Affaires de l’UMP : Vous avez saisi l’écume ? Merci de passer à la lame de fond

Selon le proverbe chinois, « Quand le sage désigne la lune, l’idiot regarde le doigt ». Ces dernières heures, l’UMP s’est mise avec un certain succès à l’heure chinoise.

En toute logique, la droite française devrait se sentir redevable de quelques explications. En une semaine nous découvrons, coup sur coup, que le chef du parti est soupçonné – et d’abord par les siens – d’avoir organisé la surfacturation de prestations au bénéfice d’amis intimes. Puis que l’ancien conseiller-gourou a enregistré les conversations privées de son patron président. Enfin, que ce dernier est l’objet d’une information judiciaire pour trafic d’influence.

En bref, en une semaine cette tragique succession d’affaires fait apparaître de curieuses pratiques à l’UMP. On y est soupçonné de se voler, de s’épier, de chercher à peser sur la justice.

Et pourtant, depuis 48 heures, le président de l’UMP, accusé de tricherie et de vol, demande la démission de la ministre de la Justice pour mensonge. On se pince. Lui qui a mis sa vérité sous scellés demande la tête de la garde des Sceaux…

Depuis, qu’avons-nous appris ? Que Christiane Taubira a appris l’existence d’écoutes le 28 février et non le 4 mars. La belle affaire ! Que cela change-t-il ? Rien. Ou plutôt si. Cela la disculpe de toute accusation d’intervention dans le cours de la justice et qu’elle n’a bénéficié d’aucune autre information que celle justifiant l’ouverture d’une nouvelle information judiciaire contre l’ex-président.

Quel est le point commun de ces trois affaires? Elles ont toutes pour origine l’UMP. Qui connaissait les pratiques douteuses du patron de l’UMP ? Qui fréquentait M. Buisson ? Et s’agissant des écoutes, qui se souvient qu’elles sont la conséquence d’une procédure notamment voulue par N. Sarkozy lui-même lorsqu’il a attaqué Mediapart sur le financement supposé de sa campagne de 2007 par le colonel Kadhafi ?

Après avoir bien observé le doigt, chercherons-nous à explorer la lune?

Des questions, il y en a. De vraies. De solides. Qui ne trouveront pas de réponse facilement. Parce que le mensonge organisé suppose de véritables investigations qui peuvent prendre des années. Comme pour le financement de la campagne d’Edouard Balladur et l’affaire Karachi. Comme pour le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy avec l’affaire Takieddine et l’affaire Bettencourt. Comme pour l’affaire de l’arbitrage Tapie qui a coûté 400 millions d’euros aux Français. Comme pour l’arnaque des sondages de l’Elysée…

Mais s’il fallait commencer par les questions les plus simples, et puisque nous sommes entrés dans le jeu du « qui sait qui écoute qui« , il en est une qui s’impose : Que savait Nicolas Sarkozy des écoutes ? Pourquoi disposait-il d’un second téléphone pris sous une fausse identité et sur lequel il ne communiquait qu’avec son avocat ? L’utilisation de cette technique bien connue de la mafia ne laisse-t-elle pas présumer que Nicolas Sarkozy se savait écouté ? Dans ce cas, qui l’en avait prévenu ? Quels sont ses liens avec certains magistrats ?

A celles et ceux qui commentent cette affaire, on serait tenté de dire : maintenant que vous avez saisi l’écume, vous intéresserez-vous à la vague de fond ?

Mes voeux

Cher(e) ami(e),

Le Président de la République et le Premier Ministre ont présenté leurs voeux aux Français.

Cette année ces interventions traditionnelles ont donné l’occasion au couple exécutif d’affirmer des choix clairs pour l’avenir de notre pays.

Le Chef de l’Etat a confirmé la nécessité d’une remise à plat fiscale et annoncé sa volonté de parvenir à un pacte de responsabilité avec les entreprises.

Le Premier Ministre est chargé dans les deux cas d’en négocier le contenu avec le Parlement et les partenaires sociaux.

Le fil rouge de ces annonces est connu : la bataille pour l’emploi.

Certains commentateurs ont voulu voir dans cette accélération un « tournant« . Il s’agit en réalité de l’acte 2 du rapport Gallois rendu public l’an dernier et qui avait d’ores et déjà abouti à la création du crédit compétitivité emploi (CICE).

S’agit-il de cadeaux aux patrons? Ce serait une régression grave que de limiter l’entreprise à ses actionnaires ou ses dirigeants. Les entreprises, ce sont surtout des salariés qui vivent de leur travail. Les entreprises françaises ont aujourd’hui les marges parmi les plus faibles d’Europe. Elles doivent les reconstituer pour pouvoir embaucher, innover, investir dans l’appareil productif, former leurs salariés, augmenter les salaires quand leur situation l’autorise. Ces allègements de cotisations sociales seront financés par la baisse de la dépense publique et feront l’objet d’une négociation tripartite (Etat-syndicats-patronat) pour fixer les conditions d’un donnant-donnant. Cette méthode, typiquement social-démocrate, a déjà fait ses preuves depuis 18 mois en permettant des réformes qui n’avaient jamais abouti : la sécurisation du marché de l’emploi, les retraites ou plus récemment la formation professionnelle. La social-démocratie c’est la recherche du compromis sur la base d’un rapport de forces.

Les patrons sont-ils plus favorisés dans cette période d’efforts ? Qu’on en juge : suppression du bouclier fiscal, taux marginal de l’IR porté à 45%, surtaxe exceptionnelle à 75% pour les revenus supérieurs au million d’euros annuels, plafonnement des niches fiscales, rétablissement de l’ISF, taux d’imposition des revenus du capital alignés sur ceux du travail… Le virage libéral est loin. L’objectif est tout autre : fédérer les forces de toutes celles et ceux qui créent, prennent des risques, entreprennent. Le combat entamé au Bourget par François Hollande porte contre la finance folle pas contre les entreprises.

Le socialisme de l’offre s’oppose-t-il au socialisme d’inspiration keynésienne (relance par la demande) ? En 1981, l’appareil productif français n’était pas en capacité de répondre à une relance par la demande. Résultat : le déficit du commerce extérieur se creuse et trois dévaluations du Franc se suivent entre octobre 1981 et mars 1983. La politique conduite par la France aujourd’hui permet de marcher sur deux pieds, celui de l’offre et celui de la demande qu’il est absurde d’opposer : il faut reconstituer l’offre industrielle nationale, favoriser le retour à l’emploi, donc dégager du pouvoir d’achat pour les familles dont l’un des membres est au chômage, et ainsi relancer la consommation en faisant le pari qu’elle profitera d’abord aux entreprises « made in France » dont nous reconstruisons le potentiel. Nous enclenchons une boucle vertueuse production – consommation.

Les efforts en matière d’éducation et de formation servent le même objectif : donner à notre pays les moyens humains de ses ambitions avec des jeunes mieux éduqués, préparés aux défis technologiques, techniques, commerciaux, humains et citoyens.

La France est un grand pays, une Nation dont l’histoire l’a élevée au dessus même de sa puissance économique. Mais nous sommes un peuple parmi les plus pessimistes du monde. Nous ne croyons pas assez en nous-mêmes. A chacun maintenant de participer à son niveau au redressement du pays. Dans 10 ans il sera trop tard. Le modèle Français se sera évanoui, et nous aurons perdu la bataille de la compétitivité externe. L’un et l’autre sont inséparables.

 C’est cette ambition que je veux porter avec vous.

Nous venons de fêter les 40 ans de la ville nouvelle de Sénart. La ville devant soi.

Dans notre Far-Est, nous faisons la démonstration que nous pouvons tout à la fois préserver un mode de vie, à certains égards en inventer un nouveau, tout en cherchant à prendre notre part dans la mondialisation.

JFK citait cette phrase de GB Shaw : « Il y a des gens qui voient les choses telles qu’elles sont et qui se demandent pourquoi. Moi, je vois les choses telles qu’elles n’ont jamais été, et je dis pourquoi pas? »

Il n’y a que les batailles que nous ne menons pas que nous sommes sûrs de perdre. Alors « pourquoi pas » !

Très belle année à chacune et chacun d’entre vous !

Chaleureusement,

 

Olivier FAURE

 

 

 

Ce qui se joue en Syrie

L’opinion publique internationale demande encore à être convaincue de la légitimité d’une intervention en Syrie. Le mensonge de Colin Powell devant les Nations Unies sur les preuves de détention d’armes de destruction massive par Saddam Hussein est encore dans les esprits. C’est pourquoi la France qui se refusa à cette mascarade, doit aujourd’hui jouer un rôle particulier.

Ce qui se joue en Syrie dépasse la Syrie. Il s’agit ni plus ni moins de fixer le cadre, dans un contexte qui n’est pas celui, fantasmé, d’un « nouvel ordre international » gouverné par les Nations Unies. Le mur de Berlin est tombé, la guerre froide est terminée, mais nous assistons à un retour des logiques de grandes puissances (Russie, Chine) qui paralyse les capacités de réaction et d’action de la communauté internationale.

C’est pourquoi la prise de position de François Hollande est une position courageuse et responsable.

Même la guerre a ses règles.

Tous les moyens ne sont pas admissibles pour parvenir à la victoire. C’est pour cela que au lendemain de la première puis de la seconde guerre mondiale, conventions, traités, protocoles sont venus proscrire certaines pratiques et légitimer les interventions humanitaires. C’est pour cela qu’il existe une cour pénale internationale.

L’utilisation en Syrie de l’arme chimique ne doit, ne peut pas être banalisée.

Accepter qu’un dictateur puisse l’utiliser, franchisse la « ligne rouge » sans s’exposer à des sanctions, c’est accepter que demain cet arme trouve de nouveaux vendeurs et de nouveaux marchés. La prolifération demeurera dans un premier temps l’odieux privilèges de régimes autoritaires avant sa « démocratisation » et son utilisation potentielle par des groupes réduits, notamment terroristes. C’est à ce risque que s’expose le monde s’il ferme les yeux sur le massacre de Damas.

La réponse que doit adresser le monde n’est pas fondée sur la morale, ou sur l’émotion. Il y a hélas trop de conflits qui justifieraient sur cette base une intervention. Elle doit être fondée sur la volonté de tracer une frontière entre les armes conventionnelles et les armes de destruction massive. Ces dernières frappent aveuglément, sans distinguer, les enfants, les femmes, les civils, des combattants. Leur effet c’est l’extermination d’une population.

L’acceptation de l’utilisation de l’arme chimique ouvrirait une brèche dans le principe de dissuasion nucléaire. Les armes de destruction massive sortiraient du registre dissuasif, celui de l’équilibre de la terreur, pour entrer dans le registre opérationnel et tactique.

Ce qui se joue aujourd’hui c’est la sécurité du monde. L’objectif d’une intervention c’est à la fois d’adresser un signal clair et de neutraliser le potentiel chimique du régime syrien.

Assad connaît la fragilité des démocraties, leur réticence à s’engager loin, la crainte de leurs opinions publiques devant le risque de représailles, leur capacité à se diviser entre majorité et opposition… Le vote britannique, le contre-temps américain, lui ont donné des ailes. Le dictateur syrien est sorti de sa discrétion médiatique et s’autorise désormais à menacer la France.

Assad est un joueur d’échecs cynique. Son attaque chimique avait pour cible exclusive l’opposition démocratique. Les bases des islamistes de Al Nosra ont été épargnées.

Pourquoi ? Parce que Assad sait que si la communauté internationale ne réagissait pas, cela aurait un double effet sur la suite des combats. Gagnée par le sentiment d’abandon, l’opposition démocratique n’aurait d’autre choix que de se tourner vers les extrémistes. Cette radicalisation de l’opposition permettrait alors à Assad de se présenter contre le dernier rempart contre le fanatisme. La boucle serait alors bouclée et le crime légitimé.

Voilà pourquoi il est aujourd’hui nécessaire de renverser le plateau et de lui signifier que le temps de jouer est terminé.

Traité européen : Par-delà le oui et le non

Depuis 20 ans, en France, le débat européen se limite à une opposition manichéenne entre « oui » et « non ». Traité de Maastricht, traité constitutionnel, traité de Lisbonne, traité de stabilité budgétaire… Oui ou non ? À gauche comme à droite, le débat divise. Les argumentaires en noir et blanc défilent sans nuance.

 Un compromis inévitable

Quelle est la vérité ? Aucun traité négocié à 27 États ne peut remplir les espérances de chacun des signataires. Elles sont souvent contradictoires et c’est pour cela que l’Europe avance de manière dialectique entre volonté fédérale et résistance des nations, entre solidarité des peuples et repli national. Jacques Delors aurait pu faire fortune en déposant sa formule oxymore : « L’Europe est une fédération d’États-nations. »

 L’Europe est par essence un compromis. Elle n’est pas « la France en grand ». Elle n’est pas le prolongement de nos ambitions, elle n’est pas davantage le moyen de retrouver une grandeur et une puissance perdues avec la fin de l’empire colonial. Elle est le fruit d’un rapport de force entre États-membres et courants politiques.

 L’acceptation du traité de stabilité budgétaire par les socialistes est la contrepartie de la mise en œuvre d’un « paquet européen » plus large. La victoire du 6 mai a permis de contrebalancer une vision « austéritaire ». L’austérité pour l’austérité n’est plus l’horizon indépassable des politiques budgétaires européennes. Le Conseil européen de juin a permis à François Hollande de replacer la croissance au cœur du débat européen. Un pacte de croissance de 120 milliards d’euros est approuvé. La recapitalisation de la banque européenne d’investissement est actée. L’union bancaire qui permet de découpler le risque bancaire du risque souverain est en marche. La taxe sur les transactions financières verra le jour au sein d’une « coopération renforcée ».

 Un « paquet européen » protecteur

 La dynamique créée est indiscutable. C’est en prenant appui sur cette nouvelle donne politique que le président de la BCE a accepté de racheter la dette des États sur le marché secondaire « sans limite quantitative », ce qui a permis de détendre instantanément les taux. Enfin, l’Europe aperçoit la fin des crises successives avec son cortège de « sommets de la dernière chance ».

 La gauche souhaitait que la Banque centrale européenne puisse jouer son rôle de préteur en dernier ressort. L’objectif est de permettre aux pays les plus endettés un accès au crédit dans des conditions normales. La compensation exigée par nos partenaires allemands est assurée par le traité : la fixation de règles de solde structurel prévoyant un retour à l’équilibre des États, répond à la crainte qu’une garantie illimitée de la BCE ne conduise certains États à la facilité budgétaire.

 Que se passerait-il si la France, « jouant la crise », avait refusé l’adoption du traité ? Les conséquences sont connues : emballement des taux d’intérêt sur la dette française, aggravation du déficit public, assèchement des sources de financement, baisse de la dépense publique pour combler ce déficit, récession, éclatement de l’euro, retour au franc, dévaluation et appauvrissement général. C’est pourquoi l’adoption du « paquet européen » obtenu par le président de la République protège d’abord les classes populaires et les classes moyennes.

 Inversement, l’indispensable sérieux budgétaire, garantie de taux d’intérêts bas, la réduction des déficits, s’ils ne s’accompagnent pas d’un soutien durable à la croissance, conduiront à plus de déficits et à la récession…

 Un équilibre provisoire

 Comment sortir de ce dilemme entre deux solutions, celle du oui et celle du non, inégalement imparfaites, mais également discutables ?

 L’Europe sort de chaque round de négociation dans un équilibre provisoire. Dans un environnement en crise, l’Europe s’apparente à un cycliste qui attaque un col en danseuse. Une crampe, et c’est la chute.

 Il doit évidemment y avoir une nouvelle étape européenne.

 Les États n’ont – pour quelques années – plus la capacité à s’endetter. Soit. Mais l’Europe n’est pas dans cette situation : ce que les nations ne peuvent plus faire, c’est-à-dire jouer leur rôle d’orientation vers l’investissement à long terme, de régulateur conjoncturel, l’Union doit en prendre le relais. Il est devenu impératif d’augmenter la taille du budget communautaire par des ressources propres, aujourd’hui la taxe sur les transactions financières, demain les « écluses » sociales et environnementales aux frontières de l’Europe. Aux États de sortir de leur surendettement pathologique, à l’Europe de soutenir l’innovation, la transition énergétique, de lancer des grands travaux, de favoriser la naissance de nouvelles industries sur le modèle d’Airbus.

 Cette évolution doit s’accompagner d’un véritable approfondissement démocratique. L’Europe demeurera incomprise tant que nos concitoyens auront le sentiment de ne pas avoir de prise sur des politiques qui s’imposent à eux. C’est aujourd’hui moins l’idée européenne qui est rejetée que sa gouvernance, trop complexe et trop opaque, trop éloignée de leurs préoccupations. La coordination des politiques économiques et fiscales n’est supportable que sous le contrôle vigilant des peuples.

 Un saut fédéral n’est pas aujourd’hui envisageable. L’Europe demeurera pour de longues années un corps hybride. Cela n’interdit pas de le rendre intelligible. S’agissant des politiques communes, c’est-à-dire décidées à la majorité, il faut simplifier les procédures en renforçant les prérogatives du Parlement européen et rendre l’exécutif responsable devant lui.

 Il n’y aura pas de grand soir européen, mais il y a des moments de vérité. Nous y sommes. Ce n’est pas le moment de nous mentir. L’approbation du « paquet européen » n’est qu’une étape. L’avenir se joue par-delà le oui et le non.

52 %

Cette fois, c’est le dernier. Le dernier meeting, à Toulouse, après tellement d’autres. Combien d’heures en vol, en train, sur les routes… François Hollande remonte par le couloir central de l’avion, salue chacun d’entre nous, glisse des remerciements. Curieusement, nulle trace de fatigue, mais déjà de la nostalgie. Celle d’une campagne. Celle d’une rencontre entre un homme et un peuple.

Dimanche dernier, à Bercy, François Hollande a innové. Le meeting achevé, il est revenu au pupitre après la Marseillaise. Il ne voulait pas partir. Il voulait – lui le pudique – continuer de partager une émotion, une envie, une espérance.

Cette fois, c’est fini. Au revoir Toulouse, la « ville rose » et ses dizaines de milliers de Français venus l’applaudir une dernière fois sur la place du capitole.

Cette campagne a été si longue. Elle a mobilisé tant d’énergie.

Maintenant commencent les longues heures. Celles de l’incertitude.

Après avoir tout donné, il faut attendre.

Les sondages donnent un avantage au changement. Mais nous savons aussi qu’à chaque élection présidentielle, les derniers mouvements de l’opinion profitent au challenger. Entre les derniers sondages publiés et le résultat, la règle est toujours la même (entre +2 et +1 pour S. Royal, + 0 ,4 pour Lionel Jospin, +0,2 pour Valéry Giscard D’Estaing)

François le sait. Il a passé ses dernières heures à appeler à la mobilisation, espérant que ses paroles ne passent pas pour de simples figures rhétoriques.

Maintenant il faut attendre. Avoir confiance.

A deux jours du second tour, le 4 mai 2012, l’IFOP livre une dernière enquête accordant la victoire à François Hollande à 52%.
52%, comme ce 8 mai 1981, où la Sofres publiait un sondage donnant le même résultat à François Mitterrand.

Chacun connaît la suite. Le 10 mai 1981, le visage de François Mitterrand s’est affiché sur les téléviseurs à 20h avec un score de 51,8%.

D’un François à l’autre, l’histoire se répètera-t-elle ?

La décision dépend maintenant de notre mobilisation.

Mohamed(s)

Il y a deux Mohammed qui se font face.
Ils ont 23 et 24 ans. Ils auraient pu se retrouver dans la même classe, partager les mêmes jeux, grandir ensemble.
Le premier a choisi l’armée française. Il est parachutiste dans un régiment qui a participé à la guerre en Afghanistan.
Le second se réclame de la nébuleuse d’Al Qaeda.
L’un s’est engagé au service de la République tandis que l’autre l’exècre.
Ils sont Français tous les deux. Ils ont en commun des origines, une couleur de peau. C’est beaucoup et c’est si peu.
Leurs vies se sont fait face quelques secondes. Mohamed fait feu sur Mohamed.
Mohamed Legouad est mort. Sur son cercueil, ses camarades ont déposé le drapeau Français comme ultime hommage.
Mohamed Merah cherche désormais à donner un sens politique à son crime là où il ne restera que la trace de sa folie meurtrière.
Voilà ce que nous devons rappeler pour conjurer tout risque d’amalgame entre le geste d’un criminel fanatique et les Français d’origine maghrébine. C’est contre la Nation que Mohamed Merah a tiré. Et c’est un autre Mohamed qui en est aujourd’hui le symbole.

Sarkozy : Mea culpa, mea Cecilia culpa !

L’un d’entre eux s’est dévoué. Le costume sombre, les yeux baissés il est entré dans le bureau du Chef de l’Etat.

– Monsieur le président…

– Oui entre mon vieux !

– Voilà monsieur le Président… On a tiré à la courte paille et j’ai perdu… C’est donc à moi de vous dire que vous avez un problème qui ne se résorbe pas avec les Français…

– Mais que me racontes tu là ? ils m’ont élu, ils me rééliront !

– C’est-à-dire qu’ils vous reprochent…

– Ils me reprochent ?..

– Votre comportement Monsieur le Président… Une certaine proximité avec le monde de l’argent, quelques dérapages verbaux, une tendance au népotisme, un exhibitionnisme qui rompt avec les traditions de la maison, peut-être un peu d’arrogance…

– L’arrogance ?.. C’est le péché actuel d’Hollande. Moi je suis sobre, humble… Bon et qu’est-ce qu’ils en disent Giacometti et Buisson ?

– Ils disent que Blair à la veille de son second mandat s’était excusé face aux britanniques et que le peuple de droite attend que vous confessiez vos fautes pour mieux vous pardonner… C’est la seule façon d’être à nouveau entendu.

La scène racontée est purement fictive, mais il n’est pas besoin d’être grand clerc pour comprendre les raisons des remords tardifs exprimés mardi 6 mars par Nicolas Sarkozy : retrouver l’oreille de l’opinion et singulièrement des déçus de 2007 avant son discours de Villepinte, dimanche prochain.

L’exercice a été exécuté par Nicolas Sarkozy sur France 2. Il a fait son mea culpa. Mais curieusement sur le dos des autres. Il a confessé des erreurs mais en en attribuant la responsabilité à d’autres. Avec Nicolas Sarkozy, c’est toujours la faute des autres, la crise, les immigrés, les chômeurs et comble de l’élégance… de son ex femme. Mea Culpa, mea Cecilia culpa !

Fin de session

Les portes de l’hémicycle se sont fermées jusqu’au mois de juin prochain.

Dans les couloirs les députés évaluent leurs chances de revenir. Le moral est, disons, inégalement réparti selon les groupes. Il se raconte que certains parlementaires sont venus dîner à l’Assemblée avec leurs familles, anticipant leur départ définitif.

C’est sur le plan politique l’heure du bilan. Inutile d’y revenir dans ce billet. Je ne convaincrai personne.

Il y a un point sur lequel je souhaiterais toutefois attirer votre attention. Une législature, ce sont des textes adoptés, mais ce sont aussi des textes abandonnés à la faveur d’une navette ou jamais mis à l’ordre du jour des assemblées après avoir été adoptés en Conseil des ministres, en bref des projets qui ont servi d’affichage, mais pour lesquels la volonté d’aller jusqu’au bout n’existait pas.

Il est ainsi trois projets « oubliés » qui sont particulièrement significatifs de la duplicité de Nicolas Sarkozy. Ils ont en commun de parfaitement illustrer le destin de la « République irréprochable ».

Le statut pénal du Chef de l’Etat :

Il devait être la marque de la rupture avec la présidence de Jacques Chirac. Oublié sur le bureau du Sénat

La loi sur les conflits d’intérêts.

Elle devait marquer une nouvelle étape et tourner la page des affaires Woerth, Wildenstein, Tapie ou de l’étonnant cumul des rémunérations de certains parlementaires. Elle n’a pas été présentée en première lecture.

Le référendum d’initiative partagée

Le candidat Sarkozy fait aujourd’hui l’apologie du référendum mais il a bloqué l’un des seuls points d’accord gauche/droite sur la réforme constitutionnelle de 2008.

Il y a sans doute matière pour certains à se désespérer, alors rappelons que même le cynisme sans limites en connaît une, la sanction des électeurs.

Sarkozy, chevalier sans surmoi et sans projet

Nicolas Sarkozy est entré en campagne. Dans son style habituel. Celui d’un acteur qui assure le spectacle quotidien. Toutes les 24 heures, il livre son lot d’images et de petites phrases à l’ogre médiatique.

Rien n’a changé depuis cinq ans, C’est le même manège qui est remis en mouvement. Avec les mêmes forains à la manoeuvre. Le tourbillon est organisé avec trois objectifs, le premier donner le sentiment de l’action, le second organiser le débat autour de lui, le troisième éviter le temps de l’évaluation en passant sans cesse d’un thème à un autre.

Pourtant son entrée en campagne n’a pas provoqué les effets escomptés. Sa progression est le résultat mécanique du retrait des Morin, Boutin, Nihous, pas le signe d’une dynamique.

Ses engagements, chacun en connaît désormais la valeur. Le voilà qui se met à promettre tout ce qu’il n’a pas tenu. Sans aucune gêne ni honte. Nicolas Sarkozy n’a pas de surmoi… Voilà que le président de l’austérité se déguise à nouveau en candidat du pouvoir d’achat. Le président des riches s’auto-proclame candidat du peuple. L’omni-président se fait chantre de la démocratie directe et de la proportionnelle. Le président bling-bling redécouvre les vertus du train, des visites d’usines et des déjeuners à la cantine…

Ses propositions sont improvisées. L’objet exact de ses référendums varie au gré des résistances qu’il rencontre. Il se renie sur le droit de vote des étrangers (auquel il se prétendait personnellement favorable), le mariage gay (il prétendait que l’on ne reprendrait pas deux fois la droite en flagrant délit de conservatisme), Qu’importe. Dans la civilisation du buzz, la seule unité de mesure est le bruit médiatique.

Nicolas Sarkozy sait qu’il a perdu la bataille de la popularité, alors il multiplie les provocations afin de ramener François Hollande à sa hauteur. Il tente d’entraîner son principal concurrent dans un corps à corps où les outrances verbales remplacent le glaive et le trident. Dans l’arène, il espère que l’esthétique du combat l’emportera sur le reste. Dans l’arène – rêve-t-il – il n’y a ni trahisons, ni bilan à assumer, il y a juste deux gladiateurs sans passé.

C’est pour ces raisons que François Hollande doit conserver de la hauteur. Refuser le « mano a mano ». Rappeler le bilan catastrophique du président sortant. Engager le débat, projet contre projet.

C’est pour ces raisons que les citoyens doivent exiger que le président-candidat livre son projet, et ses chiffrages pour que s’organise enfin un débat digne d’une présidentielle.

Cette fois les Français ne veulent pas d’un spectacle. Ils sont las du jeu politique.

Ils veulent comprendre, comparer et choisir. Les vrais candidats du peuple sont ceux qui lui permettent d’être souverain, pas ceux qui le manipulent en l’amusant et en lui cachant leurs véritables desseins.

Nicolas Sarkozy, héros sans direction et capitaine sans courage.

Dans une campagne, le candidat qui l’emporte est celui qui fixe l’agenda médiatique et impose ses thèmes de campagne. En 1995, Chirac prescrit le diagnostic de la fracture sociale ; en 1997 Jospin convainc que tout n’a pas été fait pour créer des emplois ; en 2002 Chirac se fait réélire sur le thème de l’insécurité ; en 2007 Nicolas Sarkozy gagne sur la promesse du « travailler plus pour gagner plus ».

Le président-candidat est aujourd’hui dans une posture délicate. Son bilan médiocre lui ferme à peu près tous les terrains ; Il a donc entrepris de manière méthodique une opération pour tenter de fermer progressivement tous les sujets délicats. Il pense que le long feuilleton DSK interdit à la gauche de prendre l’avantage sur le terrain de la moralité et de l’exemplarité. Il cherche désormais à circonscrire le débat économique et social.

La crise de la dette (dont il est largement responsable avec les 75 milliards de cadeaux fiscaux sur 5 ans) est si contraignante qu’elle dicterait une politique unique. Les caisses de l’Etat étant vide, il n’y aurait d’autre action crédible que de poursuivre sur une ligne d’austérité.

Le débat ne serait donc plus sur la nature de la politique à conduire, mais sur les capacités personnelles du chef capable de mener la seule politique possible, la sienne.
Nicolas Sarkozy incarnerait selon ses supporters, la figure emblématique du « capitaine qui tient ferme la barre dans la tempête ». Dans un monde en crise, qui pourrait se passer d’une telle force de caractère et d’une expérience aussi précieuse ? Trente ans après Valéry Giscard d’Estaing qui faisait coller sur les murs, « il faut un président à la France », la droite bégaye : pour être président, il faudrait avoir été président…

Nicolas Sarkozy ne s’arrête pas à cet emprunt au président battu de 1981. Il y a trois décennies, la droite tentait d’effrayer les honnêtes gens en diabolisant les alliances nouées par François Mitterrand : si – par malheur – la gauche devait gagner, les chars de l’armée rouge défileraient bientôt place de la Concorde… Les communistes ont été remplacés par les Verts dans l’imaginaire de l’UMP : Si la gauche gagne en 2012, c’est Eva Joly qui défilera le 14 juillet place de la Concorde avec son cortège de chômeurs tout droit venus des centrales nucléaires, fermées dans l’euphorie d’une nuit de victoire.

Toujours les mêmes ressorts. D’un côté ceux de la peur qu’il faut suggérer. De l’autre développer le culte d’un chef qui détiendrait seul les clés du destin national.

Les saillies répétées depuis quelques semaines par les chevaux légers de l’UMP poursuivent le même objectif. François Hollande ne serait pas taillé pour la fonction, maître de l’hésitation, il serait incapable de fixer le cap, contrairement au grand timonier qui excelle dans la fonction depuis cinq ans…

Ces attaques sont cocasses, parce qu’en matière d’hésitations, d’allers retours incessants, de contradictions, Nicolas Sarkozy se pose en champion toutes catégories. Plus grave, il n’apprend pas de ses erreurs, et préfère se réfugier dans un confortable déni qui en politique porte le nom d’irresponsabilité.

Capitaine sans vision, seul le guide son inaltérable désir de durer. Il ne navigue pas, il bouge. Et s’il s’égare, c’est toujours de la faute des autres. Il s’oriente plein nord quand il faudrait aller au sud, c’est la faute des courants ! Il fait hisser la grand voile, ordonne de la doubler de la bonnette lorsqu’il faudrait affaler et sortir le foc, c’est la faute du vent ! le navire dessale, gîte, chavire, pendez le mousse !
Le pays est en « faillite » annonce le maître d’équipage, le capitaine Sarkozy multiplie néanmoins les cadeaux fiscaux aux plus riches et creuse la dette que paient tous les autres. La croissance est en berne, il déclenche une vague de plans d’austérité. La compétitivité des entreprises est menacée, il diminue les crédits de l’éducation tandis que tous les pays émergents investissent au contraire massivement dans la formation de leurs jeunes.

Nicolas Sarkozy n’a cessé de naviguer à contre-courant et pour se justifier, sa langue est devenue la contre-vérité.

Lorsque les passagers s’inquiètent, il dénonce ceux qui l’ont précédé à la barre. La droite est depuis 10 ans au pouvoir et il en est encore à se défausser sur le bilan de la gauche. Courage, fuyons !

Le courage ce serait de reconnaître une politique fiscale injuste qui a privé le pays de recettes pendant cinq ans et contribué à amplifier la crise de la dette. Le courage ce serait aujourd’hui de résister à Madame Merkel lorsqu’elle entraîne l’Europe dans une politique qui conduit à un cycle infernal austérité/Baisse de la croissance/déficits/nouveaux plans d’austérité… Le courage ce serait d’affronter ses clientèles électorales pour les appeler enfin à plus de solidarité. Le courage ce serait de cesser d’opposer et de diviser les Français, Le courage ce serait de lutter non seulement contre Marine Le Pen mais aussi contre ses idées et d’interrompre la folle surenchère de M. Guéant. Le courage, ce serait de ne pas se dédire sur le droit de vote des étrangers aux élections locales. Le courage…

Les thuriféraires du président s’indigneront de ces lignes. Je les entends déjà vanter le flamboyant Sarkozy du Zénith de Toulon qui propose à son peuple, du sang, de la sueur et des larmes.

Le courage du président consisterait donc à venir demander aux Français d’assumer ses erreurs, sans même avoir à énoncer un regret…

Je maintiens donc. Nicolas Sarkozy est un héros sans direction et un capitaine sans courage.