L’heure bienvenue de la « synthèse »

Dans quelques heures, tout sera terminé. Les Français seront de nouveau invités à se rendre aux urnes et ils désigneront  le/la candidat-e des socialistes à l’élection présidentielle.

La journée de vendredi aura été la plus tendue. Les mots échangés n’auront pas toujours été ce que les socialistes produisent de meilleur. Le rassemblement est une discipline de tous les instants. On a beaucoup raillé le goût de François Hollande pour la synthèse. A tort. Depuis Jaurès et Guesde, la « vieille maison » est turbulente et il faut l’ingéniosité de l’horloger pour que chaque rouage entraine le suivant sans gripper. Chaque élément est indispensable à l’ensemble, à la condition de veiller à toujours les organiser.

François Hollande a refusé ce matin d’entrer dans une « escalade » et d’entretenir un « mauvais feuilleton ». Comment ne pas lui donner raison ? Après dimanche, il y aura lundi. Il y a des millions de femmes et d’hommes qui attendent et espèrent de la gauche un changement profond. Instinctivement ils savent que nous ne pouvons gagner qu’unis.

Le temps est venu de laisser les querelles subalternes et de se rassembler. Arnaud Montebourg a annoncé aujourd’hui qu’il votera dimanche pour François Hollande. Comme Ségolène Royal, Manuel Valls ou Jean-Michel Baylet, il a défendu sa singularité au premier tour. Sans rien abandonner de ses engagements, il a fait un choix, en responsabilité. Cela ne suppose aucun grand écart de sa part comme grince la droite. La démocratie n’enferme pas chacun dans sa radicalité. Elle permet de défendre une identité sans se couper de la nécessité de rechercher une majorité.

Il est bientôt minuit, le fond de l’air s’est rafraichi, mais il fait encore doux pour la saison. Le rythme des voitures dehors s’est ralenti. La ville s’apaise. Les tensions retombent. La nuit recouvrira les fureurs du jour. Tant mieux. Dès lundi commence la vraie bataille. Celle qu’une majorité de Français ne nous pardonnerait pas de perdre.

Le rêve français de François Hollande

« Le rêve français », discours et entretien, sera en librairie à partir du 25 août prochain.

Etre « l’homme d’un discours » est à la portée de beaucoup. Affaire de circonstances. Affaire de mots qui saisissent opportunément nos maux.

Qui ne s’est reconnu dans ceux de Chirac en 2002 lorsque au sommet de la terre à Johannesburg, il déplorait que la « maison brûle » tandis que nous « regardons ailleurs » ? Qui n’a ressenti une sincère fierté lorsque Villepin lors de la crise irakienne en 2003, évoqua à la tribune de l’ONU « un vieux pays, la France, d’un vieux continent » qui souhaitait donner la priorité au désarmement dans la paix ?
Nicolas Sarkozy lui-même suscita l’adhésion lorsqu’en 2008 à Toulon il proposa de « refonder le capitalisme » et de sanctionner « les responsables du naufrage » financier.

Chacun sait ce qu’il est advenu depuis de ces mots : La maison continue de brûler et l’urgence écologique est renvoyée à des jours meilleurs ; nous ne sommes pas partis en Irak mais nos soldats continuent de mourir en Afghanistan ; les promesses de régulation du capitalisme n’ont pas connu de suite, les contribuables ont sauvé les banques, mais ce sont elles qui aujourd’hui spéculent contre les dettes des Etats…

Dès lors pourquoi accorder du crédit au « rêve français » dont le sommaire est composé aux deux tiers de la compilation des discours prononcés par François Hollande depuis deux ans ? Qu’est-ce qui distingue un discours de ses semblables ? Pourquoi accorder du crédit à un auteur et pas aux autres ?

C’est tout l’intérêt de ce livre. François Hollande n’est pas l’homme d’un discours, il est l’homme d’une cohérence et d’une continuité. Là où Nicolas Sarkozy navigue ballotté par les vents, un jour chantre des subprimes à la française, le lendemain thuriféraire de la régulation, François hollande maintient son cap. De réunion en meeting, il ne varie pas. La crédibilité c’est quand la parole prononcée devient une parole qui marque et qui engage.

De François Hollande, il est possible de contester le chemin, mais force est de lui reconnaître une constance et une vision.

La période estivale marquée par la crise de la dette, le retour du débat fiscal et l’impatience de la jeunesse lorsqu’elle est privée de perspectives (des indignés espagnols, aux déclassés de Tottenham en passant par les jeunes arabes qui de Tunisie en Syrie rythment l’été arabe) donnent un relief particulier à ce que François Hollande répète inlassablement.

Que dit-il depuis plusieurs années ?

La dette pèse d’un poids insupportable. Elle grève nos marges de manœuvres d’aujourd’hui et menace les générations qui viennent. Elle est une donnée incontournable du débat public. Changer la réalité suppose de la regarder en face.

Pour retrouver des moyens de financer l’action publique, d’assurer l’objectif de justice et résorber le poids des déficits, il faut une ample réforme fiscale qui valorise l’effort, le travail, l’investissement, la recherche et pénalise la rente.

Dans un contexte budgétaire tendu, il faut se tenir à une priorité. François Hollande a fixé celle de la jeunesse. Pour chaque acte gouvernemental demain, la question des jeunes sera posée comme préalable. Parce que la promesse républicaine c’est de permettre à chaque nouvelle génération de vivre mieux que la précédente. Parce que s’appuyer sur la jeunesse c’est la seule façon de rester compétitifs face aux pays émergents qui ont déjà fait ce choix.

Plus largement, François Hollande revient dans son livre sur sa conception de la gauche, de la République, de la France, qu’il replace dans le fil de notre Histoire : « La France n’avance que quand elle est portée par une grande ambition. Je propose de reprendre ce rêve français, celui qui a été ébauché par l’esprit des Lumières au XVIIIe siècle, celui qui a été dessiné par les révolutionnaires en 1789, ce rêve qui s’est affirmé dans la fondation de la République, qui s’est élargi et renouvelé avec la Résistance et au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Ce rêve qui a pris une forme nouvelle avec la victoire de François Mitterrand en 1981. Ce rêve de progrès, d’égalité, de justice, ce rêve de partage, ce rêve de force collective et de destins individuels qui s’unissent pour faire la France. »

François Hollande n’écrit pas à partir d’une page blanche. Il ne cherche pas les ruptures artificielles. Il ne joue pas les hommes providentiels. Le monde change, les problèmes changent, la gauche doit changer. Mais l’inspiration demeure celle du rêve français. On ne s’égare jamais à creuser son sillon dans les traces des meilleures moissons.

Comment François Hollande a constitué son équipe

Depuis de très longs mois, François Hollande sillonne la France. S’est-il d’ailleurs un jour interrompu ? Longtemps dans le minuscule bureau de Brigitte qui préparait ses déplacements, les visiteurs sont tombés nez à nez avec une carte de France transpercée de centaines d’épingles figurant chacun de ses séjours…
De ces milliers de rencontres François Hollande a tiré une connaissance intime de la France et des français. C’est en allant vers eux qu’il a puisé l’énergie d’une candidature et l’intuition des priorités à mettre en œuvre.

Lassé par les combats d’appareil après le congrès de Reims, l’ancien Premier secrétaire a entrepris une quête qui fut d’abord solitaire. A sa table le mardi, nous n’étions guère plus d’une dizaine, plus soudés par l’amitié que par une très improbable ambition. Et sur cette dizaine, il était probablement le seul à imaginer la fin d’une traversée du désert.

Souvent l’un d’entre nous s’indignait de l’injustice des commentaires. Après avoir conduit et uni les socialistes pendant plus de dix ans il était rendu responsable de tous leurs maux. Les victoires à toutes les élections intermédiaires, la reconstruction après 2002, tout avait été oublié. Les arguments les plus contradictoires furent utilisés. Les premiers critiquaient un supposé goût immodéré pour la synthèse, les seconds lui reprochaient au contraire de ne pas l’avoir recherchée en 2005 lors du référendum européen. Pour les uns trop consensuel, pour les autres trop clivant…
Jamais il n’a souhaité relever. François Hollande n’est pas homme à s’épancher ni à se plaindre. Plutôt du genre à relever le défi. A sa façon. Sans fanfare.

Le 21 avril 2002, j’étais assis à côté de lui sur les marches de l’Atelier de campagne. Nous étions abasourdis par le double coup de tonnerre du résultat et du départ de Lionel Jospin. Progressivement dans la soirée les journalistes se sont attroupés autour de lui. C’est à travers leur regard et leurs questions que je l’ai vu prendre conscience de sa nouvelle responsabilité. Il a ployé, puis il s’est redressé.

Cette fois encore, François est reparti à la conquête. Après avoir longtemps, trop sans doute, porté la parole des autres, il s’est remis au travail. A son compte cette fois.
L’homme que l’on décrit comme habile – il l’est – est d’abord doté d’une solide cohérence. Dans un monde politique où les positionnements successifs ne lassent de surprendre, il est resté attaché aux fondamentaux de la gauche réformiste. Au moment où tous les regards se tournaient vers Tony Blair ou Gerhart Schröder, il a maintenu le cap. Après les défaites présidentielles, lorsque la tentation de rompre avec l’esprit majoritaire, celle du repli protestataire, gagnait les esprits, il a maintenu le cap. Lorsque le PS s’est déchiré en 2005, il a maintenu l’unité sans laquelle toute espérance se serait définitivement évanouie.

Son patient travail a d’abord été repéré par quelques éditorialistes, étonnés de cette métamorphose physique autant qu’intellectuelle. Et puis, magie de la politique, Sa voix a commencé à porter. Comme Mitterrand, comme Chirac, comme Sarkozy, le chemin vers la présidence de la république a commencé dans le mépris. C’est peut-être le parcours initiatique. Celui d’un homme libre qui doit se confronter à sa propre vérité avant de la faire partager au peuple français. C’est peut-être oublié des siens que l’on se rend plus disponible pour entendre les souffrances silencieuses, évaluer les douleurs profondes et mesurer aussi les atouts d’un pays.

Le 12 juillet, François Hollande a confirmé son engagement dans le combat présidentiel. Il a choisi une équipe. Avec celles et ceux qui ont partagé le pain noir, avec celles et ceux qui – après l’avoir parfois contesté – ont jugé qu’il incarnait cette gauche qui change. Cette gauche qui, parce qu’elle s’est changée elle-même est maintenant prête à changer la vie. Cette gauche qui parce qu’elle a tiré la leçon de ses défaites peut désormais envisager la victoire.

C’est une équipe composée sans trébuchet. Elle allie les forces de femmes et d’hommes choisis pour leurs compétences. Connus ou inconnus du grand public. Tous savent que leur présence a pour unique objet d’accompagner une candidature, sans autre promesse que celle d’une possible victoire de la gauche après trois défaites successives.
Pierre Moscovici animera un groupe qui comprend parmi les meilleurs sur leurs sujets. Michel Sapin, ancien ministre des finances, Jérôme Cahuzac, président de la Commission des finances, Marisol Touraine, experte incontestable des affaires sociales, André Vallini, spécialiste de la justice et ancien président de la commission Outreau, Aurélie Filipetti militante engagée du développement durable, Vincent Peillon, député européen et agitateur d’idées prolifique, François Rebsamen qui fut conseiller de Pierre Joxe à l’Intérieur avant de conquérir le cœur des dijonnais, Bernard Roman, ancien président de la Commission des lois à l’Assemblée, Victorin Lurel, parfait connaisseur de l’outre-mer et président du CR de Guadeloupe, Nicole Bricq infatigable rédactrice de propositions de loi préfigurant une politique économique alternative, Karine Berger, économiste, François Patriat, véérinaire devenu ministre de l’agriculture, Julien Dray, vice président régional chargé de la culture…
A côté des figures les plus médiatiques, comme celle de Gérard Collomb, maire de Lyon, il y a ces nouveaux visages, celui de quadragénaires comme Thierry Repentin, président de l’Union sociale pour l’habitat qui fédère le mouvement HLM, Geneviève Fioraso députée de l’Isère et ancienne dirigeante d’une PME innovante, Vincent Feltesse, jeune président de la Communauté Urbaine de Bordeaux, Jean-François Debat, vigoureux maire de Bourg en Bresse, Sylvie Guillaume fraiche députée européenne investie dans la coopération, Christophe Sirugue, spécialiste de l’insertion et nouveau maire de Chalon, Pascal Terrasse député et membre du Conseil d’Orientation des retraites, Vincent Eblé, président du CG 77 grand connaisseur des collectivité locales, Emeric Bréhier, constitutionnaliste, Bernadette Laclais, première femme maire de Chamberry…
Il y a ceux qui – sans la revendiquer – illustrent la diversité des parcours et des origines, Faouzi Lamdaoui, Safia Ottokoré, chargés de la presse, Kader Arif, chargé de l’Europe, Cécile Ha Minh Tu, chargée de l’industrie, Nisrine Zaibi, chargé de la jeunesse…
Sans oublier les talents prometteurs de têtes bien faites comme celles des trentenaires Manuel Flam (Essec, Sc Po, Ena) Mathias Fekl (normale sup, sc Po, Ena) qui ont coordonné les travaux des experts ou Rémi Branco (IEP) qui a éclairé les pas de François Hollande sur la question centrale de l’avenir de la jeunesse ou encore Benjamin Griveaux, vice-président du Conseil général de Saône et Loire…

A la source de ce fleuve qui est appelé à connaître d’autres confluents, il y a Stéphane Le Foll, compagnon des bonnes et des mauvaises heures dont les qualités d’organisateur sont indispensables à la victoire. Il y a le très diplomate, Thierry Lajoie qui coordonne le cabinet de François composé de militants dévoués dont les noms n’apparaissent dans aucun organigramme, mais dont la présence a été indispensable tout au long de l’aventure.

Et puis François m’a confié la communication. Sans doute parce que je ne suis pas un « communiquant ». Parce que, pour lui, la forme n’a jamais emporté le sens, ni le marketing remplacé les idées. Parce que nous partageons et revendiquons cet archaïsme : la politique ne sera jamais un « produit » et les citoyens des consommateurs.

NB : pour voir l’organigramme complet de l’équipe : rv sur francoishollande.fr

Le 20 mars c’est le tour de Julie !

En juin 2007, à Champs sur Marne et Emerainville, vous m’avez accordé une majorité de suffrages. Aujourd’hui je vous demande de soutenir la candidature de Julie Gobert pour les élections cantonales.

Julie est urbaniste, elle connait ce canton comme sa poche. Elle y a grandi. Elle y a ses amis. Ses parents. Julie est une jeune femme opiniatre, volontaire, travailleuse. Elle sait s’engager. Elle ne fait rien à moitié. Si vous lui accordez votre confiance, vous aurez l’assurance de pouvoir compter sur une élue de terrain qui défendra quotidiennement les intérêts de notre département et de notre canton.

La politique a besoin de se renouveler. Elle a besoin de nouvelles personnalités qui apportent leur regard et leur énergie. Les assemblées comportent trop d’élus blasés pour lesquels tout a déjà été tenté ou réalisé. Nous avons besoin de faire entrer de nouvelles compétences, d’ouvrir les portes et fenêtres, de faire entrer un vent d’air frais. Julie est tout cela.

Il ne reste que quelques heures pour convaincre vos amis, voisins, parents d’aller voter dimanche prochain. Aidez nous à convaincre. Chaque scrutin est important. Je ne vous ferai pas le couplet sur tous ces peuples qui se battent au péril de leur vie pour justement obtenir ce droit de choisir par leur bulletin leur avenir, mais quand même…

Vous n’avez pas entendu parler des cantonales? Normal… Le gouvernement a oublié  les habituelles campagnes civiques d’appel au vote. Pourquoi? Parce qu’il pressent que pour ce dernier scrutin avant 2012, les Français ne sont pas disposés à lui accorder leurs encouragements. Les candidats de l’UMP ont rangé leur casaque et remisé les photos avec Nicolas Sarkozy.

Julie a mené une campagne tambour battant. Elle a accumulé les échanges en porte à porte, distribué devant les boulangeries, les RER… Elle est prête.

A nous de jouer maintenant.

Etre ou ne plus être… L’euthanasie au Parlement

La vie et la mort s’invitent au Parlement. Au cours des prochains jours seront débattus au Sénat une proposition de loi légalisant l’euthanasie et à l’Assemblée un projet de loi sur la bioéthique. Les consciences de chacun seront mobilisées, mais pas uniquement. Il s’agit moins de faire appel aux convictions profondes et aux ressorts intimes de chacun, que de réfléchir à la société dans laquelle nous voulons vivre.

Je reviendrai dans les prochains jours sur les débats bioéthiques (recherche sur l’embryon, anonymat du don de gamètes, procréation médicalement assistée, gestation pour autrui, transfert d’embryons post mortem).

La mort s’est invitée la première dans le calendrier législatif. C’est en réalité la seconde fois que le débat a lieu au cours de cette législature. Le 19 novembre 2009, une proposition de loi déposée par la quasi totalité du groupe socialiste proposait un « droit de finir sa vie dans la dignité » pour les malades « en phase avancée ou terminale d’une affection grave et incurable, infligeant une souffrance physique ou psychique qui ne peut être apaisée » et qu’ils jugent « insupportable ». Son dispositif était proche de celui que propose aujourd’hui la commission des lois du Sénat. Un collège de praticiens vérifie le caractère libre, éclairé et réfléchi de la demande. Si tel est le cas, l’aide active à mourir a lieu dans les deux jours, l’intéressé pouvant évidemment et à tout moment rétracter sa demande.

François Fillon, dans une tribune publiée dans le Monde daté du 25 janvier, entre de manière inédite dans le débat pour affirmer son opposition à la légalisation de l’euthanasie. C’est parfaitement son droit, et c’est même son honneur de ne pas l’esquiver. En la matière, le législateur doit œuvrer avec responsabilité. Les cas doivent demeurer exceptionnels, l’encadrement de cette pratique doit être stricte, toutes les garanties doivent être prises pour que la pression sociale, familiale, le sentiment de devenir une charge, n’emportent pas la décision du malade. Tous les moyens sédatifs, palliatifs doivent être proposés. Le Premier Ministre nous alerte sur la situation belge où les cas d’euthanasie seraient passés de 24 à 822 en sept ans. Il fait bien.

Là où l’argumentation de François Fillon s’affaiblit c’est lorsqu’il admet être « à titre personnel, hostile à la légalisation d’une aide active à mourir ». Et d’ajouter « ce n’est pas ma conception du respect de la vie humaine et des valeurs qui fondent notre société ». Le lisant, je me demande ce qui motive son refus : sa conception personnelle de la mort ou les valeurs qui fondent notre société ? Chacun appréhende le suicide, la souffrance, la dépendance en fonction de ses croyances. Dès lors qu’elles n’ont pas à être supportées par un tiers, elles sont toutes légitimes et doivent être respectées.
C’est précisément ce qu’organise le principe de laïcité qui est au fondement de notre République. Et c’est à la lumière de ce principe qu’il m’apparaît aujourd’hui nécessaire d’écrire la loi.

Dans le silence des services hospitaliers « longs séjours », il y a des souffrances, parfois indicibles, qui ne nous appartiennent pas. A l’heure de cette dernière heure, chacun a rendez-vous avec lui-même.

Les condamnés à mort

Il neige sur Paris.  Il fait froid. Le vent traverse les pulls et les parkas. Quelques centaines de militants de Aides, Act-UP, du MJS et du PS sont rassemblés sur les marches de l’Opéra à l’occasion de la journée mondiale contre le SIDA. Je regarde ces manifestants qui se prennent dans les bras, se serrent, comme s’ils étaient heureux de pouvoir se retrouver encore, de se montrer que la vie irrigue encore leurs veines…

Le SIDA, on en parle moins, mais on en meurt toujours. La trithérapie a freiné la maladie et fait baisser l’attention des opinions publiques occidentales. Le sentiment d’urgence a baissé. Mais la mort fauche encore ceux qui s’aiment. En France et surtout au Sud de l’Europe sur ces territoires ou l’information et la prévention sont freinés par les tabous.
Dans notre pays toutes les barrières ne sont d’ailleurs pas tombées. Il y a trois ans, j’évoquais sur mon blog la mort de P. qui m’avait accueilli chez les jeunes socialistes, son patronyme figurait dans ce court texte conçu comme un hommage. Quelques jours plus tard, son père m’écrivait – furieux – que son nom puisse être associé à ces quatre lettres toujours infamantes.

Ce combat ne doit pas, ne peut pas s’arrêter. Son actualité demeure brûlante et notre vigilance doit rester totale.
Mercredi soir, au moment même où, dans la nuit glacée le trop maigre cortège s’étirait sur les grands boulevards, le Sénat examinait la disposition du gouvernement restreignant l’accès aux soins pour les étrangers sans papiers malades. Disposition honteuse qui repousse vers la clandestinité, conduit à renoncer aux soins, favorise la transmission du virus.

En rentrant chez moi, j’écoute les vers magnifiques de Jean Genet chantés et lus par Jeanne Moreau et Etienne Daho (1). Leurs voix résonnent de ces mots d’amour écrits par un homme pour un autre homme, promis à la lame du bourreau :

Ô viens mon beau soleil, ô viens ma nuit d’Espagne,
Arrive dans mes yeux qui seront morts demain.
Arrive, ouvre ma porte, apporte-moi ta main,
Mène-moi loin d’ici battre notre campagne.
(…/…)
Nous n’avions pas fini de nous parler d’amour.
Nous n’avions pas fini de fumer nos gitanes.
On peut se demander pourquoi les cours condamnent
Un assassin si beau qu’il fait pâlir le jour.

Je voudrais que ces mots atteignent celles et ceux qui, continuant de fermer les yeux, offrent à la guillotine de nouveaux condamnés à mort.

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(1) Le condamné à mort. Etienne Daho, Jeanne Moreau. Naïve.

Quelque chose a changé…

C’était il y a 29 ans. A Pantin, sous un chapiteau Barbara chante : « regarde quelque chose a changé, l’air semble plus léger, c’est indéfinissable ». La foule frémit. La voix griffée reprend : « un homme une rose à la main, étoile à son destin… » Le public applaudit pour manifester son émotion. François Mitterrand a remporté l’élection présidentielle quelques semaines auparavant.

Pau, Septembre 2010. Les députés et sénateurs socialistes se réunissent pour leurs journées parlementaires. Un an plus tôt à Toulouse, l’ambiance était morose. Le PS n’était plus qu’un «  grand cadavre à la renverse » selon Bernard Henri Levy. Un an plus tard, « quelque chose a changé, l’air semble plus léger». Nul ne connaît encore le visage de la femme ou de l’homme qui, une rose à la main, reprendra la route ouverte par François Mitterrand, mais…

Il est 22 heures un orchestre de bandas commence à jouer. Certains s’inquiètent de la présence des caméras de Yann Bartès pour le petit journal de Canal +. L’image, toujours l’obsession de l’image.
Les préventions et les prudences tombent vite. L’esprit de fête submerge l’assemblée. Les serviettes tournent autour des têtes. Les parlementaires entament une chenille et dansent le « Paquito ». Philipe Martin (député du Gers) s’est saisi de la grosse caisse et intègre l’orchestre. Jean Glavany (ancien ministre, député de Tarbes) et Michel Vauzelle (ancien ministre, député d’Arles), aficionados des corridas sont debout sur leur table. Marylise LeBranchu (ancienne ministre, députée du Finistère) attrape les épaules de ses voisins et chaloupe au rythme des Bandas. Henri Gibrayel, (député de Marseille) entraine Danielle Hoffmann (députée de Paris) dans un rock . Jean-Yves Le Bouillonnec (député de Cachan) s’improvise professeur de tango. François Brottes député de l’Isère fait voltiger les collaboratrices du groupe. Même Pierre Moscovici plus connu pour son flegme (ancien ministre, député de Montbéliard) entre dans la farandole.

Juré, craché, rien n’a été préparé ni mis en scène. Spontanément, les députés et sénateurs socialistes étaient heureux de  se retrouver ensemble. Dehors sur la terrasse qui domine la chaine des Pyrénées, les conversations entre fumeurs confirmaient l’état d’esprit général. L’envie de gagner est revenue. Mieux, le sentiment s’est diffusé que la confrontation entre les différents candidats aux primaires ne se soldera pas par un pugilat général. La confiance revient. Pas encore celle des Français, mais déjà celle des socialistes : de grandes choses sont à nouveau possibles ensemble. Dans un parti traumatisé par ses défaites successives à l’élection présidentielle, ce n’est déjà pas si mal.

Il y avait jusqu’à l’année dernière une malédiction qui planait sur les journées parlementaires. Chaque fois ou presque, la réunion avait été « parasitée » par les évènements. Une année la cassette Mery s’était invitée à Lyon. Une autre, c’est la déclaration de candidature de Ségolène qui semait le trouble à Nevers, une autre encore, c’est la sortie du livre de Lionel Jospin, « l’impasse », qui couvrait la manifestation à Paris. L’an dernier, c’est le vote du référendum interne sur les primaires et sur le cumul des mandats qui avait surplombé les débats et anéanti médiatiquement la communication du groupe.

Le ciel bleu de Pau aurait donc du concourir à des reprises fortes de la presse sur nos propositions pour « mettre la République à l’endroit ». Ce n’est pas tout à fait ce qui s’est passé. Les rédactions se sont focalisées sur les journées de Biarritz, celles de l’UMP, où les rivalités et la brutalité des ambitions attirent davantage la lumière médiatique. Pour une fois, personne ne regrettera le traitement comparatif. Si c’est pour vivre heureux, les socialistes veulent bien vivre encore un peu cachés…

La Rochelle et après?

Sous les stands devant les bâtiments de l’Encan où se déroule l’université du PS les portraits des présidentiables tournent sur un même présentoir et prennent la lumière à tour de rôle. A l’intérieur les éléphants tirent dans le même sens et dénoncent « l’été de la honte« . Les journalistes s’inquiètent. Pas de petites phrases à se mettre sous la dent. Le seul candidat à la primaire en campagne s’appelle… Will Mael Nyamat, militant PS de la section de Londres. Cela faisait longtemps. Cela a fait du bien.

Les militants sont repartis de la Rochelle soulagés avec le sentiment qu’une haie venait d’être franchie, même si ce n’était pas la plus haute.

Que se sont-ils dit? Les sondages sont bons, mais ils font apparaître davantage l’envie d’en finir avec Nicolas Sarkozy qu’un réel emballement pour la gauche. DSK est très haut mais il est aussi très loin. Ceci n’est pas sans rapport avec cela. Martine s’installe, mais sa position demeure fragile. François réalise un inespéré 50/50 dans un second tour simulé par la Sofres, mais demeure en dessous de la barre des 20% au premier tour. Ségolène n’apparait plus en situation de revenir, mais sa posture unitaire la réintègre au sein de la famille socialiste qu’elle a souvent donné l’impression de contourner.

Dominique semble la meilleure chance de la gauche, mais certains doutent de sa gauche. Martine est au centre de gravité de la gauche, mais d’autres doutent de sa capacité à gagner les indispensables voix du centre. François est la synthèse des deux, mais il est trop loin dans l’opinion. Ségolène ne semble plus pouvoir gagner, mais peut-on gagner sans elle?

Sur le port, on s’est perdu en conjectures sur le désir réel des uns et des autres d’être président. DSK peut-il renoncer au confort d’une situation enviable au FMI. Martine rêve-t-elle vraiment de l’Elysée? François joue-t-il gagnant ou placé? Quels sont les vrais désirs d’avenir de Ségolène?

L’indécision domine. Les uns et les autres hésitent à afficher trop tôt des préférences. Cette fois, nous ne pouvons pas perdre. Et puis après tout, les primaires sont là pour départager les candidats. Cependant l’ardeur même pour les primaires est loin d’être unanime. Le choix sera-t-il exhaustif ou tronqué? Et si le choix est réel, l’âpreté du débat ne servira-t-elle pas l’adversaire?

Au fond, les socialistes rêvent d’un candidat qui n’existe pas. Ils souhaitent le désigner, mais aimeraient que ce choix s’impose naturellement. Ils souhaitent le débat, mais redoutent la confrontation.

La réalité est évidemment différente. Aucun candidat ne réunit les qualités de tous les autres. Il faut accepter le débat qui éclaire, mais disqualifier ceux qui pensent pouvoir servir le collectif en commençant par l’affaiblir.

Putain deux ans…

La femme d’honneur et le cynique

Ce n’est pas possible. Je n’y crois pas. Non, il n’a pas pu récidiver… Pincez-moi, réveillez-moi ! Dîtes-moi qu’il n’a pas pu recommencer ça.

Après avoir tenté d’instrumentaliser le thème de l’identité nationale, voilà que le président ressort celui de l’insécurité pour arracher des réflexes pavloviens aux électeurs de droite. Et voilà qu’à Dammarie-les-lys, flanqué de Chantal Brunel, Nicolas Sarkozy nous promet une nouvelle nouvelle nouvelle loi…

Cette annonce appelle trois remarques rapides de ma part :

  • Le chef de l’Etat a une image très méprisante des électeurs de droite : légèrement racistes et sécuritaires jusqu’à l’obsession…
  • A force de créer une peine automatique après chaque fait divers, la justice pourra bientôt se passer de juges. Il suffira d’un distributeur.
  • Les services de l’Elysée sont mieux renseignés que ceux de Matignon. Au moins Sarkozy ne confond pas comme Fillon les policiers morts et vivants.

Ce dérapage du Premier Ministre hier soir illustre le cynisme avec lequel les dirigeants du pays se sont emparés de l’émotion publique pour chercher un petit et indécent profit électoral.

Si j’étais électeur de droite, je n’aurais décidément pas trouvé de bonnes raisons de soutenir mon camp dimanche prochain.

Mais je ne voudrais pas terminer ce billet aujourd’hui sans vous dire qu’à l’inverse, l’électeur de gauche que je suis, aurait volontiers voté pour l’accession d’une femme de droite sous la prestigieuse coupole de l’Académie française.

Simone Veil, rescapée des camps d’extermination, vient d’accéder au rang d' »immortelle« . Douce revanche. Rentrée d’Auschwitz-Birkenau où elle a perdu sa mère, chacun aurait compris qu’elle bascule dans le cynisme après avoir perdu toute illusion sur la nature humaine. Elle aurait pu se réfugier dans la haine, elle a choisi au contraire le pardon et la réconciliation. Elle a consacré sa vie publique à la défense de la construction européenne et du couple franco-allemand.

Ce 18 novembre, elle était l’honneur de la droite.

Ne vous excusez pas de voter pour cette femme…

C’est comme ça, je n’aime pas les « journées de ». Celle de « la femme » encore moins que les autres. Comme si il en fallait une pour mieux oublier les 364 autres. Mais comme j’ai aussi mes contradictions, je me dis que c’est un bel hommage à rendre à celles qui, en Europe et aux Etats-Unis, entamèrent une longue marche vers l’égalité, un 8 mars 1911. Il y a un siècle déjà. Il y a un siècle à peine.

Ce combat a, pour les plus jeunes, quelque chose qui relève du bon sens. Tant mieux s’ils voient dans les inégalités persistantes, un anachronisme. La vérité, c’est que le féminisme dût se frotter à tous les préjugés. Le féminisme est né au 19ème siècle, comme le socialisme. Tous deux se sont présentés comme des mouvements d’émancipation, de construction de la société sur des bases nouvelles, de refus des dominations illégitimes. Pourtant cette conquête des femmes dût se heurter à de nombreuses résistances, y compris dans le mouvement ouvrier. Certains voyaient alors dans le travail des femmes une forme de dumping qui conduisait à tirer les salaires vers le bas. D’autres voulaient circonscrire le travail féminin à certaines tâches compatibles par leur nature à l’infériorité physique et intellectuelle du deuxième sexe. Il a fallu attendre le gouvernement du Front populaire pour que trois femmes deviennent ministres (alors qu’elles n’étaient ni électrices ni éligibles) et donnent à la cause des femmes une légitimité et une nouvelle visibilité.

Ce combat demeure – hélas – d’actualité. Ces derniers jours à l’Assemblée plusieurs nouvelles pierres ont été posées. Une proposition de loi sur les violences faites aux femmes (co-initiative PS-UMP) a été votée, une résolution sur la clause dite de « l’Européenne la plus favorisée » a été adoptée (résolution PS votée par tous les groupes appelant à légiférer en harmonisant les législations nationales à partir des dispositions en vigueur les plus favorables aux femmes en Europe). Une autre proposition de loi PS sera débattue le 25 mars, prolongeant le congé maternité à 20 semaines. Une autre viendra pour obtenir la parité aux élections législatives.

Ce combat, il est porté aujourd’hui par des élues et des militantes connues ou inconnues qui, pour une large part, ont fait leurs premiers pas grâce à la parité voulue par le gouvernement de Lionel Jospin. Geneviève Wortham (sur la photo) est de celles-là. Conseillère régionale sortante et candidate sur la liste de Jean-Paul Huchon,  Marie Richard(1), Florence Bret-Mehinto (2) et les autres, elle était à Champs en fin de semaine dernière pour nous aider à faire campagne. Nous avons distribué dans le froid et puis nous avons été nous réfugier pour boire un café.

Elle est radieuse. A se demander si les campagnes électorales n’ont pas été inventées pour elle… Geneviève s’illumine quand elle discute politique. Elle parle  avec cette passion inentamée. Rien en elle ne semble pouvoir être corrompu par les délices du pouvoir, les miroirs flatteurs de la notoriété ou le confort de la notabilité. Le temps n’a en rien érodé ses convictions. Elle est fidèle à ce qu’elle croit. Il y a quelque chose de Louise Michel chez cette institutrice que je n’ai cessé d’entendre depuis que je la connais vitupérer contre toutes les injustices.
En l’écoutant, je me dis qu’elle incarne magnifiquement ces combats centenaires du socialisme et du féminisme. Je me dis aussi que sa trop grande modestie porte encore la marque de notre culture. Comme si elle devait toujours donner davantage de gages. Comme si elle devait s’excuser d’avoir eu cette folle ambition d’être élue.

Elle va m’en vouloir d’avoir écrit ces quelques mots sur elle. Elle va les trouver exagérés. Elle dira que c’est trop. Tant pis. J’assume.

Dimanche prochain, ne vous excusez pas de voter pour elle !

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(1) Marie Richard est tête de liste socialiste pour le 77. Elle est vice-présidente sortante de la région et maire de la Ferté sous Jouarre

(2) Florence Bret-Mehinto est la candidate campésienne de la liste PS. Elle prend le relai symbolique de Jeanne Chédhomme conseillère régionale sortante qui ne se représentait pas. Florence est également adjointe au maire à Champs.