Article dans Libération : Aubry-Hollande, la guerre des rosses

Opposés ce soir à la télévision, les finalistes de la primaire socialiste intensifient leur campagne. Et ne retiennent plus leurs coups.

L’affiche est alléchante. Le débat télévisé de ce soir entre Martine Aubry et François Hollande, les deux finalistes de la primaire socialiste, va-t-il tourner au duel de western ? Avec elle en as de la gâchette canardant «la gauche molle». Ou en remake du Plus Grand Chapiteau du monde avec lui en lanceur de couteaux ? Que nenni ! assuraient hier leurs entourages respectifs. En pleine crise et avec les regards de la droite braqués sur les duellistes, l’enjeu semble trop important pour s’abandonner au pugilat… «Le format de l’émission l’interdit. On ne peut pas larguer des bombes pendant une heure et demie sur celui ou celle qui sera le ou la candidat(e) socialiste à la présidentielle la semaine prochaine», souligne un proche de Hollande. «Ce sera un débat de mobilisation et de comparaison», confirme un ami d’Aubry. Sauf que, personnellement, les deux ne s’apprécient guère. C’est un euphémisme (lire pages 4-5). Et que se différencier est difficile lorsqu’on vient de la même école : tous deux sont des réformistes sociaux-démocrates, biberonnant à l’idéal européen de Delors et éclos dans la couveuse Jospin. Mais ce débat est crucial puisque le résultat du second tour reste ouvert. En remportant 39,2% des voix au premier tour, François Hollande est arrivé en tête avec près de 9 points d’avance dimanche, mais l’élan semble plutôt du côté d’Aubry qui a totalisé 30,4%. «Je ne crois pas aux sondages, mais le dernier confirme que la dynamique est de notre côté», se félicite l’aubryste Caroline de Haas, en allusion à une étude OpinionWay pour le Figaro. «Il ne faut pas crier qu’on a gagné quand on est deuxième», corrige Vincent Peillon, un des ténors hollandais, qui a convoqué la presse au siège du PS, pour une série de rappels à l’ordre des aubrystes.

Avec la primaire, le PS est entré en terre inconnue dimanche, attirant plus de 2,6 millions d’électeurs désireux de tourner la page du sarkozysme. Que deux poids lourds d’un même parti s’affrontent pendant 90 minutes en prime time est passé dans les moeurs aux Etats-Unis. Mais en France, l’exercice est totalement inédit. Pour assurer le spectacle, France Télévisions a insisté pour que les candidats soient face à face comme pour le traditionnel débat de l’entre deux tours de la présidentielle. Mais leurs entourages ont exigé que les pupitres soient côte à côte, tournés vers les caméras et donc les Français. Les négociations se poursuivaient encore hier soir jusqu’au moindre détail. Pour s’assurer une audience maximale, le PS, qui espère amplifier la mobilisation dimanche, a cherché à obtenir que ce duel soit aussi retransmis sur BFM TV et i-Télé, ce que France 2 a refusé. Trois grands thèmes ont été actés : la crise économique et sociale, la politique européenne et internationale – jusqu’alors absente des joutes socialistes – et la République.

«Miroir». Chaque candidat va prendre toute la journée pour se concentrer. Une technique éprouvée par Aubry, qui a pris l’habitude de se replier sur son appartement parisien avant chacun des trois débats du premier tour. Signe que l’heure est grave, Hollande s’est imposé le même planning cette fois, alors que mercredi dernier, il était revenu quasiment à la dernière minute d’un déplacement à Rouen, passant un peu à côté du rendez-vous.

Cette fois, pour les deux «impétrants», comme les nomme à tort Arnaud Montebourg, pas question de se louper sur les deux véritables enjeux du match : la crédibilité et la «présidentiabilité», c’est-à-dire la capacité à battre Nicolas Sarkozy. «Elle va miser sur ses propres atouts pour renvoyer par effet miroir aux faiblesses de François. Mettre en avant quelqu’un de constant, d’une gauche qui s’assume, une gauche forte face à Sarkozy», confie Bruno Julliard, de l’équipe Aubry. «François va affirmer qui il est», explique Stéphane Le Foll, son bras droit. «C’est parce qu’il regarde la réalité en face qu’il peut la changer et la réformer : tel est son positionnement», ajoute son conseiller Olivier Faure.

Pour ce qui est de la crédibilité, les deux concurrents s’attendent au tournant sur le cas Montebourg, invité fantôme du débat de ce soir. La tâche est délicate : séduire les 17,2% d’électeurs ayant choisi le candidat de «la démondialisation» au premier tour sans se faire accuser de zigzag idéologique et d’opportunisme électoral. Surtout que le député de Saône-et-Loire, qui savoure sa position d’arbitre, a fait monter encore un peu les enchères, publiant hier après-midi sur Libération.fr sa lettre ouverte à Aubry et Hollande. Dans laquelle il leur pose trois questions, sur «le contrôle politique du système financier», le «protectionnisme», socle de sa démondialisation (lire pages 6-7) et sur la VIe République, qu’il «défend depuis douze ans» et que ni Hollande ni Aubry n’ont eu le courage de reprendre à leur compte, selon lui. L’ex-première secrétaire est la destinataire d’une petite gifle supplémentaire sur la notion de «juste échange». Aubry brandit ce dispositif, intégré au projet du PS, comme la réponse adéquate aux inquiétudes des électeurs de Montebourg face à la mondialisation. «Cela ne saurait suffire», prévient le troisième homme de la primaire, qui exige une réponse écrite sur toutes ses interrogations. Faire durer le suspense, alors qu’il est sur une ligne plus proche d’Aubry que de Hollande, est aussi une façon déguisée d’avantager ce dernier. Cela n’a pas échappé à la maire de Lille : «Ah, mais chacun fait ce qu’il veut ! Moi, je m’adresse aux Français», a-t-elle répliqué hier dans la Creuse.

Costume. Pour leur premier déplacement d’entre deux tours, l’ex-ministre de l’Emploi est allée défier Nicolas Sarkozy en visite dans le même département (lire page 11) tandis que Hollande improvisait un déplacement sur un marché du XVIIIe arrondissement de Paris. Les hollandais ont dû réajuster une campagne de second tour qu’ils entrevoyaient comme une formalité. Lundi, on dit le candidat dans le Val-d’Oise, il est à son bureau. On l’annonce pour mardi en Corrèze, il choisit le centre d’une grande ville où Aubry a cartonné dimanche. «Je vais aller là où j’ai le plus à convaincre», confirme-t-il devant les étals du marché où une poignée de militants distribue un tract à son nom – le premier de la campagne – où il s’érige en «homme d’écoute et de respect».

A l’égard des Français sûrement. Mais face à Aubry, finies les «phrases affectueuses». Sur le trottoir du boulevard Ornano, il arbore son costume du second tour : «La gauche que j’incarne est solide et sincère.» «Moi je n’ai hérité de rien», poursuit-il, visant l’ascendance de sa rivale et dénonçant des «attaques obliques». Qui n’ont guère tardé à pleuvoir. A Guéret, Aubry dégaine à nouveau la «gauche molle» et dans le quotidien Métro d’aujourd’hui, elle renchérit : «Chacun sait que nous avons des tempéraments différents, que j’ai une expérience importante…» Et comme Hollande se présente désormais en «candidat du changement», l’équipe Aubry a intitulé son tract de deuxième tour : «Pour un vrai changement.» Ça promet !

Laure BRETTON et Matthieu Ecoiffier

Article dans Le Parisien : Un duel télévisé sous tension

Aubry et Hollande se retrouvent ce soir, sur France 2, pour un débat à hauts risques.

Ce soir, ils ne sont plus que deux. Martine Aubry et François Hollande se retrouvent sur le plateau de France 2 à 20h30 pour l’ultime débat des primaires socialistes. Un rendez-vous décisif avant le second tour de dimanche.

Le climat se dégrade. « Je n’ai rien à prouver, la gauche que j’incarne est solide et sincère. » La mise au point, sèche, est signée François Hollande, assimilé par son adversaire à la « gauche molle ». Le camp du député de Corrèze a décidé de répliquer. Ses proches Vincent Peillon et Bruno Le Roux ont d’ailleurs fustigé « les mensonges et hypocrisies » de la maire de Lille et appelé son équipe à « maîtriser ses nerfs et son agressivité ». Bref, jusqu’ici maîtrisé, le ton des primaires dérape peu à peu.

Table ou pupitres ?Quatre thèmes seront abordés ce soir pendant vingt minutes chacun : la crise, les questions sociales, la République et l’international. Si le déroulé a vite fait l’unanimité, les discussions sont plus âpres sur… le mobilier. Chez Aubry, on préfère une table pour ce face-à-face, mais son rival est favorable aux pupitres. « L’esprit des primaires, c’est de parler aux Français et pas d’ouvrir la boîte à gifles », estime Olivier Faure, proche d’Hollande. Le tirage au sort a déjà eu lieu hier : Aubry sera à gauche de l’écran, Hollande à droite.

Warrior Aubry contre Cassius Clay Hollande. « Martine aborde ce débat avec gourmandise », se délecte Jean-Christophe Cambadélis. Agacée que son adversaire se soit « planqué » lors des précédentes émissions, Aubry compte bien le pousser dans ses retranchements. Notamment en soulignant ce qu’elle considère être des changements de pieds (comme sur le cumul des mandats). « Ce sera Warrior Martine », annonce l’un de ses soutiens.

Hollande est décidé à ne pas esquiver en évitant toutefois le « spectacle ». « Nous ne sommes pas dans MasterChef », prévient-il. « On cherche la victoire aux points, pas par KO », glisse Malek Boutih, qui ose la métaphore : « Du style et de l’efficacité, il sera plus Cassius Clay que Mike Tyson. »

Chacun s’est préparé. Du côté d’Aubry, les images d’Hollande ont été visionnées. Conclusion : il a repris la gestuelle de François Mitterrand comme ce… « petit coup de menton sur le côté qui signifie On passe à autre chose ». Mais ce soir, Aubry compte bien avoir le dernier mot.

Eric Hacquemand et Rosalie Lucas

Article dans Le Parisien : François Hollande a-t-il pris la grosse tête ?

François Hollande avait prévu de se rendre aujourd’hui au congrès des HLM à Bordeaux (Gironde) et de revenir au dernier moment pour le débat télévisé. Finalement, il passera la journée à Paris pour se préparer. « Il est le favori et peut faire l’objet d’un tir croisé de ses poursuivantes, Martine Aubry et Ségolène Royal », craint Olivier Faure, l’un de ses fidèles.

Le favori des sondages va donc s’employer à parer les attaques et à montrer, selon Jean-Marc Ayrault, qu’il a acquis « la stature présidentielle ».

Car ce qui intéresse désormais Hollande, c’est de se comporter en candidat à l’Elysée. Quitte à agacer. « Hollande se planque : il espère préserver le capital sympathie accumulé depuis son départ en campagne », grince Christian Paul, soutien d’Aubry. « Ils sont un peu trop sûrs d’eux », renchérit Guillaume Garot, porte-parole de Royal.

Selon ses adversaires, l’heure serait déjà à la distribution des ministères dans le camp Hollande : Jean-Marc Ayrault ou Michel Sapin à Matignon, Jérôme Cahuzac au Budget, Jean-Marie Le Guen à la Santé… « François se prépare à l’élection présidentielle, les primaires sont une petite étape », affirme Ayrault.

Article sur L’Express.fr : François Hollande lance son clip de campagne pour la primaire

Un défilé de chiffres illustrant la situation de la France et un slogan, « Nous avons un avenir à changer » : François Hollande a dévoilé vendredi son clip de campagne pour la primaire socialiste d’octobre.

Aucune image du candidat dans ce petit film de 56 secondes mais une succession de chiffres pour dénoncer la politique menée depuis 2007 par Nicolas Sarkozy : 10% de chômage dont 23% chez les jeunes, un déficit public qui a triplé en cinq ans, 783.000 ménages endettés, 60.000 postes d’enseignants supprimés en cinq ans, un salaire inférieur de 27% pour les femmes.

Les chiffres s’emmêlent jusqu’à ce qu’une voix féminine s’élève : « On continue ou on change ? ».

Le clip se termine par deux phrases sobrement déroulées sur fond blanc : « François Hollande Nous avons un avenir à changer », puis « Le 9 octobre faisons gagner la gauche ».

Réalisé à l’aide de bénévoles, le film a coûté 4.000 euros selon l’équipe de campagne de François Hollande.

Il sera diffusé sur internet et lors des meetings du député de Corrèze jusqu’au 9 octobre, date du premier tour de la primaire appelée à désigner le candidat du PS pour l’élection présidentielle de 2012.

Le slogan a été choisi par François Hollande parmi une douzaine d’autres, a expliqué Olivier Faure, responsable de la communication du candidat. « L’idée était de rappeler l’enjeu de la primaire, la question centrale étant de savoir si on veut l’année prochaine continuer ou changer », a-t-il dit à Reuters.


Elizabeth Pineau, édité par Sophie Louet