Article de Libération : Les statuts de pierre du PS


Les statuts de pierre du PS
Les nouvelles règles déplacent le combat des chefs avant le congrès.

Laure Bretton

Derrière le barouf, les statuts. L’électricité qui règne au Parti socialiste depuis mardi soir s’explique aussi par une modification du code électoral interne, adoptée dans l’indifférence il y a deux ans. Ce changement donne une partie de son sens au bras de fer engagé aujourd’hui entre les leaders de courants et les chefs de la majorité, Jean-Marc Ayrault et Martine Aubry. Couplée au fait que la gauche est au pouvoir, la modification des statuts de juillet 2010 change la face du prochain congrès, comme si on fusionnait scrutin législatif et présidentiel.

Cette année, le premier signataire d’une «motion» (texte d’orientation programmatique) sera automatiquement candidat au poste de premier secrétaire. Les militants voteront donc d’un coup, en octobre, pour un programme et un leader. Exit le choix du chef au suffrage universel direct après le congrès, nouveauté mise en place par Lionel Jospin en 1994 qui avait rapproché le PS des règles de la Ve République.

Liturgie. Cela devrait empêcher toute réédition du calamiteux congrès de Reims, en 2008, où le duel Royal-Aubry s’est joué deux fois à deux semaines d’intervalle : sur leur motion et sur leur nom. Et cela fait passer à la trappe une grande partie de la liturgie socialiste, comme la recherche de la «synthèse» entre courants qui s’étirait naguère sur toute une «nuit des résolutions» et obligeait au rassemblement. Au moins devrait-on connaître le nom du successeur de Martine Aubry le 12 septembre, date du dépôt des motions.«Au PS, parti d’idées, on n’avait plus envie d’avoir des combats d’hommes sans idées derrière», défend Jean-Marc Germain, directeur de cabinet d’Aubry . D’où, depuis quelques jours, la mobilisation des ténors du parti pour exister sur leur nom au stade des«contributions» puisque se profile l’idée d’une motion ultra-majoritaire dans deux mois.

Tandem. Qui pourrait bénéficier de ces nouveaux statuts ? Pour un élu proche de Vincent Peillon, «ils offrent un boulevard à Aubry» si elle décidait de rempiler. Candidats officiels, Jean-Christophe Cambadélis et Harlem Désir signeront la contribution Aubry-Ayrault. Il y a aussi en lice le tandem du sénateur de la Nièvre Gaëtan Gorce et de la jeune élue parisienne Juliette Méadel.

Mais le Parti socialiste bruisse de rumeurs sur d’autres candidatures. «Il faut quelqu’un qui signe l’image du changement», plaide le député Thierry Mandon, qui veut un saut de génération. Dans cette catégorie, il y a Olivier Faure, proche de Ayrault et de Hollande; mais le quadra, tout juste élu député de Seine-et-Marne, dément. Les noms d’Anne Hidalgo, première adjointe au maire de Paris, et de Delphine Batho, ministre de l’Ecologie, sont également mis en avant. Sans qu’apparemment elles n’aient rien demandé. Mais une femme succédant à une femme à la tête du parti serait un signe fort de rénovation politique.

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