DSK, la gauche et la morale.

L’Elysée a donné des consignes de retenue que seuls quelques élus UMP isolés ont enfreintes.

L’attaque n’est pas frontale, mais insidieuse. On glisse « off the record » aux journalistes que les socialistes, champions de la morale sont désormais disqualifiés. On suggère qu’ils n’ont pas toujours fait preuve de la même retenue. On affirme une « solidarité de caste » au mépris de la victime présumée Nafissatou Diallo.

L’objectif poursuivi est transparent, scotcher les socialistes à une procédure judiciaire à laquelle ils ne sont pas partie, transformer une affaire privée en « 21 avril judiciaire ».

Revenons aux faits. La gauche pratique-t-elle la présomption d’innocence à géométrie variable ?

Au cours du quinquennat, la gauche n’est jamais entrée sur le terrain de la morale privée, mais a exercé son devoir en défendant l’intérêt général et la morale publique.

Dans l’affaire Woerth, il ne s’agissait pas d’une affaire privée, mais de présomptions lourdes sur la connivence entre un parti l’UMP et une milliardaire soupçonnée de frauder le fisc. Les interpellations répétées à l’Assemblée visaient  à dénoncer le conflit d’intérêt reconnu depuis par madame Woerth qui travaillait à l’optimisation fiscale de madame Bettencourt et à exiger la nomination d’un juge d’instruction indépendant. C’est Nicolas Sarkozy qui a choisi de se priver des services de son encombrant ministre, les socialistes n’avaient appelé qu’à sa démission de ses fonctions de trésorier de l’UMP incompatibles avec ses fonctions au budget.

Dans l’affaire Lagarde/ Tapie, 9 socialistes ont saisi le procureur général près la Cour de cassation. Jean-Louis Nadal leur a donné raison en jugeant que les faits supposaient le renvoi du dossier devant la Cour de justice de la République. La justice étant saisie, jamais les socialistes n’ont posé de questions d’actualité sur le sujet ni n’ont engagé de campagne. Ils exercent leur mission de contrôle et dès lors que la justice est saisie, ils considèrent que c’est à elle d’instruire à charge et à décharge.

Dans l’affaire DSK, le parti socialiste n’est pas impliqué. Aucun dirigeant ne récuse la nécessité de voir la vérité établie. Il est exact que les socialistes ont témoigné de leur incrédulité, mais qui peut reprocher à des amis de ne pas vouloir croire au pire ?

Les socialistes demandent la vérité quelle qu’elle soit et que justice passe, dans le respect de la présomption d’innocence et de celui de la victime présumée.

La première des morales c’est d’avoir la même rigueur pour tous. Cela n’exclut pas les manifestations d’amitié, mais interdit la cécité. C’est justement ce que nous reprochons à Nicolas Sarkozy depuis quatre ans. Nous ne lui reprochons pas d’avoir des amis, mais de ne gouverner que pour eux, au mépris de toute idée de justice.

Gaz de schiste, l’ambiguïté de la loi adoptée

Mardi 10 mai l’Assemblée Nationale débat de la proposition de loi gaz de schiste. Une semaine plus tôt en commission, le texte limpide indiquant que les « permis exclusifs de recherches de mines d’hydrocarbures liquides ou gazeux non conventionnels sont abrogés » est amendé et renvoie désormais une éventuelle annulation des permis à une décision de l’administration dans les deux mois qui suivent la promulgation de la loi. Cette amodiation de la loi est présentée par les rapporteurs comme une « sécurisation juridique » de la loi. Est pointée la menace d’un recours (QPC) des industriels devant le Conseil constitutionnel et la demande d’indemnisation financière.

La commission du développement durable adopte à l’unanimité à l’exception d’Yves Cochet (Verts Paris) cette version, prise par le vertige d’une éventuelle annulation des abrogations.

Comme sur chaque texte, les groupes se réunissent et réfléchissent entre le passage en commission et la séance publique (dans l’hémicycle). Très vite les consultations de juristes font apparaître que le risque d’annulation et d’indemnisation a été surjoué et que la nouvelle rédaction pourrait avoir pour effet de confirmer certains permis attribués.

Lundi 9 mai,  les socialistes adressent à l’AFP un communiqué qui précise leur position. Le consensus est possible, mais uniquement sur la base de la version initiale du texte.

Mardi 10 mai, 11 heures, les députés socialistes se rendent place Edouard Herriot, à deux pas de l’Assemblée Nationale. Quelques centaines de militants associatifs et citoyens se sont rassemblés pour manifester en faveur de l’abrogation des permis accordés pour l’exploration et l’exploitation de l’huile et du gaz de schiste.

Parmi eux, il y a Danièle Mitterrand. La militante qu’elle n’a jamais cessé d’être, a souhaité fêter le trentième anniversaire de la victoire de la gauche en 1981 à sa façon. Plutôt que de céder à la tentation d’une célébration nostalgique, elle est venue afficher son combat d’aujourd’hui, son combat pour l’eau, bien commun de l’Humanité.

15 heures, séance des questions d’actualité. Pascal Terrasse (PS Ardèche) interroge le gouvernement sur ses intentions réelles et réitère le souhait des socialistes d’une abrogation claire et effective. Nathalie Kosciusko-Morizet défend la nouvelle version du texte au motif de l’insécurité juridique qui naîtrait de la rédaction qui jusqu’ici faisait l’unanimité des parlementaires.

21 heures 30 Yves Cochet (Verts Paris) défend la motion de rejet préalable, et exprime son incompréhension devant le dernier revirement du gouvernement.

22 heures, Jean-Marc Ayrault (président groupe PS, Loire-Atlantique) tente d’exprimer les conditions d’un vote favorable, mais le président de séance Marc Laffineur (UMP), pressé d’en finir alors que le débat démarre à peine, lui coupe la parole au bout de trois petites minutes.

S’en suit une succession de rappels au règlements et incidents de séance. Lors de la seconde suspension de séance, Christian Jacob (Président du groupe UMP, Seine et Marne), conscient de la tournure désastreuse que prend le débat, rejoint les socialistes salon Delacroix et s’engage à convaincre le président de séance de permettre à Jean-Marc Ayrault d’exprimer le point de vue de l’opposition.

23 heures Jean-Marc Ayrault peut enfin développer son argumentation : La disposition d’abrogation des permis de recherche de mines d’hydrocarbures liquides ou gazeux est proportionnée à l’objectif poursuivi, c’est-à-dire la préservation de l’environnement. Cet objectif dispose d’une solide base juridique avec la Charte de l’environnement (de valeur constitutionnelle) et notamment son article 5 qui dispose que :  « Lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d’attributions, à la mise en oeuvre de procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage. »

En l’espèce, la réalisation du dommage ne fait pas de doute dans le cadre de l’exploitation des gaz non conventionnel.

S’agissant de la rétroactivité de la mesure, le Conseil constitutionnel l’admet lorsqu’un motif impérieux d’intérêt général justifie la mesure envisagée. Cette exigence qui est également imposée par la Cour européenne des droits de l’homme est parfaitement remplie dans le cas présent puisqu’il s’agit de la préservation d’un intérêt ayant valeur constitutionnelle à savoir la protection de l’environnement.

Enfin et s’agissant de l’indemnisation des entreprises qui bénéficiaient des permis annulés, rien n’oblige la collectivité publique. L’article 17 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen n’impose une indemnisation qu’en cas d’atteinte au droit de propriété. Or, dans le cas présent les entreprises ne sont pas propriétaire des terrains, pas plus qu’elles ne le sont des permis.

Les juges éventuellement saisis de cette question devront mettre en balance les intérêts privés liés à l’exploitation de ces gisements « non conventionnels » et la préservation de l’environnement constitutionnellement reconnu.

Cette annulation brandie par quelques entreprises est donc illusoire. En revanche, la rédaction actuelle de la proposition de loi peut servir par son ambiguïté à maintenir certains permis, le temps que la contestation faiblisse.

1 : 30. Fin de la discussion générale. La ministre de l’environnement confirme sa position. La discussion des articles commence sans espoir de trouver une solution consensuelle.

La loi ouvrira donc des portes que la mobilisation constante des élus et des citoyens doit pousser à refermer définitivement.

Gaz de shit. Histoire d’une fracturation hydraulique de la majorité.

Evoquant l’inquiétude des Français soulevée par l’exploration et l’exploitation du « Gaz de shit », François Fillon a provoqué mercredi les rires de l’hémicycle. Le lapsus était révélateur. Le sujet est considéré explosif. Rarement le gouvernement aura donné le sentiment d’une aussi belle improvisation. Qu’on en juge.

1er temps : le gouvernement (à l’époque Jean-Louis Borloo) donne son autorisation aux entreprises industrielles désireuses de développer les gisements d’énergie hydrocarbures non conventionnels.

2ème temps : les mobilisations locales se multiplient pour dénoncer la dangerosité pour l’environnement des procédés de fracturation hydraulique nécessaires pour extraire gaz et huile de schiste.

3ème temps : les élus locaux concernés, relayés par les députés et sénateurs socialistes interpellent le gouvernement et l’appellent à revoir sa décision.

4ème temps : le gouvernement temporise et propose de suspendre toute opération en attendant le rapport d’une mission d’inspection du ministère de l’environnement. Parallèlement une mission d’information est créée à l’Assemblée.

5ème temps : les socialistes haussent le ton et déposent des propositions de lois à l’Assemblée et au Sénat. Pris de court, Christian Jacob, président du groupe UMP décide de faire de même le lendemain. Jean-Louis Borloo qui ne se décourage pas devant ses propres contradictions fait de même.

6ème temps : le dépôt des propositions de lois n’entrainant pas mécaniquement leur discussion, les socialistes décident d’utiliser la journée qui leur est réservée le 12 mai prochain pour que le débat ait enfin lieu. Ils acceptent volontiers que soit discutée concomitamment la proposition de loi UMP.

7ème temps : Christian Jacob qui s’est découvert une passion subite pour l’écologie, ne supporte pas de partager la vedette. Il implore le gouvernement d’invoquer l’urgence sur sa seule proposition de loi pour qu’elle soit discutée le… 10 mai, soit deux jours plus tôt que la proposition socialiste. Et demande que le vote solennel intervienne dès le lendemain ! L’intérêt général est loin. La juvénilité toute proche.

8ème temps : le gouvernement accède à la demande de Jacob.

9ème temps : Séance des questions d’actualité mercredi 13 avril. Dominique Orliac demande au nom du groupe socialiste et radical l’annulation des permis de prospection.

Nathalie Kociusko-Morizet rappelle la position du gouvernement. Moratoire, rapport, puis débat parlementaire. Visiblement la ministre de l’environnement n’avait pas été prévenue d’une nouvelle accélération. Lorsque le Premier Ministre répond à son tour, il annonce tout à trac sa décision d’annuler « les autorisations déjà données » et sa volonté de soutenir les propositions de lois déposées en ce sens… En annonçant prématurément sa position, il évite (peut-être) l’expression désordonnée du groupe UMP très divisé sur ce sujet. Il ne trompe personne sur la gestion erratique et approximative d’un dossier touchant pourtant à la stratégie énergétique du pays.

Pourquoi Nicolas Sarkozy n’a pas voulu abandonner le débat sur l’Islam

Les résultats des cantonales sont tombés comme un désaveu pour l’UMP. Le discours de Grenoble, la déchéance de la nationalité, les expulsions de Roms, les bateaux de Chantal Brunel pour les réfugiés méditerranéens, les clins d’œil répétés de Claude Gueant au FN, aucune de ces initiatives n’est venu enrayer l’érosion du parti présidentiel. L’extrême-droite n’a jamais été aussi forte et pour la première fois le FN parvient à progresser sensiblement entre les deux tours d’un scrutin. Tout appelait le Président de la république à renoncer au débat sur l’Islam et la laïcité comme l’y invitait lundi son porte-parole, François Baroin. Nicolas Sarkozy a choisi de le maintenir, au prix d’une crise avec son premier ministre et une partie de sa majorité. Pourquoi ?

L’hypothèse du monarque enfermé dans sa tour d’orgueil relève de la psychologie de comptoir. Nicolas Sarkozy compose avec les éléments lorsqu’ils s’imposent à lui. Il ne souhaitait pas reconduire François Fillon à Matignon, il s’y est résolu en septembre.

Ce qui apparaît de prime abord comme une décision irrationnelle est une décision murie. L’abandon du débat sur l’Islam contredirait tout simplement sa stratégie de reconquête pour l’élection présidentielle.

Celle-ci a pour fondement une  double analyse :

1.    Les sujets économiques et sociaux sont désormais minés pour le « candidat du pouvoir d’achat » devenu « président du bouclier fiscal ». Ce terrain est réputé favorable à l’adversaire. Il faut donc déplacer le débat sur le plan idéologique. Le candidat qui impose ses thèmes de campagne prend toujours l’avantage.

2.    L’opinion de droite opère un glissement progressif sur sa droite sous l’influence de Marine Le Pen. Ce sont ces voix qu’il faut reconquérir. Il faut parvenir à la fusion des électorats FN et UMP.

Le discret conseiller du Chef de l’Etat, Patrick Buisson est sorti de sa réserve en accordant une interview à Paris Match cette semaine. De manière transparente il évoque la clé d’une réélection de Nicolas Sarkozy, la reconquête des milieux populaires dont il suppose qu’ils sont particulièrement perméables aux discours sur l’immigration et la sécurité. Il oppose les élites accusées de « prolophobie » aux sans grades. Le populisme est assumé sans fard. Les pauvres sont présumés racistes, donnons leur les signes qu’ils attendent.

L’éminence noire de Nicolas Sarkozy préfère évoquer les classes populaires plutôt que les Français de plus de 65 ans qui constituèrent le véritable atout maître de la victoire de la droite en 2007 (seule catégorie d’âge dans laquelle N. Sarkozy fut majoritaire devant S. Royal). Mais pour les uns comme pour les autres, l’argumentaire est le même. Nicolas Sarkozy est le président protecteur contre toutes les invasions.

Patrick Buisson annonce un plan de bataille en trois points : plus de fermeté sur l’immigration, un code de la laïcité, une loi dite de réhabilitation du travail et qui aurait pour objet de réserver aux Français le RSA et le RMI…

La proximité avec les thèmes de campagne de Marine Le Pen est confondante. Elle n’est pas fortuite. Sur le plan électoral, Nicolas Sarkozy prend un risque, celui de conforter l’original au détriment de la copie. Mais Nicolas sarkozy croit pouvoir gagner à tous les coups. Soit Marine Le Pen devance le candidat PS au 1er tour et c’est un nouveau 21 avril qui lui assure la victoire. Soit la présidente du FN n’est pas qualifiée pour le second tour et il lui sera alors nécessaire de s’assurer un report massif des voix du FN.

Cette stratégie est aujourd’hui contrariée par la multiplication de sondages qui anticipent une éventuelle élimination de Nicolas Sarkozy dès le 1er tour et l’implosion de sa majorité qui se refuse pour partie à piqueniquer avec l’extrême-droite.

La réponse de Chantal Brunel… la faillite morale et électorale de l’UMP

Chantal Brunel a répondu, avant le premier tour des élections cantonales, à mon courrier qui faisait suite à ses propos sur les réfugiés d’Afrique du Nord qu’il fallait renvoyer sur leurs bateaux. Je lui demandais de sortir de toute ambigüité vis-à-vis de l’extrême-droite et de préciser ce que serait son choix dans l’hypothèse d’un second tour opposant le FN à la gauche. L’hypothèse n’avait rien de farfelue, et elle s’est hélas vérifiée. Dans la circonscription qui l’a élue, le cas se présente hélas dans deux cantons. A Torcy, Gérard Eude (PS) et à Champs-sur-Marne, Maud Tallet (PCF) affrontent au second tour monsieur et madame Staelens (FN).

Que me répond Chantal Brunel ? « En aucun cas je n’appellerai à voter pour un candidat FN. Tous mes efforts se portent pour que, dans ma circonscription, le candidat soutenu par l’UMP arrive 1er ou 2ème ».

En d’autres mots, elle anticipait la ligne de Jean-François Copé « ni FN, ni gauche ». Cette façon de renvoyer dos à dos l’opposition et l’extrême droite est une rupture avec les usages républicains. Il s’agit ni plus ni moins que d’une nouvelle étape dans la banalisation de l’extrême-droite en France. Le message qu’ils adressent à leurs électeurs est destructeur : le PS et le FN sont deux adversaires équivalents. En préconisant la liberté de vote, ils prennent la responsabilité de faire élire des élus du FN.

Du discours de Grenoble aux déclarations de Claude Guéant et Chantal Brunel, en passant par l’organisation d’un débat sur l’Islam qui fait suite au calamiteux débat sur l’identité nationale, l’UMP n’a cessé de légitimer les thèses entretenues par l’extrême droite.

C’est encore ce que fait Madame Brunel dans sa réponse lorsqu’elle reprend les « dadas » de l’extrême-droite en fustigeant les « baptêmes républicains » (confusion avec les parrainages républicains organisés par RESF pour les enfants scolarisés menacés d’expulsion).

L’immigration est devenue un sujet d’inquiétude pour nombre de nos concitoyens. Cela ne justifie en aucun cas le populisme. Nul ne conteste qu’il faille établir des règles. Cela doit se faire dans la transparence, le respect du droit des migrants et avec humanité. C’est ce qu’ont défendu les députés socialistes au cours du récent débat sur le projet de loi immigration. Madame Brunel ne s’interrogerait plus sur la nature des « mesures préconisées par le PS pour lutter contre l’immigration illégale » si elle avait honoré l’hémicycle de sa présence… Mais peut-on courir les plateaux en faisant assaut de démagogie et travailler sérieusement dans le même temps au Parlement ?

Le résultat de cette course-poursuite avec l’extrême droite est connu depuis dimanche. Le parti de madame Le Pen enregistre sur tout le territoire un score record pour des élections cantonales. Dans le propre département du secrétaire général de l’UMP, notre Seine et Marne, c’est le FN qui est arrivé en seconde position derrière le PS (PS 23,10% FN 21,64% UMP 21,56%).

A se compromettre, on ne gagne rien. Il serait temps pour l’UMP de le comprendre.

Le 20 mars c’est le tour de Julie !

En juin 2007, à Champs sur Marne et Emerainville, vous m’avez accordé une majorité de suffrages. Aujourd’hui je vous demande de soutenir la candidature de Julie Gobert pour les élections cantonales.

Julie est urbaniste, elle connait ce canton comme sa poche. Elle y a grandi. Elle y a ses amis. Ses parents. Julie est une jeune femme opiniatre, volontaire, travailleuse. Elle sait s’engager. Elle ne fait rien à moitié. Si vous lui accordez votre confiance, vous aurez l’assurance de pouvoir compter sur une élue de terrain qui défendra quotidiennement les intérêts de notre département et de notre canton.

La politique a besoin de se renouveler. Elle a besoin de nouvelles personnalités qui apportent leur regard et leur énergie. Les assemblées comportent trop d’élus blasés pour lesquels tout a déjà été tenté ou réalisé. Nous avons besoin de faire entrer de nouvelles compétences, d’ouvrir les portes et fenêtres, de faire entrer un vent d’air frais. Julie est tout cela.

Il ne reste que quelques heures pour convaincre vos amis, voisins, parents d’aller voter dimanche prochain. Aidez nous à convaincre. Chaque scrutin est important. Je ne vous ferai pas le couplet sur tous ces peuples qui se battent au péril de leur vie pour justement obtenir ce droit de choisir par leur bulletin leur avenir, mais quand même…

Vous n’avez pas entendu parler des cantonales? Normal… Le gouvernement a oublié  les habituelles campagnes civiques d’appel au vote. Pourquoi? Parce qu’il pressent que pour ce dernier scrutin avant 2012, les Français ne sont pas disposés à lui accorder leurs encouragements. Les candidats de l’UMP ont rangé leur casaque et remisé les photos avec Nicolas Sarkozy.

Julie a mené une campagne tambour battant. Elle a accumulé les échanges en porte à porte, distribué devant les boulangeries, les RER… Elle est prête.

A nous de jouer maintenant.

Pourquoi j’écris à Chantal Brunel

En 2007 il s’en est fallu de peu pour que Chantal Brunel ne soit pas élue. Si les communes de gauche avaient connu une participation similaire à celles de droite, le score se serait inversé. Ce fut une belle bataille. Aucun socialiste n’a hélas gagné en Ile de France contre un député sortant de droite. Mais dans cette seule circonscription de Seine et Marne, le résultat de 2007 fut supérieur à celui de 2002.
Je n’en ai conservé aucune amertume. Faire de la politique exige d’accepter la victoire comme la défaite. Seul le peuple est souverain.
Depuis j’ai été nommé secrétaire général du groupe socialiste à l’Assemblée Nationale. J’ai à ce titre croisé régulièrement Chantal Brunel dans les couloirs du Palais Bourbon avec laquelle les relations ont toujours été courtoises. J’ai sur ce blog évité de personnaliser le combat droite-gauche en le transformant en un débat permanent avec la députée de la 8e circonscription.
Mais ses insupportables déclarations sur l’immigration m’ont tellement indigné que je suis sorti de cette réserve. Ces propos ne sont pas une énième gaffe de l’ancienne porte-parole de l’UMP. Elle a choisi de les confirmer sur son blog. Ils sont le fruit d’une réflexion cynique sur les moyens de conserver une circonscription (qui a pourtant été redécoupée sur mesure). Curieuse coïncidence, un sondage privé réalisé par Opinionway vient d’être réalisé dans la circonscription. De là à y voir un lien de cause à effet…
En 2007 Chantal Brunel a pratiqué une campagne flattant tous les communautarismes poussant la sophistication jusqu’à faire traduire sa profession de foi dans certaines langues d’origine de nos concitoyens. Elle a entretenu les amalgames les plus douteux pour capter le vote de celles et ceux qui, boat people, ont fui le communisme Vietnamien, Cambodgien ou Chinois. Aujourd’hui c’est la même qui suggère de renvoyer à la mer les réfugiés des rives sud de la Méditerranée. Cette fois, c’est trop.
Laurent Wauquiez a dérapé voici quelques jours en évoquant les « racines » de DSK. Il a depuis cherché à corriger le tir et a annoncé qu’entre la gauche et l’extrême-droite, son choix se porterait toujours sur le républicain. On aimerait être certain qu’il en est de même pour Chantal Brunel. C’est le sens de la lettre que je viens de lui adresser et dont vous pourrez lire ci-dessous le contenu :

« Madame la députée,

Vous avez choqué la France entière par vos propos : « il faut rassurer les Français sur toutes les migrations de populations qui viendraient de la Méditerranée. Après tout remettons-les dans les bateaux » ! Le Premier Ministre, François Fillon a lui même dû intervenir publiquement pour désapprouver vos déclarations.

Votre expression est d’autant plus scandaleuse qu’elle a pour arrière-pensée transparente votre volonté de venir pêcher dans les eaux troubles du FN. « Marine Le Pen n’a aucune solution à proposer, nous on doit montrer qu’on a des solutions » avez vous ainsi ajouté.

Depuis sur votre blog, loin de vous excuser, vous avez confirmé : « le sens de mes paroles ne change pas ».

Votre course-poursuite avec l’extrême-droite ne peut qu’inquiéter.

La politique que vous soutenez conduit au désordre en poussant les Français les uns contre les autres. L’instrumentalisation du débat sur l’Islam a provoqué la réaction vive du président du Conseil des démocrates musulmans de France.

La surenchère sécuritaire qui a fait suite au discours de Grenoble du président de la République a indigné jusqu’aux centristes de votre majorité qui ont refusé de voter la déchéance de la nationalité. Le Conseil Constitutionnel, hier soir, dans une décision d’une sévérité inédite a lui même censuré les articles majeurs de la loi sur la sécurité intérieure que vous avez votée sans sourciller.

Nos concitoyens ont le droit de savoir où les conduira vos dérives puisque comme députée, vous intervenez non pas à titre personnel, mais en leur nom.

Aussi je vous demande instamment de vous prononcer à l’instar de vos amis Nathalie Kosciusko-Morizet ou Laurent Wauquiez qui, eux, ont clairement refusé toute ambiguïté vis-à-vis de l’extrême-droite. Dans l’hypothèse d’un second tour entre un candidat socialiste et un candidat FN, quelle sera votre attitude ? Pour qui appellerez-vous à voter ?

En 2002 les électeurs de gauche ont accordé leurs suffrages à Jacques Chirac pour éviter une nouvelle progression catastrophique de l’extrême-droite. Aujourd’hui la responsabilité est dans votre camp. Nous attendons de vous que vous soyez à la hauteur.

Salutations républicaines,
Olivier Faure »


Quand Chantal Brunel et les députés de l’UMP paniquent…

Les sondages de Louis Harris publiés dimanche et mardi (qui placent Marine Le Pen en tête du 1er tour de la présidentielle de 2012) ont créé la stupeur générale. Quoi de plus normal.

Ce qui l’est moins c’est la réponse apportée par l’ancienne porte-parole de l’UMP Chantal Brunel. Interrogée par la presse sur le sondage Louis Harris, elle suggère brutalement « de remettre les immigrés dans les bateaux qui viendraient de la Méditerranée » car le « temps n’est plus à la parole mais aux décisions ». Décidée à prendre La présidente du FN sur son extrême-droite, elle va jusqu’à oser « Marine Le Pen n’a aucune solution à proposer, nous on doit montrer qu’on a des solutions »…

Le propos dénote d’un cynisme rare. Michel Noir refusait de vendre son âme pour gagner une élection, Chantal Brunel a préféré la mettre aux enchères…

Il témoigne surtout d’une totale incompréhension par les sarkozystes des enjeux du moment.

Depuis deux mois, le chef de la diplomatie française est resté immobile quand les peuples arabes, de Tunisie en Libye, bousculaient l’Histoire. Dans 100 ans peut-être les historiens écriront-ils que le monde est entré dans le XXIème siècle au mois de janvier 2011 mais que le président français a pris acte tardivement de ce « printemps arabe » pour modérer aussitôt son audace en agitant la peur de vagues déferlantes charriant de nouveaux migrants vers nos frontières.

Il y a – comment ne pas le voir – une pression migratoire. Elle est liée au fait que la désorganisation des états libérés favorise la fuite de ceux qui avaient déjà le projet de partir. Elle est parfois le fait de personnes impliquées dans les régimes tombés et qui cherchent à échapper à une purge. Elle est enfin l’issue dramatique de celles et ceux qui craignent pour leur vie et qui cherchent à se protéger de la folie de Kadhafi.

La vision stratégique c’est pourtant de saisir avec enthousiasme cette opportunité unique, c’est de se réjouir de partager ce moment où la liberté gagne de nouveaux territoires.
La vision stratégique c’est d’aider le monde arabe à s’approprier des principes que nous croyons universels.
La vision stratégique c’est de conforter ces révolutions en aidant ces peuples à consolider la démocratie, en favorisant leur développement économique, en assurant une coopération avec des partenaires qui ne veulent plus être traités comme de simples obligés.
La vision stratégique c’est de soutenir un processus qui peut permettre tout à la fois l’émergence d’un Islam modéré, et la constitution d’Etats qui tout en préservant la liberté de conscience séparent le temporel du spirituel.
La vision stratégique c’est enfin d’imaginer que la démocratie et la liberté sont les meilleurs remparts contre le fanatisme, le terrorisme.
La vision stratégique c’est d’imaginer des citoyens heureux qui n’auront plus jamais à fuir leur pays pour gonfler les rangs des clandestins pour lesquels la vie est une succession d’humiliations et de frustrations.

Aujourd’hui les peuples libérés, ceux qui se libèreront demain nous regardent. Ils n’oublieront pas. Les liens économiques, culturels, stratégiques dans le monde arabe et plus généralement en Afrique s’apprécieront à partir de la façon dont nous avons accueilli leur formidable mutation. Ne pas le comprendre relève de la faute politique.

Etre ou ne plus être… L’euthanasie au Parlement

La vie et la mort s’invitent au Parlement. Au cours des prochains jours seront débattus au Sénat une proposition de loi légalisant l’euthanasie et à l’Assemblée un projet de loi sur la bioéthique. Les consciences de chacun seront mobilisées, mais pas uniquement. Il s’agit moins de faire appel aux convictions profondes et aux ressorts intimes de chacun, que de réfléchir à la société dans laquelle nous voulons vivre.

Je reviendrai dans les prochains jours sur les débats bioéthiques (recherche sur l’embryon, anonymat du don de gamètes, procréation médicalement assistée, gestation pour autrui, transfert d’embryons post mortem).

La mort s’est invitée la première dans le calendrier législatif. C’est en réalité la seconde fois que le débat a lieu au cours de cette législature. Le 19 novembre 2009, une proposition de loi déposée par la quasi totalité du groupe socialiste proposait un « droit de finir sa vie dans la dignité » pour les malades « en phase avancée ou terminale d’une affection grave et incurable, infligeant une souffrance physique ou psychique qui ne peut être apaisée » et qu’ils jugent « insupportable ». Son dispositif était proche de celui que propose aujourd’hui la commission des lois du Sénat. Un collège de praticiens vérifie le caractère libre, éclairé et réfléchi de la demande. Si tel est le cas, l’aide active à mourir a lieu dans les deux jours, l’intéressé pouvant évidemment et à tout moment rétracter sa demande.

François Fillon, dans une tribune publiée dans le Monde daté du 25 janvier, entre de manière inédite dans le débat pour affirmer son opposition à la légalisation de l’euthanasie. C’est parfaitement son droit, et c’est même son honneur de ne pas l’esquiver. En la matière, le législateur doit œuvrer avec responsabilité. Les cas doivent demeurer exceptionnels, l’encadrement de cette pratique doit être stricte, toutes les garanties doivent être prises pour que la pression sociale, familiale, le sentiment de devenir une charge, n’emportent pas la décision du malade. Tous les moyens sédatifs, palliatifs doivent être proposés. Le Premier Ministre nous alerte sur la situation belge où les cas d’euthanasie seraient passés de 24 à 822 en sept ans. Il fait bien.

Là où l’argumentation de François Fillon s’affaiblit c’est lorsqu’il admet être « à titre personnel, hostile à la légalisation d’une aide active à mourir ». Et d’ajouter « ce n’est pas ma conception du respect de la vie humaine et des valeurs qui fondent notre société ». Le lisant, je me demande ce qui motive son refus : sa conception personnelle de la mort ou les valeurs qui fondent notre société ? Chacun appréhende le suicide, la souffrance, la dépendance en fonction de ses croyances. Dès lors qu’elles n’ont pas à être supportées par un tiers, elles sont toutes légitimes et doivent être respectées.
C’est précisément ce qu’organise le principe de laïcité qui est au fondement de notre République. Et c’est à la lumière de ce principe qu’il m’apparaît aujourd’hui nécessaire d’écrire la loi.

Dans le silence des services hospitaliers « longs séjours », il y a des souffrances, parfois indicibles, qui ne nous appartiennent pas. A l’heure de cette dernière heure, chacun a rendez-vous avec lui-même.

Les déclarations hallucinantes de MAM sur la situation en Tunisie

La scène est passée inaperçue. Les interventions du Premier Ministre sur les deux jeunes otages assassinés ont monopolisé l’attention médiatique lors de la séance des questions d’actualité du 11 janvier.

Elle mérite pourtant d’être racontée, tant elle révèle la pensée scandaleuse de la ministre des Affaires étrangères.

La situation en Tunisie est préoccupante. Des dizaines de jeunes gens, étudiants pour la plupart, ont payé de leur vie l’absence de droit à manifester. La presse étrangère ne peut plus travailler librement. Jean-Paul Lecoq (PCF) interroge donc MAM sur un gouvernement « si prompt à s’exprimer sur la situation démocratique en Côte d’Ivoire » et le silence assourdissant sur la répression policière voulue par le président Ben Ali. Le parallèle est certes un peu rapide, mais la question de la position de la France est bien posée.
Michèle Alliot-Marie se lève, et avec son habituel ton pincé ose une réponse tout simplement hallucinante. Elle commence par reprocher à son interlocuteur de « lancer des anathèmes » alors qu’il s’est limité à rappeler un principe universel, celui des droits de l’Homme dont la France s’honore d’être l’auteure. Surtout elle opère une belle sortie de route lorsqu’elle déclare que « le problème des décès et des violences constatées au cours de ces manifestations (…/…) montre le bien-fondé de la politique que nous voulons mener quand nous proposons que le savoir-faire de nos forces de sécurité, qui est reconnu dans le monde entier, permette de régler des situations sécuritaires de ce type »
Personne ne s’attendait à une condamnation explicite du régime autoritaire de Ben Ali. Chacun connaît la ligne diplomatique qui a prévalu jusqu’ici « mieux vaut Ben Ali que Ben Laden ». De là à passer sous silence la responsabilité du pouvoir et à offrir comme seule réponse le savoir faire de nos forces de sécurité…

L’observateur bienveillant pourrait plaider le dérapage verbal, la fatigue ou l’inattention… Las, Axel Poniatowski (UMP) offre une deuxième chance à la ministre en lui posant une nouvelle question sur la Tunisie. Sa question est plus que bienveillante, le président de la commission des Affaires étrangères ayant déjà exprimé publiquement sa volonté que la France ne s’érige pas en « donneuse de leçons ». Il dit son souhait que la France « exprime ses préoccupations avec mesure ». Et là stupeur, ce n’est pas de mesure dont fait preuve Michèle Alliot-Marie mais d’une complaisance coupable : « Aujourd’hui face à cette situation, la priorité doit aller à l’apaisement après des affrontements qui ont fait des morts, un apaisement qui peut reposer sur des techniques de maintien de l’ordre. J’ai fait part tout à l’heure de notre proposition, puisque nous avons des savoir-faire en la matière. De la même façon, il est évident que doivent être prises en compte les réponses apportées par les gouvernements eux-mêmes ».

Si Rama Yade existe encore, si son poste à l’UNESCO n’a pas acheté son silence, on aimerait entendre le son d’une voix à l’UMP qui ne se confonde pas avec de tels propos et nous épargne ce sentiment de honte qui nous envahit.