Ne vous excusez pas de voter pour cette femme…

C’est comme ça, je n’aime pas les « journées de ». Celle de « la femme » encore moins que les autres. Comme si il en fallait une pour mieux oublier les 364 autres. Mais comme j’ai aussi mes contradictions, je me dis que c’est un bel hommage à rendre à celles qui, en Europe et aux Etats-Unis, entamèrent une longue marche vers l’égalité, un 8 mars 1911. Il y a un siècle déjà. Il y a un siècle à peine.

Ce combat a, pour les plus jeunes, quelque chose qui relève du bon sens. Tant mieux s’ils voient dans les inégalités persistantes, un anachronisme. La vérité, c’est que le féminisme dût se frotter à tous les préjugés. Le féminisme est né au 19ème siècle, comme le socialisme. Tous deux se sont présentés comme des mouvements d’émancipation, de construction de la société sur des bases nouvelles, de refus des dominations illégitimes. Pourtant cette conquête des femmes dût se heurter à de nombreuses résistances, y compris dans le mouvement ouvrier. Certains voyaient alors dans le travail des femmes une forme de dumping qui conduisait à tirer les salaires vers le bas. D’autres voulaient circonscrire le travail féminin à certaines tâches compatibles par leur nature à l’infériorité physique et intellectuelle du deuxième sexe. Il a fallu attendre le gouvernement du Front populaire pour que trois femmes deviennent ministres (alors qu’elles n’étaient ni électrices ni éligibles) et donnent à la cause des femmes une légitimité et une nouvelle visibilité.

Ce combat demeure – hélas – d’actualité. Ces derniers jours à l’Assemblée plusieurs nouvelles pierres ont été posées. Une proposition de loi sur les violences faites aux femmes (co-initiative PS-UMP) a été votée, une résolution sur la clause dite de « l’Européenne la plus favorisée » a été adoptée (résolution PS votée par tous les groupes appelant à légiférer en harmonisant les législations nationales à partir des dispositions en vigueur les plus favorables aux femmes en Europe). Une autre proposition de loi PS sera débattue le 25 mars, prolongeant le congé maternité à 20 semaines. Une autre viendra pour obtenir la parité aux élections législatives.

Ce combat, il est porté aujourd’hui par des élues et des militantes connues ou inconnues qui, pour une large part, ont fait leurs premiers pas grâce à la parité voulue par le gouvernement de Lionel Jospin. Geneviève Wortham (sur la photo) est de celles-là. Conseillère régionale sortante et candidate sur la liste de Jean-Paul Huchon,  Marie Richard(1), Florence Bret-Mehinto (2) et les autres, elle était à Champs en fin de semaine dernière pour nous aider à faire campagne. Nous avons distribué dans le froid et puis nous avons été nous réfugier pour boire un café.

Elle est radieuse. A se demander si les campagnes électorales n’ont pas été inventées pour elle… Geneviève s’illumine quand elle discute politique. Elle parle  avec cette passion inentamée. Rien en elle ne semble pouvoir être corrompu par les délices du pouvoir, les miroirs flatteurs de la notoriété ou le confort de la notabilité. Le temps n’a en rien érodé ses convictions. Elle est fidèle à ce qu’elle croit. Il y a quelque chose de Louise Michel chez cette institutrice que je n’ai cessé d’entendre depuis que je la connais vitupérer contre toutes les injustices.
En l’écoutant, je me dis qu’elle incarne magnifiquement ces combats centenaires du socialisme et du féminisme. Je me dis aussi que sa trop grande modestie porte encore la marque de notre culture. Comme si elle devait toujours donner davantage de gages. Comme si elle devait s’excuser d’avoir eu cette folle ambition d’être élue.

Elle va m’en vouloir d’avoir écrit ces quelques mots sur elle. Elle va les trouver exagérés. Elle dira que c’est trop. Tant pis. J’assume.

Dimanche prochain, ne vous excusez pas de voter pour elle !

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(1) Marie Richard est tête de liste socialiste pour le 77. Elle est vice-présidente sortante de la région et maire de la Ferté sous Jouarre

(2) Florence Bret-Mehinto est la candidate campésienne de la liste PS. Elle prend le relai symbolique de Jeanne Chédhomme conseillère régionale sortante qui ne se représentait pas. Florence est également adjointe au maire à Champs.

Portrait paru dans Libération du 31 juillet

A l’Assemblée, accro à Ayrault and co.

Olivier Faure, secrétaire général du groupe PS au Palais Bourbon.
Par LILIAN ALEMAGNA

En bretelles noires et chemise blanche, Olivier Faure a plus la panoplie du trader que celle d’un secrétaire général. Pas de cravate, pas de veste de costume. A moins que ce ne soit à cause de la chaleur de juillet qui pèse dans les couloirs de l’Assemblée nationale. A 40 ans, ce fils d’un agent des impôts rhônalpin et d’une infirmière vietnamienne est, depuis 2007, le secrétaire général du groupe «socialiste, radical, citoyen et divers gauche» au Palais Bourbon. Celui qui, avec ses conseillers parlementaires, pilote l’ensemble des dossiers pour le groupe, en collaboration avec le président des socialistes à l’Assemblée, Jean-Marc Ayrault. «On tient la maison», dit-il «Notre boulot est de préparer tout le travail du groupe» : gérer les nominations dans les commissions, définir les tactiques et stratégies à mener face à la majorité, aider les élus dans la préparation, la décision et l’écriture des textes législatifs. Travail de fonctionnaire ? Pas vraiment… Plutôt de l’accompagnement. «Les collaborateurs dépiautent les dossiers, les élus choisissent», explique cet amateur de cigares, né à Grenoble mais qui a grandi dans la région d’Orléans. Malgré un discours aux faux airs technos, il n’a fait ni l’ENA, ni Sciences Po. En poche, un DEA en droit et un en sciences politiques.

Tombé dans la marmite socialiste «dès l’âge de 16 ans et demi», il est nommé, à 23 ans, secrétaire général des jeunes rocardiens, prenant la suite de Manuel Valls. Son colocataire parisien de l’époque s’appelle Benoît Hamon, lui aussi supporter de l’ancien Premier ministre de François Mitterrand. Paradoxe, le premier est étiqueté à droite dans son parti, tandis que le second représente l’aile gauche du PS. Pour Olivier Faure, c’est entre les deux : dans le marais socialiste, près d’Hollande et Ayrault. Le garçon a fait son entrée au Palais Bourbon, en tant que collaborateur du député Gérard Gouzes, alors président de la commission des lois. En 1997, après quatre ans passés à Grenoble dans le privé, Olivier Faure est appelé comme conseiller de Martine Aubry, ministre de l’Emploi et de la Solidarité. Dans l’ombre de la future première secrétaire, il s’attelle à la mise en place des dossiers emblématiques du gouvernement Jospin : emplois jeunes, 35 heures, CMU, loi sur le financement de la Sécu… Avec un «rôle de négociation avec les membres de la majorité plurielle». Trois ans plus tard, à 33 ans, il rejoint la rue de Solférino, en tant que directeur adjoint du cabinet de François Hollande. «Ce n’est pas un type qui est seulement dans l’appareil du PS, explique Jean-Marc Ayrault, Il reste en prise avec la société et ça se sent dans son approche des dossiers parlementaires.»

«Loyal et sincère»

Olivier Faure a déjà affronté les électeurs. Sans succès. Aux législatives de 2007, il est battu de 500 voix, dans la 8e circonscription de Seine-et-Marne, par l’UMP Chantal Brunel. Il entre tout de même à l’Assemblée en tant que secrétaire général de groupe. «Jean-Marc Ayrault m’a dit : « Il est grand temps que tu fasses autre chose. » J’ai accepté le poste.» Il qualifie, en plaisantant, de «vie de couple», sa relation avec le président du groupe socialiste. Ayrault loue son côté «loyal et sincère», «à l’écoute, avec le sourire, mais avec de la fermeté et du caractère». «Mais surtout, ce n’est pas un cire-pompes, précise-t-il. Cela peut être un inconvénient, pas pour lui…» Cet amateur de photographie et passionné d’arts premiers vit son rôle d’homme politique avec un côté «addictif». Pas simple quand on a une compagne et trois enfants.

Après une année abominable pour le Parti socialiste, il défend, avec une certaine ardeur, parfois pleine de langue de bois, le travail des députés de son groupe. «Même si le PS est en crise, il n’y a pas une seule journée qui se soit passée sans que nous ayons fait de contre-proposition.» Otan, paquet fiscal, Hadopi, travail du dimanche… Olivier Faure égrène les sujets sur lesquels le groupe PS a joué, selon lui, son rôle d’opposant à l’UMP. «On a réussi à contrarier le rythme que voulait nous imposer Nicolas Sarkozy. Mais ce travail est couvert par les petites phrases», se désole-t-il.

«Anonymes»

Déçu que les médias s’intéressent davantage aux querelles de ténors et aux futurs présidentiables, il prend fait et cause pour ces «anonymes» pour qui «c’est déjà une finalité d’être député». «C’est pénible car à chaque fois que le PS va mal, ce qui est fait à l’Assemblée est mis de côté. C’est un peu grandeur et frustration», sourit-il. Avec un certain idéalisme, Olivier Faure est admiratif sur ces députés, «qui s’inscrivent dans la famille des Blum, Jaurès et Mendès-France». «Notre boulot a un côté 14-18 : on a une tranchée, on s’en prend plein la gueule, mais on y va ensemble

S’asseoir à son tour sur les banquettes rouges de l’Assemblée et être en première ligne ? Il s’y verrait bien. «C’est vrai qu’il y a une forme de confort à rester dans l’ombre des autres, à ne pas avoir d’autres jugements que celui de son propre patron, concède-t-il. Mais à un moment, il faut passer le pas

Le fauteuil du premier secrétaire

Si les murs de ce bureau avaient la parole, ils pourraient raconter l’essentiel de ce qui s’est discuté entre dirigeants socialistes depuis onze ans. Les étagères sont désormais presque vides. Les cartons de livres s’empilent dans le bureau de Yasmina son assistante depuis treize ans.

Dans quelques heures François Hollande y sera remplacé par une femme, Martine ou Ségolène, qui aura la responsabilité de diriger et animer le parti socialiste. Celle qui prendra place dans ce fauteuil de cuir bleu découvrira dès lundi la difficulté de la charge.

Les militants socialistes ont connu quatre phases (discussion des contributions, puis vote des motions, puis congrès et enfin désignation du 1er secrétaire), à chaque étape la décantation n’a pas eu lieu. Le résultat de ce soir sera le premier à dégager une majorité. Mais cette majorité courte fera apparaître un parti coupé en deux.

Cette situation n’est pas nouvelle. Le parti socialiste a depuis son origine toujours connu des oppositions fortes entre ses leaders. Jaurès et Guesde, Blum et Cachin, Mayer et Mollet, Mitterrand et Rocard… Mais la balkanisation n’a certainement jamais été aussi importante.

L’heure n’est pas encore, ou déjà plus, aux hommages. Pourtant il en aura fallu du talent et de l’habileté pour que François Hollande parvienne à rassembler sans relâche les socialistes. La « synthèse » est devenu un mot horrible. Attention à ne pas être pris en flagrant délit de la rechercher, la condamnation tombe instantanément : vous êtes reconnu coupable de compromis forcément molassons.

La mode est aux débats tranchés. Sur chaque sujet, il faudrait dégager une majorité et une minorité. C’est l’apparence du bon sens. La vérité est plus complexe. Certes la démocratie a besoin d’alternatives et de choix clairs. Rien n’est pire que l’indifférenciation qui conduit les électeurs à tirer un signe égal entre les principales formations, puis à opter pour l’abstention ou le vote protestataire. Mais la politique c’est aussi l’art de fédérer, de rassembler son camp pour le mettre en ordre de marche et en capacité d’emporter la victoire. C’est cette qualité, cette inclination permanente, ce respect des autres qui auront marqué le passage de François Hollande rue de Solférino.

Que va-t-il faire maintenant? Comment ce boulimique de travail va-t-il occuper un agenda jusqu’ici surchargé de rencontres destinées à la coordination de la vieille maison? Etrange destin que le sien. Après avoir grandi dans l’ombre de Lionel Jospin 1er ministre, il a été bombardé chef de l’opposition le soir du retrait du même, le 21 avril 2002. Avec lui, toutes les élections locales ont toujours été un succès. En 2004, la presse le sacra « homme de l’année » pour ses victoires au régionales, cantonales, européennes et sénatoriales et au référendum interne sur le traité constitutionnel. Si le 29 mai 2005, le Non ne l’avait finalement largement emporté, la suite eût été très différente. Le congrès du Mans n’aurait pas été celui d’une sortie de crise entre « ouistes » et « nonistes« , mais celui de l’investiture du 1er secrétaire pour les élections présidentielles…

Affaibli par le scrutin référendaire, François n’a sans doute jamais renoncé à sa propre étoile, mais n’a jamais rien fait non plus pour bloquer ou nuire à la candidature d’un-e socialiste mieux placé-e que lui. Je crois pouvoir dire qu’il a au contraire toujours veillé à protéger, préserver ceux qui pouvaient, le moment venu incarner notre combat commun. Ensuite, contrairement à certaines thèses en vigueur, il s’est toujours montré disponible pour travailler à l’arrachement d’une victoire en 2007 qui n’est pas venue.

Que lui souhaiter ? sans hésitation, qu’il soit enfin lui-même. Après avoir porté la parole collective, qu’il exprime sa pensée singulière. Qu’il donne aux Français l’occasion de saisir cette intelligence aiguisée que les journalistes louent tout en s’étonnant du décalage entre l’homme et son image médiatique.

Au congrès de Reims, François a renoncé à prononcer sa traditionnelle intervention du dimanche matin. Il fallait que l’heure soit grave pour qu’il renonce à parler… Il nous a ainsi privés d’un discours d’adieux. Je soupçonne qu’il n’y tenait guère. Pour deux raisons : François est un grand pudique et puis les discours nostalgiques, c’est bon pour ceux qui s’en vont. Il ne faudrait pas confondre départ et nouveau départ