Article dans Les Echos : « François Hollande veut reprendre la main sur le terrain de la justice fiscale »

La proposition choc de François Hollande vise à contrer Nicolas Sarkozy qui commence à rattraper son retard dans les sondages. Quel candidat imposera le rythme et les thèmes de la campagne ? La lutte est désormais acharnée entre Nicolas Sarkozy et François Hollande. Alors que le chef de l’Etat est parvenu depuis deux semaines à faire tourner le débat politique autour de ses propositions et qu’il a, encore hier soir, lancé quelques propositions choc en matière d’éducation, François Hollande cherche à reprendre la main sur le terrain des idées. C’est pourquoi il a surpris tout le monde, y compris son équipe, en promettant, lundi soir sur TF1, la création d’une tranche d’imposition à 75 % pour les revenus supérieurs à 1 million d’euros par an.

Le thème de la justice préempté

La mesure est symboliquement forte et elle a atteint le premier objectif du candidat socialiste : focaliser le débat politique toute la journée d’hier. « Nous voulions à nouveau préempter le thème de la justice et c’est fait. Cette proposition nous permet de rappeler toutes nos autres mesures fiscales », se félicitait hier Michel Sapin, responsable du projet du candidat PS. Pour les socialistes, il commençait effectivement à y avoir urgence. Quatre instituts de sondages (CSA, Ifop, Ipsos, TNS Sofres) ont fait état d’un resserrement de l’écart d’intention de vote entre les deux candidats. En ciblant les très hauts revenus, François Hollande cherche également à se border sur sa gauche. Hier, les proches de Jean-Luc Mélenchon et d’Eva Joly ont dû approuver sa démarche même s’ils la jugent insuffisante.
De quoi satisfaire les dirigeants du PS… A un bémol près : le caractère non concerté de l’initiative. Ce n’est pas la première fois que François Hollande agit de la sorte – il avait fait de même pour annoncer la création de 60.000 postes dans l’Education nationale – au risque de donner l’impression d’improviser. C’est d’ailleurs sur ce thème que le chef de l’Etat a attaqué hier en dénonçant un « amateurisme assez consternant ». Derrière cette charge, le président-candidat entend prouver que son adversaire n’est pas à la hauteur de la fonction qu’il brigue, voir qu’il devient « fébrile », dixit un responsable de la majorité. « En termes de crédibilité, c’est une erreur », insiste-t-on à droite. Sentant le danger, les socialistes se sont relayés pour affirmer que cette mesure « était en réflexion depuis un moment » mais que c’est au candidat de « choisir le moment de l’annonce ». L’autre inconnue est la façon dont cette mesure sera ressentie dans les classes populaires. A priori, la colère est grande contre l’augmentation des revenus des grands patrons. Mais Nicolas Sarkozy et ses troupes ne cessent de dénoncer « une folie fiscale » qui, selon lui, « isolerait » la France. Ce qui fait dire à Olivier Faure, conseiller ès sondages de François Hollande : « La bataille d’opinion n’est pas gagnée d’avance. »

ELSA FREYSSENET

Article publié sur Mediapart : François Hollande affûte son présidentialisme

Derrière l’annonce de campagne, la stratégie s’affine. Au-delà de son habileté comptable, l’annonce de François Hollande d’une nouvelle tranche d’imposition à 75 % pour les revenus excédant 1 million d’euros (lire ici le parti pris de Laurent Mauduit), indique au moins qu’un débat tactique a été tranché en interne. Depuis deux semaines et l’entrée en campagne de Nicolas Sarkozy, l’entourage socialiste se divisait sur l’attitude à adopter : s’en tenir au programme et à lui seul, ou y ajouter des mesures au gré de la campagne. La première option avait la faveur des plus « responsables » de l’entourage, comme le directeur de la communication Manuel Valls, estimant qu’il fallait s’en tenir à une « ligne mendésiste » se limitant au projet et sans promesses de circonstances.

Le débat a été mené lors du conseil politique du candidat PS la semaine dernière. « Ça devenait inévitable de contre-proposer et non plus seulement dénoncer, explique un proche de Martine Aubry. Cela permet d’éviter les séquences médiatiques trop longues autour de Sarko, et surtout de relancer le débat autour de nos valeurs et non des siennes. Mieux vaut recentrer sur la taxation des riches, ou sur le blocage des prix du pétrole, plutôt que sur un référendum sur les chômeurs… »

Petit hic dans la mise en scène de l’annonce, la proposition a d’abord été balbutiée par Hollande sur TF1 (évoquant d’abord ceux qui « gagnent un million d’euros pas mois » avant de se reprendre et corriger : « un million d’euros par an » ), avant d’être carrément esquivée par l’un de ses proches, Jérôme Cahuzac, quelques minutes après sur France-2.

Le président de la commission des finances semble étonné, et cache à peine son scepticisme. Si une partie du staff était au courant de l’annonce de Hollande ( « On m’a dit : « il va faire une annonce sur l’impôt des riches » » , raconte un cadre socialiste), l’on peine à croire que le chargé du budget dans l’équipe de campagne ne l’ait pas été. Une dizaine de responsables de l’équipe de François Hollande ont été contactés par Mediapart ce mardi, en vain. Un seul a rappelé, pour ne rien dire. Si ce n’est : « Il faut demander à Pierre Moscovici. Ah, il ne vous rappelle pas. Rassurez-vous, nous non plus… »

Seul embryon de version officielle, un mail aurait été envoyé aux membres de l’équipe resserrée pour les prévenir de cette annonce, peu avant l’intervention sur TF1. Le porte-parole Bernard Cazeneuve admet avoir reçu un SMS avant l’émission l’informant de la proposition. Et s’il dit ne pas avoir participé aux discussions sur le sujet, il juge que « cette annonce se situe dans l’affinement du discours du Bourget » . Mais pas plus d’information sur le mécanisme de prise de décision, dont l’hypothèse la plus probable reste qu’elle a été individuelle. « François sollicite énormément d’avis, il s’inscrit dans un processus coopératif, assure Cazeneuve. Mais à la fin, il assume la responsabilité de trancher les sujets. »

Hollande seul décisionnaire

François Hollande semble se complaire de plus en plus dans le costume du présidentialisme, selon lequel lui seul décide en dernier ressort. Et tant pis si la méthode peut provoquer parfois quelques couacs à gauche, où ce n’est pas vraiment la culture maison. Certains ont encore du mal à se faire à cette vision personnalisée du pouvoir, qui s’imprime déjà dans la pratique des groupes parlementaires PS, par exemple lors du vote en faveur de la loi sur la négation du génocide arménien, ou lors de l’abstention sur le mécanisme européen de stabilité (MES). A chaque fois, Hollande donne la consigne, et les députés et sénateurs, majoritairement, opinent ou se font porter pâles.

Déjà discutée lors du dernier conseil de campagne, mais sans qu’une décision ait été alors prise, cette proposition a été assumée et affirmée par François Hollande, depuis le salon de l’agriculture ce mardi. « J’avais depuis longtemps cette idée face à des rémunérations qui peuvent être excessives,indécentes, a-t-il dit. Certains dirigeants gagnent jusqu’à 250 années de smic en un an. Est-ce que c’est normal, acceptable ? L’effort doit être demandé à tous. Ceux qui gagnent le plus doivent montrer l’exemple. C’est un signal qui est envoyé, un message de cohésion sociale. C’est faire acte aussi de patriotisme d’accepter de payer un impôt supplémentaire pour redresser le pays. »

A propos de l’apparente découverte de Cahuzac, il lance : « Maintenant, il est au courant. C’est normal que je prenne un certain nombre d’initiatives. Je suis le candidat. » « Cahuzac a un problème d’ego, assure un dirigeant socialiste proche de la première secrétaire. Surtout quand il perd un arbitrage… » Garant de l’orthodoxie budgétaire dans l’entourage Hollande, le député va devoir se faire à l’idée que son candidat peut aussi parfois « trancher à gauche » .

« Je ne crois pas qu’il n’était pas au courant, explique Olivier Faure, proche de Jean-Marc Ayrault. Il savait très bien que François allait dans ce sens. » Pour cet ancien directeur de cabinet de Hollande, « on n’est pas dans l’absolue nouveauté, mais dans la remise au goût du jour de propositions de loi socialistes » , et cette proposition de nouvelle tranche d’impôt a déjà été évoquée pour le 20 heures de TF1 la semaine d’avant. Les socialistes n’entendent pas se laisser enfermer dans un débat sur l’improvisation dans l’équipe de campagne. « Avec Sarkozy, tout est improvisation !, s’irrite Faure. Aucun chiffrage, des référendums sans intitulés… Nous, on se pose la question : « Est-ce que c’est juste ou pas? » et on assume une certaine réactivité… » Lire la suite

Sarkozy, chevalier sans surmoi et sans projet

Nicolas Sarkozy est entré en campagne. Dans son style habituel. Celui d’un acteur qui assure le spectacle quotidien. Toutes les 24 heures, il livre son lot d’images et de petites phrases à l’ogre médiatique.

Rien n’a changé depuis cinq ans, C’est le même manège qui est remis en mouvement. Avec les mêmes forains à la manoeuvre. Le tourbillon est organisé avec trois objectifs, le premier donner le sentiment de l’action, le second organiser le débat autour de lui, le troisième éviter le temps de l’évaluation en passant sans cesse d’un thème à un autre.

Pourtant son entrée en campagne n’a pas provoqué les effets escomptés. Sa progression est le résultat mécanique du retrait des Morin, Boutin, Nihous, pas le signe d’une dynamique.

Ses engagements, chacun en connaît désormais la valeur. Le voilà qui se met à promettre tout ce qu’il n’a pas tenu. Sans aucune gêne ni honte. Nicolas Sarkozy n’a pas de surmoi… Voilà que le président de l’austérité se déguise à nouveau en candidat du pouvoir d’achat. Le président des riches s’auto-proclame candidat du peuple. L’omni-président se fait chantre de la démocratie directe et de la proportionnelle. Le président bling-bling redécouvre les vertus du train, des visites d’usines et des déjeuners à la cantine…

Ses propositions sont improvisées. L’objet exact de ses référendums varie au gré des résistances qu’il rencontre. Il se renie sur le droit de vote des étrangers (auquel il se prétendait personnellement favorable), le mariage gay (il prétendait que l’on ne reprendrait pas deux fois la droite en flagrant délit de conservatisme), Qu’importe. Dans la civilisation du buzz, la seule unité de mesure est le bruit médiatique.

Nicolas Sarkozy sait qu’il a perdu la bataille de la popularité, alors il multiplie les provocations afin de ramener François Hollande à sa hauteur. Il tente d’entraîner son principal concurrent dans un corps à corps où les outrances verbales remplacent le glaive et le trident. Dans l’arène, il espère que l’esthétique du combat l’emportera sur le reste. Dans l’arène – rêve-t-il – il n’y a ni trahisons, ni bilan à assumer, il y a juste deux gladiateurs sans passé.

C’est pour ces raisons que François Hollande doit conserver de la hauteur. Refuser le « mano a mano ». Rappeler le bilan catastrophique du président sortant. Engager le débat, projet contre projet.

C’est pour ces raisons que les citoyens doivent exiger que le président-candidat livre son projet, et ses chiffrages pour que s’organise enfin un débat digne d’une présidentielle.

Cette fois les Français ne veulent pas d’un spectacle. Ils sont las du jeu politique.

Ils veulent comprendre, comparer et choisir. Les vrais candidats du peuple sont ceux qui lui permettent d’être souverain, pas ceux qui le manipulent en l’amusant et en lui cachant leurs véritables desseins.

Article dans le Journal du Dimanche : Ce que pensent les « sondeurs » des candidats

PS, UMP, Front national, MoDem… Ce que les « sondeurs » des candidats pensent des sondages.

Olivier Faure (PS) : « Je regarde les tendances plus que les niveaux et je suis beaucoup les enquêtes qualitatives, qui permettent d’anticiper les mouvements d’opinion. Il y a des écarts depuis le début entre les instituts liés à des modes d’intervention différents. Il y a un petit effet mécanique d’entrée en campagne de Sarkozy, lié à la défection de Boutin, Morin et Nihous. François, lui, rejoint son socle, qui est entre 27 et 30%. Sa courbe est stable depuis des mois, avec un pic à la fin des primaires et un autre lié à la séquence Bourget, projet, Juppé. Si Villepin se retire, Sarkozy devrait être en tête au premier tour, mais ça ne changerait pas le second tour, qui lui est constant. »

Portrait publié sur Les Influences.fr : Olivier Faure, du dessin au dessein de François Hollande

En 2007, il publiait la BD des coulisses de la campagne de Ségolène Royal. En 2012, il suit les études d’opinions pour le candidat du PS.

En 2007, une bande dessinée intitulée Ségo, François, Papa et moi (Hachette littératures) intrigua le Landerneau du Parti socialiste. Qui se cachait derrière l’auteur de ce manga politique racontant de l’intérieur la prise de pouvoir du PS par Ségolène Royal ? Julien Dray, porte-parole de la candidate, en a conçu une véritable crise de paranoïa. Il dépêcha quelques militants dans les librairies pour faire un comparatif des styles graphiques. Etait-ce donc Tardi, Comès, Golo, et pourquoi pas Spiegelmann, qui commettait ces strips ? Et pourquoi donc le personnage de « Monsieur Bang » avait-il les traits et la silhouette (revue très fitness et R’ n’ B) de Julien Dray ?

Le Financial Times, en bon chien truffier, flaira l’originalité goûteuse, espiègle et libre de ton du livre et lui consacra un important article. On découvrit l’auteur. Il s’appellait Olivier Faure, 40 ans, directeur de cabinet de François Hollande.

Sous l’ombre protectrice du personnage Monsieur Bang, le mangakâ de Solférino avait ainsi dessiné sa famille socialiste recomposée entre son bon copain « François », l’icône Ségolène, le tonton flingueur fabiusien et une ribambelle de petits cousins orphelins de François Mitterrand.

« Entre François et Ségolène, j’ai été tiraillé » reconnaît-il. Tout juste si le dir-cab se souvient d’être passé au Q.G de « Ségo » et d’avoir empêché une catastrophe de com’ politique. « Nathalie Rastoin, la conseillère image, avait conçu une invraisemblable image de Ségolène Royal étendant ses bras à la manière du Christ de Rio. Heureusement, l’image avait été imaginée par ces grands communicants au format à l’italienne : absolument impossible à coller sur des panneaux électoraux« , se souvient-il.
Comme le pharaon alla au tombeau, le scribe qui perdit aux législatives avec 49% dans la 8e circonscription de Seine-et-Marne, accompagna François Hollande après la déconfiture du PS pour mieux assister à sa remontée. Depuis il a eu le temps de mâchonner les erreurs de cette campagne, « le très mauvais timing » et « la triangulation de Sarkozy (s’emparer des concepts de l’adversaire pour mieux le désarmer politiquement/Ndlr) ».

Cinq ans après sa parution, ce manga politique qui était aussi un livre de deuil peut se lire autrement avec le recul. Une case résume bien les relations tissées entre Faure et Hollande : le jeune secrétaire général le supplie de ne pas faire de vannes. La métamorphose aura pris du temps. Les vannes de fin de repas rad-soc de François se sont affûtées en humour à tir tendu de campagne pour le candidat Hollande.

Quasi un quinquennat plus tard, on retrouve Olivier Faure dans son bureau de l’Assemblée nationale. En 2007, on lui proposa un job dans le privé, mais ce proche du député de Corrèze avait trop pris le goût de la politique. « Le débat préalable au traité de Maastricht, en 1992, est sans doute le foyer originel de mon envie de faire activement de la politique : assister à l’éloquence d’un tribun comme Philippe Séguin, à la montée en puissance toute la nuit d’un débat qui dessinait une vraie alternative dans un hémicycle noir de députés m’a donné le goût et le frisson. C’est dans ces moments-là que l’on regrette qu’il n’y ait pas eû dans les travées, un documentaire filmé caméra à l’épaule. »
La publication de sa bande dessinée par ailleurs lui a donné un peu plus d’assurance. « En 2007, Hollande a découvert d’un coup que je faisais de la BD, que j’étais eurasien, métis franco-vietnamien, que mon parcours personnel avait été un peu compliqué » décrit t-il. Le gamin d’Orléans est venu à la politique par le rocardisme : « En 1984, être rocardien c’était être en rébellion contre Fabius, alors Premier ministre ». Olivier Faure bascula dans un nouveau monde. « Dans ma cité, sans être un voyou, je n’avais pas tout les codes, ceux qui vous permettent d’entrer dans le monde. » Adolescent, il serre les dents : « jusqu’à 16-17 ans, j’avais le physique asiatique très prononcé, toute mon enfance j’ai dû subir les surnoms comme « le Chinois » ou « le bridé ». Lui qui voulait faire de la BD se retrouve à Sciences-Po, on ricane sur ses chaussettes blanches, ou ses vêtements mal assortis. Il a été secrétaire général d’une société high-tec à Grenoble, mais c’est la politique qui le gobe. Il écume les cabinets ministériels après le retour aux affaires de la gauche en 1997. Découvre les codes, les digicodes, les codes secrets et puis les casse.

Depuis 2007, Olivier Faure occupe le poste de secrétaire général du Groupe des parlementaires socialistes. Une fonction technique et absorbante, où il apprend le métier, enregistre les tics et les tocs des députés, collectionne les meilleures ficelles des vétérans. Ce jour-là, il ne porte pas les bretelles et la chemise blanche dont il fait quasiment logotype sur ses photos officielles. Au mur, des affiches très graphiques de Libération (la Une annonçant la mort de Steeve Jobs par le logo Apple renversé, une larme à la pomme, ou encore celle du mot chaos en grec) marquent ses goûts pour le concept percutant. La une du Monde du 10 mai 1981, associant François Mitterrand vainqueur avec une publicité d’un livre de Mendès-France, raconte aussi les gauches qu’il aime.
Un écrivain, Laurent Binet, et un dessinateur de BD, Matthieu Sapin, suivent chacun à leur manière la campagne du candidat PS. Cette fois Olivier Faure sera à la manoeuvre, même si lui aussi esquisse à l’arraché quelques scènes sur son carnet de moleskine.

Le 8 mars, après la cession parlementaire, il ira respirer la poudre du champ de bataille élyséen. « Je suis chargé du suivi des mouvements d’opinion et des études pour le candidat » explique t-il. Charge à lui de mouliner quelques conclusions et idées avec Gilles Finchelstein, secrétaire général de la Fondation Jean-Jaurès. Pestant contre ce QG de campagne où tout le monde s’entasse dans une cabine téléphonique, il repère les cafés alentour où il compte installer son ordinateur portable.

« La presse elle aussi a levé le camp de l’Assemblée nationale : il n’existe plus de journalisme de compte-rendu, ni de pédagogie du parlementarisme »
Surtout, il y aura de toute façon, une autre vie après le 6 mai 2012 : la campagne des législatives. Depuis cinq ans, le conseiller de François Hollande a à coeur de labourer la nouvelle 11e circonscription biscornue et coriace de Seine-et-Marne où il se présente, et de serrer des milliers de mains. Il soigne son maillage. Il soigne son blog de terrain. S’il se trouve élu, Olivier Faure aimerait bien pour la prochaine mandature, voir la restauration d’une culture parlementaire qu’il juge profondément dégradée depuis cinq ans. « L’hyper-parlementaire façon Copé c’est une tromperie intellectuelle et politique. Mais il n’y a pas que les députés qui ne savent pas suffisamment prendre et défendre leur liberté, estime t-il. La presse elle aussi a levé le camp : il n’existe plus de journalisme de compte-rendu, ni de pédagogie du parlementarisme. On ne trouve plus de bons limiers prêts à recouper jusqu’à pas d’heure leurs informations dans les couloirs ingrats de l’Assemblée nationale. Les politiques comme les médias privilégient la com’ plus que le fonds démocratique des délibérations et des décisions. Les chaînes de télévision sont devenues l’hémicycle.« 

Dessin et dessein ont la même racine étymologique. En 2012, Olivier Faure n’a plus besoin du super-héros socialiste, Monsieur Bang. Il vole de ses propres ailes, et espère bien qu’il sera un nouveau personnage de la BD politique qui se dessine.

Emmanuel Lemieux sur Les Influences.fr

Article paru dans Libération le 22 février 2012

Une campagne électorale c’est aussi une histoire de baraka. Les révélations sur le projet de bombarder Jean-Louis Borloo à la tête de Veolia le jour même où Nicolas Sarkozy accuse François Hollande d’être le candidat d’une «petite élite» voire du «système», sont un vrai cadeau. Et la droitisation du chef de l’Etat renvoie de fait le candidat socialiste à ses fondamentaux de gauche. Il n’empêche. Depuis mercredi dernier et l’entrée en lice officielle du candidat-président, ça flotte un peu dans la campagne Hollande alors que son adversaire prend son essor médiatique.

«Il faut réfléchir si on a le bon tempo, les bons mots. On est dans le même moment de flottement qu’en décembre. On cherche la séquence», reconnaît un des chefs des pôles thématiques du candidat. «L’indécision ne pourra pas durer. C’était jouable tant que Sarkozy n’était pas monté sur le ring, explique un député. Le côté prince de l’esquive va finir par se voir. Il n’y a que Dujardin qui peut gagner un oscar sans parler…»

Doser. Selon plusieurs de ses proches, Hollande lui-même a «identifié ce problème» de cadence et de substance. Fin mars, cela fera un an qu’il bat campagne. «Les gens peuvent se dire : « Qu’est-ce qu’il fait, ça fait un an et il n’est pas encore élu ? » analysait le candidat ce week-end sur ses terres de Corrèze. Il faut créer une attente et ne pas être dans un train-train.» Déjà en janvier, il estimait qu’il lui fallait bien doser sa campagne, sur le fond et sur la forme, pour éviter que «mi-février, nous soyons au bout et que les gens soient à bout». Olivier Faure, un de ses stratèges, ne se montre guère inquiet : «Il a vécu plusieurs présidentielles, il en connaît la grammaire et les rythmes.» Un parlementaire se montre tout aussi confiant : «Hollande est au sommet de sa science de la gestion du temps. Dégainer contre Sarkozy c’est trop tôt, c’est un fusil à un coup.» Et puis jouer l’évitement a un autre avantage, selon un membre de l’équipe Hollande : «Le fait qu’on laisse Sarkozy boxer tout seul, ça le rend fou, ça l’hystérise.»«Je le sens attentif à ne pas se laisser bercer par la douce musique des sondages. Mais suffisamment concentré pour ne pas surréagir à chaque événement», ajoute un autre.

Dans ses interventions récentes, Hollande mélange contre-attaque sur la forme, en maniant le plus souvent l’ironie face à son adversaire, et sur le fond. Il en est persuadé, le candidat de l’UMP ne pourra pas rivaliser avec ses «engagements» consignés depuis fin janvier dans un petit livret et qu’il détaille sur le terrain, comme lundi en banlieue, sur le logement social. «Mes 60 propositions sont sur la table : dites-moi qui a fait le même exercice ? Je ne maquille rien de ce que je propose», a-t-il dit sur BFM-TV en allusion au «falsification !» de Sarkozy l’accusant de vouloir régulariser tous les sans-papiers.

Dans l’équipe Hollande, on a repéré un autre angle d’attaque du «président sortant», qui se vend en homme du XXIe siècle pour ringardiser le socialiste. «Attention à l’image de gauche sépia. Il faut aussi parler de progrès, de numérique, de cellules souches. A un moment, il faut dire que le XXIe siècle, c’est nous», alerte un dirigeant. Message reçu cinq sur cinq puisqu’aujourd’hui le candidat passe sa journée dans l’Essonne, à visiter les laboratoires du Genopole et des start-up spécialisées dans les biotechnologies. «Sur le logement, l’emploi et la sécurité, on trouvera difficilement des propositions datées», assure Olivier Faure qui reconnaît cependant qu’il reste du pain sur la planche pour tous les socialistes : «Sur le fond, après, c’est à nous de développer, de mettre en avant, de faire comprendre à chaque catégorie de population en quoi ça s’adresse à eux.» Confirmation du directeur de la communication, Manuel Valls : «Je ne crois pas à l’idée d’évitement, mais à celle de l’approfondissement. Cela n’empêche pas de répondre, voire de surprendre, mais ça interdit de changer de pied.» Pour le député de l’Essonne, «il faut revenir à la pédagogie». Avec de nouvelles propositions ? «Non, la campagne n’est pas un feu d’artifice permanent, ça lasse. Les Français ont besoin de constance, de cohérence», assure Valls. Sauf que sur le quotient familial, l’euthanasie, le nucléaire, le candidat donne parfois l’impression de raboter ses ambitions en les précisant. «Sa principale difficulté, c’est de dire : « Je vous dis noir mais il y a aussi des choses bien dans le blanc. » Il donne une certitude et dans les secondes qui suivent, l’atténue et la module», regrette un député socialiste. Et d’ajouter : «Il ne veut donner prise à rien. Et comme ça marche, il n’a pas de raison de changer.»

Polémique. A la différence de Ségolène Royal il y a cinq ans, François Hollande a tout le PS derrière lui et écrase toujours Nicolas Sarkozy au second tour dans les sondages. Il avance donc en candidat sur lequel aucune polémique n’accroche. «Vous seriez étonnés du nombre de sujets qui ne nous coûtent rien en voix, dit-on sur l’aile gauche du PS. Les gens veulent s’enlever une épine du pied en sortant Sarkozy. La question de savoir si Hollande fournit une bonne semelle est secondaire.» Pour Jean-Marc Ayrault, le patron des députés, en revanche, Hollande en a sous le pied : «On ne veut pas que ce soit un référendum contre Sarkozy, mais un référendum pour Hollande. Nous voulons convaincre les Français que nous avons les moyens de réussir.»

Laure Bretton ; Matthieu Ecoiffier

Article dans Le Figaro du 17 février 2012

La gauche redoute qu’une dynamique s’enclenche en faveur du chef de l’État. Ils connaissent la partition. Alors, hier, au lendemain de la déclaration de candidature du chef de l’État, les socialistes ont joué la mélodie de l’antisarkozysme sur tous les tons. De la critique du bilan à la dénonciation du projet et du slogan, en glissant même sur le registre du compassionnel, l’orchestre des lieutenants de François Hollande y a été à la grosse caisse.

À commencer par le directeur de campagne du candidat socialiste, Pierre Moscovici, pour qui « Nicolas Sarkozy joue sur une amnésie générale. Il voudrait que les Français ne se souviennent pas qu’il est président depuis cinq ans ». Au cas où, Ségolène Royal s’est chargée de rappeler les grandes lignes du quinquennat, telle que lues par les socialistes. «La France forte ? Jamais la France n’a été aussi affaiblie qu’aujourd’hui. La valeur travail ? Jamais le capital n’a été autant avantagé et le travail autant taxé que pendant ces cinq années. Le social ? Jamais nous n’avons eu un quinquennat aussi antisocial. La démocratie ? Jamais nous n’avons eu un pouvoir aussi concentré entre les mains d’un seul », a énuméré l’ex-candidate de 2007.

Forme de compassion

Plus étonnant cependant, certains se sont laissés aller à une certaine forme de compassion pour commenter l’intervention de Nicolas Sarkozy. À l’instar de Jean-Marc Ayrault, le patron des députés PS. «On a l’impression qu’il doute de lui-même. Il y a un côté défaitiste. Est-ce qu’il n’y a pas une part implicite d’intériorisation de l’échec ? Pas de l’échec électoral, mais il est sans doute dans un malaise individuel », a-t-il estimé.

Dans le même registre, Laurent Fabius s’est lui aussi inquiété de la force de conviction du président. « Je l’ai trouvé peu convaincant, mais surtout, c’est peut-être plus intéressant, je l’ai trouvé peu convaincu. C’est ce que j’appellerais la candidature négative », a indiqué l’ancien premier ministre. En fait, les socialistes s’affichent rassurés. Depuis 2007, ils connaissent la force de Nicolas Sarkozy en campagne. S’ils jugeaient tous plutôt « ratée » la séquence ouverte par le chef de l’État depuis le début de l’année avec sa marche vers la candidature, ils attendaient de voir comment cela se concrétiserait. « Nicolas Sarkozy a mené une campagne extraordinaire la dernière fois. Dans l’électorat, y compris à gauche, il y a une survalorisation de sa capacité à mener campagne, raconte Olivier Faure dans l’équipe Hollande. Mais quand tu n’as pas de jeu, tu n’as pas de jeu. On pense à chaque fois qu’il va sortir un carré d’as mais, à chaque fois, il sort un deux de trèfle. »

À force, les socialistes en seraient presque venus à baisser la garde. Ce contre quoi François Hollande ne cesse de les prévenir. Pour l’heure, il n’a pas prévu d’accélérer sa campagne. « Il doit rester et va rester sur son projet », promet Pierre Moscovici. Mais la campagne a ses rythmes. Et celui de François Hollande a tendance à mollir ces dernie,rs temps. Sur la lancée du discours, réussi du Bourget, il ne prend plus de risque quand, en face, son adversaire principal promet un feu d’artifice de propositions. « Il va donner un coup de pédale, changer de braquet », assure-t-on au PS.

Le risque immédiat pour François Hollande, ce sont les sondages. La déclaration de candidature peut avoir un impact à la hausse mais pas seulement. Les retraits récents de Christine Boutin et d’Hervé Morin peuvent aussi contribuer à doper le chef de l’État. À gauche, cela inquiète. «Ce qui est particulièrement étrange et troublant dans ce bal des renonçants est l’empressement qu’ont les nouveaux ex-candidats à soutenir le chef de l’UMP », a relevé Bruno Le Roux. Pour le porte-parole de Hollande, cette « épidémie » montre que « pour arriver à ses fins, Nicolas Sarkozy emploie avec ses alliés et ses partenaires les mêmes méthodes qu’avec les Français : tension, pression, intimidation, humiliation ». Chez François Hollande, on veut à tout prix empêcher qu’une dynamique s’enclenche autour du président-candidat.

François-Xavier Bourmaud

Article dans le Parisien : Le PS joue la carte jeune

Le Parti socialiste a décidé de jouer la carte du renouvellement. La formation a présenté lundi, en marge de la soirée de voeux de la fédération départementale, ses onze candidats aux législatives des 10 et 17 juin. Mise à part deux d’entre eux – Emeric Bréhier et Olivier Faure – aucun n’avait brigué auparavant de siège de député. La moyenne d’âge est par ailleurs très basse : 42 ans. La benjamine, Célia Firmin, n’a que 31 ans. Elle affrontera Christian Jacob, le patron des députés UMP à l’Assemblée nationale, dans la 4e circonscription (Provins). L’aînée, Elisabeth Escuyer, 61 ans, maire de Mouroux depuis 2008, se frottera à Franck Riester dans la 5e circonscription (Coulommiers).

Parité respectée

Le PS a également fait en sorte que la parité soit respectée. Sur les onze candidats, cinq sont des femmes. Une manière d’afficher une image plus moderne que l’UMP, dont l’équipe est bien plus âgée et un peu moins féminine. Si les socialistes croient en leur chance de remporter des victoires, y compris dans des bastions de droite, c’est pour le moment surtout grâce à la popularité de François Hollande, leur candidat à la présidentielle. Car, hormis dans la 10e (Chelles) et la 11e (Sénart), réservées à Emeric Bréhier et Olivier Faure et plutôt favorables à la gauche, la campagne s’annonce difficile.

Le parti présidentiel, qui détient depuis 2002 l’ensemble des sièges seine-et-marnais, a reconduit huit des neuf sortants. Seul Didier Julia cède sa place, après quarante-quatre ans passés à l’Assemblée nationale, à Valérie Lacroute, le maire de Nemours. Les jeunes socialistes devront donc affronter des hommes politiques bien installés et plutôt expérimentés. Parmi eux, plusieurs ténors dont Jean-François Copé, député-maire de Meaux et secrétaire général de l’UMP.

« Si Nicolas Sarkozy est réélu, c’est sûr que ce sera très difficile », reconnaît Patricia Inghelbrecht, investie contre Yves Jégo, le député-maire PR de Montereau. « Mais dans le cas inverse, tout devient possible », estime Célia Firmin. Avant de se lancer dans la campagne des législatives, les candidats PS vont donc d’abord se mobiliser pour obtenir une victoire de François Hollande. « Nous allons notamment inciter les gens à aller voter dès le premier tour de la présidentielle pour ne pas que le 22 avril ne devienne un nouveau 21 avril (2002, où le FN s’était maintenu au second tour de la présidentielle) », souligne Eduardo Rihan Cypel, candidat dans la 8e circonscription (Torcy) face à Chantal Brunel.

Pour appuyer ses jeunes pousses, la fédération départementale compte faire venir des responsables nationaux dès le retour des vacances d’hiver. « Ces visites thématiques dureront une demi-journée et s’achèveront par une réunion publique », précise Emeric Bréhier, le premier secrétaire fédéral du PS. François Hollande pourrait également être de la partie.

Joffrey Vovos