Hausse de Passe Navigo : jusqu’où ?

A la veille du second tour des élections régionales, Valérie Pécresse déclarait « Moi Présidente, je maintiendrai le passe Navigo à 70€ car je ne jouerai pas avec le pouvoir d’achat des Franciliens ».

6 mois plus tard en juin 2016, elle annonçait une hausse de 3€. Hier, c’est une nouvelle hausse de 2,20€ qui a été votée par la Région. En 2 ans, la hausse est de 7.5% !

Rappelons que dans le cadre des derniers projets de loi de finances, nous avions par amendement doté la région des ressources fiscales supplémentaires pour couvrir le coût du Passe Navigo. Cette nouvelle augmentation au-delà de l’inflation ne se justifie que par la volonté de la droite régionale de revenir progressivement sur une mesure de justice, notamment à l’égard des habitants de la grande couronne.

De quoi Donald Trump est-il le nom?

Les Américains ont voté. Leur 45ème président s’appellera Donald Trump. Les océans ne vont pas déborder, la terre ne va pas trembler, la grêle ne s’abattra pas sur les Etats-Unis d’Amérique. Mais cette élection que les sondeurs n’avaient pas anticipée nous interroge.

Qu’est-ce qui peut conduire un peuple à se choisir comme président un milliardaire qui se présente comme candidat anti-système? Qu’est-ce qui peut amener des femmes à voter pour un candidat aussi ouvertement sexiste que grossier? Qu’est-ce qui peut expliquer que le pays qui a élu Barack Obama lui choisisse un successeur aux accents xénophobes? Comment la plus grande démocratie du monde a-t-elle pu basculer dans le simplisme et la démagogie?

L’Amérique oubliée se venge curieusement de ses élites en désignant un affairiste, héro de la téléréalité. Surtout elle envoie à la maison blanche un candidat qui s’est engagé à détruire les outils de la protection sociale mis en place au cours de la mandature précédente (Obama care). Elle vote contre les démocrates qui ont renoué avec la croissance, et ont quasiment rétabli le plein emploi. Cette Amérique des déclassés adopte un projet fiscal qui consiste à financer par les déficits (que l’on finit toujours par payer) une baisse massive des impôts pour les tranches les plus élevées de l’impôt sur le revenu…

Les Américains souffrent d’une situation née des choix faits par les Républicains de G. Bush, (intervention en Irak, crise des subprimes) et choisissent de renvoyer les démocrates qui ont redressé le pays.

Si malgré ces paradoxes, Donald Trump a malgré tout emporté cette élection, c’est que certains déterminants de l’élection étaient plus puissants.
La volonté d’en découdre avec « le système » tout d’abord : Hillary Clinton, femme de Bill, président à deux reprises, elle-même ancienne secrétaire d’Etat incarnait une dynastie élective et l' »entre soi » d’une classe politique réputée coupée du peuple. Elle portait à son corps défendant, une forme d’immobilisme quand son adversaire portait la promesse de voir bouger les lignes.
La peur existentielle, ensuite : les mouvements migratoires, leur assimilation au terrorisme ou à la délinquance, provoquent partout à travers le monde les mêmes mouvements de repli.
La fragmentation de la population enfin : à la fracture entre communautés qui se jouxtent sans vraiment cohabiter s’est ajoutée la faille profonde entre les bénéficiaires de la mondialisation dans les grandes villes et l’Amérique profonde, plus rurale, péri-urbaine qui souffre.

Donald Trump s’est contenté de surfer sur ces vagues. Mais que vont découvrir ses électeurs? Que l' »establisment » n’a jamais été aussi bien représenté à Washington. Que la volonté affichée de ne pas respecter les engagements de la COP 21 conduirait à de des mouvements migratoires d’une ampleur inédite, liés à la désertification d’immenses territoires. Que loin de réduire les inégalités, le programme libéral de Trump conduira à leur exacerbation.

Peut-on extrapoler et tirer des leçons pour la France de ce qui vient de se produire outre Atlantique? La France est la France, et les analogies rapides sont souvent grossières. Il y a cependant un constat qui n’est pas limité aux Etats-Unis. Le monde occidental est traversé par une montée des populistes et de l’extrême-droite, en Autriche, en Allemagne, en Hongrie, en Angleterre, en Italie… comme dans notre pays. Ces mouvements se nourrissent des angoisses sans proposer de solutions viables. Les Britanniques ont choisi le Brexit et ce sont les leaders du NON qui se sont enfuis (Nigel Farage et Boris Johnson), embarrassés par leur propre victoire.

Et c’est là que réside notre responsabilité.
Répondre concrètement aux peurs ou à la colère, sans pour autant céder au simplisme ou à la démagogie.
Ne pas nous diviser pour ne pas ouvrir un boulevard aux vendeurs d’illusions.

Avec l’élection américaine, preuve est faite que rien n’est jamais écrit à l’avance. Le pire non plus n’est jamais sûr. Cela dépend de nous.

Olivier Faure

Hausse du pass Navigo, quelques commentaires…

Comme vous le savez, je suis l’auteur de l’amendement qui a permis de concrétiser à l’Assemblée le pass Navigo à tarif unique. La droite s’y est toujours opposée. Plus proche du modèle britannique que du modèle français, l’ex UMP a toujours souhaité rapprocher le prix des transports de leur coût réel et donc faire payer à l’usager la charge de sa mobilité.

Pressentant cependant l’impopularité de cette approche, Valérie Pécresse avait déclaré à la veille du second tour des élections régionales « Moi Présidente, je maintiendrai le pass Navigo à 70€ car je ne jouerai pas avec le pouvoir d’achat des Franciliens ».

A peine 6 mois plus tard, elle annonce le 20 juin une hausse de 15€ ! Finalement cette hausse a été ramenée à 3€. Or, l’Etat a doté la région des ressources fiscales nouvelles qui couvrent au-delà du surcoût présenté par Valérie Pécresse. Cela signifie que même l’augmentation de 3€ n’était pas indispensable.

A la région comme dans notre département, la droite fait ses choix. Ils sont chaque fois identiques : la mobilité des Franciliens est sacrifiée. A la région, volonté de revenir sur le tarif unique à 70€ ; au département, fin de la gratuité des transports scolaires. Chaque fois la conséquence est la même pour les familles et les salariés, c’est-à-dire moins de pouvoir d’achat.

J’entends souvent dire que les clivages politiques ont perdu de leur sens, que toutes les politiques se ressemblent, plus encore au niveau des collectivités locales. A l’aune des politiques de transport, je laisse chacun(e) juge de cette appréciation.

Tribune dans Libération – A trop se battre, nos cœurs vont s’arrêter

 

C’est l’histoire d’un bus qui fonce dans un mur. Un bus dans lequel chacun des passagers prétend vouloir être le pilote. Pendant que le premier tient le volant, le deuxième appuie sur l’accélérateur tandis qu’un troisième écrase le frein, qu’un quatrième actionne le clignotant droit pendant que le cinquième s’acharne sur le gauche… Avec pareil attelage, la seule probabilité de ne pas se fracasser contre le mur… c’est de ne même pas parvenir jusqu’à lui.

C’est l’histoire de dirigeants gagnés par l’ivresse quand l’époque devrait les conduire à la sobriété. C’est l’histoire de gens qui se regardent monter et tomber dans le miroir des sondages. C’est l’histoire d’enfants gâtés que rien n’oblige, qui se disputent le même jouet et qui, au bout du compte, n’en obtiendront chacun qu’un morceau, un lambeau.

C’est l’histoire de gauches qui se décrivent irréconciliables alors qu’elles sont parvenues à avancer ensemble à des époques où un mur les opposait. Cette primaire de toute la gauche, que tout le monde prétend vouloir mais que personne ne souhaite au fond, se déroule sous nos yeux : une primaire sauvage, sans règles, donc une primaire sans vainqueur. Nous assistons à la naissance d’une gauche darwiniste et wharolienne à la fois : que le plus fort gagne sa minute de célébrité. Au bout de cette épreuve de force se profile une faillite commune. Ce spectacle est aussi désolant que consternant. Les désaccords il y en a toujours eu. Mais le génie de ceux qui ont marqué l’histoire de la gauche a été de savoir la rassembler pas de l’écarteler, par la gauche ou par la droite, pour mieux se démarquer.

Il y a toujours de la place pour l’aventure individuelle. Dans un moment où le Président est affaibli par une impopularité chronique, où la gauche se fragmente dans la confrontation à l’exercice du pouvoir, où la droite est monopolisée par une primaire qui voie chaque grognard s’imaginer Bonaparte, tout semble devenu possible.

La vérité est, hélas, plus inquiétante. A ce jeu-là, la gauche est certaine d’être absente au second tour de l’élection présidentielle. Suivra un chef de l’Etat de droite qui pratiquera la «recomposition» pour mieux s’assurer de la disparition de la gauche, et c’est l’extrême droite qui s’imposera comme l’alternative au nouveau pouvoir. Qu’aurons-nous collectivement gagné de ce suicide ? C’est cette responsabilité que prennent tous ceux qui, nombreux, opposent, clivent, divisent. La recherche de l’unité n’est pas une option mais une exigence. La gauche, c’est l’éternelle dialectique entre le souhaitable et le possible ; abandonner ce dialogue, c’est renoncer soit à changer le réel, soit à viser l’idéal. Dans une époque où le buzz tient lieu de pensée, le seul vrai langage transgressif est celui qui fédère les cœurs de toute la gauche.

Sarkozy, chevalier sans surmoi et sans projet

Nicolas Sarkozy est entré en campagne. Dans son style habituel. Celui d’un acteur qui assure le spectacle quotidien. Toutes les 24 heures, il livre son lot d’images et de petites phrases à l’ogre médiatique.

Rien n’a changé depuis cinq ans, C’est le même manège qui est remis en mouvement. Avec les mêmes forains à la manoeuvre. Le tourbillon est organisé avec trois objectifs, le premier donner le sentiment de l’action, le second organiser le débat autour de lui, le troisième éviter le temps de l’évaluation en passant sans cesse d’un thème à un autre.

Pourtant son entrée en campagne n’a pas provoqué les effets escomptés. Sa progression est le résultat mécanique du retrait des Morin, Boutin, Nihous, pas le signe d’une dynamique.

Ses engagements, chacun en connaît désormais la valeur. Le voilà qui se met à promettre tout ce qu’il n’a pas tenu. Sans aucune gêne ni honte. Nicolas Sarkozy n’a pas de surmoi… Voilà que le président de l’austérité se déguise à nouveau en candidat du pouvoir d’achat. Le président des riches s’auto-proclame candidat du peuple. L’omni-président se fait chantre de la démocratie directe et de la proportionnelle. Le président bling-bling redécouvre les vertus du train, des visites d’usines et des déjeuners à la cantine…

Ses propositions sont improvisées. L’objet exact de ses référendums varie au gré des résistances qu’il rencontre. Il se renie sur le droit de vote des étrangers (auquel il se prétendait personnellement favorable), le mariage gay (il prétendait que l’on ne reprendrait pas deux fois la droite en flagrant délit de conservatisme), Qu’importe. Dans la civilisation du buzz, la seule unité de mesure est le bruit médiatique.

Nicolas Sarkozy sait qu’il a perdu la bataille de la popularité, alors il multiplie les provocations afin de ramener François Hollande à sa hauteur. Il tente d’entraîner son principal concurrent dans un corps à corps où les outrances verbales remplacent le glaive et le trident. Dans l’arène, il espère que l’esthétique du combat l’emportera sur le reste. Dans l’arène – rêve-t-il – il n’y a ni trahisons, ni bilan à assumer, il y a juste deux gladiateurs sans passé.

C’est pour ces raisons que François Hollande doit conserver de la hauteur. Refuser le « mano a mano ». Rappeler le bilan catastrophique du président sortant. Engager le débat, projet contre projet.

C’est pour ces raisons que les citoyens doivent exiger que le président-candidat livre son projet, et ses chiffrages pour que s’organise enfin un débat digne d’une présidentielle.

Cette fois les Français ne veulent pas d’un spectacle. Ils sont las du jeu politique.

Ils veulent comprendre, comparer et choisir. Les vrais candidats du peuple sont ceux qui lui permettent d’être souverain, pas ceux qui le manipulent en l’amusant et en lui cachant leurs véritables desseins.

Nicolas Sarkozy, héros sans direction et capitaine sans courage.

Dans une campagne, le candidat qui l’emporte est celui qui fixe l’agenda médiatique et impose ses thèmes de campagne. En 1995, Chirac prescrit le diagnostic de la fracture sociale ; en 1997 Jospin convainc que tout n’a pas été fait pour créer des emplois ; en 2002 Chirac se fait réélire sur le thème de l’insécurité ; en 2007 Nicolas Sarkozy gagne sur la promesse du « travailler plus pour gagner plus ».

Le président-candidat est aujourd’hui dans une posture délicate. Son bilan médiocre lui ferme à peu près tous les terrains ; Il a donc entrepris de manière méthodique une opération pour tenter de fermer progressivement tous les sujets délicats. Il pense que le long feuilleton DSK interdit à la gauche de prendre l’avantage sur le terrain de la moralité et de l’exemplarité. Il cherche désormais à circonscrire le débat économique et social.

La crise de la dette (dont il est largement responsable avec les 75 milliards de cadeaux fiscaux sur 5 ans) est si contraignante qu’elle dicterait une politique unique. Les caisses de l’Etat étant vide, il n’y aurait d’autre action crédible que de poursuivre sur une ligne d’austérité.

Le débat ne serait donc plus sur la nature de la politique à conduire, mais sur les capacités personnelles du chef capable de mener la seule politique possible, la sienne.
Nicolas Sarkozy incarnerait selon ses supporters, la figure emblématique du « capitaine qui tient ferme la barre dans la tempête ». Dans un monde en crise, qui pourrait se passer d’une telle force de caractère et d’une expérience aussi précieuse ? Trente ans après Valéry Giscard d’Estaing qui faisait coller sur les murs, « il faut un président à la France », la droite bégaye : pour être président, il faudrait avoir été président…

Nicolas Sarkozy ne s’arrête pas à cet emprunt au président battu de 1981. Il y a trois décennies, la droite tentait d’effrayer les honnêtes gens en diabolisant les alliances nouées par François Mitterrand : si – par malheur – la gauche devait gagner, les chars de l’armée rouge défileraient bientôt place de la Concorde… Les communistes ont été remplacés par les Verts dans l’imaginaire de l’UMP : Si la gauche gagne en 2012, c’est Eva Joly qui défilera le 14 juillet place de la Concorde avec son cortège de chômeurs tout droit venus des centrales nucléaires, fermées dans l’euphorie d’une nuit de victoire.

Toujours les mêmes ressorts. D’un côté ceux de la peur qu’il faut suggérer. De l’autre développer le culte d’un chef qui détiendrait seul les clés du destin national.

Les saillies répétées depuis quelques semaines par les chevaux légers de l’UMP poursuivent le même objectif. François Hollande ne serait pas taillé pour la fonction, maître de l’hésitation, il serait incapable de fixer le cap, contrairement au grand timonier qui excelle dans la fonction depuis cinq ans…

Ces attaques sont cocasses, parce qu’en matière d’hésitations, d’allers retours incessants, de contradictions, Nicolas Sarkozy se pose en champion toutes catégories. Plus grave, il n’apprend pas de ses erreurs, et préfère se réfugier dans un confortable déni qui en politique porte le nom d’irresponsabilité.

Capitaine sans vision, seul le guide son inaltérable désir de durer. Il ne navigue pas, il bouge. Et s’il s’égare, c’est toujours de la faute des autres. Il s’oriente plein nord quand il faudrait aller au sud, c’est la faute des courants ! Il fait hisser la grand voile, ordonne de la doubler de la bonnette lorsqu’il faudrait affaler et sortir le foc, c’est la faute du vent ! le navire dessale, gîte, chavire, pendez le mousse !
Le pays est en « faillite » annonce le maître d’équipage, le capitaine Sarkozy multiplie néanmoins les cadeaux fiscaux aux plus riches et creuse la dette que paient tous les autres. La croissance est en berne, il déclenche une vague de plans d’austérité. La compétitivité des entreprises est menacée, il diminue les crédits de l’éducation tandis que tous les pays émergents investissent au contraire massivement dans la formation de leurs jeunes.

Nicolas Sarkozy n’a cessé de naviguer à contre-courant et pour se justifier, sa langue est devenue la contre-vérité.

Lorsque les passagers s’inquiètent, il dénonce ceux qui l’ont précédé à la barre. La droite est depuis 10 ans au pouvoir et il en est encore à se défausser sur le bilan de la gauche. Courage, fuyons !

Le courage ce serait de reconnaître une politique fiscale injuste qui a privé le pays de recettes pendant cinq ans et contribué à amplifier la crise de la dette. Le courage ce serait aujourd’hui de résister à Madame Merkel lorsqu’elle entraîne l’Europe dans une politique qui conduit à un cycle infernal austérité/Baisse de la croissance/déficits/nouveaux plans d’austérité… Le courage ce serait d’affronter ses clientèles électorales pour les appeler enfin à plus de solidarité. Le courage ce serait de cesser d’opposer et de diviser les Français, Le courage ce serait de lutter non seulement contre Marine Le Pen mais aussi contre ses idées et d’interrompre la folle surenchère de M. Guéant. Le courage, ce serait de ne pas se dédire sur le droit de vote des étrangers aux élections locales. Le courage…

Les thuriféraires du président s’indigneront de ces lignes. Je les entends déjà vanter le flamboyant Sarkozy du Zénith de Toulon qui propose à son peuple, du sang, de la sueur et des larmes.

Le courage du président consisterait donc à venir demander aux Français d’assumer ses erreurs, sans même avoir à énoncer un regret…

Je maintiens donc. Nicolas Sarkozy est un héros sans direction et un capitaine sans courage.

Histoire d’une manipulation

Lundi 18 juillet. Il est un peu moins de minuit. Mon téléphone sonne. Mon correspondant, très contrarié, m’annonce la Une du Figaro du lendemain.

Sur la première page s’étale en lettres blanches sur photo couleur un titre qui tente de faire la part belle au sensationnel : AFFAIRE BANON-DSK, FRANCOIS HOLLANDE VA ETRE ENTENDU.
Bigre ! La Une pour un accusé innocent, cela peut arriver, mais la réservation de la manchette pour annoncer l’audition d’un témoin secondaire, relève moins de la liberté d’informer que de la volonté de nuire.
Le journal de Serge Dassault s’est fait une nouvelle spécialité de Unes aussi « trash » qu’approximatives (voir post DSK saison 2). Les journalistes du Figaro se plaignent discrètement de ces choix de titraille qu’ils subissent. L’article lui-même n’apporte rien que nous ne connaissions déjà.

J’appelle François qui vient de rentrer de Nice. Je l’informe et lui raconte ma discussion avec mon correspondant (dont chacun comprendra qu’il souhaite demeurer anonyme) : « Qui dispose de ces informations alors que nous sommes dans le cadre d’une enquête préliminaire et que les policiers travaillent sous le contrôle du seul parquet  » ? En posant cette question mon interlocuteur suggère de dénoncer l’instrumentalisation d’une procédure judiciaire à des fins politiques transparentes. Les fuites font état d’une convocation en septembre, c’est-à-dire dans la dernière ligne droite avant le scrutin des primaires socialistes…. Faut-il sortir les trompettes et faire donner l’assaut, dénoncer le trajet trop clair de la Chancellerie vers le grand quotidien de la droite française ?

François me laisse parler. Il me demande mon avis. Je lui donne. Sa voix ne laisse apparaître aucune exaspération. Juste peut-être une pointe de lassitude. Il a tranché. Ne pas répondre à la grossièreté par une polémique. Mais comment résister à cette spirale infernale qui, progressivement, substitue les débats de prétoires au débat politique? Parfait connaisseur des cycles médiatiques, François sait déjà que sa journée du lendemain sera une journée blanche. Une journée foutue. Parasitée par la reprise du Figaro. Une journée au cours de laquelle il n’aura d’autre choix que de répondre des suites d’un échange – 8 ans plus tôt  – lorsqu’il était premier secrétaire du PS.

A Dijon où il se rendait, les micros se sont tendus comme prévu pour évoquer la question du jour. François Hollande a répondu « ça suffit », qu’il se rendrait à la convocation des policiers, et que le plus tôt serait le mieux.

Que lui demanderont-ils alors ? Que pourra-t-il leur répondre sans risque de se répéter ? Un premier secrétaire n’est pas un magistrat, un confesseur, un psychiatre, un policier. De la vérité, il n’est pas juge. Il n’en a ni les moyens ni la fonction. Il ne peut offrir que sa propre humanité. Ce qu’il fit. Cela vaudrait peut-être la Une du Figaro…

Pourquoi Nicolas Sarkozy n’a pas voulu abandonner le débat sur l’Islam

Les résultats des cantonales sont tombés comme un désaveu pour l’UMP. Le discours de Grenoble, la déchéance de la nationalité, les expulsions de Roms, les bateaux de Chantal Brunel pour les réfugiés méditerranéens, les clins d’œil répétés de Claude Gueant au FN, aucune de ces initiatives n’est venu enrayer l’érosion du parti présidentiel. L’extrême-droite n’a jamais été aussi forte et pour la première fois le FN parvient à progresser sensiblement entre les deux tours d’un scrutin. Tout appelait le Président de la république à renoncer au débat sur l’Islam et la laïcité comme l’y invitait lundi son porte-parole, François Baroin. Nicolas Sarkozy a choisi de le maintenir, au prix d’une crise avec son premier ministre et une partie de sa majorité. Pourquoi ?

L’hypothèse du monarque enfermé dans sa tour d’orgueil relève de la psychologie de comptoir. Nicolas Sarkozy compose avec les éléments lorsqu’ils s’imposent à lui. Il ne souhaitait pas reconduire François Fillon à Matignon, il s’y est résolu en septembre.

Ce qui apparaît de prime abord comme une décision irrationnelle est une décision murie. L’abandon du débat sur l’Islam contredirait tout simplement sa stratégie de reconquête pour l’élection présidentielle.

Celle-ci a pour fondement une  double analyse :

1.    Les sujets économiques et sociaux sont désormais minés pour le « candidat du pouvoir d’achat » devenu « président du bouclier fiscal ». Ce terrain est réputé favorable à l’adversaire. Il faut donc déplacer le débat sur le plan idéologique. Le candidat qui impose ses thèmes de campagne prend toujours l’avantage.

2.    L’opinion de droite opère un glissement progressif sur sa droite sous l’influence de Marine Le Pen. Ce sont ces voix qu’il faut reconquérir. Il faut parvenir à la fusion des électorats FN et UMP.

Le discret conseiller du Chef de l’Etat, Patrick Buisson est sorti de sa réserve en accordant une interview à Paris Match cette semaine. De manière transparente il évoque la clé d’une réélection de Nicolas Sarkozy, la reconquête des milieux populaires dont il suppose qu’ils sont particulièrement perméables aux discours sur l’immigration et la sécurité. Il oppose les élites accusées de « prolophobie » aux sans grades. Le populisme est assumé sans fard. Les pauvres sont présumés racistes, donnons leur les signes qu’ils attendent.

L’éminence noire de Nicolas Sarkozy préfère évoquer les classes populaires plutôt que les Français de plus de 65 ans qui constituèrent le véritable atout maître de la victoire de la droite en 2007 (seule catégorie d’âge dans laquelle N. Sarkozy fut majoritaire devant S. Royal). Mais pour les uns comme pour les autres, l’argumentaire est le même. Nicolas Sarkozy est le président protecteur contre toutes les invasions.

Patrick Buisson annonce un plan de bataille en trois points : plus de fermeté sur l’immigration, un code de la laïcité, une loi dite de réhabilitation du travail et qui aurait pour objet de réserver aux Français le RSA et le RMI…

La proximité avec les thèmes de campagne de Marine Le Pen est confondante. Elle n’est pas fortuite. Sur le plan électoral, Nicolas Sarkozy prend un risque, celui de conforter l’original au détriment de la copie. Mais Nicolas sarkozy croit pouvoir gagner à tous les coups. Soit Marine Le Pen devance le candidat PS au 1er tour et c’est un nouveau 21 avril qui lui assure la victoire. Soit la présidente du FN n’est pas qualifiée pour le second tour et il lui sera alors nécessaire de s’assurer un report massif des voix du FN.

Cette stratégie est aujourd’hui contrariée par la multiplication de sondages qui anticipent une éventuelle élimination de Nicolas Sarkozy dès le 1er tour et l’implosion de sa majorité qui se refuse pour partie à piqueniquer avec l’extrême-droite.

Pourquoi j’écris à Chantal Brunel

En 2007 il s’en est fallu de peu pour que Chantal Brunel ne soit pas élue. Si les communes de gauche avaient connu une participation similaire à celles de droite, le score se serait inversé. Ce fut une belle bataille. Aucun socialiste n’a hélas gagné en Ile de France contre un député sortant de droite. Mais dans cette seule circonscription de Seine et Marne, le résultat de 2007 fut supérieur à celui de 2002.
Je n’en ai conservé aucune amertume. Faire de la politique exige d’accepter la victoire comme la défaite. Seul le peuple est souverain.
Depuis j’ai été nommé secrétaire général du groupe socialiste à l’Assemblée Nationale. J’ai à ce titre croisé régulièrement Chantal Brunel dans les couloirs du Palais Bourbon avec laquelle les relations ont toujours été courtoises. J’ai sur ce blog évité de personnaliser le combat droite-gauche en le transformant en un débat permanent avec la députée de la 8e circonscription.
Mais ses insupportables déclarations sur l’immigration m’ont tellement indigné que je suis sorti de cette réserve. Ces propos ne sont pas une énième gaffe de l’ancienne porte-parole de l’UMP. Elle a choisi de les confirmer sur son blog. Ils sont le fruit d’une réflexion cynique sur les moyens de conserver une circonscription (qui a pourtant été redécoupée sur mesure). Curieuse coïncidence, un sondage privé réalisé par Opinionway vient d’être réalisé dans la circonscription. De là à y voir un lien de cause à effet…
En 2007 Chantal Brunel a pratiqué une campagne flattant tous les communautarismes poussant la sophistication jusqu’à faire traduire sa profession de foi dans certaines langues d’origine de nos concitoyens. Elle a entretenu les amalgames les plus douteux pour capter le vote de celles et ceux qui, boat people, ont fui le communisme Vietnamien, Cambodgien ou Chinois. Aujourd’hui c’est la même qui suggère de renvoyer à la mer les réfugiés des rives sud de la Méditerranée. Cette fois, c’est trop.
Laurent Wauquiez a dérapé voici quelques jours en évoquant les « racines » de DSK. Il a depuis cherché à corriger le tir et a annoncé qu’entre la gauche et l’extrême-droite, son choix se porterait toujours sur le républicain. On aimerait être certain qu’il en est de même pour Chantal Brunel. C’est le sens de la lettre que je viens de lui adresser et dont vous pourrez lire ci-dessous le contenu :

« Madame la députée,

Vous avez choqué la France entière par vos propos : « il faut rassurer les Français sur toutes les migrations de populations qui viendraient de la Méditerranée. Après tout remettons-les dans les bateaux » ! Le Premier Ministre, François Fillon a lui même dû intervenir publiquement pour désapprouver vos déclarations.

Votre expression est d’autant plus scandaleuse qu’elle a pour arrière-pensée transparente votre volonté de venir pêcher dans les eaux troubles du FN. « Marine Le Pen n’a aucune solution à proposer, nous on doit montrer qu’on a des solutions » avez vous ainsi ajouté.

Depuis sur votre blog, loin de vous excuser, vous avez confirmé : « le sens de mes paroles ne change pas ».

Votre course-poursuite avec l’extrême-droite ne peut qu’inquiéter.

La politique que vous soutenez conduit au désordre en poussant les Français les uns contre les autres. L’instrumentalisation du débat sur l’Islam a provoqué la réaction vive du président du Conseil des démocrates musulmans de France.

La surenchère sécuritaire qui a fait suite au discours de Grenoble du président de la République a indigné jusqu’aux centristes de votre majorité qui ont refusé de voter la déchéance de la nationalité. Le Conseil Constitutionnel, hier soir, dans une décision d’une sévérité inédite a lui même censuré les articles majeurs de la loi sur la sécurité intérieure que vous avez votée sans sourciller.

Nos concitoyens ont le droit de savoir où les conduira vos dérives puisque comme députée, vous intervenez non pas à titre personnel, mais en leur nom.

Aussi je vous demande instamment de vous prononcer à l’instar de vos amis Nathalie Kosciusko-Morizet ou Laurent Wauquiez qui, eux, ont clairement refusé toute ambiguïté vis-à-vis de l’extrême-droite. Dans l’hypothèse d’un second tour entre un candidat socialiste et un candidat FN, quelle sera votre attitude ? Pour qui appellerez-vous à voter ?

En 2002 les électeurs de gauche ont accordé leurs suffrages à Jacques Chirac pour éviter une nouvelle progression catastrophique de l’extrême-droite. Aujourd’hui la responsabilité est dans votre camp. Nous attendons de vous que vous soyez à la hauteur.

Salutations républicaines,
Olivier Faure »