Article dans le Point : Des experts proches de l’UMP pronostiquent un résultat serré. Optimistes ?

La droite ne s’avoue pas vaincue. Le « troisième tour » de la présidentielle pourrait réserver des surprises. Les élections législatives seraient plus serrées que la logique institutionnelle ne le laisserait prévoir. Jusqu’ici, les Français ont toujours donné une majorité de députés au président fraîchement élu. Mais plusieurs éléments sont de nature à contrarier les habitudes. C’est du moins l’espoir, sinon la conviction, des dirigeants de l’UMP, qui s’appuient sur des projections en sièges flatteuses pour la majorité sortante. Selon la carte des circonscriptions élaborée par les experts de La Lettre de l’opinion, dirigée par Guillaume Peltier, secrétaire national de l’UMP, les résultats s’annoncent incertains pour la gauche. Avec un socle assez élevé de fiefs, il suffirait à la majorité sortante de faire basculer une quarantaine de sièges indécis pour l’emporter.

Christian Jacob, le président du groupe UMP de l’Assemblée nationale sortante, se réjouit de cet état des lieux, tout en assortissant ses pronostics de quelques conditions (voir entretien). Jean-François Copé espère aussi faire mentir les pronostics de victoire des socialistes. Est-ce irréaliste ? L’analyse d’experts indépendants conduit à penser que rien n’est écrit d’avance. Ainsi Pascal Perrineau, directeur du Centre de recherches politiques de Sciences po – le Cevipof -, juge-t-il le « rapport de forces plus serré qu’on aurait pu le croire ». Il tire ses conclusions de l’examen des chiffres de la présidentielle : « L’étroitesse du différentiel entre gauche et droite, les capacités dynamiques internes à chacune des deux grandes familles de l’opinion publique ainsi que la volonté de préserver un certain équilibre des forces dans un système où l’essentiel des pouvoirs nationaux et locaux est à gauche redonnent à l’échéance législative tout son sel. »

Sur quoi peut miser l’UMP ? D’abord sur la force personnelle de ses sortants. Ils ne pâtissent pas du même rejet que Nicolas Sarkozy. Certes, François Hollande est arrivé en tête dans 333 circonscriptions sur 577, mais ce résultat n’est pas mécaniquement projetable sur le sort des élus. Beaucoup sont implantés depuis longtemps et ont déjà résisté à des vagues roses. Ensuite, les électeurs pourraient être sensibles à l’idée de ne pas mettre tous leurs oeufs dans le même panier, alors que le Sénat et la plupart des collectivités locales sont déjà à gauche. Enfin, il n’y a pas eu d’élan considérable en faveur de François Hollande sur lequel pourraient surfer ses partisans. La France reste fondamentalement à droite. Les 2 millions d’électeurs qui se sont portés sur le candidat socialiste au second tour de la présidentielle sans avoir voté pour lui au premier réitéreront-ils leur geste ? L’ambiance n’est forcément plus la même.

Beaucoup dépendra des scores obtenus par les candidats du Front national aux législatives. A l’UMP, on mise sur le décalage enregistré traditionnellement entre les résultats présidentiel et législatif. Les candidats « marinistes » bénéficieront-ils cette fois-ci de l’élan de leur chef de file ? Pâtiront-ils, comme d’habitude, d’une participation moins élevée, qui mettrait la barre haut pour pouvoir se maintenir dans le cadre de triangulaires ? Dans l’incertitude, personne ne peut réellement prévoir de résultats nets. Marine Le Pen a prévenu qu’elle ne ferait pas de cadeaux quand elle aura une fenêtre de tir sur le terrain. Elle en aura peut-être moins qu’elle ne le souhaite.

« La digue va sauter ». A gauche, on veut croire au sens pratique des Français.« Les Français voudront donner une cohérence à leur vote, assure Christophe Borgel, secrétaire national du PS aux élections.Ils donneront d’autant plus une majorité au président que le pays fait face à la crise. Je doute que la perspective d’avoir Copé comme Premier ministre les incite à voter pour une cohabitation. » Le secrétaire général du groupe socialiste à l’Assemblée, lui-même candidat aux législatives, Olivier Faure, pense également que l’hypothèse d’une victoire de la droite « est une vue de l’esprit. La vague passera parce que la digue d’en face va sauter. Les vaincus sont toujours un peu démobilisés ». On trouve tout de même un Jean-Christophe Cambadélis pour reconnaître que rien n’est joué : « Obtenir la majorité n’est pas mécanique. La droite est haute. Les Français confirmeront sans doute leur vote à la présidentielle, mais la majorité absolue peut nous échapper. C’est un enjeu pour l’UMP. »

A droite, on attend avec gourmandise les premiers pas de Hollande, certain que le nouveau président finira par avoir des ennuis très vite. Le socialiste Vincent Peillon admet que les prochaines semaines seront déterminantes pour les législatives : « Tout dépendra de la manière dont Hollande s’en sort, que ce soit pour la formation du gouvernement ou dans les négociations européennes. » « Ensemble, choisissons la France » : tel est le slogan choisi par l’UMP de Jean-François Copé. Les mêmes mots avaient été utilisés par François Hollande. Reste à savoir si, les 10 et 17 juin, les électeurs les écriront en bleu ou en rose.

Sylvie Pierre-Brossolette

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