DSK, la gauche et la morale.

L’Elysée a donné des consignes de retenue que seuls quelques élus UMP isolés ont enfreintes.

L’attaque n’est pas frontale, mais insidieuse. On glisse « off the record » aux journalistes que les socialistes, champions de la morale sont désormais disqualifiés. On suggère qu’ils n’ont pas toujours fait preuve de la même retenue. On affirme une « solidarité de caste » au mépris de la victime présumée Nafissatou Diallo.

L’objectif poursuivi est transparent, scotcher les socialistes à une procédure judiciaire à laquelle ils ne sont pas partie, transformer une affaire privée en « 21 avril judiciaire ».

Revenons aux faits. La gauche pratique-t-elle la présomption d’innocence à géométrie variable ?

Au cours du quinquennat, la gauche n’est jamais entrée sur le terrain de la morale privée, mais a exercé son devoir en défendant l’intérêt général et la morale publique.

Dans l’affaire Woerth, il ne s’agissait pas d’une affaire privée, mais de présomptions lourdes sur la connivence entre un parti l’UMP et une milliardaire soupçonnée de frauder le fisc. Les interpellations répétées à l’Assemblée visaient  à dénoncer le conflit d’intérêt reconnu depuis par madame Woerth qui travaillait à l’optimisation fiscale de madame Bettencourt et à exiger la nomination d’un juge d’instruction indépendant. C’est Nicolas Sarkozy qui a choisi de se priver des services de son encombrant ministre, les socialistes n’avaient appelé qu’à sa démission de ses fonctions de trésorier de l’UMP incompatibles avec ses fonctions au budget.

Dans l’affaire Lagarde/ Tapie, 9 socialistes ont saisi le procureur général près la Cour de cassation. Jean-Louis Nadal leur a donné raison en jugeant que les faits supposaient le renvoi du dossier devant la Cour de justice de la République. La justice étant saisie, jamais les socialistes n’ont posé de questions d’actualité sur le sujet ni n’ont engagé de campagne. Ils exercent leur mission de contrôle et dès lors que la justice est saisie, ils considèrent que c’est à elle d’instruire à charge et à décharge.

Dans l’affaire DSK, le parti socialiste n’est pas impliqué. Aucun dirigeant ne récuse la nécessité de voir la vérité établie. Il est exact que les socialistes ont témoigné de leur incrédulité, mais qui peut reprocher à des amis de ne pas vouloir croire au pire ?

Les socialistes demandent la vérité quelle qu’elle soit et que justice passe, dans le respect de la présomption d’innocence et de celui de la victime présumée.

La première des morales c’est d’avoir la même rigueur pour tous. Cela n’exclut pas les manifestations d’amitié, mais interdit la cécité. C’est justement ce que nous reprochons à Nicolas Sarkozy depuis quatre ans. Nous ne lui reprochons pas d’avoir des amis, mais de ne gouverner que pour eux, au mépris de toute idée de justice.

Commentaires

Jean Roucou
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Bien pensé, bien dit, bien pesé, bien senti, bien construit tel un argumentaire politique au sens premier du terme. A faire circuler
TOUT Y EST DIT

akakpo
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J’espère que la gauche saura tirer les leçons de cet evénement : si nos politiques sont choqués de la justice américaine qu’ils examinent la brutalité des prisons françaises, la desespérance des juges français face au manque de moyen dont dispose la justice en France, la lenteur de la justice française.
S’il est innocent il sera innocenté s’il est coupable et bien les américains nous aurons permi d’éviter une sacré bourde : je ne veux pas d’un violeur à l’élysée!
Et je compte sur les socialistes pour qu’en 2017 après 5ans de pouvoir socialiste on soit beaucoup moins enclin a dire « si ça c’était passé en France il ne serait pas passé en jugement »

cluzel
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Tout cela est tout à fait juste mais il aurait fallu également, il y a quelques jours, alors que nous célébrions les 30 ans de mai 81, Mitterand et, en autres, l’abolition de la peine de mort, faire un article sur l' »éxécution » de BenLaden qui ne reprenne pas les propos de la totalité de nos représentants (socialistes en première ligne) qui s’en félicitaient publiquement.
On ne peut pas se satisfaire d’une telle (absence de) justice et ne pas faire remarquer qu’elle est, elle aussi, américaine…

Franck Payonne
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Biensur c’est une histoire dingue que celle qui arrive là! Si DSK est coupable il devra payé! la gauche n’ a jamais dit le contraire et dans les gouvernements de gauche où des ministres pouvaient être impliqués dans des affaires, généralement ils démissionaient de leur fonction, même si souvent après ils étaient blanchit des accusations! Nous ne sommes pas nous PS responsables des agissements privés des adhérents, pas plus que ne l’ est d’autres partis politiques sur des faits privés de leurs adhérents! Si DSK est coupable ce que je ne souhaite pas on ne peut nous reproché de l’ avoir eu dans notre sein où alors faisons des reproches à ceux qui l’ ont poussé à la tête du FMI, là ce n’est pas le PS

S Baron
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Parfait Olivier, merci !

Jean Brou
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merci Olivier :bonne argumentation à laquelle je réfléchissais ces derniers heures : avec toi, c’est fait!.Je suis ton blog de grande qualité et loin des facilités dans lesquelles nous tombons parfois.

jeando
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Tout ça c’est bien beau, mais nous aurions tous intérêt à trancher le débat, DSK en premier devrait avoir le courage d’affirmer qu’il ne saurait être candidat: innocent ou coupable, il est disqualifié.
Qu’on parle d’autre chose maintenant même si je comprends l’amitié et la fidélité.L’amitié et la fidélité en amitié aussi doivent rester dans la sphère privée, non?Et puis de grace finissons en avec cette désignation démagogique du candidat pour laisser la place à la meilleure d’entre nous,on a déjà voté pour une Secrétaire Générale, qui dit mieux?

Jean Bernard
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Merci pour le rappel Olivier.
La réalité subit bien des torsions en ce moment.

Juste une question : pourquoi personne n’utilise le vocabulaire tout à fait français de « plaignante » et « d’accusé » ?

@JeanDO
Le parcours de la primaire peut illustrer la transformation d’un parti politique un peu fermé sur lui même vers un parti politique plus ouvert, capable de découvrir et d’agréger de nouveaux talents, d’incorporer de nouvelles perceptions, de pensées ou prospectives. Le tout dans le respect de ses valeurs mais en bousculant ses habitudes, ses parcours initiatiques admis, ses compromis entre tendances.

Est-ce un risque ?
Je ne crois pas, si chacun se respecte, et chacun a sa chance.
Pour ma part je considère que cela peut être l’occasion d’un grand coup de fraicheur, de spontanéité. Nous adopterons ce soir notre projet. Le résultat ne fait aucun doute. Mais ce projet constitue plus un socle, de grandes orientations, qu’un carcan. Nous savons qu’il évoluera grâce à nos différents candidats et à notre veille sur la vie du pays. Dans le cas contraire, nous avons d’ores et déjà perdu.

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Tu as su trouver les mots justes en ces jours éprouvants.

Geneviève Wortham
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Oui, bien sûr. Le PS n’est pas collectivement comptable des agissements réels ou supposés de chacun de ses membres, et la droite n’a aucune leçon de morale à nous donner.
Reste néanmoins une question de morale, ou plutôt d’éthique, quelle que soit la réalité de ce qui s’est passé samedi à NY.
Comment un homme,dont il apparaît chaque jour davantage que son rapport aux femmes était aux antipodes des valeurs socialistes, féministes, a-t-il pu accéder à de telles fonctions? Le PS n’en est pas seul responsable. Les dirigeants de droite, des autres partis de gauche, savaient, eux aussi, mais ne disaient rien. Cohn-Bendit, que je n’apprécie pas du tout par ailleurs, est le premier à dire qu’il regrette de ne pas avoir tenu compte des « rumeurs ». Les journalistes, quant à eux, n’ont absolument pas joué le rôle qui devrait être le leur.
Tout cela interroge, à la fois sur les connections entre le monde politique et médiatique, et sur la façon dont les partis politiques, et en premier lieu le PS, puisqu’il nous importe plus que tout autre, sélectionnent leurs « élites ».

Marie-France Eymery
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Je suis d’accord avec Genevieve Worthman. Pour moi le Ps représente des valeurs fondamentales dont la fraternité,le féminisme, l’attention, le respect de l’autre, et surtout des plus faibles, le care de Martine Aubry. Or de nombreux dirigeants du PS et les journalistes des grands médias nous ont dit partout que le meilleur candidat c’était DSK et depuis Dimanche des rumeurs terribles circulent sur lui et même si ce qui lui est reproché est faux on ne peut que s’interroger sur la manière dont le PS a pu se choisir un leader, peut être avons nous besoin d’un peu plus de rigueur, d’éthique ou simplement de conformité envers nos valeurs. Rien n’est simple mais il faut dans ces temps difficiles faire preuve le plus possible d’exemplarité afin de réunir le plus possible d’électeurs.

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Sarkozy est mal placé pour nous faire des leçons en matière de morale dans l’action politique. Bravo pour ce texte Olivier.

Amandine Janiaud
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Encore une fois d’accord avec Geneviève : « Comment un homme,dont il apparaît chaque jour davantage que son rapport aux femmes était aux antipodes des valeurs socialistes, féministes, a-t-il pu accéder à de telles fonctions? »

De jour en jour les choses évoluent, et les paroles aussi. Les Français, les politiques, les journalistes passent par différentes phases. Après une phase d’incrédulité sont venus les soupçons. Puis les révélations. Maintenant c’est le moment de l’autocritique. Il est utile, salutaire et il faut que tout le monde en prenne sa part.

En tant que femme socialiste je suis choquée d’entendre des propos de dirigeants PS parler en toute simplicité de son côté « pushy », « borderline » apparemment connu de tous ses proches. Pour ma part je ne le connaissais pas. Certes ce n’est pas un viol mais c’est quand même un comportement inacceptable, quand bien même on utilise le beau vocable de « don juan ». Cela n’a rien à voir avec la vie privée qu’il faut continuer de protéger. Ne faisons pas semblant de confondre.

De manière générale, je suis fatiguée et énervée de cette histoire et des blagues déplacées, excuses et hypocrisies qu’elle engendre.

Alexandre Goutagny
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Tres bon article, je ne tient pas ici à me prononcer sur le fond de l’affaire, par ailleurs chacun sait que Strauss, j’ai toujours combattut ses idées et le style de l’individu, mais malgré tout le traitement médiatique qui est fait de cette affaire me choque profondémment . Hier un avocat écrivait dans les colonnes du Monde que  » Le droit à l’information, ça n’est pas le droit à l’humiliation  » , je pense que c’est une phrase à méditer …

djouls
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La victime à aussi.le droit d etre respectee. Et les.journalistes sont tres complaisant envers dsk, meme un peu trop pour qqn qui est accusé de viol….. Ce n est pas parce que c est un mec qui fut haut placé dans l echelle sociale et blindé de tune que ça lui laisse tout les droits.. À mediter…

stéphane
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ce déferlement médiatique m’insupporte et le linchage médiatique auquel DSK a eu droit est abominable..Je rejoins les propos de Badinter et ce que vous dites Alexandre: l’information ce n’est pas le droit à l’humiliation. Bien sur meme s’il faut défendre la présomption de l’innocence il ne faut pas oublier la victime et c’est vrai que certains responsables devraient être plus vigilants. Quand au reste je répondrai que ce n’est pas le procès du parti socialiste. C’en est une chose de savoir que l’homme était un homme à femme c’en est une autre de savoir qu’il se peut qu’il comette un crime.. On ne va pas se mettre à juger un homme et ses convictions en jugeant ce qui relève de sa vie privée, laissons ça aux anglo saxons.. Ils nous donnent des leçons mais quand on voit la justice américaine il faudrait qu’on réfléchisse à deux fois avant de transformer notre système judiciaire.

Françoise Wortham
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Bravo Olivier, c’est très bien dit.
La Gauche ne doit pas se sentir atteinte par ce drame car s’en est un d’abord pour la jeune femme, ensuite pour DSK et pour sa famille mais pas pour le PS qui n’est pas responsable de ce qui arrive à chacun de ses membres.
Je voudrais faire ramarquer que c’est Sarko qui l’a envoyé au FMI pour le démolir ensuite.
Et également dire que DSK n’était pas condidat (ou pas encore) et que ce sont les media qui l’avait déclaré le meilleur candidat, pas nous.
Alors en paix et sans complexe choisissons entre Martine,François, sans oublier les autres, bien sûr. En avant la Gauche !

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Nous n’avons aucune leçon à recevoir de sarko et pour les présidentielles rien n’a changé. Nous venons de voter notre projet, il faut l’expliquer aux français et poursuivre notre calendrier, la victoire est au bout!!! Beaucoup de nos concitoyens s’impatientent , la gauche a une responsabilité immense et elle sera au rendez vous.!

PUJO Bernard
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Je viens de lire ci-desus que certains ne voulaient pas d’un violeur à ,l’Elisée… moi c’est surtout d’un benêt, ou d’un inconscient que j’ai peur!
Il y a 45 ans lors de mes premiers voyages aux USA on m’a appris qu’il ne fallait jamais se trouver seul avec une femme seule dans une chambre, l’ascenceur ou dans la piscine d’un hotel US… et qu’il vallait mieux appeler au secours avant qu’elle le fasse!
Mon dieu, comment un grand garçon comme DSK l’ignorait-il ?

PUJO Bernard
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Je viens de lire ci-desus que certains ne voulaient pas d’un violeur à ,l’Elisée… moi c’est surtout d’un benêt, ou d’un inconscient que j’ai peur!
Il y a 45 ans lors de mes premiers voyages aux USA on m’a appris qu’il ne fallait jamais se trouver seul avec une femme seule dans une chambre, l’ascenceur ou dans la piscine d’un hotel US… et qu’il vallait mieux appeler au secours avant qu’elle le fasse!
Mon dieu, comment un grand garçon comme DSK l’ignorait-il ?
Lui qui a squeezé une enarque comment a-t-il pu se faire squeezer par Nafissatou Diallo ?

stéphane
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Il ne faut pas se tromper l’affaire dsk qui passionne le monde entier ns’a pas changé la donne politque aussi fortement qu’on veut bien nous le faire croire. Comme par un coup de baguette magique le bilan du gouvernement ne s’efface pas, les souffrances de nos concitoyens ne s’effacent pas, la question cruciale du chomage ne s’efface pas.. Et les français ne s’y trompent pas. Ils savent ou est l’enjeu. A nous de réunir les conditions nécessaires pour présenter un projet politique qui réponde à ces interrogations et pour présenter un candidat qui nous rassemble. Quant à dsk c’est incroyable de voir comme chacun aimerait connaitre ce qui s’est réellement passé et s’érige en enquêteur ..

jacques
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La morale parlons en vous connaissez la dernière le mari de Brunel a été mis en examen On le soupçonne d’avoir détourné 300 000 francs – soit 45000 euros – à la fin des années 1990 afin de financer la campagne électorale de son épouse aux législatives de 2002. …De quoi nourrir des regrets pour votre campagne, Vous devez vous présenter monsieur Faure il s’en est fallu d’un rien la dernière fois cette fois sera la bonne on compte sur vous

Damien
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« De quoi nourir des regrets pour votre campagne ». Cette phrase à elle seule suffit à montrer que vous considérez comme exactes et irréfutables les accusations lancées contre le mari de Chantal Brunel et, indirectement, contre Chantal Brunel elle-même.

Avez-vous toutes les preuves appuyant ces accusations ? Avez-vous entendu la partie adverse ? Avez-vous la prétention de décider à la place d’un tribunal ? Que faites-vous des droits des accusés ? Que faites-vous de la présomption d’innocence ?

C’est drôle à quel point, en politique, on aime observer et faire respecter la présomption d’innocence à son camps et la dénier au camps adverse…

jacques
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Pour ma part aucune complaisance avec dsk , et ces élites qui se fourvoient

Damien
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Ce n’est pas une question de complaisance avec DSK ou pas. Que l’on ait pas de complaisance envers les faits qui lui sont reprochés sont une chose, qu’on le condamne à la place de la justice elle-même en est une autre.

J’ai moi aussi critiqué le fait que l’on minimise les accusations portées contre lui. Mais je ne prétend pas qu’il est coupable ou innocent pour autant. C’est, me semble-t-il, à un tribunal d’en décider.

josiane
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Certainement Damien mais ça ne nous dispense pas d’avoir un jugement sur ces élus qui déshonorent notre pays

Damien
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Justement, je ne suis pas d’accord : un élu qui déshonore notre pays est un élu qui a été condamné par la justice, pas un individu sur qui ne pèsent que des soupçons. Et on sait quelle portée peuvent avoir de simples soupçons sur l’honneur et l’intégrité d’une personne si celle-ci est reconnue innocente par la suite.

josiane
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Pour ma part je rejoins Amandine lorsqu’elle dit « Comment un homme,dont il apparaît chaque jour davantage que son rapport aux femmes était aux antipodes des valeurs socialistes, féministes, a-t-il pu accéder à de telles fonctions?”.Mais je respecte votre point de vue. Sur le plan de la justice je ne m’avance pas mais sur la morale permettez moi de me faire mon opinion.

[…] le procès DSK,  la droite espérait disqualifier la gauche sur le terrain de la morale (Cf. post précédent). François Fillon et François Baroin n’ont pas hésité à utiliser l’argument dans […]

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