Article dans Le Monde : François Hollande, une équipe de campagne entre fidélité et ouverture

François Hollande devait déposer mardi 12 juillet auprès de la Haute Autorité de la primaire son dossier de candidature. Dans la foulée, il devait recevoir dans les jardins de la maison de l’Amérique Latine, à deux pas de la rue Solférino, les élus qui lui ont apporté leur parrainage. A l’intérieur, Pierre Moscovici devait, lui, dévoiler l’organigramme de campagne. Le strauss-kahnien a été nommé « coordinateur » de la campagne de la primaire.

Pour composer son équipe, M. Hollande a dû jouer sur un délicat équilibre entre ses fidèles et ses nouveaux alliés, Pierre Moscovici et Vincent Peillon.
Mettre en avant les uns sans froisser les autres, M. Hollande est un habitué de cette gymnastique.
Au rang de ses amis, le député européen, et le plus proche, Stéphane Le Foll, qui dirigeait jusque-là sa campagne, sera en charge de l’organisation et des réseaux. Le député Michel Sapin, spécialiste des questions économiques, sera en charge des propositions et de l’argumentaire, François Rebsamen, le maire de Dijon, s’occupera des élus, André Vallini, député de l’Isère, de la justice, Jean-Yves Le Drian, le président de la région Bretagne, de la défense.

Un réseau d’experts
Le député Bruno Le Roux assurera, lui, la liaison avec le Comité national de préparation de la primaires, alors que Faousi Lamdaoui conserve les relations avec la presse. Olivier Faure, l’actuel secrétaire général du groupe PS à l’Assemblée nationale, aura en charge la communication ; Alain Rousset, le président de la région Aquitaine, l’industrie. Yves Krattinger, sénateur de la Haute-Saône, la réforme territoriale.
Les strauss-kahniens récupèrent aussi des postes-clés. Jérôme Cahuzac est responsable des questions budgétaires, Marisol Touraine, la spécialiste au PS des retraites, sera chargée du social ; Aurélie Filippetti des relations avec les intellectuels ; la grenobloise Geneviève Fioraso, de la recherche ; Safia Okoturé, du sport.
Le Marseillais Patrick Mennucci, qui avait dirigé la campagne de Ségolène Royal, devrait également rejoindre l’équipe d’organisation.
Vincent Peillon hérite, lui, des idées, du projet, des discours ; Pascal Terrasse, de la dépendance et la retraite, Vincent Feltesse de l’Internet. Les grands élus qui l’ont rejoint, notamment Gérard Collomb, Jean-Marc Ayrault, Rolland Ries, François Patriat, se retrouveront dans un « conseil politique », présidé par M. Hollande, qui se réunira une fois par semaine. Avec le ralliement de MM. Moscovici et Peillon, M. Hollande peut compter sur un réseau de deux cents experts. Dans l’ombre, il conserve enfin ses conseillers, notamment sur les études.

Le 19 juillet, le candidat réunira son premier comité de campagne à Dijon, pour fixer le planning jusqu’au 9 octobre.

Sophie Landrin

Portrait paru dans Libération du 31 juillet

A l’Assemblée, accro à Ayrault and co.

Olivier Faure, secrétaire général du groupe PS au Palais Bourbon.
Par LILIAN ALEMAGNA

En bretelles noires et chemise blanche, Olivier Faure a plus la panoplie du trader que celle d’un secrétaire général. Pas de cravate, pas de veste de costume. A moins que ce ne soit à cause de la chaleur de juillet qui pèse dans les couloirs de l’Assemblée nationale. A 40 ans, ce fils d’un agent des impôts rhônalpin et d’une infirmière vietnamienne est, depuis 2007, le secrétaire général du groupe «socialiste, radical, citoyen et divers gauche» au Palais Bourbon. Celui qui, avec ses conseillers parlementaires, pilote l’ensemble des dossiers pour le groupe, en collaboration avec le président des socialistes à l’Assemblée, Jean-Marc Ayrault. «On tient la maison», dit-il «Notre boulot est de préparer tout le travail du groupe» : gérer les nominations dans les commissions, définir les tactiques et stratégies à mener face à la majorité, aider les élus dans la préparation, la décision et l’écriture des textes législatifs. Travail de fonctionnaire ? Pas vraiment… Plutôt de l’accompagnement. «Les collaborateurs dépiautent les dossiers, les élus choisissent», explique cet amateur de cigares, né à Grenoble mais qui a grandi dans la région d’Orléans. Malgré un discours aux faux airs technos, il n’a fait ni l’ENA, ni Sciences Po. En poche, un DEA en droit et un en sciences politiques.

Tombé dans la marmite socialiste «dès l’âge de 16 ans et demi», il est nommé, à 23 ans, secrétaire général des jeunes rocardiens, prenant la suite de Manuel Valls. Son colocataire parisien de l’époque s’appelle Benoît Hamon, lui aussi supporter de l’ancien Premier ministre de François Mitterrand. Paradoxe, le premier est étiqueté à droite dans son parti, tandis que le second représente l’aile gauche du PS. Pour Olivier Faure, c’est entre les deux : dans le marais socialiste, près d’Hollande et Ayrault. Le garçon a fait son entrée au Palais Bourbon, en tant que collaborateur du député Gérard Gouzes, alors président de la commission des lois. En 1997, après quatre ans passés à Grenoble dans le privé, Olivier Faure est appelé comme conseiller de Martine Aubry, ministre de l’Emploi et de la Solidarité. Dans l’ombre de la future première secrétaire, il s’attelle à la mise en place des dossiers emblématiques du gouvernement Jospin : emplois jeunes, 35 heures, CMU, loi sur le financement de la Sécu… Avec un «rôle de négociation avec les membres de la majorité plurielle». Trois ans plus tard, à 33 ans, il rejoint la rue de Solférino, en tant que directeur adjoint du cabinet de François Hollande. «Ce n’est pas un type qui est seulement dans l’appareil du PS, explique Jean-Marc Ayrault, Il reste en prise avec la société et ça se sent dans son approche des dossiers parlementaires.»

«Loyal et sincère»

Olivier Faure a déjà affronté les électeurs. Sans succès. Aux législatives de 2007, il est battu de 500 voix, dans la 8e circonscription de Seine-et-Marne, par l’UMP Chantal Brunel. Il entre tout de même à l’Assemblée en tant que secrétaire général de groupe. «Jean-Marc Ayrault m’a dit : « Il est grand temps que tu fasses autre chose. » J’ai accepté le poste.» Il qualifie, en plaisantant, de «vie de couple», sa relation avec le président du groupe socialiste. Ayrault loue son côté «loyal et sincère», «à l’écoute, avec le sourire, mais avec de la fermeté et du caractère». «Mais surtout, ce n’est pas un cire-pompes, précise-t-il. Cela peut être un inconvénient, pas pour lui…» Cet amateur de photographie et passionné d’arts premiers vit son rôle d’homme politique avec un côté «addictif». Pas simple quand on a une compagne et trois enfants.

Après une année abominable pour le Parti socialiste, il défend, avec une certaine ardeur, parfois pleine de langue de bois, le travail des députés de son groupe. «Même si le PS est en crise, il n’y a pas une seule journée qui se soit passée sans que nous ayons fait de contre-proposition.» Otan, paquet fiscal, Hadopi, travail du dimanche… Olivier Faure égrène les sujets sur lesquels le groupe PS a joué, selon lui, son rôle d’opposant à l’UMP. «On a réussi à contrarier le rythme que voulait nous imposer Nicolas Sarkozy. Mais ce travail est couvert par les petites phrases», se désole-t-il.

«Anonymes»

Déçu que les médias s’intéressent davantage aux querelles de ténors et aux futurs présidentiables, il prend fait et cause pour ces «anonymes» pour qui «c’est déjà une finalité d’être député». «C’est pénible car à chaque fois que le PS va mal, ce qui est fait à l’Assemblée est mis de côté. C’est un peu grandeur et frustration», sourit-il. Avec un certain idéalisme, Olivier Faure est admiratif sur ces députés, «qui s’inscrivent dans la famille des Blum, Jaurès et Mendès-France». «Notre boulot a un côté 14-18 : on a une tranchée, on s’en prend plein la gueule, mais on y va ensemble

S’asseoir à son tour sur les banquettes rouges de l’Assemblée et être en première ligne ? Il s’y verrait bien. «C’est vrai qu’il y a une forme de confort à rester dans l’ombre des autres, à ne pas avoir d’autres jugements que celui de son propre patron, concède-t-il. Mais à un moment, il faut passer le pas