Intervention lors du Conseil National du Parti Socialiste du 14 juin

Chers camarades, la vie médiatique est ainsi faite qu’elle autorise à juger d’une action avant même qu’elle ait pu se développer. C’est ainsi que la presse tire le bilan de lois, que nous avons certes votées, parfois il y a fort longtemps, il y a un an et demi, mais qui ne se déploient que ces jours-ci et dont les effets ne sont pas encore connus. Ainsi pour le CICE, que les entreprises commencent tout juste à percevoir.

La vie politique elle, ne devrait pas être totalement calée sur la vie médiatique. Le rôle des élus devrait au contraire être de remettre en perspective. La difficultéde la dcéision publique, c’est qu’elle a besoin de temps, quand la vie médiatique a besoin de polémiques pour pouvoir se nourrir chaque jour. Et le défi pour nous, c’est de ne pas ajouter à la segmentation de l’actualité l’émiettement partisan et la confusion des discours.

Le débat en notre sein, il est évidemment nécessaire. Des divergences, il arrive que nous en ayons, mais attention à ne pas limiter nos expressionsau commentaire pour commenter les annexes et oublier le contrat.

Le doutes est nécessaire, mais le doute raisonnable. Il ne s’agit pas de « faire bloc » comme vient de le dire Emmanuel Maurel, mais de nous regarder avec honnêteté. Je voudrais ainsi reprendre simplement quatre questions, quatre points sur lesquels nous sommes en permanence en débat.

Sommes-nous, par les vertus de l’exercice du pouvoir, devenus les amis des patrons ? Oui ? Alors, je voudrais simplement rappeler ce que nous avons fait depuis deux ans. Les patrons qui gagnent plus de 1 million d’euros par an, ils sont imposés à 75 %. Le taux marginal de l’impôt sur le revenu, il est passé à 45 %. Le capital, il est désormais imposé comme le travail. Les niches fiscales, elles ont été rabotées. Tout cela, c’est nous qui l’avons fait. Alors, nous sommes non pas les amis des patrons, mais les amis des entrepreneurs, ce qui est différent, parce que je ne confonds pas la rente avec le risque, parce que je ne confonds pas la spéculation avec ceux qui, chaque jour, font vivre le pays, lui donnent de l’emploi, créent de l’activité. Et c’est toute la différence entre la défense de l’emploi, des travailleurs parce que c’est à eux que nous pensons quand nous essayons de nouer un pacte productif, et l’alignement sur ceux qui spéculent, ceux qui cherchent à se payer sur la dette.

Sommes-nous devenus, par l’exercice du pouvoir, les amis de l’austérité ? Mais l’austérité, chers camarades, là aussi j’entends des gens qui disent oui, des camarades qui disent oui. Mais est-ce que quelqu’un veut bien rappeler ici ce qu’est l’austérité ? Est-ce que quelqu’un a regardé ce qui se passe dans les pays qui pratiquent réellement l’austérité ?

Nous pratiquons en France une politique de sérieux budgétaire, et c’est vrai, nous devons l’assumer. Mais comment prétendre que le gel du point d’indice dans la fonction publique c’est l’austérité, alors que les catégories B et C, alors qu’il y a encore le Glissement Vieillesse Technicité, qu’il y a encore la possibilité d’un avancement individuel, que la masse salariale des fonctionnaires continue à augmenter chaque année ? Quand je regarde ce qui se passe en Angleterre, là l’austérité, ça veut dire non pas le gel des salaires mais ça veut dire tout simplement 350 000 fonctionnaires en moins, quand je regarde ce qui se passe en Espagne, en Italie, en Grèce, au Portugal, et que je vois que l’austérité, ça se traduit immédiatement par une baisse des salaires des fonctionnaires, et que je regarde ce qui se passe chez nous où je vois que les salariés de la fonction publique peuvent encore avoir des augmentations, je me dis qu’il faut être honnêtes entre nous et nous dire les choses telles qu’elles sont : nous pratiquons le sérieux mais pas l’austérité.

Alors sommes-nous devenus une droite qui ne dirait pas son nom ? Là aussi, camarades, je voudrais simplement que nous regardions ce qu’est la droite parce que, certes, elle va mal mais elle parle encore. Et que dit-elle ? Elle dit non pas 50 milliards d’économies, elle dit 140 milliards d’économies. Elle dit : demain, plus d’AME, plus de RSA, plus de 35 heures, c’est le gel pendant dix ans de toutes les prestations sociales. Voilà tout ce qu’elle dit aujourd’hui. Et voilà ce qui devrait structurer le débat politique entre une gauche et une droite, entre une gauche qui tente de sauver le modèle français et une droite qui a décidé de l’abandonner définitivement. Voilà ce qu’est la droite, voilà ce qu’est la gauche. Ce que nous faisons aujourd’hui, c’est non pas chercher à détruire un modèle mais au contraire le faire évoluer parce que c’est la seule manière de le préserver.

Je finis d’un mot, sur la politique de l’offre et la politique de la demande. On nous dit que nous avons sacrifié la demande au bénéfice de l’offre. Je voudrais simplement dire, et j’en termine par ces mots : il n’y a pas de débat entre nous. Il ne devrait pas y en avoir entre nous. Moi, je suis pour mêler à la fois une politique qui permet de restaurer l’offre productive en France, mais je suis aussi pour une politique de la demande. Les états-nations sont surendettés mais ce n’est pas le cas de l’Union. La politique de la demande, c’est  à l’Union européenne qui a la capacité à le faire, par l’emprunt, par le financement d’initiatives, pour l’innovation pour assurer la transition énergétique, le développement du numérique, des infrastructures de transport ; en bref c’est à l’Union de relancer l’activité dans notre pays et dans l’ensemble des pays de l’Union européenne. Nous devons être ici sérieux sur le plan budgétaire mais nous devons aussi éviter tout risque récessif, en faisant en sorte que l’Union prenne le relais des nations qui sont exsangues. Voilà la politique que nous pouvons conduire, voilà ce que nous pouvons faire ensemble, voilà ce que nous pouvons porter ensemble parce que notre voix sera d’autant plus forte que nous serons unis.

Commentaires

Guy Bézille
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Merci pour cette synthèse précise et courte. Mais qu’est-ce que c’est qu’un ETI?

Olivier Faure
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ETI = entreprise de taille intermédiaire

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