Mohamed(s)

Il y a deux Mohammed qui se font face.
Ils ont 23 et 24 ans. Ils auraient pu se retrouver dans la même classe, partager les mêmes jeux, grandir ensemble.
Le premier a choisi l’armée française. Il est parachutiste dans un régiment qui a participé à la guerre en Afghanistan.
Le second se réclame de la nébuleuse d’Al Qaeda.
L’un s’est engagé au service de la République tandis que l’autre l’exècre.
Ils sont Français tous les deux. Ils ont en commun des origines, une couleur de peau. C’est beaucoup et c’est si peu.
Leurs vies se sont fait face quelques secondes. Mohamed fait feu sur Mohamed.
Mohamed Legouad est mort. Sur son cercueil, ses camarades ont déposé le drapeau Français comme ultime hommage.
Mohamed Merah cherche désormais à donner un sens politique à son crime là où il ne restera que la trace de sa folie meurtrière.
Voilà ce que nous devons rappeler pour conjurer tout risque d’amalgame entre le geste d’un criminel fanatique et les Français d’origine maghrébine. C’est contre la Nation que Mohamed Merah a tiré. Et c’est un autre Mohamed qui en est aujourd’hui le symbole.

La taxe carbone qui fait déborder le vase

La taxe Sarkozy sur les énergies fossiles ne passe pas. Les deux tiers des Français y sont opposés. Ce résultat est, à première vue, d’autant plus paradoxal qu’une majorité est acquise à l’idée d’une fiscalité écologique.

Il y a d’abord une incompréhension. Le gouvernement n’ose pas dire qu’il crée une taxe alors il communique sur les compensations. Il rend ainsi illisible son message. De deux choses l’une : soit la compensation compense et dans ce cas on imagine mal comment les comportements des Français seraient réorientés. Soit cette compensation ne compense pas, mais alors pourquoi taxer pour rendre ensuite  une partie du produit de la taxe?

Je crois surtout que ce qui rend cette nouvelle taxe très impopulaire, c’est le contexte fiscal de sa création. la tolérance fiscale des Français est liée au sentiment de justice fiscale. Et là le compte n’y est vraiment pas. Qu’on en juge :

Nicolas Sarkozy s’est fait élire sur un slogan « je serai le président du pouvoir d’achat ». Deux ans après le « président du pouvoir d’achat » s’est transformé en monsieur taxeS.
Pour la plupart ces taxes (plus de 3 miliards d’Euros) sont directement prélevées sur les Français :
– Taxe sur l’intéressement et la participation (300 millions €)
– Franchises médicales (850 millions €)
– Hausse de la redevance télévision (20 millions €)
– Taxe sur la téléphonie et internet (400 millions  €)
– Taxe sur les assurances vies et revenus d’épargne pour le financement du RSA (1,5 milliard € ). Bénéficiaires du bouclier fiscal pas concernés.

Ou sont répercutées sur eux (Pour plus de 1,3 milliard €) :

– Taxe sur les assurances et les mutuelles (1 milliard €)
– Hausse des cotisations retraite (150 millions €)
– Taxe pour financer la prime à la cuve (50 millions €)
– Taxe sur les ordinateurs (50 millions €)
– Taxe pour copie privée des disques durs externes et clés USB (30 millions €)
– Taxe sur le poisson (80 millions €)
– Taxe sur les huiles moteurs (44 € par tonne de lubrifiant)
– Taxe sur les imprimés publicitaires

Maintenant il faudra ajouter à ces 4,36 milliards € :

– taxe carbone (3 milliards €)
– augmentation du forfait hospitalier
– taxe à venir pour remplacer le produit de la TP

Dans le même temps, pendant que l’on ponctionne les classes moyennes et populaires, les cadeaux s’amoncellent sous le sapin des plus riches :

– bouclier fiscal pour les plus riches (500 millions €)
– baisse de la TVA sur la restauration de 14,1 points sans répercussion sur les prix (3 milliards €)
– refus de toucher aux niches fiscales (70 milliards € !) : les 100 contribuables qui réduisent le plus leur impôt, le réduisent de plus de 1 million € chacun.

Les taxes sur les superprofits sont elles symboliques: 480 millions €

-Taxe sur les stock-options (250 millions €)
– Taxe sur la publicité des chaînes privées (80 millions €)
– Taxe sur les compagnies pétrolières (150 millions €)

Enfin ces taxes créées ne sont même pas cohérentes entre elles :
Il est tout de même étonnant qu’au moment où on est instaurée une taxe carbone qui doit organiser la migration vers l’utilisation d’énergies non fossiles, le gouvernement envisage de taxer les éoliennes ! (pour compenser partiellement la perte de la TP)
C’est dans ce contexte fiscal que le gouvernement instaure la taxe carbone.
La même taxe, prélevée dans les mêmes conditions connaitrait un autre accueil si la fiscalité était plus juste.

Je prends un exemple simple :
Nombreux parmi nos concitoyens habitent en banlieue ou dans des communes rurales parce que le prix du logement dans les centres villes leur est devenu inaccessible. C’est souvent le cas des familles qui s’agrandissent et qui doivent changer de domicile. Ce déménagement est subi plus que choisi. Ce sont ces gens-là qui vont devoir payer la plus grosse taxe carbone. Inversement un cadre supérieur, célibataire qui habite le centre de Paris, qui n’a pas besoin de véhicule lui en sera exonéré.
C’est cela que nos concitoyens peinent à comprendre. Je prétends que les choses seraient très différentes si dans le même temps nous faisions par exemple :
–    une réforme de la taxe d’habitation qui est l’impôt le plus injuste puisqu’il ne tient pas compte des revenus mais uniquement de la surface occupée et qu’il est plus élevé dans les communes pauvres qui ne disposent pas d’autres ressources fiscales.
–    Une taxation spécifique sur les importations qui ont un lourd bilan carbone. Comment expliquer que l’on va taxer les déplacements domicile- travail mais que rien ne sera prélevé sur les produits qui ont fait le tour du monde pour venir sur nos marchés. Il est très utile de réorienter la consommation des ménages. Manger des cerises en décembre, cela n’est pas neutre sur le plan écologique. Faire fabriquer les pots de yaourts sur un continent, les remplir dans un second et les distribuer dans un troisième, voilà qui marque durablement l’empreinte écologique (sans compter le coût social lié à la délocalisation de nombreuses activités).

Une fois de plus Nicolas Sarkozy s’est emparé d’une bonne idée. Mais il l’a massacrée dans ses modalités. En pensant faire un coup politique, il a gâché une formidable occasion de aire avancer une cause que nous pouvons partager dans toutes les familles politiques.

Et maintenant? Comprendre et analyser sans faiblesse pour rebondir.

C’était hier soir peu avant minuit. Quelques militants se désolent devant un poste de télé dans la cour de Solférino. Martine Aubry vient de partir. Demain matin elle sera sur France Inter.

Le résultat est tombé. Comme une lame.

Et maintenant? Pas le choix. Comprendre et analyser sans faiblesse pour rebondir.

Ce blog vous est ouvert. A vous de livrer sans tabous vos sentiments sur le vote et de dire ce que vous attendez du PS.

Chronique de campagne élections Européennes 2

Mardi 15:00 Assemblée nationale. Séance des questions au gouvernement. Au 1er rang du banc des ministres, le tandem Dati-Barnier. Aucun des deux ne semble très pressé de sortir de sa peau de ministre pour entrer dans celle de candidat. Bruxelles est encore synonyme d’exil et de punition à l’UMP…

Mardi 16:15 Vote solennel sur la loi Hadopi. Cette fois les boulons ont été vissés. Pas question pour la majorité de se faire à nouveau déborder. Pourtant 44 députés UMP refusent de jouer les godillots et s’abstiennent. Ces 44 là savent que leur patron JF-Copé se moque du monde lorsqu’il dit que l’amendement Bono adopté au Parlement européen (par 407 voix et qui contredit Hadopi) est le résultat d’une « manip » des socialistes. Au Parlement européen, la gauche est minoritaire. Il a fallu une bonne part des voix de la droite pour que soit votée l’obligation de passer par l’autorité judiciaire lorsque l’on veut couper un abonnement Internet. Il faut toute la démagogie de la droite française et le soutien objectif des majors et des grands médias (TF1 ne s’en cache pas) pour laisser croire aux artistes que cette loi est une réponse au téléchargement illégal. A ceux qui se demandent à quoi sert le Parlement Européen, voilà une réponse : à corriger les erreurs du gouvernement français sur Internet. Pour le prochain round, la discussion avec le conseil de l’Union, mieux vaudrait des députés anti Hadopi en nombre. A bons entendeurs…

Mercredi 19:30 Paris. Cirque d’hiver. La salle est comble. Jeunes et vieux militants sont venus. les drapeaux virevoltent. Les intervenants expriment dans leur diversité ce que les socialistes portent dans cette campagne. Pourtant, il manque quelque chose. Ce quelque chose est exprimé en creux par ce slogan cent fois scandé par la salle : « tous ensemble, tous ensemble, socialistes« ! La recherche obsessionnelle de l’unité couvre nos propositions pour ce scrutin.

Vendredi 20:00 Brie Comte Robert. Salle de « la clé des champs ». Le mouvement européen 77 a invité les candidats seine-et-marnais. Seule l’UMP a jugé inutile de venir. Pas même un représentant. On ne peut dire mieux son mépris pour le débat européen. Quel cynique jeu de rôle entre Bruno Lemaire, ministre des affaires européennes qui se désole de l’abstention prévisible et l’UMP qui se méfie d’une participation qui pourrait tourner au vote sanction de deux années de politique de Nicolas Sarkozy…

Samedi 21:00 Moscou, concours de l’Eurovision. Il n’y a pas qu’en politique que les sondages ne sont pas prédictifs… Patricia Kaas était – parait-il – favorite pour ce tour de chant, elle n’est arrivée que 8ème. Décidément l’Europe ce n’est pas « la France en grand » comme le proclamait autrefois les affiches du RPR lorsque ses dirigeants voulaient faire avaler la pilule de l’Union à leurs électeurs réticents. Les Européens ne s’inclinent pas spontanément devant le « génie français« . L’Europe c’est un ensemble de 27 pays qui demandent à être traités à égalité d’égards et de dignité. La remarque vaut pour de nombreux politiques français, avec une spéciale dédicace toutefois pour Nicolas Sarkozy dont la présidence fût un modèle d’autopromotion.

Dimanche 11:00 Champs sur Marne, parking de Carrefour Pyramides. Nous tendons nos tracts aux passants. Ce serait beaucoup dire que nous suscitons un grand intérêt. Il faut se battre pour convaincre chacun-e de l’intérêt de l’élection européenne. Sur toutes les lèvres : « la crise est là, vous ferez tous pareil« . Répéter et répéter encore. Non, une majorité de gauche ne ferait pas la même chose. Cete crise n’est pas venue par hasard. Elle est la conséquence d’une politique ultra libérale conduite de Reagan jusqu’à Bush aux Etats-Unis. Les derniers partisans de Bush en Europe s’appellent Barroso, Berlusconi et Sarkozy… Les américains ont choisi il y a un peu plus de 100 jours B. Obama. L’Europe aussi a droit à l’alternance le 7 juin.

Votez pour le « Manifesto » (chronique Européennes. J – 30)

A droite, les listes ne sont complètes que depuis hier. Un mois jour pour jour avant le scrutin. La campagne pour les élections européennes va peut-être enfin commencer.

Cela fait quinze jours que je parcours la Seine et Marne pour éveiller à l’intérêt du vote le 7 juin prochain. C’est peu dire que la campagne ne mobilise guère pour le moment. Partout l’ignorance et l’indifférence. C’est pour cela que la désinvolture de Rachida Dati le 23 avril, lorsqu’elle a montré le peu d’intérêt qu’elle portait à une assemblée où elle est appelée à siéger, est véritablement coupable. Difficile d’accepter que l’Europe soit ainsi traitée. Comme un vulgaire parachute doré pour Ministre en torche.

Je suis candidat sur la liste socialiste en Ile de France, liste conduite par Harlem, Pervenche et Benoit, tous les trois députés sortants aux solides états de service. Je suis en onzième position. Ce qui signifie qu’il faudrait sans doute près de 90% des voix pour que je sois élu… Si j’ai voulu cette place non éligible (comme il y a cinq ans), c’est parce que je suis un militant. Je crois à cette formidable avanture humaine qu’est l’Europe. Comme tous, il m’arrive d’être solidement ébranlé par les politiques conduites, mais justement jamais par la nécessité de construire l’Europe. Ce qui ne va pas en Europe, c’est la majorité qui la dirige. Cette majorité qui de directive Bolkestein,  en directive temps de travail, cherche à libéraliser, à déréguler et hélas à déshumaniser aussi parfois (directive retour).

L’élection au Parlement Européen a un impact sur nos vies. C’est en Europe que se décident les durées maximales hebdomadaires du travail, c’est en Europe que peuvent s’inventer les nouvelles règles pour encadrer le marché, c’est l’Europe qui seule est à même de prendre la dimension du désastre écologique.

Certains vous diront : « A quoi bon? la crise est là. Les européennes qu’est-ce que cela va changer« ? C’est ceux-là justement qu’il faudra convaincre que la crise économique, financière et sociale ne rend pas négligeable mais incontournable cette élection.

Les socialistes des 27 Etats membres se sont rassemblés autour d’un programme unique « le manifesto ».

Je reviendrai régulièrement au cours des prochaines semaines sur nos propositions très concrètes. Je veux aujourd’hui simplement insister sur cette formidable opportunité. Seuls les partis du « manifesto » ont fait ce travail commun. Eux seuls peuvent demain constituer l’épine dorsale d’une nouvelle majorité qui change l’Europe.

Le projet européen doit aujourd’hui trouver un nouveau souffle. Social. Qui d’autres que les socialistes peuvent y conduire?

Que faites vous le 7 avril prochain?

La section PS de Champs a le plaisir de vous inviter à une réunion exceptionnelle autour de :
Pierre-Alain MUET
Député du Rhône,
Economiste, ancien président du Conseil d’Analyse Economique

Que reste-t-il des dogmes libéraux ?
Quelles réponses la gauche peut apporter à la crise ?

Mardi 7 avril prochain
salle Jean Hallais (place Matteoti à Champs sur Marne)

à 20h30
Nous espérons vous retrouver à l’occasion de ce débat de qualité au cours duquel vous pourrez intervenir et poser toutes vos questions.

Citizen K.

Je n’aime pas les chasses à l’homme. Ni contre les petits, ni contre les puissants. Je n’aime pas les règlements à bon compte. Je n’aime pas ces polémiques dont raffolent les éditeurs au lancement de leurs livres. Je n’aime pas les journalistes qui préfèrent répéter avant de vérifier. Je n’aime pas les pleutres qui ne chassent qu’en meute. Je n’aime pas la politique quand elle s’appuie sur  la disqualification de l’autre. Je n’aime pas les rumeurs qui salissent sans preuve. Je n’aime pas les instructions menées exclusivement à charge. Je n’aime pas certains accents que prend P. Péan dans son livre (1).

Je n’aime pas non plus la défense qu’a choisie Bernard Kouchner. Je n’aime pas l’utilisation des bons combats pour mieux passer sous silence les amitiés honteuses et les profits douteux. Je n’aime pas le vague des grands sentiments pour masquer l’imprécision des faits. Je n’aime pas que l’on préfère discréditer Péan plutôt que de lui répondre. Je n’aime pas cette accusation imbécile (2) d’antisémitisme qui la rendra suspecte toutes les fois où elle sera justifiée.

Je n’aimerais pas que l’on ait pu accuser sans fondement,

je n’aimerais pas davantage qu’il soit possible de ne pas répondre de ses éventuels errements…

____________

(1) »Le monde selon K« . Péan accuse notamment Kouchner de « cosmopolitisme anglo-saxon« …

(2) Faut-il rappeler que Pierre Péan fût celui qui révéla dans « une jeunesse française » le passé équivoque de François Mitterrand, et du contact maintenu avec René Bousquet, ancien haut responsable de la police de Vichy?

Après l’Irlande

C’était à la veille du référendum irlandais. Le groupe socialiste de l’assemblée recevait Jacques Delors pour parler de ses travaux au CERC (centre d’études des revenus et des coûts).

Bien entendu, difficile de ne pas l’interroger sur l’Europe. Le vieux monsieur de 83 ans est toujours aussi vif. Il ne veut rien dire de trop engageant « parce qu’avec les nouvelles technologies, il suffit que mes propos soient repris sur le plus obscur blog pour que… » cela fasse au moins le tour d’Europe. Tout le monde comprend toutefois qu’il anticipe une victoire du Non en Irlande. Mais il ne veut pas contribuer à une défaite par des pronostics sombres.
Il ne peut toutefois s’interdire de déplorer l’absence d’une vision pour l’Europe. Tout est dit.

le surlendemain les résultats irlandais sont donnés. Le « Non » l’a emporté.

Ce n’est pas le même « Non » que celui des Français : quand à Paris les partisans du « Non » demandaient plus d’harmonisation fiscale, à Dublin, les nonistes demandent à l’inverse le maintien de leur fiscalité avantageusement faible par rapport à la concurrence européenne. Quand certains craignaient en France la fin de l’avortement, en Irlande d’autres agitent au contraire la peur d’une légalisation rendue obligatoire par la charte européenne des droits fondamentaux…

Ce qui est certain, c’est que si les motivations sont très différentes d’un peuple à l’autre, ceux qui sont aujourd’hui consultés directement disent tous « Non ». C’est l’idée de l’Europe qui est aujourd’hui en grande difficulté. Le sentiment général c’est que les acquis (différents d’un pays à l’autre) sont menacés et qu’aucun horizon de protection de substitution ne se met en place.

Ce que devraient comprendre tous les gouvernants c’est que l’on ne peut pas racommoder une relation en se contentant de mécanos institutionnels. La seule façon de réconcilier les européens avec l’Union, c’est de répondre à leurs angoisses par la conduite de politiques publiques ambitieuses qui répondent à leurs angoisses.

C’est peu dire que le programme de travail de la présidence française de l’Union voulu par Nicolas Sarkozy pour le second semestre 2008 correspond peu à cette attente.

Le chef de l’Etat a choisi de faire de cette présidence, l’un des instruments de sa reconquête de l’opinion publique… nationale. La méthode cavalière vis-à-vis de nos partenaires à propos du plafonnement de la TVA sur les produits pétroliers témoigne de cette volonté. Il s’agit moins de parvenir à des résultats que de prendre à témoin nos concitoyens, excédés par des prix qui s’envolent.

De la même manière, parce qu’il est en difficulté pour justifier le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN, Nicolas Sarkozy affiche sa volonté de construire une politique européenne de défense, mais ne lui donne aucun contenu crédible.

Le risque c’est une présidence pour rien. Une présidence d’affichage de bons sentiments, par exemple sur l’environnement, mais sans moyens véritables. Les urgences sont pourtant nombreuses.

D’abord sur le terrain de l’emploi et du développement économique. En Europe comme en France, l’accent a été mis sur une politique de la concurrence exclusive. Cela s’est fait au détriment d’une véritable politique industrielle concertée. Le soutien à la recherche et à l’innovation est mesuré alors qu’il mériterait un effort sans précédent.

Sur le plan social, le dumping est facilité par une jurisprudence récente de la CJCE (arrêts Viking, Laval et Rüffert) qui autorise des entreprises européennes à ne pas appliquer à leurs salariés les conventions collectives du pays dans lequel ils travaillent. L’urgence est à la production de directives qui assure la protection des salariés.

La présidence devrait également être le moment pour notre pays d’affirmer la nécessiter de garantir la place des services publics. Sur ce sujet, le traité de Lisbonne a ouvert la possibilité, inédite jusqu’alors, de sécuriser les services d’intérêt général. Il est insensé de constater que la pérennisation de ces outils de cohésion sociale, économique, territoriale ne soit tout simplement pas à l’ordre du jour.

Il n’est pas plus acceptable que prévale en matière d’immigration une politique du chiffre et que le co-développement figure de manière anecdotique pour soulager les consciences auxquelles il n’a pas échappé le lien ténu entre migrations et pauvreté.

L’Europe n’est pas une mécanique implacable au service d’une pensée unique. Elle est le cadre de négociation des Européens ; Tout y est, comme dans le cadre national, affaire de politique et de rapports de force. Ce n’est pas l’Europe qui est trop libérale, trop égoïste. ce sont ceux qui la conduisent. C’est la politique de la droite qu’il faut désavouer puisque c’est elle qui est majoritaire. Et ne pas enterrer la plus belle idée de l’après 2ème guerre mondiale.

L’ami Jacques est parti.

Il y a cette haie d’honneur formée par les pompiers devant l’église. Il y a surtout cette foule nombreuse et muette venue accompagner Jacques une dernière fois.

Jacques Heuclin est mort. Lui qui aimait tant la vie, qui s’était battu avec tant de courage contre la maladie, s’est fait rattraper par une infection alors même qu’il pensait avoir vaincu le mal qui le rongeait depuis tant d’années.

Nous nous étions rencontrés il y a quinze ans. Il venait d’arriver à l’Assemblée Nationale après la nomination de R-A Vivien au gouvernement (il était son suppléant).  Il avait pris en sympathie une bande de jeunes assistants parmi lesquels je figurais (il y avait aussi Benoit Hamon). Inutile de préciser que nous avions très vite fait la visite guidée de Pontault, sa grande fierté.

Au printemps dernier, il m’avait emmené manger à Croissy. Il rêvait que nous nous retrouvions  ensemble sur les bancs de l’Assemblée nationale…
Sa fougue, ses excès, son courage, sa passion nous manquent déjà.

Du côté des vaincus

Il n’y a pas eu, cette fois, les images télévisées de Nicolas Sarkozy dans les vestiaires. Le président ne doit pas aimer les perdants. C’est peut-être pourtant à ce moment de doute que la parole présidentielle aurait eu le plus de sens pour les joueurs du XV de France.

Le problème du champion de l’UMP, c’est qu’il ne sait qu’exalter la victoire.

Notre problème à nous, c’est que dans la vie, il y a des vainqueurs et donc par voie de conséquence, des vaincus. Cette fois il s’agit de perdants magnifiques, mais combien de fois nos chemins croisent ceux de femmes et d’hommes, soldats perdus ou déserteurs d’un monde où la violence sociale est croissante.

Cette coupe du monde de rugby a mis en avant les qualités physiques de Chabal. Dimanche, le géant s’est écroulé. C’est une leçon pour tous. Même les colosses peuvent tomber.