Quand César choisit de faire confiance à Brutus…

Mercredi à 15 heures, ils se sont levés, ils ont applaudi. Pendant 40 minutes, les députés UMP ont marqué leur soutien à leur Premier Ministre.
Lui est arrivé en retard, il a bavardé avec sa voisine, signé des parapheurs et quand vraiment il devenait difficile de faire autrement, il a timidement – ce qui ne lui ressemble pas – tapé mollement dans ses mains. Lui, c’est le vrai vainqueur de la quinzaine du remaniement à droite. Lui qui rêve de devenir le prochain Nicolas Sarkozy. Lui qui lui ressemble tant : même rapport obsessionnel au pouvoir et décomplexé à l’argent, même fascination pour les médias, même besoin pathologique de reconnaissance, même arrogance.

En quinze jours, Jean-François Copé a obtenu de se faire nommer secrétaire général de l’UMP et a conservé la haute main sur le groupe parlementaire par l’intermédiaire de son ami Jacob.

Son doublé est tout à la fois le résultat de son talent et le reflet de la faiblesse de Nicolas Sarkozy.

En le nommant à la tête de l’UMP le président a pris plus qu’un risque, l’assurance d’une trahison. Reste l’heure.
Le coup de couteau viendra soit au moment de la présidentielle, parce que au lendemain d’une défaite de la droite, le secrétaire général de l’UMP deviendrait – de facto – le leader de l’opposition. Soit au lendemain de la présidentielle, parce que sa candidature en 2017 ne pourrait se construire que dans la différenciation avec le président en place.
Dans ce pacte les joueurs sont inégaux. Sarkozy ne peut affaiblir Copé dont il a besoin pour la présidentielle. Inversement, Copé occupe une fonction qui – objectivement – le rend indifférent à la victoire comme à la défaite, les deux lui ouvrant des perspectives quasi équivalentes.

Sarkozy pense avoir équilibré son dispositif en stimulant la concurrence entre Copé et Fillon. Là encore le pari est audacieux. Le Premier Ministre n’est en position de force que jusqu’en 2012. Jusqu’à cette date, il est le recours de la droite. A partir du second tour de l’élection présidentielle, soit le président aura perdu, et dans cette hypothèse François Fillon sera solidairement emporté dans la tourmente. Soit la victoire sera au rendez-vous, mais inévitablement Matignon changera de locataire.

Le bon coup eut été pour César – et c’était son intention originelle – de nommer Brutus à Matignon et Pompée à l’UMP. Sa faiblesse politique ne lui a pas permis d’imposer sa volonté. Il lui reste le nez de Cléopâtre.

Commentaires

Serge Delestaing
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Toujours une aussi bonne « vue » c’est Olivier!
C’est vrai qu’il n’est pas loin du perchoir… Bravo.

Dan
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très fine analyse…

Noelle Picard
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bien vu olivier je pense ça aussi , Copé est très fort. Sarko a bien essayé d lui proposer un ministère mais Copé l’a eu et il le sait. Bientot ce sera la guerre!!!
En seine et marne on est pas vernis, Copé va vouloir fotifier son bastion et en faire une forteresse
Si ça pouvait donner envie aux socialistes seines et marnais d’être plus collectifs et de se serrer tous les coudes pour faire front, mais je suis idéaliste. La politique reste la politique et il n’y a pas de place pour les idéalistes

David
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Très fine analyse ? En même temps, je peux faire la même sur les coups tordus que prépare la gauche pour les primaires, les petits arrangements que Royal, Valls, Hollande, Montebourg and co dénoncent.
Oui, Copé a des ambitions, en même temps, qu’un socialiste se gosse de quelqu’un qui a des ambitions est … pathétique, ne trouvez-vous pas ?

« même rapport obsessionnel au pouvoir et décomplexé à l’argent, même fascination pour les médias, même besoin pathologique de reconnaissance, même arrogance. »

–> effectivement Dan, tout en finesse.

Thierry
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A David. A gauche le pb c plutôt l’absence d’envies de dsk et Aubry qui posent des questions… Par ailleurs je trouve toujours assez pauvre de contester une analyse en se limitant à dire que ailleurs c’est pareil ou pire. Cela n’invalide en rien ce qui est dit.

lena
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« Oui, Copé a des ambitions, en même temps, qu’un socialiste se gosse de quelqu’un qui a des ambitions est … pathétique, ne trouvez-vous pas ? »
L’ambition en soi n’est pas à proscrire en politique, bien au contraire. Tout dépend au service de qui et comment. Si c’est pour le pouvoir, l’argent et les petits copains, c’est ce qui se fait de pire. Si c’est au service d’un idéal, elle peut être un formidable moteur collectif.

Emmanuel Borde-Courtivron
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Etrange la fulgurance de l’oubli en politique… cette analyse, parfaitement bien vue et que je partage pleinement depuis la semaine dernière (http://www.lesmercredisduchangement.fr/grandes-manoeuvres-ou-petites-manigances-edito-par-emmanuel-borde-courtivron/) s’appliquait déjà à la « concession » de Chirac à Sarkozy en 2004, lorsque ce dernier prenait les clés de l’UMP. A quelques détails près.
D’abord, Copé n’aura pas pu profiter la passation pour organiser un grand show de pré-campagne, comme Sarkozy l’avait fait au Bourget, en récoltant en prime le satisfecit de Mme Chirac. Sarkozy aura su s’éviter cet affaiblissement.
Ensuite, Copé prend les rênes loin de l’objectif: 2010 pour 2017. Sauf à considérer qu’il ait un plan pour éviter que Nicolas Sarkozy ne se représente en 2012, mais alors on connaît la chanson: la division de son propre camp est le ferment de sa propre défaite. Il faudra donc à Copé tenir une distance sacrément longue, parsemée d’embûches, ou passer à l’offensive le premier. Cette situation laisse tout de même beaucoup de latitude à Sarkozy.
Enfin, le jeu paraît aujourd’hui se limiter au duel annoncé Fillon/Copé, mais la nébuleuse UMP cache des ressources insoupçonnées en ambitions personnelles et en querelles recuites. On peut compter sur Sarkozy pour ne pas oublier de les instrumentaliser.

Julien
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L’analyse est bonne et fine. L’analogie historique est soignée. C’est un coup de billard à deux bandes avec effet slicé de plus dans la vie politique. Au moins, la droite a-t-elle un coup d’avance, que la droite soit défaite ou non en 2012. Quid de la gauche?

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