Article de Paris Match.com : Congrès du PS – Ayrault et Aubry choisiraient Faure

CONGRÈS DU PS: AYRAULT ET AUBRY CHOISIRAIENT FAURE

Le conseiller spécial du Premier ministre, Olivier Faure, serait pressenti pour être candidat à la tête du Parti socialiste avec le soutien de Martine Aubry et Jean-Marc Ayrault.

Mariana Grépinet

Martine Aubry et Jean-Marc Ayrault auraient déjà choisi leur candidat en vue du congrès du Parti socialiste. Olivier Faure, 43 ans, député de Seine-et-Marne et conseiller spécial du Premier ministre, défendrait la vision portée par le duo: unité et soutien au gouvernement. Mardi, Martine Aubry et Jean-Marc Ayrault ont fait savoir par communiqué qu’ils entendaient défendre une contribution commune, à laquelle ils appellent les ministres et les dirigeants du PS à se rallier de manière exclusive.

L’initiative unitaire du chef du gouvernement et de la patronne du PS ne fait pourtant pas l’unanimité. Pascal Cherki, député de Paris, a préféré jouer l’ironie sur Twitter en invitant Jean-Marc Ayrault et Martine Aubry à signer la contribution qu’il rédige avec Benoît Hamon. Le sénateur de la Nièvre, Gaëtan Gorce, qui présente sa propre contibution, regrette de son côté que l’initiative «ferme un débat qui n’est pas encore ouvert».

Chez les «hollandais» historiques, la colère gronde également. Et tant pis si Olivier Faure est l’un d’entre eux. Gwendal Rouillard, député de Lorient, confie à Paris Match que «la méthode ne va pas du tout». «L’unité oui, le rassemblement oui, mais pas sur n’importe quelle ligne. Martine Aubry dit qu’elle n’est pas candidate mais elle organise sa succession à tous les niveaux. Ça ne peut pas se passer comme ça», ajoute l’élu. Les partisans de François Hollande estiment avoir été marginalisés depuis la victoire de Martine Aubry au congrès de Reims, en 2008. Et ils entendent bien rappeler que c’est leur champion qui a remporté la présidentielle. «Il faut que Martine Aubry se rende compte qu’elle n’est pas présidente de la République», glisse Gwendal Rouillard, qui n’est pas tendre non plus avec le Jean-Marc Ayrault: «Je suggère que le Premier ministre s’occupe davantage des affaires de la France.»

LES «HOLLANDAIS» S’ORGANISENT

Face à ce que beaucoup perçoivent comme un coup de force, les «hollandais» s’organisent. Dès mardi soir, ils se sont rencontrés au ministère de l’Agriculture, autour de Stéphane Le Foll, fidèle parmi les fidèles. Une vingtaine de députés et de sénateurs étaient là, rejoints par la plupart des barons: François Rebsamen, maire de Dijon, Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense, Kader Arif, ministre délégué aux Anciens combattants, Frédéric Cuvillier, ministre délégué aux Transports, Marie-Arlette Carlotti, ministre déléguée chargée des Personnes handicapées et Bernard Poignant, maire de Quimper et chargé de mission auprès de François Hollande. Par ailleurs, les ministres de l’Economie, Pierre Moscovici, et de l’Education, Vincent Peillon, qui planchaient sur une contribution avec le camp hollande, pourraient les rejoindre. En attendant, les députés du groupe ont prévu de se retrouver dès mercredi à la buvette de l’Assemblée nationale, puis une fois par semaine, probablement avant la réunion du groupe PS, chaque mardi matin. Et si François Hollande ne se mêle pas des initiatives de ses partisans, il n’a rien fait non plus pour les stopper.

Le dépôt des motions en vue du congrès n’aura pas lieu avant environ deux mois. De quoi laisser du temps à la négociation entre les factions. Mais les «hollandais» n’hésiteront pas à aller jusqu’à porter leur propre motion si Martine Aubry et Jean-Marc Ayrault ne se montrent pas plus conciliants. L’été du PS promet d’être agité.

LA RÉACTION D’OLIVIER FAURE

Après la publication de notre article, Olivier Faure a réagi en diffusant un communiqué. «Je démens formellement cette rumeur», indique le député, avant d’ajouter: «Cette candidature n’a jamais été évoquée par les intéressés, ni aucune autre d’ailleurs».

Article paru dans Libération : Aubry et Ayrault verrouillent

PS : Aubry et Ayrault verrouillent
La première secrétaire et le Premier ministre entendent présenter un texte unitaire au congrès du parti, en octobre.

Laure Bretton
La surprise des chefs pour éviter la guerre des chefs. Voire même la «surprise de la cerise sur le gâteau socialiste», idiome inventé à la va-vite hier soir par un proche du Premier ministre, Jean-Marc Ayrault. Avec qui Martine Aubry, la première secrétaire du PS, présentera une «contribution générale commune» en vue du prochain congrès, qui doit se tenir à Toulouse fin octobre. Soit, en langage décodé, un programme d’action pour l’avenir du PS signé par les deux chefs de la majorité, qui proposent à tous les membres du gouvernement, les dirigeants du PS et les militants de les rejoindre dans leur démarche de rassemblement. Car le texte est doté d’un codicille à très haute teneur stratégique : ceux qui le signeront le feront à l’exclusion de tout autre. Plus question de s’ébrouer dans le champ de la démocratie interne, de se compter avant l’étape des «motions», en septembre. «Je prépare la suite pour que nous soyons rassemblés et que nous continuions à travailler pour réussir le changement qu’a promis François Hollande aux Français. A ce stade pourquoi inventer des désaccords qui n’existent pas entre socialistes», explique Martine Aubry à Libération.

aile gauche. Pourtant, ce sont bien plusieurs textes qui étaient en cours de rédaction avant le conseil national de mercredi prochain, date limite pour se lancer dans cette première étape du congrès : autour de Benoît Hamon (qui copilote le courant «Un monde d’avance» avec Henri Emmanuelli – «une contribution générale avec soutien exclusif, c’est une motion avant l’heure», a d’ailleurs tempêté le président du conseil général de l’Essonne, Jérôme Guedj, l’un des rares membres de l’aile gauche du PS à se prononcer hier soir ), du sénateur de la Nièvre Gaëtan Gorce et du «Pôle écologique», un petit courant né au congrès de Reims, il y a quatre ans.

Le collectif de la «Gauche durable» réfléchissait également à présenter un texte après la publication de son manifeste dans Libérationlundi. Mais le duo Ayrault-Aubry coupe surtout l’herbe sous le pied des proches de Pierre Moscovici et de Vincent Peillon qui planchaient de concert avec les hollandais sur un texte commun. «Quelques semaines après une victoire présidentielle, on n’a pas besoin de connaître l’avis du ministre de l’Economie, de l’Education ou de l’Intérieur», défend Harlem Désir. Candidat à la succession de Martine Aubry, le député européen salue ce «signal attendu par tous les socialistes» : «Cela n’avait aucun sens que les amis de Martine et les amis de François se retrouvent face à face.»

Le chef de l’Etat a «évidemment été tenu informé», confie un de ses proches maniant l’euphémisme : «On ne peut pas vraiment dire qu’il est en désaccord.» Surtout que celui qui a promis de ne pas se mêler des affaires internes du PS en passant à l’Elysée a quand même un peu de mal à lâcher l’affaire. Fin juin, alors qu’il présidait un dîner en l’honneur d’Aung San Suu Kyi, il a même reçu ministres et dirigeants socialistes avec une interrogation pressante : «Tu es allé au bureau national, tu en penses quoi ?»

Pour un député estampillé aubryste, tenu à l’écart de l’opération, la maire de Lille rend un grand service au chef de l’Etat et au Premier ministre. «Ayrault avait grand besoin de tenir ses ministres», lâche-t-il. D’ailleurs, le conseil national du PS de la semaine prochaine, prévu initialement à l’heure du Conseil des ministres, a été opportunément décalé en fin d’après-midi. De quoi donner l’occasion à tous les membres du gouvernement de monter dans le bateau Aubry-Ayrault sous les flashs des photographes. «Au moment où la droite se déchire, les socialistes offrent le visage de l’unité», préfère dire Olivier Faure, député de Seine-et-Marne, très proche de Jean-Marc Ayrault.

Dans son texte d’une trentaine de pages qui doit encore être «peaufiné» selon ses termes, Martine Aubry fixe les conditions de sa succession : le PS doit certes soutenir le gouvernement et le chef de l’Etat mais surtout continuer à faire émerger des idées et des équipes nouvelles et prolonger sa rénovation démocratique. En gros, la première secrétaire fixe haut la barre pour son successeur et s’offre un droit de regard sur son choix.

petites mains. Quasiment invisible à Paris depuis la mi-juin et la victoire de la gauche aux législatives, la première secrétaire et maire de Lille préparait son coup depuis trois semaines. En loucedé, comme en 2009, quand elle avait supris tous les éléphants qui la pensaient au fond du trou, en lançant un référendum sur la rénovation du parti. Pour la plupart des petites mains des chapelles socialistes, qui gèrent les affaires courantes depuis que leurs chefs ont été aspirés au gouvernement et dans les cabinets ministériels, le signal est clair : «Ça veut dire qu’elle rempile», assure l’une d’elles. «Si toutes les conditions sont remplies il n’y a pas de raison qu’elle reste», dément dans une formule alambiquée son bras droit, le ministre délégué à la Ville, François Lamy. Martine Aubry, elle, choisit des mots que les socialistes ont l’été pour disséquer : «C’est la fin de ma mission de première secrétaire, pas de femme politique.»

Article dans Le Monde – La méthode Ayrault : mettre en scène la concertation plutôt que trancher

UN DISCOURS à son image ?  » Il ne peut pas y avoir de surprises dans le contenu, car cette déclaration, c’est la concrétisation de la manière de mettre en oeuvre la politique du président « , affirmait, mardi matin 3 juillet, un conseiller du chef de l’Etat. Une sorte de discours de la méthode Ayrault, marquée par  » le thème du sérieux, de la responsabilité et de la conscience « , mais avant tout dédiée à l’application pratique du hollandisme programmatique.

Le premier ministre a planché une quinzaine de jours, avec son équipe, sur sa déclaration de politique générale. Les ministres, par écrit, ont tous proposé des éléments au chef du gouvernement, qui y a travaillé tout le week-end avec son équipe, avant de transmettre une version relativement aboutie, dimanche soir, au président.

A l’Elysée, soucieux de se démarquer de la pratique de la présidence précédente et de mettre en avant un  » retour au fonctionnement normal des institutions « , l’on se défendait de tout interventionnisme :  » C’est la déclaration de politique générale du premier ministre. Il faut quand même que le président en soit informé, mais c’est lui qui engage sa responsabilité devant l’Assemblée. « 

Dans cet Hémicycle où l’ancien patron des députés PS a, pendant de longues années, mené la charge contre les gouvernements de droite successifs, avec davantage de sérieux dans l’argumentation que de flamboyance oratoire, M. Ayrault devait s’installer dans un nouveau rôle : celui de chef de la majorité, tant face à l’opposition qu’à ses camarades et à ses alliés. Il devait jouer, là aussi, un moment important dans la fixation du rapport institutionnel avec le chef de l’Etat.

 » Lorsque Pompidou nomme Chaban et que celui-ci fait sa déclaration de politique générale sur la nouvelle société, c’est le début de la fin. Parce que le président considère que c’est un acte de défiance « , rappelait-on à l’Elysée. De ce point de vue, avec Jean-Marc Ayrault,  » zéro risque « .

Le premier ministre serait-il au fond, malgré les dénégations de l’Elysée, un exécutant des choix présidentiels ? Avec cette image de  » sérieux « , qui devait constituer la marque de cette déclaration de politique générale, et l’extrême modération qui le caractérise, l’ancien député de la Loire-Atlantique et maire de Nantes représente le casting parfait pour mettre en oeuvre et en scène la  » simplicité  » que le président a voulu conférer à son équipe.

Entre ces deux-là, qui se téléphonent plusieurs fois par jour, la confiance règne.  » Il est très complémentaire avec le président. C’est pour ça qu’il était sans doute premier ministre dans la tête de François Hollande depuis longtemps « , note le ministre de l’intérieur, Manuel Valls.

Onze années passées à présider aux destinées de leurs camarades, l’un à la tête de la Rue de Solférino, l’autre à la présidence du groupe PS, ont installé entre les deux hommes des habitudes de travail. Un conseiller de l’Elysée en atteste :  » Ils ne se cherchent pas, ils se sont trouvés depuis longtemps. Il y a une telle confiance entre eux deux qu’il n’y a pas besoin de réglage.  » Avec, en commun, une même capacité : celle de durer. Et un goût prononcé pour le consensus.

Proche du chef du gouvernement, Olivier Faure, député de Seine-et-Marne et ancien secrétaire général du groupe PS à l’Assemblée, résume la méthode Ayrault :  » Sur chaque grand projet, écouter, se concerter, négocier puis trancher. Il est de ce point de vue assez proche de la social-démocratie du nord de l’Europe. « 

Le premier ministre, qui déjeune ou petit-déjeune, par petits groupes, avec ses conseillers, pratique volontiers le bilatéral avec ses ministres.  » Il est dans la concertation, l’échange, la simplicité des relations « , confirme la ministre des affaires sociales, Marisol Touraine, qui le trouve d' » accès assez facile « .

La ministre en atteste :  » Il bosse, il n’est pas dans l’esbroufe.  » Cela tombe bien : Jean-Marc Ayrault est là pour appliquer le projet présidentiel, et n’ira pas plus loin. De même qu’il ne devrait pas fournir d’emblée un luxe de détails en matière fiscale, budgétaire ou sociétale. Tant pour temporiser et repousser encore un peu les sujets qui fâchent que pour offrir le visage de la concertation.

 » Après cinq années de virevoltes et de décisions unilatérales, c’est quelqu’un qui prend le temps de la réflexion avant l’action et qui ne change pas de cap tous les deux jours « , commente Olivier Faure. Pour sa prestation devant les députés, bien sûr, le président devait l’écouter, selon un conseiller de l’Elysée. En toute confiance, et sans redouter de mauvaises surprises.  » Avec Jean-Marc Ayrault, il n’y a pas de face cachée, pas de diable derrière le Bon Dieu, glisse un proche du premier ministre. Personne n’imagine qu’il souhaite être candidat dans dix ans à l’élection présidentielle. « 

David Revault d’Allonnes