Comment François Hollande a constitué son équipe

Depuis de très longs mois, François Hollande sillonne la France. S’est-il d’ailleurs un jour interrompu ? Longtemps dans le minuscule bureau de Brigitte qui préparait ses déplacements, les visiteurs sont tombés nez à nez avec une carte de France transpercée de centaines d’épingles figurant chacun de ses séjours…
De ces milliers de rencontres François Hollande a tiré une connaissance intime de la France et des français. C’est en allant vers eux qu’il a puisé l’énergie d’une candidature et l’intuition des priorités à mettre en œuvre.

Lassé par les combats d’appareil après le congrès de Reims, l’ancien Premier secrétaire a entrepris une quête qui fut d’abord solitaire. A sa table le mardi, nous n’étions guère plus d’une dizaine, plus soudés par l’amitié que par une très improbable ambition. Et sur cette dizaine, il était probablement le seul à imaginer la fin d’une traversée du désert.

Souvent l’un d’entre nous s’indignait de l’injustice des commentaires. Après avoir conduit et uni les socialistes pendant plus de dix ans il était rendu responsable de tous leurs maux. Les victoires à toutes les élections intermédiaires, la reconstruction après 2002, tout avait été oublié. Les arguments les plus contradictoires furent utilisés. Les premiers critiquaient un supposé goût immodéré pour la synthèse, les seconds lui reprochaient au contraire de ne pas l’avoir recherchée en 2005 lors du référendum européen. Pour les uns trop consensuel, pour les autres trop clivant…
Jamais il n’a souhaité relever. François Hollande n’est pas homme à s’épancher ni à se plaindre. Plutôt du genre à relever le défi. A sa façon. Sans fanfare.

Le 21 avril 2002, j’étais assis à côté de lui sur les marches de l’Atelier de campagne. Nous étions abasourdis par le double coup de tonnerre du résultat et du départ de Lionel Jospin. Progressivement dans la soirée les journalistes se sont attroupés autour de lui. C’est à travers leur regard et leurs questions que je l’ai vu prendre conscience de sa nouvelle responsabilité. Il a ployé, puis il s’est redressé.

Cette fois encore, François est reparti à la conquête. Après avoir longtemps, trop sans doute, porté la parole des autres, il s’est remis au travail. A son compte cette fois.
L’homme que l’on décrit comme habile – il l’est – est d’abord doté d’une solide cohérence. Dans un monde politique où les positionnements successifs ne lassent de surprendre, il est resté attaché aux fondamentaux de la gauche réformiste. Au moment où tous les regards se tournaient vers Tony Blair ou Gerhart Schröder, il a maintenu le cap. Après les défaites présidentielles, lorsque la tentation de rompre avec l’esprit majoritaire, celle du repli protestataire, gagnait les esprits, il a maintenu le cap. Lorsque le PS s’est déchiré en 2005, il a maintenu l’unité sans laquelle toute espérance se serait définitivement évanouie.

Son patient travail a d’abord été repéré par quelques éditorialistes, étonnés de cette métamorphose physique autant qu’intellectuelle. Et puis, magie de la politique, Sa voix a commencé à porter. Comme Mitterrand, comme Chirac, comme Sarkozy, le chemin vers la présidence de la république a commencé dans le mépris. C’est peut-être le parcours initiatique. Celui d’un homme libre qui doit se confronter à sa propre vérité avant de la faire partager au peuple français. C’est peut-être oublié des siens que l’on se rend plus disponible pour entendre les souffrances silencieuses, évaluer les douleurs profondes et mesurer aussi les atouts d’un pays.

Le 12 juillet, François Hollande a confirmé son engagement dans le combat présidentiel. Il a choisi une équipe. Avec celles et ceux qui ont partagé le pain noir, avec celles et ceux qui – après l’avoir parfois contesté – ont jugé qu’il incarnait cette gauche qui change. Cette gauche qui, parce qu’elle s’est changée elle-même est maintenant prête à changer la vie. Cette gauche qui parce qu’elle a tiré la leçon de ses défaites peut désormais envisager la victoire.

C’est une équipe composée sans trébuchet. Elle allie les forces de femmes et d’hommes choisis pour leurs compétences. Connus ou inconnus du grand public. Tous savent que leur présence a pour unique objet d’accompagner une candidature, sans autre promesse que celle d’une possible victoire de la gauche après trois défaites successives.
Pierre Moscovici animera un groupe qui comprend parmi les meilleurs sur leurs sujets. Michel Sapin, ancien ministre des finances, Jérôme Cahuzac, président de la Commission des finances, Marisol Touraine, experte incontestable des affaires sociales, André Vallini, spécialiste de la justice et ancien président de la commission Outreau, Aurélie Filipetti militante engagée du développement durable, Vincent Peillon, député européen et agitateur d’idées prolifique, François Rebsamen qui fut conseiller de Pierre Joxe à l’Intérieur avant de conquérir le cœur des dijonnais, Bernard Roman, ancien président de la Commission des lois à l’Assemblée, Victorin Lurel, parfait connaisseur de l’outre-mer et président du CR de Guadeloupe, Nicole Bricq infatigable rédactrice de propositions de loi préfigurant une politique économique alternative, Karine Berger, économiste, François Patriat, véérinaire devenu ministre de l’agriculture, Julien Dray, vice président régional chargé de la culture…
A côté des figures les plus médiatiques, comme celle de Gérard Collomb, maire de Lyon, il y a ces nouveaux visages, celui de quadragénaires comme Thierry Repentin, président de l’Union sociale pour l’habitat qui fédère le mouvement HLM, Geneviève Fioraso députée de l’Isère et ancienne dirigeante d’une PME innovante, Vincent Feltesse, jeune président de la Communauté Urbaine de Bordeaux, Jean-François Debat, vigoureux maire de Bourg en Bresse, Sylvie Guillaume fraiche députée européenne investie dans la coopération, Christophe Sirugue, spécialiste de l’insertion et nouveau maire de Chalon, Pascal Terrasse député et membre du Conseil d’Orientation des retraites, Vincent Eblé, président du CG 77 grand connaisseur des collectivité locales, Emeric Bréhier, constitutionnaliste, Bernadette Laclais, première femme maire de Chamberry…
Il y a ceux qui – sans la revendiquer – illustrent la diversité des parcours et des origines, Faouzi Lamdaoui, Safia Ottokoré, chargés de la presse, Kader Arif, chargé de l’Europe, Cécile Ha Minh Tu, chargée de l’industrie, Nisrine Zaibi, chargé de la jeunesse…
Sans oublier les talents prometteurs de têtes bien faites comme celles des trentenaires Manuel Flam (Essec, Sc Po, Ena) Mathias Fekl (normale sup, sc Po, Ena) qui ont coordonné les travaux des experts ou Rémi Branco (IEP) qui a éclairé les pas de François Hollande sur la question centrale de l’avenir de la jeunesse ou encore Benjamin Griveaux, vice-président du Conseil général de Saône et Loire…

A la source de ce fleuve qui est appelé à connaître d’autres confluents, il y a Stéphane Le Foll, compagnon des bonnes et des mauvaises heures dont les qualités d’organisateur sont indispensables à la victoire. Il y a le très diplomate, Thierry Lajoie qui coordonne le cabinet de François composé de militants dévoués dont les noms n’apparaissent dans aucun organigramme, mais dont la présence a été indispensable tout au long de l’aventure.

Et puis François m’a confié la communication. Sans doute parce que je ne suis pas un « communiquant ». Parce que, pour lui, la forme n’a jamais emporté le sens, ni le marketing remplacé les idées. Parce que nous partageons et revendiquons cet archaïsme : la politique ne sera jamais un « produit » et les citoyens des consommateurs.

NB : pour voir l’organigramme complet de l’équipe : rv sur francoishollande.fr

Commentaires

Estelle Lorient
Répondre

Pour ma part je me rappelle un rassemblement avec François il y a deux ans a Lorient on était encore pas très nombreux a y croire et pourtant on a senti qu il se passait quelque chose. Depuis le hasard a voulu que je vive a Lorient et quand je me retrouve dans ce palais des congres je ne peux m empêcher de mesurer le chemin parcouru

Michel Frontere
Répondre

Cette équipe a l’air très solide et inspire une grande confiance.

Bon courage à François.

DEGREMONT Philippe
Répondre

Une équipe solide et compétente, composée de camarades aguerris au combat politique et soucieux de leurs responsabilités.

Tout mon soutien à François et à cette équipe pour les primaires et ensuite pour gagner la finale.

MARTIG-DECES Laetitia
Répondre

Merci pour tous les communicants qui oeuvrent pour le service public !!! Nous ne pensons pas considérer les citoyens comme des consommateurs et le marketing n’est pas un vilain mot notamment pour nos territoires que nous devons valoriser !!! Hollande a eu raison de te prendre dans son équipe car effectivement tu as bcp de qualité mais stp ne craches pas sur la communication…et notamment les communicantes-s !!!

berruyer
Répondre

Francesca B.
Je me le rappelle aussi ce tout premier cercle de réflexion, le 27 juin 2009, à Lorient! François Hollande, ce jour-là déjà, s’imposait par l’ampleur et la justesse de ses vues dans maints domaines proposés aux débats. Et depuis, il avance à grands pas. Il est maintenant au-dessus de la mêlée, en homme fort et sans arrogance. Dérisoire, mais sans faille, mon soutien militant sera pour lui.

Jeanne
Répondre

« Attention à ne pas filer trop longtemps la métaphore sportive pour les primaires. Démonstrations de force, équipes de campagnes à grands renforts de soutiens de « poids », je veux juste rappeler qu’il ne faut pas perdre de vue que tous les candidats socialistes sont dans la même équipe… »

« Prenons garde. Les primaires ce n’est pas encore l’heure de choisir un camp plutôt qu’un autre. Les primaires, ce n’est pas le retour à une logique clanique. Plutôt que les soutiens des uns ou des autres, ce sont les débats entre les candidats qui devront être médiatisés. Les primaires doivent se faire sur le terrain des idées. Sur le terrain des propositions. Dans le respect de chacun »

Ségolène Royal

Et elle a parfaitement raison, d’autant plus qu’elle applique ce qu’on lui a réclamé en 2007. En revanche le duo Aubry/Hollande se comportent en appliquant les manières qu’on reprochait à Royal en 2007: repli sur soi; équipes de campagne; emploi permanent du « je »…

Attention enfin aux sondages qui risquent bien de vous réserver une très mauvaise surprise au final. C’est même d’après beaucoup, de plus en plus certain…

chenoun
Répondre

Olivier,
le temps a passé depuis Devaquet et je vois avec plaisir que tu n’as pas perdu la vocation poltique.
Je ne suis pas tres convaincu par le programme eco de hollande, qui voit juste sur la reforme fiscale mais ce n’est pas assez pertinant et percutant d’un point de vue industriel… Bonne campagne, vous aurez mon soutient. Laurent

Monsieur Je sais tout!
Répondre

Comment il a composé son équipe ????
————————————
Moi je sais:
————
En faisant entrer dans la primaire, aux moins deux complices caricaturaux (Droite / Gauche). Et pour le reste, des potes peut-être ?

** Trop consensuel ?
——————-
Moi je sais!
————
Il ne pouvait pas aller dans le fond et détail de ses choix, parce qu’il devait se camper au centre du P.S. (d’où ces non choix)

** Trop Clivant ?
—————–
Moi je sais!
————
Quand il perd pied, il s’agace ou se victimise, ou par dans le délire.

Pardon, mais elles sont où ses solutions ? ses cheminements logiques de réflexions ? Ses expériences professionnelles dans le privé, ses résolutions de gros enjeux, quelques chose quoi, pas du vent, des contes de fée.

On est pas des enfant!!

Franchement je comprends vraiment de plus en plus ce qui pourrie la politique en France, c’est dramatique, ou drôle, mais pas sérieux.

Et puis franchement, je ne pouvait que trouver cela chez ses fabriquants.

Vous avez gagnez (je sais comment) mais fites un vrai travail maintenant, c’est pas jeu de gouverner un pays, ou sinon on perpétue le malaise!

Demandez à Aubry qu’elle bosse avec, elle n’est pas si dure que vous croyez. Après tout, Obama , plus pro, n’a pas craint sa concurrente.

Modération, or not modération ????

Leave a comment

nom*

email* (not published)

site internet