La réponse de Chantal Brunel… la faillite morale et électorale de l’UMP

Chantal Brunel a répondu, avant le premier tour des élections cantonales, à mon courrier qui faisait suite à ses propos sur les réfugiés d’Afrique du Nord qu’il fallait renvoyer sur leurs bateaux. Je lui demandais de sortir de toute ambigüité vis-à-vis de l’extrême-droite et de préciser ce que serait son choix dans l’hypothèse d’un second tour opposant le FN à la gauche. L’hypothèse n’avait rien de farfelue, et elle s’est hélas vérifiée. Dans la circonscription qui l’a élue, le cas se présente hélas dans deux cantons. A Torcy, Gérard Eude (PS) et à Champs-sur-Marne, Maud Tallet (PCF) affrontent au second tour monsieur et madame Staelens (FN).

Que me répond Chantal Brunel ? « En aucun cas je n’appellerai à voter pour un candidat FN. Tous mes efforts se portent pour que, dans ma circonscription, le candidat soutenu par l’UMP arrive 1er ou 2ème ».

En d’autres mots, elle anticipait la ligne de Jean-François Copé « ni FN, ni gauche ». Cette façon de renvoyer dos à dos l’opposition et l’extrême droite est une rupture avec les usages républicains. Il s’agit ni plus ni moins que d’une nouvelle étape dans la banalisation de l’extrême-droite en France. Le message qu’ils adressent à leurs électeurs est destructeur : le PS et le FN sont deux adversaires équivalents. En préconisant la liberté de vote, ils prennent la responsabilité de faire élire des élus du FN.

Du discours de Grenoble aux déclarations de Claude Guéant et Chantal Brunel, en passant par l’organisation d’un débat sur l’Islam qui fait suite au calamiteux débat sur l’identité nationale, l’UMP n’a cessé de légitimer les thèses entretenues par l’extrême droite.

C’est encore ce que fait Madame Brunel dans sa réponse lorsqu’elle reprend les « dadas » de l’extrême-droite en fustigeant les « baptêmes républicains » (confusion avec les parrainages républicains organisés par RESF pour les enfants scolarisés menacés d’expulsion).

L’immigration est devenue un sujet d’inquiétude pour nombre de nos concitoyens. Cela ne justifie en aucun cas le populisme. Nul ne conteste qu’il faille établir des règles. Cela doit se faire dans la transparence, le respect du droit des migrants et avec humanité. C’est ce qu’ont défendu les députés socialistes au cours du récent débat sur le projet de loi immigration. Madame Brunel ne s’interrogerait plus sur la nature des « mesures préconisées par le PS pour lutter contre l’immigration illégale » si elle avait honoré l’hémicycle de sa présence… Mais peut-on courir les plateaux en faisant assaut de démagogie et travailler sérieusement dans le même temps au Parlement ?

Le résultat de cette course-poursuite avec l’extrême droite est connu depuis dimanche. Le parti de madame Le Pen enregistre sur tout le territoire un score record pour des élections cantonales. Dans le propre département du secrétaire général de l’UMP, notre Seine et Marne, c’est le FN qui est arrivé en seconde position derrière le PS (PS 23,10% FN 21,64% UMP 21,56%).

A se compromettre, on ne gagne rien. Il serait temps pour l’UMP de le comprendre.

Les coulisses du débat sur les retraites (2) Nuit de folie…

Mardi 14 septembre. La nuit est douce. Dehors, les jets d’eau fonctionnent sur les pelouses des jardins qui donnent sur la salle des quatre colonnes et créent une atmosphère paisible qui tranche avec la virulence des débats dans l’hémicycle.

A la violence de la confrontation, s’ajoute une tension qui a pour objet le calendrier d’adoption du texte.

Depuis vendredi dernier, le président de l’Assemblée qui résume son travail à celui d’un chef de gare n’a qu’une obsession : tenir l’engagement pris auprès de Nicolas Sarkozy de faire voter le texte sur les retraites mercredi à 15 heures…

Vendredi, il avait déjà donné, depuis Ottawa, la consigne de prolonger les débats jusqu’au petit matin pour épuiser le débat avant le week-end. Il avait fallu la menace des députés socialistes de quitter la séance et surtout le métier et le sang froid de Maurice Leroy (député Nouveau Centre et… ancien secrétaire général du groupe communiste) qui présidait ce soir là pour éviter la tentation du passage en force.

Lundi soir, Bernard Accoyer est venu superviser lui-même les travaux. Toujours préoccupé par l’horaire de fin des débats, il entame un bras de fer. Il est plus d’une heure lorsque les socialistes décident de s’inscrire en masse sur l’article 25 portant sur la pénibilité. Les députés UMP s’imaginent avoir un répit de deux heures sans votes et partent se reposer. Erreur d’appréciation. Une fois assurés de leur départ, tous nos intervenants renoncent à leur temps de parole et la discussion sur les amendements doit reprendre. Madame Rosso-Debordebord, porte parole de l’UMP s’élance vers son micro pour demander une suspension de séance de 20 minutes, le temps de battre le rappel des troupes.  A deux heures vingt, la droite est obligée de constater que les pyjamas ont été plus attractifs que l’hémicycle. Minoritaire, Bernard Accoyer est contraint de lever la séance pour éviter au gouvernement l’humiliation de votes contraires.

Cette nuit, tout est enfin prêt à droite. Les députés de la majorité ont été prévenus et mobilisés. La séance ne s’interrompra pas. Pas question d’offrir une victoire (symbolique) à l’opposition en différant de quelques petites heures le vote solennel sur l’ensemble du texte.

La buvette ne désemplit pas. Les cafés sont servis au litre. A une heure du matin Jean-Marc Ayrault intervient pour faire un point sur les apports du débat. A droite chacun comprend que le discours sera long. Aussi long que les une heure, neuf minutes de temps de parole qui lui restent. Dans l’hémicycle les socialistes sont de plus en plus nombreux. Le sentiment de participer à une séance historique est plus fort que la fatigue. Pourtant dans les couloirs, quelques députés et collaborateurs s’écroulent progressivement de fatigue. Les banquettes de la salle des conférences sont squattées par celles et ceux qui ne supportent pas physiquement cette marche forcée absurde.

A 7 heures, le temps de parole de l’opposition est épuisé. Les amendements sur le travail des seniors,ou la retraite des femmes ne peuvent plus être défendus. Les députés invoquent alors l’article 49.13 du règlement qui offre la possibilité pour chaque député de s’inscrire pour cinq minutes afin d’exprimer le sens de son vote. Accoyer fulmine. Toute la nuit socialistes, verts, communistes et radicaux se sont coordonnés pour organiser les prises de paroles tout au long de la journée. Les premiers orateurs se succèdent à la tribune.

C’en est trop pour Bernard Accoyer, qui les nerfs à vif, choisit le passage en force. Jean-Marc Ayrault tente de le raisonner : « – Ne fais pas n’importe quoi Bernard…», excédé le président de l’Assemblée lui bégaie à plusieurs reprises  – « je prendrai mes responsabilités ». A 9h30 il interrompt la séance, et annonce en violation d’un règlement qu’il a pourtant lui-même fait adopter, que les 142 députés inscrits n’auront pas le droit de s’exprimer.

C’est la faute. Impardonnable. A l’Assemblée, on ne partage pas les mêmes idées, mais la règle c’est le respect de tous, chacun portant une parcelle de la souveraineté nationale. Le rôle du Président de l’Assemblée consiste à protéger le cadre démocratique, ce qui revient d’abord à compenser les excès du fait majoritaire par le respect des droits de l’opposition. En 1992, Henri Emmanuelli avait mis sa propre démission dans la balance pour que Philippe Séguin puisse s’exprimer dans les meilleurs conditions dans le débat préalable à la ratification du traité de Maastricht.

A 11 heures, le groupe socialiste se réunit en présence de Martine Aubry. Les visages sont tirés. La colère est palpable. Les députés sont unanimes à réclamer la démission sans délai d’un président qui a « trahi sa fonction« . Quelques minutes plus tôt, Bernard Accoyer a bien tenté par un appel téléphonique à Jean-Marc Ayrault d’acheter sa clémence. « non Bernard, tu as été trop loin, tu ne t’es pas comporté comme le président de notre assemblée, mais comme un vulgaire chef de clan. Cette fois c’est la rupture »lui a répondu le président du groupe. Dans son discours de l’après-midi, Jean-Marc Ayrault n’entamera d’ailleurs pas son discours par le traditionnel « M. Le Président ». Dans toutes les têtes, ce président-là n’est plus que le servile exécutant de l’Elysée.

L’idée est émise de lui tourner le dos lors de son arrivée dans l’hémicycle. Mais vite abandonnée. La force de l’image risque de se retourner contre ses auteurs. C’est une attitude responsable et digne qu’il faut afficher face à un pouvoir qui joue lui des réflexes anti parlementaristes d’une part de l’opinion.
Madeleine et Samia sont chargées de trouver un rouleau de plusieurs centaines de mètres de tissu tricolore pour ceindre l’ensemble des députés du groupe. L’idée vient du groupe communiste avec lequel la liaison est permanente.

A quinze heures, c’est Jean-Marc Ayrault qui expose la vision des socialistes et radicaux. Alors que Jean-François Copé réalisera quelques minutes plus tard une intervention sans fond, destinée aux seuls parlementaires, dans laquelle il tente d’expliquer qu’il  n’est pas « dupe » du jeu supposé des socialistes, le député de Nantes argumente :

« Je monte à cette tribune que Bernard Accoyer vient d’interdire à 142 représentants de la Nation.

Nous étions dans un débat essentiel, celui portant sur l’avenir de nos retraites.
Mesdames et messieurs de la majorité, comme vous, nous pensons une réforme indispensable.
Comme vous nous constatons que la réforme Fillon n’a pas tenu ses promesses et que 7 années après son adoption, son échec rend nécessaire une nouvelle loi. Mais contrairement à vous, nous n’acceptons pas que le poids et le prix de la crise soit supporté par ses victimes. Nous n’acceptons pas que 95% du financement repose sur les classes populaires et moyennes tandis que vous continuez de protéger madame Bettencourt avec un bouclier fiscal. Nous n’acceptons pas que celles et ceux qui ont le plus souffert au travail, perdu leur santé pour construire notre Nation, créer de la richesse dans notre pays soient aujourd’hui les laissés pour compte d’une réforme aussi injuste qu’inefficace. Nous n’acceptons pas que les jeunes générations fassent les frais de votre imprévoyance, que les fonds qui leur étaient destinés soient siphonnés et qu’ils soient ainsi sacrifiés.

Dans ce débat nous sommes entrés avec nos propositions. Nous avons conduit une confrontation projet contre projet. A aucun moment, il n’y a eu la tentation de l’obstruction. Peut-on d’ailleurs parler d’obstruction lorsque le temps du premier parti d’opposition est limité à 20 petites heures sur un sujet aussi sensible alors que les décisions qui seront prises affecteront directement et durablement la vie de nos concitoyens ? Peut-on parler d’obstruction lorsque les députés de l’opposition demandent simplement à exercer leur droit d’expression individuel de 5 minutes et que l’usage de ce droit aurait simplement eu pour effet de repousser ce vote de quelques heures ?

Ce qui s’est passé ce matin est grave. Pas pour nous, parlementaires de l’opposition. Ce qui s’est passé est grave pour ces millions de Français qui nous ont élu et dont la voix mérite autant de respect que celles de la majorité.

Il n’y a pas de démocratie sans pluralisme des courants d’opinion et d’expression ! Voilà pourquoi la Constitution et les règlements reconnaissent des droits aux députés de l’opposition. Que devient notre démocratie lorsque ces droits sont ainsi bafoués ? Que devient notre démocratie lorsque la minorité au Parlement est ainsi sommée de se taire ?

Cette décision inqualifiable de Bernard Accoyer est au fond dans la droite ligne des dérives actuelles du pouvoir.  Aujourd’hui, notre République est abîmée. Notre République perd ses repères lorsque des ministres confondent l’intérêt général et l’intérêt de l’UMP, lorsque la justice est instrumentalisée, lorsque les violations des droits fondamentaux valent à la France des rappels de l’ONU et de l’Union européenne, lorsque la liberté de la presse est malmenée par l’utilisation illégale des services secrets, lorsque la souveraineté des élus de la Nation est méprisée…

Au fond, nous faisons face à une crise morale et politique dont monsieur Woerth est devenu le symbole. Nous assistons à une confusion de certains intérêts et du pouvoir d’Etat.

Plus les Français découvrent cette toile qui s’est tissée du Fouquet’s au Bristol, et moins vous supportez les contre-pouvoirs. Uns à uns vous tentez de les briser :
•    Hier c’était la mise en cause du travail de la presse, qualifiée de fasciste, qui créait le malaise et maintenant c’est votre silence assourdissant qui indigne lorsqu’aucun d’entre vous n’ose s’inquiéter de circulaires discriminatoires prise par le cabinet d’un ministre qui a lui même été condamné récemment pour ses propos racistes.
•    Aujourd’hui c’est la parole confisquée à des parlementaires qui osent prétendre qu’une autre réforme des retraites est possible.
•    Demain c’est vous mesdames et messieurs les députés de la majorité à qui l’on tordra le bras pour accepter la déchéance de nationalité pour ces Français d’origine étrangère.

Les Français doivent comprendre que si nous ne sommes pas parvenus aujourd’hui à faire entendre leurs revendications, leur exaspération et leur colère, cela ne doit pas les conduire à la résignation ou à l’abattement.

Chaque jour, ici et par delà ces murs où l’on bafoue la démocratie, avec eux, avec l’ensemble de la gauche, nous continuons à nous mobiliser et à nous battre, nous ouvrons d’autres voies qui sont celles du renouveau et de l’alternance.

Ensemble, nous devons remettre la République à l’endroit ».

La gauche applaudit debout. La droite hurle. Quelques instants plus tard, la majorité adopte le projet en première lecture sans enthousiasme. Nombre d’entre eux espèrent que le plus dur est passé. Le feuilleton Woerth pèse dans toutes les têtes…

(A suivre).

les coulisses du débat sur les retraites (1)

Lundi 6 : Woerth or not Woerth ?

Ils sont arrivés dès lundi soir pour éviter la paralysie des transports du lendemain. Les députés socialistes examinent au second sous-sol de l’Assemblée les conditions du débat sur les retraites. La question est posée de savoir comment traiter les dernières révélations de la presse sur l’affaire Woerth/ Bettencourt ? Très vite tous les violons s’accordent. Il faut centrer les questions d’actualité du lendemain sur la réforme et éviter que la droite esquive le débat en se réfugiant dans la polémique.

Dehors l’UMP s’inquiète de cette réunion inhabituelle un lundi. La rumeur court que les socialistes vont récuser le ministre du travail à l’ouverture du débat !

Mardi 7 : Projet contre projet.

Dans la rue plusieurs millions de salariés, de retraités, du public et du privé, défilent entre Paris et Province.

Dans l’hémicycle Jean Marc Ayraullt pose la première qustion de la session extraordinaire : « Une autre réforme, juste et durable, est possible. Cette réforme, vous auriez pu, vous auriez dû chercher à la construire avec l’ensemble du pays. C’est l’inverse qui s’est passé. C’est une faute. J’accuse le gouvernement de ne pas avoir joué sincèrement le jeu de la négociation avec les syndicats, comme avec les partis d’opposition ».
Le Premier Ministre se lève, et pour la première fois, il reconnaît que c’est un débat qui oppose deux projets alternatifs.

Mercredi 8 : l’opération de com de l’Elysée.

A 11 heures, le président de la République et son conseiller social convoquent la presse pour évoquer des amendements dont personne ne dispose. A 15 heures, le ministre du travail intervient en séance pour donner de vagues orientations. Le président de la commission des affaires sociales refuse de réunir sa commission, séance tenante, pour examiner les nouvelles dispositions annoncées.

Nous assistons à une manoeuvre de diversion et de manipulation de la cellule de communication de l’Elysée : comme par hasard le détail des mesures ne sera connu des parlementaires et des journalistes qu’au moment où toute la presse aura bouclé. Aucune analyse sérieuse n’aura pu être produite avant les 20h, et demain les journaux ne pourront que commenter la communication présidentielle.

Les socialistes refusent de se prêter à cette opération en retirant tous leurs intervenants de la discussion générale. Ils conservent  ainsi leur temps de parole pour la discussion des articles. La discussion de l’après-midi montre sa vacuité, l’Assemblée étant condamnée à débattre d’un projet dont elle ne connaît toujours pas l’intégralité.

La droite croit flairer un mauvais coup. S’imaginant que ce retrait augure du dépôt d’une motion référendaire, elle occupe la tribune pour permettre aux collaborateurs de l’ump de battre le rappel des troupes.

Jeudi 9 : La facture de la crise.

Dans l’hémicycle, le ministre du travail s’accroche à son banc, dernier espace que lui laisse le président. La veille en commission, il était tellement confus que plusieurs députés se sont demandés si il ne découvrait pas les amendements sur la pénibilité.

Comme dans tous les débats parlementaires, sous le feu des questions, la vérité apparaît par petites touches. Le ministre finit par reconnaître que les mesures prises aujourd’hui ne sont pas commandées par des questions démographiques, celles-là ont été soldées avec le passage de 150 à 166 trimestres de cotisations entre 1982 et 2020. La réforme d’aujourd’hui est justifiée par la crise argumente E. Woerth. « Et bien nous, nous n’acceptons pas que vous présentiez la facture de la crise financière à celles et ceux qui en sont les victimes et que dans le même temps vous préserviez celles et ceux qui s’en sont rendus complices ou responsables ! » assène Jean-Marc Ayrault.

20 :30 les députés socialistes se sont rassemblés autour d’un téléviseur pour voir l’émission « A vous de juger ». Fillon est jugé trop technique, presque détaché par rapport à un sujet qu’il défend par fonction. Il ne semble se libérer que quand Arlette Chabot l’interroge sur son avenir à Matignon. La surprise vient de Ségolène Royal. Toute la journée Guillaume Garot, le jeune député-maire de Laval est venu collecter les derniers éléments du débat pour brieffer sa patronne. Marisol Touraine, responsable du texte pour le PS, lui a fait passer ses notes. Jean-Marc Germain le directeur de cabinet de Martine Aubry lui a fait parvenir un dossier. Les députés socialistes qui suivent la retransmission ne sont pas connus pour être les plus fervents partisans de la présidente de Poitou Charente. Mais ce soir tout le monde loue le ton offensif, la précision et le souci du concret. Verdict : elle n’a pas été bonne… elle a été excellente.

Vendredi 10 l’UMP face à ses contradictions.

Enfin on aborde l’article 5, celui qui déplace l’âge légal de 60 à 62 ans. Derrière Pierre Alain Muet député du Rhône, les socialistes dénoncent cette mesure qui est simplement un nouvel impôt prélevé sur les Français. Pas n’importe lesquels. Pas pour les salariés qui, de toutes façons n’auraient pas atteint les 41,5 annuités à 60 ans, pas davantage pour ceux qui ont eu des carrières complètes et qui ne seront jamais contraints d’attendre 67 ans pour partir. « Non, votre nouvel impôt pèsera sur celles et ceux qui vont devoir sur-cotiser au delà des 41,5 annuités, ceux qui ont commencé tôt, ceux qui ont eu les carrières pénibles, ceux qui ont l’espérance de vie la plus faible » rappelle Jean-Marc Ayrault.

Jean Mallot, député PS de l’Allier, exhume le compte rendu d’un débat du 31 octobre 2008 lorsque la place de ministre du travail était occupée par Xavier Bertrand. A l’époque les députés UMP Tian et Bur voulaient relever l’âge légal à 63,5 ans. Et Jean Mallot de donner lecture de l’édifiante réponse de l’actuel secrétaire général de l’UMP : « Si on repousse l’âge légal de départ à la retraite mais qu’on ne change pas les comportements en matière d’emploi des seniors afin de faire coïncider l’âge réel et l’âge légal de départ à la retraite, alors, c’est mathématique, on diminuera le montant des pensions. Etes vous prêt à l’assumer ? »

18h, Coup de théâtre. Un amendement de deux députés UMP, dont la porte-parole de l’UMP sur les retraites madame Rosso-Debord, vient en discussion. Il a pour objet – je cite l’exposé des motifs – d’éviter aux « assurés nés entre le 1er juillet et le 31 décembre 2011 qui, chômeurs de longue durée » vont, du fait de la réforme, « se trouver sans ressources pendant une période de quatre mois, voire plus dans le cas où la fin de l’indemnisation chômage ne coïncide pas avec la retraite initialement prévue ». A la demande du gouvernement les auteurs retirent leur amendement. La gauche le reprend. Il doit donc être soumis au vote. L’UMP vote contre son propre amendement, madame Rosso-Debord y compris. Les pauvres n’ont qu’à se débrouiller !

19h c’est maintenant l’article 6 qui est en discussion, celui qui fixe la borne d’âge de la retraite sans décote à 67 ans. Cette évolution pèsera sur les français qui ont eu des carrières hachées, qui ont connu le chômage, sur les femmes particulièrement qui ont interrompu leur carrière pour élever leurs enfants, sur les épouses d’artisans, ou d’agriculteurs.
Pour ces salariés précaires, il faudra attendre 67 ans pour atteindre le taux plein. Et pour nombre d’entre eux, d’entre elles (un tiers des femmes), il faudra liquider ses droits avant cet âge et pour cela accepter de se voir verser une pension réduite.

Chantal Brunel, députée UMP, prend la parole. Pendant la semaine elle a travaillé avec les services de l’observatoire de la parité dont elle vient de récupérer la présidence. Peu habituée à exprimer une dissidence, elle s’émeut de sa propre audace quand elle reprend pour partie l’argumentation de la gauche. Elle finit son intervention dans un sanglot.

21H30 : Reprise des travaux. On apprend que l’UMP veut passer en force dans la nuit, profitant de la faible présence pour éviter le débat. Le Président de l’Assemblée Nationale est à Ottawa. Jean-Marc Ayrault le joint au téléphone. Bernard Accoyer s’engage à rechercher l’apaisement.
22H : Le président de séance Maurice Leroy confirme à François Brottes, député PS de l’Isère qu’il a eu la consigne directe du même Bernard Accoyer d’aller jusqu’à cinq heures du matin. Sur le projet comme sur la procédure, le double langage est la langue courante à l’UMP…

A suivre.

Pourquoi l’UMP a peur du débat

L’ambiance est électrique. Mais le ministre est débranché. Depuis ce matin le débat a commencé en commissions sur la réforme des retraites. Eric Woerth, hagard, se contente de renvoyer la balle. Ses réponses sont laconiques. Souvent imprécis, il s’excuse devant la commission des Finances en expliquant qu’il a « oublié son dossier » au ministère…

Comme au bon vieux temps du RPR, l’UMP fait front. Sans nuance. Comme chaque fois que la majorité se sent en difficulté, elle a pour  réponse exclusive le passage en force.

Entamer le 20 juillet un débat sur une réforme présentée comme la principale de la législature, il fallait oser. Ils ont osé.

Refuser  la publicité des débats en commission, il fallait avoir le culot de le justifier quand dans le même temps le gouvernement achète à millions des pages ou des écrans de publicité pour vanter une réforme qui n’est même pas votée . Ils ont eu ce culot.

Limiter la parole à un orateur pour l’opposition et par amendement, fixer le temps de parole à deux minutes pour parler de sujets aussi simple que la pénibilité, il fallait assumer l’indécence. Ils l’assument.

Mais de quoi a donc peur la majorité si ce n’est  justement du débat. Pourquoi? parce que l’argument de la droite pour faire avaler la pillule aux Français était simple : il n’y avait qu’une réforme possible.  et donc un choix binaire, celui du courage ou celui de la lâcheté. La droite empruntant évidemment la première voie… Cela supposait une opposition repliée dans une forme de résistance désespérée, repliée sur le discours des acquis, sans vision de l’avenir et des enjeux. Le parti socialiste a, en dévoilant son projet, interdit à l’UMP son meilleur refrain. Pire, son projet alternatif a a le fois le mérite d’être financé, d’être plus juste, plus durable et surtout d’être soutenu par une majorité de Français.

La deuxième raison tient au malaise qui règne au sein de la majorité. En commission des Finances ce matin les divisions internes à l’UMP ont permis aux socialistes de faire adopter un amendement maintenant à 65 ans le départ à la retraite sans décote pour les mères de deux enfants.

Faut-il lâcher prise et renoncer à la discussion? Evidemment non. La discussion – aussi hachée soit-elle – a permis notamment de faire apparaître les points suivants :

  1. La réforme n’est financée que jusqu’en 2018. Woerth a dit « il faut s’habituer à des rendez-vous sur les retraites ». En clair, le passage à 62 ans et 67 ans n’est garanti que jusqu’en 2018. Pour les générations nées après 1959, de nouveaux reculs de l’âge légal sont prévus.
  2. E. Woerth a reconnu le siphonage du fond de réserve pourtant destiné aux générations qui partiront après 2020. « le fond n’a pas été créé pour être regardé » a-t-il déclaré. Les Villepinistes s’en sont également émus par la voix de D. Guarrigues qui présentait un amendement commun avec les députés Goulard et Montchamp.
  3. Les retraites des personnes au carrières fractionnées notamment les femmes vont être pénalisées. Dans les faits on assistera à une baisse des pensions. C’est ce qu’a implicitement reconnu Chantal Brunel (UMP).
  4. Les hauts revenus et les revenus du capital contribueront à hauteur de 2 milliards d’euros en 2020 à la réforme. C’est moins de deux fois l’effort qui va être demandé aux fonctionnaires par l’augmentation de leurs cotisations (4,9 milliards en 2020)
  5. l’argument « c’est normal de passer à 62 ans parce que depuis 1982, l’espérance de vie a progressé de 6 ans » ne prend plus. Depuis 1982, la durée de cotisations est passée de 150 à 162 trimestres, soit 3 ans c’est-à-dire la moitié de l’espérance de vie acquise. Les Français ont déjà payé…

Demain les socialistes reprendront la démonstration. Ils feront progressivement apparaître que cette réforme est dictée par les intérêts du désormais fameux « premier cercle ».

Le naufrage

« Ce que je sais de la morale, c’est au football que je le dois« . Si la phrase d’Albert Camus est juste, alors les palinodies de l’équipe de France en Afrique du Sud ne sont pas seulement grotesques, elles sont inquiétantes.

Où est passé l’esprit sportif? Où a disparu le fair-play? Qu’est devenu l’esprit collectif?  L’esprit de solidarité a malheureusement abandonné le terrain pour ne réapparaître que dans la défense improbable de Nicolas Anelka.

Le football à force de glorification de ses stars, a fini par remplacer l’esprit du jeu par une culture du résultat. Aux champions, il est tout pardonné. Les bleus ont conservé dans la défaite ce comportement d’enfants gâtés.

Chacun pourra apercevoir dans ce naufrage une métaphore de celui de la société française. Une société minée par ses conflits, incapable de se transcender dans des valeurs qui fédèrent, dirigée par des élites qui semblent plus préoccupée par la défense de ses privilèges que par la mission qui leur a été confiée. Entre l’immaturité des bleus, l’obsession médiatique d’une Rama Yade rattrapée par le coût de ses chambres d’hôtel, les cigares à 12 000 euros de Christian Blanc, la construction de la maison d’Alain Joyandet, les liaisons dangereuses de la famille Woerth avec Lilianne Bettancourt, les derniers jours ont fourni trop d’occasions de stigmatiser l’affaissement de la morale publique.

A chacun il est urgent de rappeler que le fait de porter le maillot des bleus, de représenter la France est un honneur qui se mérite. L’exemplarité n’est pas un supplément d’âme, elle est un devoir.

Retraites : Projet contre projet, à vous de juger !

Cette fois le débat sur les retraites est lancé. Après la présentation des propositions socialistes par Martine Aubry, Jean-François Copé a vendu la mèche sur les intentions de la droite en annonçant que le gouvernement partage avec les députés UMP et NC la volonté de relever  l’âge légal de départ en retraite ainsi que d’augmenter la durée de cotisation. Alors que François Fillon continue de manier l’ambiguïté, le président du groupe UMP a le mérite d’être clair.

Ce sera donc un débat opposant deux conceptions antagonistes. Coté gauche les revenus du capital sont appelés à co-financer à parité l’effort pour maintenir le système actuel, côté droit les principales variables d’ajustement sont les salariés.

Jusqu’ici la droite avait parié sur deux points :

  • l’incapacité des socialistes à faire synthèse sur un projet commun.
  • La résignation des Français après la publication des scenarii du Conseil d’Orientation des Retraites.

Mercredi après-midi le débat à l’Assemblée François Fillon a senti la menace et a immédiatement cherché à décrédibiliser les chiffrages du projet socialiste pour éviter la consolidation dans l’opinion d’un projet alternatif.

La violence de ses propos était proportionnelle à sa crainte. Et le Premier ministre a multiplié les erreurs et/ou les contre vérités dont je ne souhaite relever ici que les plus grossières

Le chef du gouvernement remet en cause le chiffrage du produit de la taxation des stock-options (2 Mds euros). Il s’agit pourtant d’un chiffrage plus prudent que celui fait par la Cour des comptes en 2007 dans son rapport sur l’application des lois de financement de la sécurité sociale de septembre 2007 qui chiffrait l’assiette en 2005 à plus de 8 Mds euros et le produit à 3,2 Mds euros…

Le gouvernement prétend que le PS taxerait les classes moyennes au travers des livrets d’épargne (PEL, Assurance-vie etc…). Or le texte du PS exclut précisément la taxation au titre de la CSG des revenus des les livrets d’épargne actuellement exonérés. Quant aux revenus de l’assurance vie qui restaient exonérés de CSG, c’est le gouvernement qui les a soumis à la CSG dans le cadre de l’article 18 de la LFSS 2010.

Enfin le Premier Ministre remet en cause le produit d’une majoration de 15 points du taux d’impôt sur les sociétés acquitté par les Banques (3 Mds euros) qui doit servir à alimenter le fonds de réserve des retraites. Il estime lui le produit à 300 millions d’euros.
Qu’on en juge : la seule BNP a présenté un bénéfice de 5,8 Mds euros en 2009. Une surtaxe de 15% sur cette seule banque rapporterait cette année 870 millions d’euros. Les banques représentent un tiers du produit total de l’impôt sur les sociétés en moyenne. Ce produit était de 60 Mds euros en 2007. Une hausse de 15 points sur la part payée par les banques (20 Mds euros) représenterait bien 3 Mds euros.

En matière de recettes recettes « virtuelles », c’est l’hôpital qui se moque de la charité… En effet le programme du PS est beaucoup plus détaillé que celui du gouvernement qui s’est limité pour la partie « féforme juste » à l’évocation d’une « taxe sur les hauts revenus», dont on ne sait pas si elle concernera ou non les entreprises, si elle frappera ou non les revenus et/ou le patrimoine  et dont on devine qu’elle servira d’alibi à une politique qui une fois encore fera payer le plus grand nombre pour protéger la situation d’une minorité. De ce point de vue, depuis les élections régionales rien n’a changé…

Grèce et après?

Nous vivons des heures graves. Sans doute cruciales. Pendant que la Chine célèbre sa magnificence et exhibe sa force à Shangaï, la vieille Europe peine à enrayer une nouvelle crise financière. Les grecs sont aujourd’hui dans la tourmente. Athènes a des allures de « ville ouverte », ville vaincue, exhangue implorant qu’on lui évite la ruine… La rumeur renvoie les « pigs » (Portugal, Irlande, grèce, Espagne) à leur mauvaise réputation. Les commentaires n’épargnent plus tout à fait notre pays dont la Cour des comptes a pronostiqué que sa dette voisinerait avec les 100% du PIB en 2012, de quoi alimenter toutes les spéculations…

Fait rare, les socialistes et les Verts ont joint leurs voix à l’Assemblée pour adopter la participation française au plan d’aide qu’apporte la zone euro à la Grèce. Cette quasi unanimité n’abolit pas les clivages, mais face à une situation dramatique, il était urgent de marquer cette unité des européens qui a tant manqué jusqu’ici.

Du coup, ces mesures viennent trop tard  et coûtent trop cher. La faute à qui ? A Angela Merkel ? Sans doute. mais pas seulement. Comment ne pas voir et s’inquiéter de la quasi disparition du couple franco-allemand ? Les binômes De Gaulle- Adenauer, Giscard-Schmitt, Mitterrand-Kohl ont façonné l’Europe des dernières décennies. C’est sous leur impulsion que les européens ont approfondi la construction de leur destin commun. Or depuis 2007, Nicolas Sarkozy n’a eu de cesse de chercher à prendre le leadership de l’Europe seul, pour lui-même, multipliant les alliances de circonstance pour tenter de briller. Au lieu de consolider l’axe franco-allemand, notre président a laissé se creuser la distance avec la chancellière allemande ; Cela n’excuse pas le comportement égoïsto-électoraliste d’Angela Merkel à l’approche de régionales capitales pour son gouvernement (la majorité das la chambre haute est en jeu), mais la politique, la diplomatie exigent justement l’approfondissement d’alliances solides pour affronter les temps difficiles. Demander des efforts à ses partenaires est plus aisé quand les liens d’amitié sont étroits. Force est de constater que cela n’a pas été fait.

Cette absence de vision commune a un prix pour les grecs. Sous l’influence allemande, les pays de la zone euro ont choisi un taux unique de 5%. C’est-à-dire que nous allons prêter à un taux supérieur à celui auquel nous empruntons, drôle de façon d’être solidaires (1).

Ce défaut de dialogue a un prix pour tous les européens. Alors que la crise financière a constitué un avertissement sans précédent, l’Union Européenne est enlisée dans un fonctionnement anachronique. L’Europe se comporte comme un véhicule dont le tableau de bord serait doté d’un seul compteur : celui de la dette publique des états membres. Les politiques économiques au sein même de la zone euro ne sont pas coordonnées, mais la BCE fixe un taux d’intérêt unique. Entre la désinflation compétitive des allemands et l’explosion de la dette privée en Espagne, en Irlande ou au Portugal, pays dans lesquels l’inflation a poussé les particuliers et les entreprises à emprunter au vu du faible coût du crédit, l’écart s’est creusé.

Il est urgent de faire avancer le projet d’un gouvernement économique européen, de doter l’Europe d’une capacité à lever l’impôt, de contracter des emprunts, d’harmoniser les politiques fiscales. C’est la leçon de la crise. C’est le moyen de prévenir les prochaines. Mais comment avancer sans partager a minima ce projet avec nos amis allemands? Il n’y a guère que Nicolas Sarkozy pour penser le contraire, et là n’est pas sa moindre faute.

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(1) Ces 5% sont toutefois à comparer également avec le taux de 13% auquel emprunteraient les grecs auprès des marchés.

La femme d’honneur et le cynique

Ce n’est pas possible. Je n’y crois pas. Non, il n’a pas pu récidiver… Pincez-moi, réveillez-moi ! Dîtes-moi qu’il n’a pas pu recommencer ça.

Après avoir tenté d’instrumentaliser le thème de l’identité nationale, voilà que le président ressort celui de l’insécurité pour arracher des réflexes pavloviens aux électeurs de droite. Et voilà qu’à Dammarie-les-lys, flanqué de Chantal Brunel, Nicolas Sarkozy nous promet une nouvelle nouvelle nouvelle loi…

Cette annonce appelle trois remarques rapides de ma part :

  • Le chef de l’Etat a une image très méprisante des électeurs de droite : légèrement racistes et sécuritaires jusqu’à l’obsession…
  • A force de créer une peine automatique après chaque fait divers, la justice pourra bientôt se passer de juges. Il suffira d’un distributeur.
  • Les services de l’Elysée sont mieux renseignés que ceux de Matignon. Au moins Sarkozy ne confond pas comme Fillon les policiers morts et vivants.

Ce dérapage du Premier Ministre hier soir illustre le cynisme avec lequel les dirigeants du pays se sont emparés de l’émotion publique pour chercher un petit et indécent profit électoral.

Si j’étais électeur de droite, je n’aurais décidément pas trouvé de bonnes raisons de soutenir mon camp dimanche prochain.

Mais je ne voudrais pas terminer ce billet aujourd’hui sans vous dire qu’à l’inverse, l’électeur de gauche que je suis, aurait volontiers voté pour l’accession d’une femme de droite sous la prestigieuse coupole de l’Académie française.

Simone Veil, rescapée des camps d’extermination, vient d’accéder au rang d' »immortelle« . Douce revanche. Rentrée d’Auschwitz-Birkenau où elle a perdu sa mère, chacun aurait compris qu’elle bascule dans le cynisme après avoir perdu toute illusion sur la nature humaine. Elle aurait pu se réfugier dans la haine, elle a choisi au contraire le pardon et la réconciliation. Elle a consacré sa vie publique à la défense de la construction européenne et du couple franco-allemand.

Ce 18 novembre, elle était l’honneur de la droite.

Loi de Finances 2010, le bilan de la session budgétaire

L’Assemblée Nationale et le Sénat viennent d’adopter en lecture définitive le projet de loi de Finances pour 2010.

Présenté comme un budget de crise, il n’impose la rigueur qu’aux Classes moyennes et populaires.

Conformément aux engagements pris par le chef de l’Etat lors d’une réception des généreux donateurs de l’UMP au Bristol, le bouclier fiscal (700 millions d’€) et les niches fiscales (75 milliards d’€) demeurent intouchables. Quant à la taxation des bonus annoncée, elle remplacera simplement celle que les banques devaient acquitter pour financer les autorités régulatrices des marchés. Opération blanche. Nous sommes loin de l’audace fiscale des britanniques qui ont prévu de fiscaliser à 50% les bonus des traders.

En revanche, les accidentés du travail devront, eux, payer 135 millions d’Euros. Les discours de Jean-François Copé sur la « souffrance au travail » trouvent dans cette mesure un écho scandaleux.
La taxe carbone, payée par tous les Français, sera compensée de manière identique aux chômeurs et aux cadres supérieurs. Injuste autant qu’absurde.

Les erreurs originelles du gouvernement n’ont fait l’objet d’aucun repentir. Alors que le chômage explose, l’incitation aux heures supplémentaires a été maintenue avec l’ensemble du « paquet fiscal ».

Alors que les marges budgétaires sont limitées :
–    le gouvernement a confirmé la baisse de la TVA à 5,5% (2,5 milliards d’€) pour les hôteliers restaurateurs sans leur imposer la moindre contrepartie en matière d’emploi, de formation ou de baisse des prix.
–    Il fait porter une large part des cadeaux aux entreprises (réforme de la TP) sur les ménages.

Pour ne pas assumer frontalement le creusement vertigineux de la dette, le gouvernement a évité d’inscrire le « grand emprunt » dans le budget 2010, et renvoyé sa discussion à un collectif budgétaire en janvier.

Sur le plan démocratique, le gouvernement aura utilisé dans le cadre de cette loi de finances tous les moyens de contrainte sur le Parlement. Il est passé en force pour faire rejeter l’amendement sur la surtaxation des banques de 10% pourtant adopté en commission des Finances, puis en séance publique.
Il a eu recours au vote bloqué pour revenir sur le compromis sur la taxe professionnelle, pourtant élaboré par les sénateurs et les députés de droite et de gauche, en Commission Mixte Paritaire.

L’hyper parlement reste plus que jamais une illusion et la justice fiscale, un horizon qui recule toujours…

UMP, la semaine de vérité

Cette semaine parlementaire est très particulière. Ce sera pour les députés de la majorité, la « semaine de vérité ». Les hasards du calendrier conduisent en effet à ce que mardi les députés votent sur trois propositions de loi socialistes puis entament la discussion des articles de la loi de finances Pour 2010. Cette conjonction de textes va contraindre la droite à se prononcer en quelques jours sur de nombreux sujets emblématiques qui,  mieux que de grands discours sur la « refondation du capitalisme » ou la « défense du modèle social français« , définissent une politique.

Voilà un an que la crise est là. Voilà un an que le pouvoir nous annonce que plus rien ne sera comme avant. Jusqu’ici nous n’avons rien vu. La gauche propose cette semaine ses solutions sous forme de propositions de lois ou d’amendements. Elle interpelle l’UMP : « Vous voulez refonder le capitalisme ? Vous voulez un hyper parlement face à un omni président ? Et bien, chiche! » La majorité est au pied du mur, nous allons maintenant observer ce qu’elle est capable de faire. L’heure serait à la « co-production législative »? voyons ça !

  • La droite condamne les bonus, les retraites chapeaux, les parachutes dorés, les rémunérations extravagantes des traders et de certains dirigeants d’entreprises ? Alors la majorité doit adopter la proposition de loi socialiste relative aux hauts revenus et mettant en oeuvre notamment un revenu maximum (25 fois le salaire minimum dans les entreprises qui font l’objet d’une aide publique. Revenu maximum discuté dans un comité des rémunérations puis voté par les assemblées générales des actionnaires dans les autres sociétés)
  • La droite se révolte contre le crédit rechargeable (revolving) dont les taux sont ceux de l’usure et dont les mécanismes conduisent droit aux subprimes ? Alors la majorité doit approuver la proposition de loi socialiste relative à l’abrogation du crédit revolving et la mise en place d’un crédit universel.
  • La droite veut protéger les services publics, elle veut préserver le statut de la poste et interdire sa privatisation? Alors elle ne doit pas craindre de voter la résolution déposée par les socialistes intimant au gouvernement la nécessité de prendre les mesures rendant applicables les règles relatives à un référendum d’initiative populaire.
  • La droite veut revoir et réguler le système bancaire, permettre à l’Etat de prendre sa légitime part du retour à bonne fortune des établissements de crédit? Alors elle doit confirmer en séance,  malgré le veto de Madame lagarde, le vote en commission de l’amendement Migaud qui relève l’imposition des bénéfices des banques de 10%.
  • La droite veut lutter contre l’injustice fiscale? Alors elle pourra voter les amendements socialistes au budget qui ont pour effet de plafonner les niches fiscales à 15 000 Euros. Elle pourra donner ses suffrages à une contribution de 11% sur la levée des stock-options. Si elle n’a pas le courage de voter l’abrogation pure et simple d’un insupportable bouclier fiscal, elle pourra – a minima – suivre le président de la commission des lois qui s’est prononcé pour une double exception au principe, la CSG et la CRDS sortant de l’assiette.
  • La droite veut une contribution énergie climat qui n’ait pas pour effet d’accroitre les inégalités? Alors elle pourra adopter les amendements de la gauche rendant plus progressives les compensations et évitant le ridicule d’un remboursement forfaitaire identique pour les smicards et les bénéficiaires du bouclier fiscal.
  • La droite veut prendre en compte la « souffrance au travail« , alors qu’elle  commence comme le lui demandent les députés de la gauche, le conseil économique et social, le président de l’Assemblée nationale, par renoncer à l’amendement Copé qui taxe les indemnités versées aux accidentés du travail.
  • La droite veut limiter les baisses de TVA aux entreprises d’hôtellerie – restauration qui jouent le jeu de la baisse des prix, de la formation et de l’augmentation des salariés? Alors elle abrogera avec les socialistes une mesure qui coûte aujourd’hui 2,5 milliards aux contribuables sans contrepartie.
  • La droite veut mettre fin aux excès des mouvements de capitaux? Elle pourra avec la gauche accepter de fixer un taux à la « taxe Tobin » (qui est pour le moment à taux 0).
  • La droite veut éviter que la nécessaire réforme de la taxe professionnelle ne se solde par un transfert de charges des entreprises vers les ménages? Alors elle accèdera à la demande formulée par l’ensemble des sensibilités de la gauche de former un groupe pluraliste qui utilise les 6 prochains mois pour aboutir à ue réforme de la fiscalité locale consensuelle.

Voilà dans les prochaines heures quelques occasions que la gauche donnera à la droite, pour qu’elle vive et vote selon les principes qu’elle affiche. Chaque fois qu’elle prendra par les cornes le veau d’or capitaliste, chaque fois qu’elle voudra en maîtriser, réguler et limiter les excès, elle recueillera le soutien de la gauche. Chaque fois au contraire qu’elle se réfugiera derrière une compassion de façade pour mieux masquer sa lâcheté, elle trouvera la gauche face à elle pour lui rappeler que la crise exige un profond changement.