Le Figaro

Parti socialiste : Cambadélis pris entre deux feux

VIDÉO – En une journée, le PS est retombé dans ses heures sombres. Celles des plus violents affrontements de son histoire.

La guerre des nerfs est déclenchée. Si dimanche Manuel Valls a prévenu qu’il avait les nerfs solides, Jean-Christophe Cambadélis doit, lui, montrer qu’il sait conserver les siens. Question de survie ces temps-ci, pour un premier secrétaire du PS soumis à des secousses telluriques d’une rare intensité. En une journée, le PS est retombé dans ses heures sombres. Celles des plus violents affrontements de son histoire. Contrairement aux épisodes précédents, l’explosion a eu lieu en public, par médias interposés. Et la citadelle de Solferino a été mise en péril.

Jean-Christophe Cambadélis est pris entre deux feux. Le premier a été allumé sur sa droite par Manuel Valls, mercredi, lors d’un entretien accordé à L’Obs, dans lequel le chef du gouvernement dénonce une gauche «qui se recroqueville sur le passé». Et milite, a contrario, pour une gauche «pragmatique, réformiste et républicaine» sans inclure le qualificatif «socialiste». Le premier ministre va jusqu’à se dire, «pourquoi pas», favorable à un changement de nom du Parti socialiste. Une idée qui revient régulièrement chez lui depuis 2007.

Pour lui répondre, Cambadélis en appelle à l’autorité suprême: «Je reste sur la position de François Mitterrand. Socialiste est un beau nom, qui a fait ses preuves. Autant le garder.» Cambadélis se veut très clair. S’il est «favorable à changer la carte d’identité du Parti socialiste», un travail entrepris dans le cadre des états généraux du PS qui se déroulent actuellement, il n’est «pas favorable au changement de nationalité». Porte-parole du PS, le député Olivier Faure juge, pour sa part, que Manuel Valls «a le droit de penser ce qu’il veut», mais que, dans ce cadre-là, «il est un militant parmi d’autres et il n’est pas le premier d’entre nous». «Il n’est pas premier ministre quand il réclame la dissolution du PS dans un ensemble plus vaste», insiste Faure.

«Un immense désastre démocratique»

Mais Jean-Christophe Cambadélis doit aussi gérer sur sa gauche l’incendie provoqué mercredi matin par Benoît Hamon. Quelques heures après le vote du volet recettes du budget, au cours duquel quatre anciens ministres du quinquennat – les socialistes Benoît Hamon, Aurélie Filippetti et Delphine Batho, et l’écologiste Cécile Duflot -se sont abstenus, l’éphémère ministre de l’Éducation a craqué l’allumette sur RFI. Ses propos feront date. Il a accusé l’exécutif de mener une politique qui «menace la République parce qu’elle réduit les capacités d’intervention de la puissance publique». Avec le risque, en 2017, d’«un immense désastre démocratique», soit «non seulement l’arrivée au second tour de la présidentielle de Marine Le Pen sans coup férir, mais en plus la menace que demain elle dirige le pays».

Cambadélis a répliqué immédiatement sur RTL et s’est dit «choqué» par l’abstention d’Hamon et de Filippetti, «qui avaient accepté les arbitrages budgétaires au mois de juillet» quand ils étaient ministres. Réponse de Filippetti sur i-Télé: elle n’a «aucune leçon à recevoir de qui que ce soit». «Je dois des comptes à mes électeurs et aux Français», fait valoir la députée, qui accuse Cambadélis «d’une part de mauvaise foi». Moins d’une heure après le début des hostilités, le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, s’emballe sur BFMTV, accusant Benoît Hamon d’aller «trop loin». «Une limite a été franchie. La cohérence serait qu’il quitte le PS.» «Quand j’entends dire que la politique que nous menons menace la République, les bras m’en tombent», lance Olivier Faure. «Ce sont les propos que nous utilisons pour qualifier le FN!»

Le risque d’implosion du PS est bien là. Sur fond de fronde et dans la perspective d’un congrès qui s’annonce pour le moins douloureux. Devant l’Association des journalistes parlementaires, Cambadélis a indiqué que la date de ce congrès devrait être connue «début novembre». Il pourrait se tenir en juin 2015, entre les élections départementales de mars et les régionales de décembre, mais les discussions sont encore ouvertes. Pour lui, les propos d’Hamon ne sont «en rien» un préambule à ce congrès. «Dire que le parti menace la République n’est pas vraiment une bonne introduction…» Il s’agirait plutôt d’une sorte de surenchère après le retour de Martine Aubry sur la scène nationale. «Une concurrence qui pousserait certains à se radicaliser.»

À la gauche du PS, Emmanuel Maurel note que «Jean-Christophe Cambadélis veut réduire la fracture au PS, mais la crise est beaucoup plus profonde et sérieuse qu’il ne le prétend. Des thèses antithétiques s’affrontent. Ce n’est plus une question de curseur.»

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