Affaires de l’UMP : Vous avez saisi l’écume ? Merci de passer à la lame de fond

Selon le proverbe chinois, « Quand le sage désigne la lune, l’idiot regarde le doigt ». Ces dernières heures, l’UMP s’est mise avec un certain succès à l’heure chinoise.

En toute logique, la droite française devrait se sentir redevable de quelques explications. En une semaine nous découvrons, coup sur coup, que le chef du parti est soupçonné – et d’abord par les siens – d’avoir organisé la surfacturation de prestations au bénéfice d’amis intimes. Puis que l’ancien conseiller-gourou a enregistré les conversations privées de son patron président. Enfin, que ce dernier est l’objet d’une information judiciaire pour trafic d’influence.

En bref, en une semaine cette tragique succession d’affaires fait apparaître de curieuses pratiques à l’UMP. On y est soupçonné de se voler, de s’épier, de chercher à peser sur la justice.

Et pourtant, depuis 48 heures, le président de l’UMP, accusé de tricherie et de vol, demande la démission de la ministre de la Justice pour mensonge. On se pince. Lui qui a mis sa vérité sous scellés demande la tête de la garde des Sceaux…

Depuis, qu’avons-nous appris ? Que Christiane Taubira a appris l’existence d’écoutes le 28 février et non le 4 mars. La belle affaire ! Que cela change-t-il ? Rien. Ou plutôt si. Cela la disculpe de toute accusation d’intervention dans le cours de la justice et qu’elle n’a bénéficié d’aucune autre information que celle justifiant l’ouverture d’une nouvelle information judiciaire contre l’ex-président.

Quel est le point commun de ces trois affaires? Elles ont toutes pour origine l’UMP. Qui connaissait les pratiques douteuses du patron de l’UMP ? Qui fréquentait M. Buisson ? Et s’agissant des écoutes, qui se souvient qu’elles sont la conséquence d’une procédure notamment voulue par N. Sarkozy lui-même lorsqu’il a attaqué Mediapart sur le financement supposé de sa campagne de 2007 par le colonel Kadhafi ?

Après avoir bien observé le doigt, chercherons-nous à explorer la lune?

Des questions, il y en a. De vraies. De solides. Qui ne trouveront pas de réponse facilement. Parce que le mensonge organisé suppose de véritables investigations qui peuvent prendre des années. Comme pour le financement de la campagne d’Edouard Balladur et l’affaire Karachi. Comme pour le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy avec l’affaire Takieddine et l’affaire Bettencourt. Comme pour l’affaire de l’arbitrage Tapie qui a coûté 400 millions d’euros aux Français. Comme pour l’arnaque des sondages de l’Elysée…

Mais s’il fallait commencer par les questions les plus simples, et puisque nous sommes entrés dans le jeu du « qui sait qui écoute qui« , il en est une qui s’impose : Que savait Nicolas Sarkozy des écoutes ? Pourquoi disposait-il d’un second téléphone pris sous une fausse identité et sur lequel il ne communiquait qu’avec son avocat ? L’utilisation de cette technique bien connue de la mafia ne laisse-t-elle pas présumer que Nicolas Sarkozy se savait écouté ? Dans ce cas, qui l’en avait prévenu ? Quels sont ses liens avec certains magistrats ?

A celles et ceux qui commentent cette affaire, on serait tenté de dire : maintenant que vous avez saisi l’écume, vous intéresserez-vous à la vague de fond ?

Ce qui se joue en Syrie

L’opinion publique internationale demande encore à être convaincue de la légitimité d’une intervention en Syrie. Le mensonge de Colin Powell devant les Nations Unies sur les preuves de détention d’armes de destruction massive par Saddam Hussein est encore dans les esprits. C’est pourquoi la France qui se refusa à cette mascarade, doit aujourd’hui jouer un rôle particulier.

Ce qui se joue en Syrie dépasse la Syrie. Il s’agit ni plus ni moins de fixer le cadre, dans un contexte qui n’est pas celui, fantasmé, d’un « nouvel ordre international » gouverné par les Nations Unies. Le mur de Berlin est tombé, la guerre froide est terminée, mais nous assistons à un retour des logiques de grandes puissances (Russie, Chine) qui paralyse les capacités de réaction et d’action de la communauté internationale.

C’est pourquoi la prise de position de François Hollande est une position courageuse et responsable.

Même la guerre a ses règles.

Tous les moyens ne sont pas admissibles pour parvenir à la victoire. C’est pour cela que au lendemain de la première puis de la seconde guerre mondiale, conventions, traités, protocoles sont venus proscrire certaines pratiques et légitimer les interventions humanitaires. C’est pour cela qu’il existe une cour pénale internationale.

L’utilisation en Syrie de l’arme chimique ne doit, ne peut pas être banalisée.

Accepter qu’un dictateur puisse l’utiliser, franchisse la « ligne rouge » sans s’exposer à des sanctions, c’est accepter que demain cet arme trouve de nouveaux vendeurs et de nouveaux marchés. La prolifération demeurera dans un premier temps l’odieux privilèges de régimes autoritaires avant sa « démocratisation » et son utilisation potentielle par des groupes réduits, notamment terroristes. C’est à ce risque que s’expose le monde s’il ferme les yeux sur le massacre de Damas.

La réponse que doit adresser le monde n’est pas fondée sur la morale, ou sur l’émotion. Il y a hélas trop de conflits qui justifieraient sur cette base une intervention. Elle doit être fondée sur la volonté de tracer une frontière entre les armes conventionnelles et les armes de destruction massive. Ces dernières frappent aveuglément, sans distinguer, les enfants, les femmes, les civils, des combattants. Leur effet c’est l’extermination d’une population.

L’acceptation de l’utilisation de l’arme chimique ouvrirait une brèche dans le principe de dissuasion nucléaire. Les armes de destruction massive sortiraient du registre dissuasif, celui de l’équilibre de la terreur, pour entrer dans le registre opérationnel et tactique.

Ce qui se joue aujourd’hui c’est la sécurité du monde. L’objectif d’une intervention c’est à la fois d’adresser un signal clair et de neutraliser le potentiel chimique du régime syrien.

Assad connaît la fragilité des démocraties, leur réticence à s’engager loin, la crainte de leurs opinions publiques devant le risque de représailles, leur capacité à se diviser entre majorité et opposition… Le vote britannique, le contre-temps américain, lui ont donné des ailes. Le dictateur syrien est sorti de sa discrétion médiatique et s’autorise désormais à menacer la France.

Assad est un joueur d’échecs cynique. Son attaque chimique avait pour cible exclusive l’opposition démocratique. Les bases des islamistes de Al Nosra ont été épargnées.

Pourquoi ? Parce que Assad sait que si la communauté internationale ne réagissait pas, cela aurait un double effet sur la suite des combats. Gagnée par le sentiment d’abandon, l’opposition démocratique n’aurait d’autre choix que de se tourner vers les extrémistes. Cette radicalisation de l’opposition permettrait alors à Assad de se présenter contre le dernier rempart contre le fanatisme. La boucle serait alors bouclée et le crime légitimé.

Voilà pourquoi il est aujourd’hui nécessaire de renverser le plateau et de lui signifier que le temps de jouer est terminé.

Traité européen : Par-delà le oui et le non

Depuis 20 ans, en France, le débat européen se limite à une opposition manichéenne entre « oui » et « non ». Traité de Maastricht, traité constitutionnel, traité de Lisbonne, traité de stabilité budgétaire… Oui ou non ? À gauche comme à droite, le débat divise. Les argumentaires en noir et blanc défilent sans nuance.

 Un compromis inévitable

Quelle est la vérité ? Aucun traité négocié à 27 États ne peut remplir les espérances de chacun des signataires. Elles sont souvent contradictoires et c’est pour cela que l’Europe avance de manière dialectique entre volonté fédérale et résistance des nations, entre solidarité des peuples et repli national. Jacques Delors aurait pu faire fortune en déposant sa formule oxymore : « L’Europe est une fédération d’États-nations. »

 L’Europe est par essence un compromis. Elle n’est pas « la France en grand ». Elle n’est pas le prolongement de nos ambitions, elle n’est pas davantage le moyen de retrouver une grandeur et une puissance perdues avec la fin de l’empire colonial. Elle est le fruit d’un rapport de force entre États-membres et courants politiques.

 L’acceptation du traité de stabilité budgétaire par les socialistes est la contrepartie de la mise en œuvre d’un « paquet européen » plus large. La victoire du 6 mai a permis de contrebalancer une vision « austéritaire ». L’austérité pour l’austérité n’est plus l’horizon indépassable des politiques budgétaires européennes. Le Conseil européen de juin a permis à François Hollande de replacer la croissance au cœur du débat européen. Un pacte de croissance de 120 milliards d’euros est approuvé. La recapitalisation de la banque européenne d’investissement est actée. L’union bancaire qui permet de découpler le risque bancaire du risque souverain est en marche. La taxe sur les transactions financières verra le jour au sein d’une « coopération renforcée ».

 Un « paquet européen » protecteur

 La dynamique créée est indiscutable. C’est en prenant appui sur cette nouvelle donne politique que le président de la BCE a accepté de racheter la dette des États sur le marché secondaire « sans limite quantitative », ce qui a permis de détendre instantanément les taux. Enfin, l’Europe aperçoit la fin des crises successives avec son cortège de « sommets de la dernière chance ».

 La gauche souhaitait que la Banque centrale européenne puisse jouer son rôle de préteur en dernier ressort. L’objectif est de permettre aux pays les plus endettés un accès au crédit dans des conditions normales. La compensation exigée par nos partenaires allemands est assurée par le traité : la fixation de règles de solde structurel prévoyant un retour à l’équilibre des États, répond à la crainte qu’une garantie illimitée de la BCE ne conduise certains États à la facilité budgétaire.

 Que se passerait-il si la France, « jouant la crise », avait refusé l’adoption du traité ? Les conséquences sont connues : emballement des taux d’intérêt sur la dette française, aggravation du déficit public, assèchement des sources de financement, baisse de la dépense publique pour combler ce déficit, récession, éclatement de l’euro, retour au franc, dévaluation et appauvrissement général. C’est pourquoi l’adoption du « paquet européen » obtenu par le président de la République protège d’abord les classes populaires et les classes moyennes.

 Inversement, l’indispensable sérieux budgétaire, garantie de taux d’intérêts bas, la réduction des déficits, s’ils ne s’accompagnent pas d’un soutien durable à la croissance, conduiront à plus de déficits et à la récession…

 Un équilibre provisoire

 Comment sortir de ce dilemme entre deux solutions, celle du oui et celle du non, inégalement imparfaites, mais également discutables ?

 L’Europe sort de chaque round de négociation dans un équilibre provisoire. Dans un environnement en crise, l’Europe s’apparente à un cycliste qui attaque un col en danseuse. Une crampe, et c’est la chute.

 Il doit évidemment y avoir une nouvelle étape européenne.

 Les États n’ont – pour quelques années – plus la capacité à s’endetter. Soit. Mais l’Europe n’est pas dans cette situation : ce que les nations ne peuvent plus faire, c’est-à-dire jouer leur rôle d’orientation vers l’investissement à long terme, de régulateur conjoncturel, l’Union doit en prendre le relais. Il est devenu impératif d’augmenter la taille du budget communautaire par des ressources propres, aujourd’hui la taxe sur les transactions financières, demain les « écluses » sociales et environnementales aux frontières de l’Europe. Aux États de sortir de leur surendettement pathologique, à l’Europe de soutenir l’innovation, la transition énergétique, de lancer des grands travaux, de favoriser la naissance de nouvelles industries sur le modèle d’Airbus.

 Cette évolution doit s’accompagner d’un véritable approfondissement démocratique. L’Europe demeurera incomprise tant que nos concitoyens auront le sentiment de ne pas avoir de prise sur des politiques qui s’imposent à eux. C’est aujourd’hui moins l’idée européenne qui est rejetée que sa gouvernance, trop complexe et trop opaque, trop éloignée de leurs préoccupations. La coordination des politiques économiques et fiscales n’est supportable que sous le contrôle vigilant des peuples.

 Un saut fédéral n’est pas aujourd’hui envisageable. L’Europe demeurera pour de longues années un corps hybride. Cela n’interdit pas de le rendre intelligible. S’agissant des politiques communes, c’est-à-dire décidées à la majorité, il faut simplifier les procédures en renforçant les prérogatives du Parlement européen et rendre l’exécutif responsable devant lui.

 Il n’y aura pas de grand soir européen, mais il y a des moments de vérité. Nous y sommes. Ce n’est pas le moment de nous mentir. L’approbation du « paquet européen » n’est qu’une étape. L’avenir se joue par-delà le oui et le non.

52 %

Cette fois, c’est le dernier. Le dernier meeting, à Toulouse, après tellement d’autres. Combien d’heures en vol, en train, sur les routes… François Hollande remonte par le couloir central de l’avion, salue chacun d’entre nous, glisse des remerciements. Curieusement, nulle trace de fatigue, mais déjà de la nostalgie. Celle d’une campagne. Celle d’une rencontre entre un homme et un peuple.

Dimanche dernier, à Bercy, François Hollande a innové. Le meeting achevé, il est revenu au pupitre après la Marseillaise. Il ne voulait pas partir. Il voulait – lui le pudique – continuer de partager une émotion, une envie, une espérance.

Cette fois, c’est fini. Au revoir Toulouse, la « ville rose » et ses dizaines de milliers de Français venus l’applaudir une dernière fois sur la place du capitole.

Cette campagne a été si longue. Elle a mobilisé tant d’énergie.

Maintenant commencent les longues heures. Celles de l’incertitude.

Après avoir tout donné, il faut attendre.

Les sondages donnent un avantage au changement. Mais nous savons aussi qu’à chaque élection présidentielle, les derniers mouvements de l’opinion profitent au challenger. Entre les derniers sondages publiés et le résultat, la règle est toujours la même (entre +2 et +1 pour S. Royal, + 0 ,4 pour Lionel Jospin, +0,2 pour Valéry Giscard D’Estaing)

François le sait. Il a passé ses dernières heures à appeler à la mobilisation, espérant que ses paroles ne passent pas pour de simples figures rhétoriques.

Maintenant il faut attendre. Avoir confiance.

A deux jours du second tour, le 4 mai 2012, l’IFOP livre une dernière enquête accordant la victoire à François Hollande à 52%.
52%, comme ce 8 mai 1981, où la Sofres publiait un sondage donnant le même résultat à François Mitterrand.

Chacun connaît la suite. Le 10 mai 1981, le visage de François Mitterrand s’est affiché sur les téléviseurs à 20h avec un score de 51,8%.

D’un François à l’autre, l’histoire se répètera-t-elle ?

La décision dépend maintenant de notre mobilisation.

Sarkozy : Mea culpa, mea Cecilia culpa !

L’un d’entre eux s’est dévoué. Le costume sombre, les yeux baissés il est entré dans le bureau du Chef de l’Etat.

– Monsieur le président…

– Oui entre mon vieux !

– Voilà monsieur le Président… On a tiré à la courte paille et j’ai perdu… C’est donc à moi de vous dire que vous avez un problème qui ne se résorbe pas avec les Français…

– Mais que me racontes tu là ? ils m’ont élu, ils me rééliront !

– C’est-à-dire qu’ils vous reprochent…

– Ils me reprochent ?..

– Votre comportement Monsieur le Président… Une certaine proximité avec le monde de l’argent, quelques dérapages verbaux, une tendance au népotisme, un exhibitionnisme qui rompt avec les traditions de la maison, peut-être un peu d’arrogance…

– L’arrogance ?.. C’est le péché actuel d’Hollande. Moi je suis sobre, humble… Bon et qu’est-ce qu’ils en disent Giacometti et Buisson ?

– Ils disent que Blair à la veille de son second mandat s’était excusé face aux britanniques et que le peuple de droite attend que vous confessiez vos fautes pour mieux vous pardonner… C’est la seule façon d’être à nouveau entendu.

La scène racontée est purement fictive, mais il n’est pas besoin d’être grand clerc pour comprendre les raisons des remords tardifs exprimés mardi 6 mars par Nicolas Sarkozy : retrouver l’oreille de l’opinion et singulièrement des déçus de 2007 avant son discours de Villepinte, dimanche prochain.

L’exercice a été exécuté par Nicolas Sarkozy sur France 2. Il a fait son mea culpa. Mais curieusement sur le dos des autres. Il a confessé des erreurs mais en en attribuant la responsabilité à d’autres. Avec Nicolas Sarkozy, c’est toujours la faute des autres, la crise, les immigrés, les chômeurs et comble de l’élégance… de son ex femme. Mea Culpa, mea Cecilia culpa !

Fin de session

Les portes de l’hémicycle se sont fermées jusqu’au mois de juin prochain.

Dans les couloirs les députés évaluent leurs chances de revenir. Le moral est, disons, inégalement réparti selon les groupes. Il se raconte que certains parlementaires sont venus dîner à l’Assemblée avec leurs familles, anticipant leur départ définitif.

C’est sur le plan politique l’heure du bilan. Inutile d’y revenir dans ce billet. Je ne convaincrai personne.

Il y a un point sur lequel je souhaiterais toutefois attirer votre attention. Une législature, ce sont des textes adoptés, mais ce sont aussi des textes abandonnés à la faveur d’une navette ou jamais mis à l’ordre du jour des assemblées après avoir été adoptés en Conseil des ministres, en bref des projets qui ont servi d’affichage, mais pour lesquels la volonté d’aller jusqu’au bout n’existait pas.

Il est ainsi trois projets « oubliés » qui sont particulièrement significatifs de la duplicité de Nicolas Sarkozy. Ils ont en commun de parfaitement illustrer le destin de la « République irréprochable ».

Le statut pénal du Chef de l’Etat :

Il devait être la marque de la rupture avec la présidence de Jacques Chirac. Oublié sur le bureau du Sénat

La loi sur les conflits d’intérêts.

Elle devait marquer une nouvelle étape et tourner la page des affaires Woerth, Wildenstein, Tapie ou de l’étonnant cumul des rémunérations de certains parlementaires. Elle n’a pas été présentée en première lecture.

Le référendum d’initiative partagée

Le candidat Sarkozy fait aujourd’hui l’apologie du référendum mais il a bloqué l’un des seuls points d’accord gauche/droite sur la réforme constitutionnelle de 2008.

Il y a sans doute matière pour certains à se désespérer, alors rappelons que même le cynisme sans limites en connaît une, la sanction des électeurs.

L’avance prise par François Hollande rend fébrile l’Elysée

L’histoire est drôle. Sur leur site, les jeunes proches de François Hollande cherchent une photo d’illustration. « boulette » de jeunesse, ils exploitent une photo prélevée dans une banque d’image sans vérifier préalablement où elle a été prise. Sur son blog « bison teint » débusque une hallucinante coïncidence : la photo a été prise lors d’un meeting de Nicolas Sarkozy à l’occasion de la dernière présidentielle ! Lapsus photographique, voilà que les jeunes socialistes raptent avant l’heure les anciens électeurs du président…

L’histoire aux allures de conte a depuis fait le tour du net. L’anecdote prête à sourire. L’équipe du site www.hollandeaveclesjeunes.fr a retenu la leçon.

Et puis surprise ! Voici que Franck Louvrier, le conseiller en communication de Nicolas Sarkozy entre en scène. Il consacre un billet sur son blog à cette historiette qu’il titre « François Hollande l’usurpateur ». Voilà un homme qui détecte mieux le choc des photos qu’il ne mesure le poids des mots… Voilà un conseiller qui hiérarchise avec un certain talent l’actualité. Au cours d’une semaine rythmée par les soupçons qui entourent l’attentat de Karachi, les révélations de l’avocat Bourgi, les conversations de Brice Hortefeux avec l’ami Gaubert, pas un mot de ces affaires et c’est François Hollande à qui il accole le qualificatif « d’usurpateur ». Le rideau de fumée est bien mince. La République s’abîme et les artifices de communication ne peuvent plus faire écran devant cette incontournable réalité.

Un souhait pour la campagne présidentielle qui s’ouvre…

Dans leur livre « Sarko m’a tuer », deux journalistes du Monde reviennent sur la tragédie vécue par quelques-unes des victimes du système Sarkozy. Depuis la parution, l’un des auteurs a révélé à la radio s’être vu proposer des documents de police dont l’effet attendu était de ruiner – avant le 15 mai – la réputation de DSK.

J’ai croisé Aurélie Filipetti cette semaine, héroïne involontaire de l’un des chapitres de ce livre. Elle a la peau dure, mais sous l’épiderme, demeurent les traces d’une vie privée violée. La presse est affligeante lorsqu’elle relaie sans discernement les manipulateurs de ces sinistres cabinets noirs dont l’unique objet est de salir les opposants, de démolir les concurrents, de sanctionner les dissidents, ou d’offrir des fusibles à un pouvoir cerné par les affaires.

Faire le choix d’une vie publique, n’implique pas de voir son intimité étalée au grand jour. Il peut arriver que la dérogation à cette règle stricte de séparation des sphères privées et publiques s’impose : infraction à la loi, mensonge, dissimulation. Les politiques qui exposent leur vie familiale pour en faire un argument promotionnel s’exposent naturellement aux révélations et au scandale. Mais les autres ?

Il y a des femmes et des hommes politiques qui ne demandent à être jugés que sur leurs idées, leurs actes, leurs réalisations. Il y a des femmes et des hommes publics qui conservent leur pudeur et ne confondent pas les plateaux des débats avec ceux du cinéma, qui veulent servir utilement leur pays sans se méprendre sur leur statut ; il est possible de passer sur le petit écran sans se prendre pour une star. Ceux-là méritent le respect.

La presse ne peut porter seule le chapeau. Nous sommes sans doute coupables nous aussi, lecteurs avides de ces révélations, qui réduisent les puissants, courbent les trop grands, rabaissent les arrogants. Encore faut-il rappeler que, en cette matière, c’est l’offre qui crée la demande.

Ce raisonnement doit-il nous conduire à rejeter toute intrusion dans la vie privée de celles et ceux qui nous dirigent ou aspirent à le faire ? Pas tout à fait. La campagne présidentielle démarre et les ouvrages vont se multiplier sur la multitude de candidats. Ils sont les bienvenus.

Ces enquêtes biographiques n’ont pas forcément pour objet de nourrir une curiosité malsaine, elles offrent aux citoyens la possibilité de comprendre une psychologie, elles permettent de cerner les motivations d’un candidat, de saisir son parcours, de discerner ses éventuelles faiblesses.

François Hollande fait ces jours-ci la Une du Nouvel Observateur après la publication de sa biographie par Serge Raffy qui en d’autres temps révéla le passé trotskyste de Lionel Jospin. L’exercice est utile. Il peut aussi être blessant. J’ai lu comme d’autres les « bonnes feuilles » de cet ouvrage renseigné, mais pas toujours précis ni exact. Comme souvent la promotion de ce livre passe par la mise en exergue de la vie privée. Comme si la vie politique ne suffisait plus en elle-même à attirer le public vers les rayons des libraires. En l’espèce, Valérie Trierweiler, est présentée comme une intime de l’ex couple Hollande-Royal. La jeune femme à la « beauté incendiaire », serait donc venue au cœur du cocon familial ravir le cœur de François Hollande. Ce qui est rapporté là est parfaitement erroné et j’imagine ce que l’intéressée a pu ressentir à la lecture de ces lignes qui la dépeignent en intrigante. Viendra le moment où d’autres décriront Valérie comme une ambitieuse, elle qui rejoignit François à une époque où il fallait être fou pour oser lui imaginer un avenir présidentiel.

Sans doute ce couple-là, parce qu’il a quelques bonnes chances d’être le prochain couple présidentiel sera-t-il désormais placé sous le microscope de la presse. Sans doute ces deux-là se préparent-ils déjà à affronter les regards indiscrets. Sans doute acceptent-ils ce qu’ils devinent inéluctable. Aux observateurs de ne pas broder au péril de franchir la ligne jaune ni défigurer une histoire « normale » d’amour.

Gaz de schiste, l’ambiguïté de la loi adoptée

Mardi 10 mai l’Assemblée Nationale débat de la proposition de loi gaz de schiste. Une semaine plus tôt en commission, le texte limpide indiquant que les « permis exclusifs de recherches de mines d’hydrocarbures liquides ou gazeux non conventionnels sont abrogés » est amendé et renvoie désormais une éventuelle annulation des permis à une décision de l’administration dans les deux mois qui suivent la promulgation de la loi. Cette amodiation de la loi est présentée par les rapporteurs comme une « sécurisation juridique » de la loi. Est pointée la menace d’un recours (QPC) des industriels devant le Conseil constitutionnel et la demande d’indemnisation financière.

La commission du développement durable adopte à l’unanimité à l’exception d’Yves Cochet (Verts Paris) cette version, prise par le vertige d’une éventuelle annulation des abrogations.

Comme sur chaque texte, les groupes se réunissent et réfléchissent entre le passage en commission et la séance publique (dans l’hémicycle). Très vite les consultations de juristes font apparaître que le risque d’annulation et d’indemnisation a été surjoué et que la nouvelle rédaction pourrait avoir pour effet de confirmer certains permis attribués.

Lundi 9 mai,  les socialistes adressent à l’AFP un communiqué qui précise leur position. Le consensus est possible, mais uniquement sur la base de la version initiale du texte.

Mardi 10 mai, 11 heures, les députés socialistes se rendent place Edouard Herriot, à deux pas de l’Assemblée Nationale. Quelques centaines de militants associatifs et citoyens se sont rassemblés pour manifester en faveur de l’abrogation des permis accordés pour l’exploration et l’exploitation de l’huile et du gaz de schiste.

Parmi eux, il y a Danièle Mitterrand. La militante qu’elle n’a jamais cessé d’être, a souhaité fêter le trentième anniversaire de la victoire de la gauche en 1981 à sa façon. Plutôt que de céder à la tentation d’une célébration nostalgique, elle est venue afficher son combat d’aujourd’hui, son combat pour l’eau, bien commun de l’Humanité.

15 heures, séance des questions d’actualité. Pascal Terrasse (PS Ardèche) interroge le gouvernement sur ses intentions réelles et réitère le souhait des socialistes d’une abrogation claire et effective. Nathalie Kosciusko-Morizet défend la nouvelle version du texte au motif de l’insécurité juridique qui naîtrait de la rédaction qui jusqu’ici faisait l’unanimité des parlementaires.

21 heures 30 Yves Cochet (Verts Paris) défend la motion de rejet préalable, et exprime son incompréhension devant le dernier revirement du gouvernement.

22 heures, Jean-Marc Ayrault (président groupe PS, Loire-Atlantique) tente d’exprimer les conditions d’un vote favorable, mais le président de séance Marc Laffineur (UMP), pressé d’en finir alors que le débat démarre à peine, lui coupe la parole au bout de trois petites minutes.

S’en suit une succession de rappels au règlements et incidents de séance. Lors de la seconde suspension de séance, Christian Jacob (Président du groupe UMP, Seine et Marne), conscient de la tournure désastreuse que prend le débat, rejoint les socialistes salon Delacroix et s’engage à convaincre le président de séance de permettre à Jean-Marc Ayrault d’exprimer le point de vue de l’opposition.

23 heures Jean-Marc Ayrault peut enfin développer son argumentation : La disposition d’abrogation des permis de recherche de mines d’hydrocarbures liquides ou gazeux est proportionnée à l’objectif poursuivi, c’est-à-dire la préservation de l’environnement. Cet objectif dispose d’une solide base juridique avec la Charte de l’environnement (de valeur constitutionnelle) et notamment son article 5 qui dispose que :  « Lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d’attributions, à la mise en oeuvre de procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage. »

En l’espèce, la réalisation du dommage ne fait pas de doute dans le cadre de l’exploitation des gaz non conventionnel.

S’agissant de la rétroactivité de la mesure, le Conseil constitutionnel l’admet lorsqu’un motif impérieux d’intérêt général justifie la mesure envisagée. Cette exigence qui est également imposée par la Cour européenne des droits de l’homme est parfaitement remplie dans le cas présent puisqu’il s’agit de la préservation d’un intérêt ayant valeur constitutionnelle à savoir la protection de l’environnement.

Enfin et s’agissant de l’indemnisation des entreprises qui bénéficiaient des permis annulés, rien n’oblige la collectivité publique. L’article 17 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen n’impose une indemnisation qu’en cas d’atteinte au droit de propriété. Or, dans le cas présent les entreprises ne sont pas propriétaire des terrains, pas plus qu’elles ne le sont des permis.

Les juges éventuellement saisis de cette question devront mettre en balance les intérêts privés liés à l’exploitation de ces gisements « non conventionnels » et la préservation de l’environnement constitutionnellement reconnu.

Cette annulation brandie par quelques entreprises est donc illusoire. En revanche, la rédaction actuelle de la proposition de loi peut servir par son ambiguïté à maintenir certains permis, le temps que la contestation faiblisse.

1 : 30. Fin de la discussion générale. La ministre de l’environnement confirme sa position. La discussion des articles commence sans espoir de trouver une solution consensuelle.

La loi ouvrira donc des portes que la mobilisation constante des élus et des citoyens doit pousser à refermer définitivement.

Si les socialistes veulent gagner en 2012

En politique le problème de la pensée, c’est qu’elle est souvent précédée d’une arrière-pensée… Et hélas, il n’est pas rare que l’arrière-pensée encombre, occulte et finisse même par dominer la pensée.

Ainsi le calendrier des primaires a depuis l’origine été conçu pour ne pas gêner une éventuelle candidature de Dominique Strauss-Kahn. Toute velléité de modification de l’agenda est immédiatement interprétée comme servant les intérêts de telle ou tel concurrent. L’expérience et l’analyse ne comptent pour rien. Les affinités supposées avec l’un ou l’autre, pour tout. Résultat : plus rien ne bouge. Pourtant si rien ne change, le candidat socialiste à la présidentielle ne sera pas désigné avant… un an.

Dans l’intervalle continueront de se succéder des conventions thématiques qui mobilisent péniblement un tiers des militants. Le Conseil National du PS lui même, peine à se motiver. Un petit quart de ses membres s’est déplacé pour voter sur le texte présenté par Benoit Hamon sur « l’égalité réelle »…

Tout se passe comme si ces vocalises programmatiques n’avaient d’autre vocation que de meubler le temps qui court jusqu’aux primaires. Au fond, personne n’est dupe, le projet socialiste ne sera pas porté de la même façon selon que le leader du PS s’appelle Dominique, Martine, François, Ségolène, Pierre, Manuel, Arnaud, Benoit, Jean-Louis… Les priorités financières, les grandes orientations, les principales propositions ne seront tranchées qu’avec le choix du candidat, sauf à considérer qu’il relève d’un simple casting.

L’automne social a bousculé les rythmes. Le mouvement sur les retraites a provoqué une accélération du temps politique. Le désir d’alternance est plus vif. La demande d’incarnation de l’alternative devient sensible. L’absence de candidat socialiste alimente les commentaires sur « le flou de la ligne ». Tant que le jeu n’est pas stabilisé, le PS apparaît comme un bateau opportuniste qui navigue habilement entre les écueils, mais sans se fixer de cap. Cet état de flottement a interdit aux socialistes de capitaliser dans l’opinion le rejet de la réforme des retraites. L’écriture du contre-projet, la prestation brillante sur France 2 de Martine Aubry ont été éclipsés par un sentiment d’incertitude : entre Dominique qui laisse entendre que l’âge légal à 60 ans n’est pas tabou et Benoit qui suggère que le retour aux 40 annuités de cotisation n’est pas impossible, les éditorialistes ont trouvé tout l’espace de leurs commentaires sur la division et les Français quelques raisons de douter de la crédibilité de la gauche.

Le parti socialiste SFIO est né au siècle dernier de la synthèse entre les principaux courants du mouvement ouvrier. La confrontation des différentes sensibilités est permanente, ce qui est plutôt la marque d’une vitalité démocratique. Mais, en la circonstance et en l’absence de chef, les expressions dispersées peuvent se transformer en un poison mortel. Les tensions palpables ces derniers jours sont appelées à se multiplier et risquent de transformer l’année 2011 en un long calvaire.

Dès lors, peut-on plaider pour une accélération du calendrier des primaires sans être hostile à DSK ? En vérité, la question devrait être renversée : Rend-on service à DSK en lui donnant la possibilité de ne faire de choix qu’au dernier moment ? Devenir président de la République suppose une rencontre avec le pays profond. Ce n’est pas faire injure au directeur du FMI que de rappeler que Washington n’est pas la France, et qu’il lui faudra prendre le temps de saisir le pouls de son pays, de le comprendre, avant de le convaincre. Pour l’emporter il faut aussi manifester aux Français l’envie de les servir. Une course de surplace pendant de longs mois encore, adresserait au contraire le signe d’une préjudiciable hésitation.

En 2006 le calendrier des primaires fût trop tardif. La candidate fut investie en novembre. Ce fût une erreur qu’il n’est pas obligatoire de reproduire. J’ai l’intuition que DSK n’est plus très loin de partager cet avis.