Elle est où la République ?

En une semaine les congrès se suivent. Et fort heureusement ils ne se ressemblent pas.

Il y a une semaine c’était celui de Nicolas Sarkozy. Les Républicains, c’est une belle idée.
Encore eût il fallu ne pas en réduire les soutiens en limitant la République à une partie de la droite et, plus grave, ne pas tourner le dos à ce qui jusqu’ici a permis l’unité du peuple Français.

Nicolas Sarkozy invente une République où la liberté des plus forts supplante l’égalité, où la fraternité est abolie, où la laïcité n’est plus que le paravent transparent de la mise à l’index des musulmans de France.

Je l’écris sans plaisir. Il y a aujourd’hui une droite « buissonisée », « lepénisée », qui perd son identité dans une folle course poursuite avec le Front National.

Un jour Eric Ciotti nous promet le retour du droit du sang, tournant ainsi le dos à la Révolution française ; le lendemain c’est son ex-mentor Christian Estrosi qui soupçonne en chaque étranger la menace d’une cinquième colonne terroriste, quand ce n’est pas Laurent Wauquiez qui trahit définitivement la pensée de Jacques Barrot en dénonçant pêle-mêle tous les immigrés, accusés de fuir le travail et de n’aspirer qu’à être des assistés.

A vouloir s’attribuer l’exclusivité de la République, les Français étaient en droit d’espérer que l’UMP en épouse intégralement les idéaux. Au lieu de quoi nous avons vu le week-end dernier le défilé d’une droite dont la revanche est le seul ciment.

Qui défend la liberté? Ceux qui s’obstinent à parler de LA famille, entendent abroger le mariage pour tous au moment ou même la très catholique Irlande en adopte le principe par la voie référendaire? Ou ceux qui défendent les familles dans leur diversité, soutiennent les familles monoparentales fragilisées et ont accordé aux couples homosexuels la reconnaissance de leur amour?

Qui défend l’égalité ? Ceux qui ont supprimé 80 000 postes dans l’enseignement, supprimé la formation des maitres, supprimé une journée de cours pour les élèves, fait chuter de 15 places la France dans le classement PISA et qui défendent une école qui perpétue les privilèges ? Ou ceux qui ont fait adopter le principe du « plus de maîtres que de classes », recréé une école de formation pour les maîtres, réembauché des dizaines de milliers d’enseignants, adapté les rythmes scolaires aux rythmes d’acquisition, concentré les moyens sur les écoles vraiment prioritaires, transforment le collège en ouvrant la porte à l’autonomie et à l’interdisciplinarité?

Qui défend la fraternité? Ceux qui à coup de lourds sous-entendus veulent supprimer les menus de substitution dans les cantines, exigent une assimilation dont même les colonisateurs n’avaient pas eu l’ambition, exhibent une compassion exclusive pour les Chrétiens d’Orient tout en refusant de leur accorder l’asile? Ou ceux qui après la tragédie de janvier ont cherché à éviter tous les amalgames, à rassembler tous les Français, indépendamment de leurs origines, de leur religion autour des valeurs de la République, se sont portés au secours à travers le monde de toutes les victimes de la barbarie, chrétiens, juifs, musulmans et qui, refusant toutes les discriminations, viennent d’adopter la possibilité d’actions de groupe en ce domaine?

Nous n’avons pas tout réussi depuis trois ans. Mais nous avons employé tous nos efforts pour maintenir et renouveler le modèle français en l’adaptant aux mutations du monde.

Je viens de le dire, nous avons fait de la refondation de l’école une priorité absolue.

Nous avons cherché à équilibrer la puissance de l’employeur par de nouveaux droits pour les salariés. Par la négociation nous avons obtenu un compte individuel de formation, les droits à l’assurance chômage sont désormais rechargeables, tous les salariés bénéficieront dans quelques mois d’une complémentaire santé, la pénibilité est enfin reconnue autour de 10 critères, les carrières longues peuvent à nouveau partir à 60 ans à la retraite.

Nous garantissons l’accès de tous aux soins avec la mise en œuvre progressive du tiers payant.

Elle est où la République? Elle est là. Et c’est nous qui voulons la République jusqu’au bout quand la droite n’en veut qu’un petit bout.

Elle est où la République? Elle est en Centrafrique, au Mali, en Irak, partout où nos troupes sont engagées, parfois seules, contre l’obscurantisme, contre l’intégrisme, contre le fanatisme.

Elle est où la République ? Elle est dans nos pratiques parce que c’est nous qui mettons fin au cumul des mandats pour permettre au plus grand nombre l’accès aux responsabilités, parce que c’est nous qui avons permis aux conseils départementaux d’être paritaires, parce que c’est nous qui avons osé la transparence sur la situation des élus, nous encore qui avons refusé de protéger de la justice l’un des nôtres au seul motif qu’il était des nôtres.

Elle est où la République? Elle est dans notre choix d’avoir rétabli l’Impôt Sur la Fortune dans sa plénitude, dans notre décision d’imposer au même barème les revenus du capital et ceux du travail, dans le coup de rabot porté aux niches fiscales, dans l’adoption d’un nouveau taux marginal de l’impôt pour les hauts revenus, et à l’inverse, la suppression de la première tranche pour les salariés les plus modestes.

Alors bien sûr cela ne suffit pas pour restaurer l’adhésion à l’impôt. La réforme fiscale est encore devant nous, mais il serait tout aussi injuste de ne pas regarder ce qui a été accompli.

Vous avez compris le sens de mon propos.

Nous faisons face à une UMP archaïque, réactionnaire, qui, sous la férule de son chef, n’a voulu tirer aucune leçon de ses échecs.

Quand il m’arrive de le regarder dans ses meetings, je ne vois plus un ancien président, mais un comique qui recherche les rires lourds. Qui plutôt que d’élever le débat au niveau de la fonction qu’il a occupée, l’abaisse jusqu’à la caricature.

Voilà, il y a la droite qui s’accapare les mots de « République » et nous qui devons en conserver le sens. Cette bataille n’est pas seulement sémantique. Elle est beaucoup plus profonde. Culturelle, politique. Lors de son congrès « fondateur », Nicolas Sarkozy a réussi l’exploit de s’attribuer la République sans jamais utiliser les mots d’égalité et de fraternité !

Nicolas Sarkozy n’est pas seulement un voleur de mots, c’est un destructeur de sens.

Si Jaurès était encore parmi nous, sa voix s’élèverait au dessus de ce congrès et s’adressant par dessus nos têtes à la Nation il dirait :
De la République, ils n’ont conservé que la cendre, à nous d’en faire vivre la flamme.

Voilà l’enjeu. Il suppose toute notre énergie. Tout notre engagement.
Face à une droite tétanisée par l’extrême droite, disqualifiée par son bilan, divisée entre ses ambitieux, je suis heureux que nous sachions opposer l’image du rassemblement. Cette unité n’est pas suffisante, mais elle est le préalable à la « belle alliance » des forces de gauche à laquelle appelle Jean-Christophe Cambadélis.

Olivier Faure

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