondation du capitalisme, le voilà qui se pose en défenseur de la dépense publique, des « amortisseurs » sociaux et de la lutte contre les exclusions. Nicolas Sarkozy confond la politique avec un concours d’éloquence : seul compte de prononcer le bon discours au bon moment.

Pouvions-nous donc croire en la sincérité de Nicolas Sarkozy lundi? C’est finalement François Fillon qui nous a livré la réponse.

Le Président, pour ne pas partager une gloire qui lui procure d’autant plus de plaisir qu’elle est solitaire, a interdit son Premier Ministre de déclaration de politique générale. Pour éviter une humiliation trop forte, François Fillon a  justifié cette dérogation à la tradition républicaine par un aveu : il n’y a pas besoin de présenter un programme devant l’Assemblée nationale, ni besoin de se soumettre au vote de confiance de la majorité puisque la politique menée et les ministres pour la servir sont les mêmes… Comment mieux dire que Versailles n’était qu’une opération de communication grossière?

Le président de la République a déclaré lundi que « la crise devait nous rendre plus libres d’imaginer un autre avenir ». Craignons que derrière cette liberté et cette imagination, ne se cachent opportunisme politique et improvisation économique.

Le temps du Parlement contre le temps du Président

Depuis mardi dernier, matins, après-midis, soirs et nuits, le combat fait rage dans l’hémicycle (1). Plus une minute de libre pour écrire sur ce blog.
Le sujet est parfaitement ésotérique. Il pourrait paraître déplacé de consacrer autant d’énergie à un projet de loi organique aussi éloigné des préoccupations des Français. Le droit d’amendement n’est pourtant pas un sujet technique, mais une garantie démocratique.

Concrètement, le Président de la République, irrité par les débats sur l’audiovisuel public puis sur le travail du dimanche, a décidé d’en finir avec l’opposition parlementaire. Sous couvert de bon sens (moderniser le Parlement), le projet de loi organique instaure un « crédit temps » sur chaque projet : C’est la majorité qui décidera du temps de l’opposition. Une fois ce temps épuisé, les amendements ne pourront plus être défendus.

L’obstruction est en réalité un fait rare : depuis 30 ans seuls 7 textes ont dépassé 100 heures de débat. Et ce fût à 4 reprises du fait de la droite… Qui peut s’indigner réellement que l’Assemblée Nationale consacre 79 petites heures à l’indépendance de l’audiovisuel public?
La vraie lenteur c’est celle du pouvoir réglementaire qui met des mois, voire des années à rédiger les décrets d’application. Un rapport du Sénat fin novembre fait apparaître que depuis 18 mois, le taux de mise en œuvre des textes votés n’est que de 24%…

Si le Président veut comprimer le temps parlementaire, c’est parce qu’il contrarie la communication présidentielle.
Avec Nicolas Sarkozy, la règle est simple : A chaque jour, son image. A chaque fait divers, sa loi. Dans ce tourbillon médiatique, chaque image doit tout à la fois marquer les esprits pour donner l’illusion de l’action et chasser la précédente pour limiter tout suivi et toute contestation.

Chaque semaine depuis son élection, Nicolas Sarkozy s’efforce d’imposer l’agenda politique : avoir le choix du thème, pour conserver la main. Le président de la République aime les annonces, mais il n’aime pas que l’on fouille derrière ses mots. Comme tous les illusionnistes, il a ses trucs. Pour les préserver, il veut maintenir la distance avec le public. C’est pourquoi il faut sans cesse aller vite, ne jamais s’arrêter, fixer l’attention sur le tour suivant.

Chacun comprendra dans ces conditions que le temps des députés qui est celui de l’analyse, de l’évaluation, de la contre-expertise continue d’être un caillou dans la chaussure du Président qui voudrait que, une fois le journal de 20H et ses annonces passés, on éteigne le Parlement.

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(1) Sur la photo prise vendredi soir dernier, les députés PS decendent au pied de la tribune pour interpeller le président de séance UMP Marc Laffineur qui refuse de respecter  le réglement de l’Assemblée, afin d’accélérer les débats.

Le nouveau président est arrivé? Leçon de communication 1

Le 16 mars, les Français ont adressé un message clair. Par delà les enjeux locaux, nos concitoyens ont sanctionné la politique conduite par Nicolas Sarkozy depuis 10 mois.

La réponse du pouvoir est stupéfiante. L’entrée de quelques proches du président au gouvernement et l’exil de David Martinon aux Etat-Unis, tiennent pour le  moment de viatique au Président.

François Fillon et ses ministres entonnent un couplet étonnant : la crise financière s’est arrêtée aux frontières de la France comme hier les nuages radioactifs venus de Tchernobyl contournèrent opportunément la France. L’Insee, le FMI, la Commission européenne, la plupart des économistes ont beau alerter sur la situation du pays, madame Lagarde le répète à l’envie : tout va très bien. Les Français ont voté, mais le Premier ministre croit pouvoir rester droit dans ses bottes. Il faut « tenir le cap » dit-il. Il se refuse à tout changement qu’il assimile à une forme de « pilotage à vue ». En bref, le mur a beau se préciser, François Fillon ne veut pas dévier de la route que la droite s’était fixée. Seule concession à la critique, il suggère du bout des lèvres que les Français seraient impatients. Sous entendu, leur vote n’exprime qu’une volonté d’aller plus vite…

Le président amorce lui une rectification d’image. Il a remisé les Ray-ban, changé de montre et s’abstient de faire shopping et jogging devant les caméras. Il marche désormais seul dans la neige, se recueille plus souvent qu’à son tour. Le silence remplace l’omniprésence y compris sur les sujets comme la répression chinoise au Tibet qui aurait pour une fois justifié une parole plus dense.
Le mariage avec Carla Bruni tombe finalement à pic. Les spin doctors du président le répètent à toutes les rédactions : qui mieux que la 1ere dame de France peut conduire le président à trouver une sérénité qui lui faisait défaut jusqu’alors ? Et déjà la presse de s’enthousiasmer pour Carla, moins bohême qu’on ne le crût et dont l’éducation bourgeoise aidera – croit-on anticiper – le président à tenir son rang. Les journalistes comme les lecteurs adorent les belles histoires. C’est en tout cas ce que pensent les communiquants de Nicolas Sarkozy.

C’est tout le problème de la droite, elle croit qu’elle a perdu les élections municipales parce que sa machine communicationnelle s’est, au choix, emballée ou enrayée.

La vérité chacun la connaît. Les Français ont exprimé une défiance sur le style et la méthode présidentiels. Ils ont également marqué des doutes sérieux sur la politique conduite et leur inquiétude sur les réformes engagées.

Au cours des prochains mois, la droite promet une avalanche de textes. Le régime de nos retraites, le système de santé, nos institutions, l’avenir de l’audiovisuel public, la modernisation de notre économie vont faire l’objet de nouvelles dispositions. La gauche, renforcée dans son rôle d’opposition et stimulée dans son devoir de proposition ne sera pas en reste. Le parti socialiste prépare sa rénovation. Trois groupes de travail sont lancés. Les groupes parlementaires se réorganisent et préparent l’alternative sur tous les textes.

Une nouvelle étape s’ouvre dans le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Ce sera celle d’un rééquilibrage entre majorité et opposition. En moins d’un an, Nicolas Sarkozy a fait la démonstration de ses propres limites. Tout le reste dépend maintenant de nous.