Interview au JDD : « L’Assemblée doit redevenir le lieu du débat »

INTERVIEW – Pour répondre à la crise de confiance des Français à l’égard de la politique, le vice-président du groupe PS à l’Assemblée nationale, Olivier Faure, propose l’instauration d’un « amendement citoyen » qui permettrait aux propositions signées par un certain nombre d’électeurs d’être discutées au Parlement. L’élu de Seine-et-Marne défend une idée « révolutionnaire ».

Qu’est-ce que changerait dans le travail parlementaire de tous les jours l’introduction d’un amendement citoyen?
Tout! Que nous reproche-t-on? L’entre soi, cette incapacité à saisir une vision qui pourrait être portée par des citoyens. Il faut éclater cette bulle politique et médiatique. Je ne pense pas que tous les Français s’improviseront d’un seul coup législateur mais il ne faut plus laisser le sentiment qu’une idée – bonne ou mauvaise – ne soit pas exprimée dans un débat politique. Et puis toutes formes d’organisation – syndicats, patronat, lobbys, ONG – peuvent aussi avoir cette capacité à exprimer une position, si elle est signée par un certain nombre de Français. Le droit à un amendement citoyen est une idée parmi d’autres mais je suis convaincu que celle-ci modifierait énormément de choses, notamment en permettant d’atténuer la coupure entre la société civile et le monde parlementaire.

Vous faites le constat que le travail des parlementaires aujourd’hui ne suffit pas…
Nous ne sommes que 577! Chaque groupe parlementaire vient avec ses propres idées. Le citoyen ne s’y retrouve pas forcément. Avec ces amendements, les débats parlementaires changeront de nature, entre l’opposition et la majorité mais aussi entre la majorité et le gouvernement. Un amendement porté par un million de personnes n’aura pas le même poids qu’un amendement déposé par un seul parlementaire.

«Aujourd’hui, nous avons un théâtre avec quelques acteurs mais personne pour les regarder.»

La démocratie représentative ne suffit plus?
Il faut retrouver le peuple. Aujourd’hui, on peut commenter les articles en ligne ou bien  publier des tweets qui seront diffusés dans des émissions de télévision, qu’elles soient politique ou de variétés. Il est temps que le Parlement s’y mette. Je veux que l’Assemblée soit à nouveau le lieu du débat. Il ne s’agit pas de dire que tout le monde peut devenir député, mais que tout le monde peut défendre ses idées. C’est l’occasion d’être à la fois dans une démocratie représentative et collaborative.

C’est une forme de lobbying populaire…
Je n’accepte pas ce terme, ce serait simplement l’engagement de citoyens. Ce n’est pas parce qu’une idée est signée par des milliers de personnes qu’elle fera changer les convictions des parlementaires. La pression, nous y sommes soumis en permanence. En circonscription, les électeurs nous disent ce qu’ils pensent de nous. Au Parlement, les lobbys démarchent chaque député. Je préfère la transparence, la consultation directe. Aujourd’hui, nous avons un théâtre avec quelques acteurs mais personne pour les regarder. Les débats n’intéressent plus. Nous ne savons pas entrer en dialogue avec le peuple français. Il ne faut pas avoir peur de lui. C’est à force d’en avoir peur que naissent les populismes.

«Il ne faut pas croire que les parlementaires sont plus intelligents que les Français!»

Est-il facile de s’improviser législateur? La rédaction d’un amendement parlementaire n’est pas forcément à la portée du grand public…
Il ne faut pas croire que les parlementaires sont plus intelligents que les Français! Chacun d’entre nous découvre comment la procédure fonctionne et il s’y habitue. Si des citoyens déposent un amendement au mauvais endroit dans le texte ou mal rédigé, alors que le sens est compris, il pourra être réécrit ou replacé.

Cela ne risque-t-il pas d’alourdir le travail parlementaire?
Il n’y aura pas non plus des milliards d’amendements. Il faudra interdire par exemple tous ceux qui disent la même chose. Il existera des règles strictes, on ne va pas accepter une forme d’obstruction parlementaire. En revanche, il ne parait pas illégitime de répondre à des milliers de personnes portant une même proposition. Imaginons par exemple qu’il y a des rumeurs qui se répandent autour d’une supposée interdiction, il sera assez facile de faire de la pédagogie. Si un amendement n’est pas retenu, les députés expliqueront pourquoi. Ou bien alors, il permettra de montrer nos incohérences.

Arnaud Focraud – leJDD.fr

Lien vers l’article sur le site du jdd.fr : http://www.lejdd.fr/Politique/Le-depute-PS-Olivier-Faure-pour-un-amendement-citoyen-L-Assemblee-doit-redevenir-le-lieu-du-debat-704656

Pour la reconnaissance de l’Etat Palestinien

La Palestine a vocation à se constituer en État, comme l’ont rappelé plusieurs résolutions des Nations Unies depuis 1948. Les accords d’Oslo signés en 1993 ouvraient la voie à une reconnaissance mutuelle de deux États. Le processus est déjà engagé au niveau international puisqu’en 2011 les Palestiniens sont devenus membres à part entière de l’UNESCO ; en 2012 la Palestine a accédé au statut d’État non-membre de l’ONU. Déjà plus de 130 pays dans le monde l’ont reconnue. La position de la France est la même depuis des décennies : il faut la création d’un Etat palestinien et l’assurance de la sécurité d’Israël. François Hollande en avait fait un de ses 60 engagements : « Je soutiendrai la reconnaissance internationale de l’État palestinien. ».

Alors que le processus de paix est enlisé, que la colonisation continue, et que les tensions sont chaque jour plus grandes à Jérusalem, les députés socialistes ont décidé de suivre l’exemple de leurs homologues espagnols et britanniques, en défendant une résolution visant à la reconnaissance de l’Etat palestinien. Ce texte n’a aucune force impérative, le gouvernement restant souverain en matière de diplomatie. C’est néanmoins un symbole fort, observé tant en Israël qu’Palestine comme dans le monde. Le statu quo n’est plus possible.

Le ministre des Affaires Étrangères Laurent Fabius a lui-même affirmé qu’une telle reconnaissance était « un droit et non un passe-droit », assurant que la France reconnaîtra la Palestine, la seule question restant celle des modalités. Olivier Faure a voté en conscience cette proposition de résolution qui ne peut prétendre résoudre à elle seule le conflit, mais qui selon les mots d’Elie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël en France, « peut augmenter la pression et préparer ainsi le terrain à un changement de méthode, autrement dit à l’internationalisation d’un processus de paix manifestement moribond ».