Jean-François Copé fait voter une amnistie préalable pour les députés fraudeurs

Les esprits sont à la préparation des fêtes de fin d’année. Le pays est sous la neige, c’est le moment choisi par Jean-François Copé, secrétaire général de l’UMP et de Christian Jacob, président du groupe UMP pour déposer trois amendements aux textes sur la transparence financière.

La commission des lois avait pourtant trouvé une rédaction consensuelle créant une incrimination pénale pour les députés qui omettraient « sciemment » de déclarer une « part substantielle » de leur patrimoine. C’est précisément cette incrimination que messieurs Copé et Jacob ont proposé de supprimer, quitte à laisser impunis les fraudeurs intentionnels.

A 22h35 lundi soir, après une discussion houleuse dans l’hémicycle, le groupe UMP demande par la voie de son président une suspension de séance. Pendant quarante minute la quarantaine d’élus UMP présents se retire et débat de la possibilité de passer en force sur un sujet aussi sensible.

Salon Delacroix les socialistes croisent les centristes qui, pour une fois, ne s’alignent pas contrits, sur la position dictée par leur encombrant allié.

23H10, la séance reprend par une explication confuse de Christian Jacob qui annonce le retrait de l’amendement auquel il est substitué un nouvel amendement 38 qui maintient une incrimination pénale, mais supprime toute peine d’emprisonnement.

Jean-Yves Le Bouillonnec (PS Val de Marne) brandit un code pénal en rappelant que le vol simple est passible de 3 ans de prison, l’escroquerie de 5 ans, rien n’ébranle plus le carré UMP. Maxime Gremetz (PCF Somme) s’égosille en vain en dénonçant un système « deux poids, deux mesures ».

Le président du groupe Nouveau Centre tente une dernière médiation en demandant à ses partenaires politiques d’en revenir au texte initial de la commission qui vise des parlementaires ayant dissimulé « sciemment » une part de leur patrimoine.

Jean-Luc Warsmann, président UMP de la Commission des Lois, qui s’était jusqu’ici opposé courageusement à l’amendement Copé-Jacob met un terme à la discussion en annonçant son ralliement à l’amendement 38.

Le scrutin est annoncé dans le palais. Sans surprise les élus UMP adoptent cette disposition qui crée un régime dérogatoire pour les élus et revient à les amnistier de toute peine de prison, pour violation délibérée d’une loi qu’ils votent. La « République irréprochable » de Nicolas Sarkozy s’éloigne chaque jour davantage.

Rue Myrha. Les défis de la laïcité au quotidien.

L’extrême droite ose tout, c’est même à ça qu’on la reconnaît. Jean-Marie Le Pen s’était annexé Jeanne d’Arc, sa fille voudrait incarner la nouvelle figure de Marianne. Le Front National serait désormais le meilleur défenseur de la République. Après avoir été le parti le plus anti-laïque de France, il annonce que sa prochaine croisade présidentielle aura pour étendard la laïcité…

Personne n’est vraiment dupe. Ni vous, ni moi, ni eux, ni personne. Ce n’est pas la séparation des églises et de l’Etat que Marine Le Pen entend consolider. La laïcité n’est invoquée que contre l’Islam et sert à exprimer un racisme politiquement incorrect.

La dernière saillie de la famille Le Pen a déjà fait le tour des médias, de la toile et animé bien des conversations. Les musulmans de la rue Myrha se livreraient à une « occupation » sans chars. Le parallèle implicite avec la seconde guerre mondiale est évidemment nauséabond. On nous dit que Marine Le Pen serait la copie conforme de son père, avec cette déclaration elle pousse plus loin les frontières de l’inacceptable en s’attaquant non plus seulement aux migrants, mais aussi à des citoyens français dont le seul tort est d’être musulmans.

Ceci écrit, la provocation ne doit pas nous interdire de penser juste.

La rue est-elle un lieu de prières ? La réponse est évidemment négative. Les manifestations religieuses occasionnelles sont heureusement tolérées (processions, pèlerinages, rassemblements de jeunes etc.), mais elle ne peut devenir le lieu régulier d’un culte (pas plus que d’un parti ou d’un courant philosophique).

Les tendances radicales de l’Islam intégriste se servent aujourd’hui de la pénurie de mosquées pour imposer une nouvelle forme de prosélytisme (1). L’exaspération des riverains ne peut être rejetée au motif qu’elle serait une forme de xénophobie. La rue est un espace collectif et doit être respectée comme telle.

Si les élus frontistes étaient sans arrières-pensées, ils ne compteraient pas parmi ceux qui s’opposent à la délivrance de permis de construire pour les mosquées. Pour en finir avec l’Islam des rues et des caves, il vaut mieux accepter un Islam des mosquées. Question de logique.

Si nous sommes de vrais laïques, nous devons aussi dire, indépendamment des outrances extrémistes, que la rue appartient à tous, c’est-à-dire à personne.

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(1) pour les lecteurs campésiens de ce blog, chacun garde le souvenir des salafistes du bois de grâce.

Les condamnés à mort

Il neige sur Paris.  Il fait froid. Le vent traverse les pulls et les parkas. Quelques centaines de militants de Aides, Act-UP, du MJS et du PS sont rassemblés sur les marches de l’Opéra à l’occasion de la journée mondiale contre le SIDA. Je regarde ces manifestants qui se prennent dans les bras, se serrent, comme s’ils étaient heureux de pouvoir se retrouver encore, de se montrer que la vie irrigue encore leurs veines…

Le SIDA, on en parle moins, mais on en meurt toujours. La trithérapie a freiné la maladie et fait baisser l’attention des opinions publiques occidentales. Le sentiment d’urgence a baissé. Mais la mort fauche encore ceux qui s’aiment. En France et surtout au Sud de l’Europe sur ces territoires ou l’information et la prévention sont freinés par les tabous.
Dans notre pays toutes les barrières ne sont d’ailleurs pas tombées. Il y a trois ans, j’évoquais sur mon blog la mort de P. qui m’avait accueilli chez les jeunes socialistes, son patronyme figurait dans ce court texte conçu comme un hommage. Quelques jours plus tard, son père m’écrivait – furieux – que son nom puisse être associé à ces quatre lettres toujours infamantes.

Ce combat ne doit pas, ne peut pas s’arrêter. Son actualité demeure brûlante et notre vigilance doit rester totale.
Mercredi soir, au moment même où, dans la nuit glacée le trop maigre cortège s’étirait sur les grands boulevards, le Sénat examinait la disposition du gouvernement restreignant l’accès aux soins pour les étrangers sans papiers malades. Disposition honteuse qui repousse vers la clandestinité, conduit à renoncer aux soins, favorise la transmission du virus.

En rentrant chez moi, j’écoute les vers magnifiques de Jean Genet chantés et lus par Jeanne Moreau et Etienne Daho (1). Leurs voix résonnent de ces mots d’amour écrits par un homme pour un autre homme, promis à la lame du bourreau :

Ô viens mon beau soleil, ô viens ma nuit d’Espagne,
Arrive dans mes yeux qui seront morts demain.
Arrive, ouvre ma porte, apporte-moi ta main,
Mène-moi loin d’ici battre notre campagne.
(…/…)
Nous n’avions pas fini de nous parler d’amour.
Nous n’avions pas fini de fumer nos gitanes.
On peut se demander pourquoi les cours condamnent
Un assassin si beau qu’il fait pâlir le jour.

Je voudrais que ces mots atteignent celles et ceux qui, continuant de fermer les yeux, offrent à la guillotine de nouveaux condamnés à mort.

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(1) Le condamné à mort. Etienne Daho, Jeanne Moreau. Naïve.