Article dans le Monde : Les états-majors sous l’effet d’un sondage distillé dans la soirée

Lorsque Nicolas Sarkozy débute lundi 12 mars son émission, il sait qu’il va dépasser François Hollande dans les intentions de vote. Pour la première fois selon un sondage IFOP réalisé pour Europe 1, Paris Match et Public Sénat dans la foulée de son discours de Villepinte, le candidat de l’UMP est crédité de 28,5 % des voix au premier tour, contre 27 % pour son adversaire socialiste.

Psychologiquement, l’impact est considérable. Le président se voit conforté dans sa stratégie de jouer le peuple contre les élites. Ainsi, sur TF1, il s’agace contre Laurence Ferrari, qui l’interroge sur un supposé financement de sa campagne par M. Kadhafi en 2007 :  » Je vous ai connue dans un meilleur rôle « , lâche-t-il excédé. Il traitera ensuite François Bachy de biographe de M. Hollande.  » Ne vous excusez pas M. Bachy.  » M. Sarkozy est ravi de croiser le fer contre un associatif de banlieue. La tâche est plus dure contre un ouvrier syndicaliste d’Auvergne, qui ne veut pas entendre parler des Lejaby.

Dans les troupes présidentielles, le moral remonte. Franck Louvrier, conseiller presse de M. Sarkozy, commence par balayer l’information :  » La classe médiatique n’existe que par et pour les sondages. Ce qui compte, c’est la dynamique « , estime M. Louvrier, qui concède toutefois :  » Au lieu de prendre une heure, cela prend dix minutes de requinquer les troupes. « 

Pour les plus engagés dans la campagne, quelques secondes ont suffi.  » On n’était plus qu’une poignée à y croire, confie un membre de l’équipe. On va être des milliers maintenant.  » Un autre est plus prudent : l’enjeu est de savoir si la remontée est durable, si elle est due au feu d’artifice médiatique de M. Sarkozy ou si les courbes vont jouer les montagnes russes. Patrick Buisson, le conseiller du président, voit ses prédictions se réaliser, tandis que Le Figaro fait sa manchette sur le sujet.

Du côté de François Hollande, on relativise. C’est autour de 21 heures, par un SMS de son conseiller opinion, Olivier Faure, lui-même informé par l’IFOP, que le candidat socialiste a pris connaissance des chiffres.  » François n’a pas été surpris. Les courbes se resserraient depuis quelque temps « , explique M. Faure.

Le terrain avait été déminé. Au lendemain de la primaire socialiste, le politologue Gérard Le Gall, longtemps chargé des études d’opinion au PS, expliquait que le score  » normal  » d’un candidat du PS au premier tour était de 27-28 %. Une façon, déjà, de banaliser le tassement des intentions de vote en y voyant une stabilisation plutôt qu’un décrochage.

 » Normal « , c’est également l’adjectif utilisé pour expliquer la remontée de M. Sarkozy.  » Sous la Ve République, le président sortant a toujours été en tête au premier tour « , rappelle Manuel Valls, directeur de la communication du candidat PS.  » Avec ses propos sur le halal, l’immigration et Schengen, Sarkozy siphonne l’électorat du FN qui, jusqu’à aujourd’hui, pouvait douter du fait que Le Pen ait ses signatures « , explique Olivier Faure, qui avance deux autres facteurs explicatifs à la hausse du candidat UMP : sa  » surexposition médiatique  » et l' » éclaircissement du terrain à droite « , avec le retrait de Christine Boutin et Hervé Morin.

Rappelant qu’au second tour leur champion reste largement favori, M. Valls caresse l’idée que ce sondage crée un électrochoc.  » Ça a l’avantage de rappeler à tous ceux qui, euphoriques, pensent déjà à se distribuer les ministères qu’une élection n’est jamais jouée d’avance. Il nous faut mobiliser notre électorat, et surtout ne rien lâcher.  » Pendant que les états-majors des deux grands candidats s’agitaient, initiés sur les sondages, d’autres venaient à la pêche aux informations sur Twitter :  » Eva Joly progresse ? « , demande Cécile Duflot. La candidate verte recule d’un demi-point, à 2,5 %.

Arnaud Leparmentier et Thomas Wieder

Sarkozy : Mea culpa, mea Cecilia culpa !

L’un d’entre eux s’est dévoué. Le costume sombre, les yeux baissés il est entré dans le bureau du Chef de l’Etat.

– Monsieur le président…

– Oui entre mon vieux !

– Voilà monsieur le Président… On a tiré à la courte paille et j’ai perdu… C’est donc à moi de vous dire que vous avez un problème qui ne se résorbe pas avec les Français…

– Mais que me racontes tu là ? ils m’ont élu, ils me rééliront !

– C’est-à-dire qu’ils vous reprochent…

– Ils me reprochent ?..

– Votre comportement Monsieur le Président… Une certaine proximité avec le monde de l’argent, quelques dérapages verbaux, une tendance au népotisme, un exhibitionnisme qui rompt avec les traditions de la maison, peut-être un peu d’arrogance…

– L’arrogance ?.. C’est le péché actuel d’Hollande. Moi je suis sobre, humble… Bon et qu’est-ce qu’ils en disent Giacometti et Buisson ?

– Ils disent que Blair à la veille de son second mandat s’était excusé face aux britanniques et que le peuple de droite attend que vous confessiez vos fautes pour mieux vous pardonner… C’est la seule façon d’être à nouveau entendu.

La scène racontée est purement fictive, mais il n’est pas besoin d’être grand clerc pour comprendre les raisons des remords tardifs exprimés mardi 6 mars par Nicolas Sarkozy : retrouver l’oreille de l’opinion et singulièrement des déçus de 2007 avant son discours de Villepinte, dimanche prochain.

L’exercice a été exécuté par Nicolas Sarkozy sur France 2. Il a fait son mea culpa. Mais curieusement sur le dos des autres. Il a confessé des erreurs mais en en attribuant la responsabilité à d’autres. Avec Nicolas Sarkozy, c’est toujours la faute des autres, la crise, les immigrés, les chômeurs et comble de l’élégance… de son ex femme. Mea Culpa, mea Cecilia culpa !

Fin de session

Les portes de l’hémicycle se sont fermées jusqu’au mois de juin prochain.

Dans les couloirs les députés évaluent leurs chances de revenir. Le moral est, disons, inégalement réparti selon les groupes. Il se raconte que certains parlementaires sont venus dîner à l’Assemblée avec leurs familles, anticipant leur départ définitif.

C’est sur le plan politique l’heure du bilan. Inutile d’y revenir dans ce billet. Je ne convaincrai personne.

Il y a un point sur lequel je souhaiterais toutefois attirer votre attention. Une législature, ce sont des textes adoptés, mais ce sont aussi des textes abandonnés à la faveur d’une navette ou jamais mis à l’ordre du jour des assemblées après avoir été adoptés en Conseil des ministres, en bref des projets qui ont servi d’affichage, mais pour lesquels la volonté d’aller jusqu’au bout n’existait pas.

Il est ainsi trois projets « oubliés » qui sont particulièrement significatifs de la duplicité de Nicolas Sarkozy. Ils ont en commun de parfaitement illustrer le destin de la « République irréprochable ».

Le statut pénal du Chef de l’Etat :

Il devait être la marque de la rupture avec la présidence de Jacques Chirac. Oublié sur le bureau du Sénat

La loi sur les conflits d’intérêts.

Elle devait marquer une nouvelle étape et tourner la page des affaires Woerth, Wildenstein, Tapie ou de l’étonnant cumul des rémunérations de certains parlementaires. Elle n’a pas été présentée en première lecture.

Le référendum d’initiative partagée

Le candidat Sarkozy fait aujourd’hui l’apologie du référendum mais il a bloqué l’un des seuls points d’accord gauche/droite sur la réforme constitutionnelle de 2008.

Il y a sans doute matière pour certains à se désespérer, alors rappelons que même le cynisme sans limites en connaît une, la sanction des électeurs.

Article dans le Parisien : Comment Hollande et Sarkozy ont éteint la concurrence

L’« accrochage » de Bayonne, jeudi, est la dernière illustration de la bipolarisation de la campagne : un Sarkozy hué par une foule hostile et qui, furieux, s’en prend à un Hollande alors en meeting… à plusieurs centaines de kilomètres de là. Des socialistes qui répliquent à l’unisson. Une lettre de remontrance du directeur de campagne de Sarkozy, Guillaume Lambert, à son homologue de l’équipe Hollande. Une réponse ajustée de Pierre Moscovici : « On ne peut accueillir cette missive qu’avec flegme et consternation tant la volonté d’instrumentalisation est grossière. » Résultat : une fois de plus, la bataille présidentielle se focalise sur le duo Hollande-Sarkozy. Marine Le Pen, François Bayrou et les autres plus « petits » candidats en sont réduits à compter les points.

Comment en est-on arrivé là ? Explication à gauche d’abord : « L’idée d’alternance est tellement forte que François Hollande en est devenu naturellement le véhicule », relève Olivier Faure, un des lieutenants du député de Corrèze. Parti très tôt en campagne, Hollande n’a laissé à personne d’autre le leadership à gauche.

Seul Mélenchon se cramponne à gauche

A la mi-janvier, au Bourget, il a relancé audacieusement sa campagne en déclarant la guerre au « monde de la finance » et en allumant tous les clignotants traditionnels de son camp. Lundi, avec sa taxe à 75 % sur les très riches, il en a remis une louche, tout en donnant le tempo de la semaine : selon un sondage Sofres pour i>télé, 6 Français sur 10 l’approuvent.

Seul Jean-Luc Mélenchon, véritable bête de campagne, a réussi à se cramponner dans le peloton de gauche. Non sans avoir ravalé ses attaques frontales contre le candidat socialiste (taxé à l’automne de capitaine de pédalo) pour désormais cibler Marine Le Pen. A droite, Nicolas Sarkozy a fait ce qu’il fallait pour éviter que n’émerge un candidat de substitution à lui-même. Il a accéléré son entrée en campagne et martelé les credo de son camp pour reconstituer son socle électoral. « Nous avons toujours été persuadés que l’entrée en campagne de Nicolas Sarkozy provoquerait un réflexe de ressaisissement de l’électorat de droite, c’est bien normal », analyse Moscovici. En bloquant l’offensive de Bayrou sur le centre et en figeant l’espace de Marine Le Pen dans l’électorat populaire, Sarkozy est redevenu incontournable pour son camp. « On ne voit pas pourquoi les électeurs qui sont revenus vers lui le lâcheraient maintenant dans la dernière ligne droite », analyse un politologue, qui ajoute : « Ça casse un peule suspense mais maintenant, il est quasiment certain que le duel annoncé Sarkozy-Hollande sera bien le duel final. »