Le roman d’Eric Woerth

Il se raconte que plusieurs réalisateurs seraient intéressés par l’adaptation à l’écran de l’affaire Woerth-Bettencourt. La réalité vaut parfois les meilleures fictions. Pourtant, qui aurait cru, il y a quelques mois encore, que le ministre-trésorier de l’UMP pouvait se muer en un personnage de roman? Les portraits publiés le figeaient dans la peau d’un gendre sans éclat et sans risque, d’un passe-murailles, gris comme la flanelle que portent les clones de Bercy, celle d’un exécutant solide, mais sans panache.

L’épreuve est venue. Elle a agi comme un révélateur. Depuis la mise en ligne par Mediapart des écoutes du majordome de madame Bettencourt, il n’est plus de journée sans que le nom d’Eric Woerth soit associé à une connivence, un délit, un mensonge. Le personnage lisse s’est transformé en un aimant prêt à attirer à lui toute la limaille médiatique. Depuis la France scrute ses moindres mouvements. Tiendra-t-il? Comment réagira-t-il à l’adversité? Va-t-il craquer?

Qui est vraiment Eric Woerth? Raphaëlle Bacqué, journaliste au Monde a excité la curiosité générale en rendant publics les conseils prodigués au ministre par la grande prêtresse de la communication Anne Méaux : surtout ne pas briller, conserver cette image de comptable de province. Qui se cache donc derrière ce masque? On l’imaginait terne, on le découvre soudain en jeune homme ambitieux et pressé, parrainé par les troubles Jean-François Mancel et Yvonne Cassetta, dite « la cassette ». On surprend surtout un homme-clé au coeur de tous les secrets de la Sarkozye, un maire de Chantilly parcourant sa ville à coup de mondanités, baignant avec aisance au milieu des bénéficiaires du bouclier fiscal. « L’honnête homme » a gagné de l’épaisseur, celle du mystère.

Ce mercredi 21 juillet, la commission des affaires sociales reprend ses travaux. C’est le second jour de discussion sur les retraites. A l’intérieur plusieurs dizaines de députés et de collaborateurs sont enfermés dans un huis clos absurde. Le débat est pipé. Il est au mieux la pâle répétition de ce que sera la séance publique dans l’hémicycle en septembre. Devant la salle, les journalistes font le pied de grue. En milieu de matinée, la nouvelle tombe : Florence Woerth est entendue à la demande du parquet. Dès lors la presse n’a plus qu’une question : que laisse transparaître comme émotion son mari?

A l’intérieur Eric Woerth se sait observé. Plus que jamais il est concentré sur la discussion. Sonné la veille, il donne le change aujourd’hui. Il répond à tout même quand rien ne l’y oblige. Comme un joueur de fond de cours il renvoie patiemment les balles et affiche sa solidité. Son calme finit par impressionner les plus madrés. Alors sérénité réelle ou comédie ? Tranquillité de l’innocent ou calme des vieilles troupes ?

A 19:30 la séance est suspendue. Les portes s’ouvrent. Une forêt de caméras et de micros s’avance vers le ministre des affaires sociales. Les premières interpellations, celles qui servent juste à mettre en confiance, portent sur son appréciation du débat de la journée en commission. Enfin, Thierry Curtet de France 2 ose la question que tous les journalistes attendent :

– Votre femme a été entendue ce matin par la brigade financière, quels commentaires en avez-vous?

– Je n’ai rien à rajouter à ce qu’a dit son avocat…

– Vous avez pris des nouvelles de votre femme après son audition?

– Non. Je n’ai pas le temps. Je suis complètement dans le débat ici en commission.

L’échange n’est pas si anecdotique. Le ministre n’aurait pas pris le temps, directement ou par le biais de ses collaborateurs, de prendre contact avec sa femme alors qu’elle vient de vivre une audition sur un sujet qui menace leurs carrières et leurs réputations? A ce moment précis, on ne peut s’empêcher de penser aux mensonges successifs d’Eric Woerth, quand il affirmait ne pas connaître M. de Maistre, ou encore qu’il avait dressé une « muraille de Chine » entre la vie professionnelle de sa femme et la sienne. Au moment où chacun s’attendait à la réponse d’un homme, d’un mari, d’un justiciable ordinaire, c’est le discours formaté d’un professionnel sur ses gardes.  Réponse improbable qui trahit une trop grande maîtrise. Derrière l’affirmation, se glisse l’ombre d’un doute. Alfred Hitchcock aurait tiré de ce détail un film. Eric Woerth est bien devenu un personnage de roman…

Pourquoi l’UMP a peur du débat

L’ambiance est électrique. Mais le ministre est débranché. Depuis ce matin le débat a commencé en commissions sur la réforme des retraites. Eric Woerth, hagard, se contente de renvoyer la balle. Ses réponses sont laconiques. Souvent imprécis, il s’excuse devant la commission des Finances en expliquant qu’il a « oublié son dossier » au ministère…

Comme au bon vieux temps du RPR, l’UMP fait front. Sans nuance. Comme chaque fois que la majorité se sent en difficulté, elle a pour  réponse exclusive le passage en force.

Entamer le 20 juillet un débat sur une réforme présentée comme la principale de la législature, il fallait oser. Ils ont osé.

Refuser  la publicité des débats en commission, il fallait avoir le culot de le justifier quand dans le même temps le gouvernement achète à millions des pages ou des écrans de publicité pour vanter une réforme qui n’est même pas votée . Ils ont eu ce culot.

Limiter la parole à un orateur pour l’opposition et par amendement, fixer le temps de parole à deux minutes pour parler de sujets aussi simple que la pénibilité, il fallait assumer l’indécence. Ils l’assument.

Mais de quoi a donc peur la majorité si ce n’est  justement du débat. Pourquoi? parce que l’argument de la droite pour faire avaler la pillule aux Français était simple : il n’y avait qu’une réforme possible.  et donc un choix binaire, celui du courage ou celui de la lâcheté. La droite empruntant évidemment la première voie… Cela supposait une opposition repliée dans une forme de résistance désespérée, repliée sur le discours des acquis, sans vision de l’avenir et des enjeux. Le parti socialiste a, en dévoilant son projet, interdit à l’UMP son meilleur refrain. Pire, son projet alternatif a a le fois le mérite d’être financé, d’être plus juste, plus durable et surtout d’être soutenu par une majorité de Français.

La deuxième raison tient au malaise qui règne au sein de la majorité. En commission des Finances ce matin les divisions internes à l’UMP ont permis aux socialistes de faire adopter un amendement maintenant à 65 ans le départ à la retraite sans décote pour les mères de deux enfants.

Faut-il lâcher prise et renoncer à la discussion? Evidemment non. La discussion – aussi hachée soit-elle – a permis notamment de faire apparaître les points suivants :

  1. La réforme n’est financée que jusqu’en 2018. Woerth a dit « il faut s’habituer à des rendez-vous sur les retraites ». En clair, le passage à 62 ans et 67 ans n’est garanti que jusqu’en 2018. Pour les générations nées après 1959, de nouveaux reculs de l’âge légal sont prévus.
  2. E. Woerth a reconnu le siphonage du fond de réserve pourtant destiné aux générations qui partiront après 2020. « le fond n’a pas été créé pour être regardé » a-t-il déclaré. Les Villepinistes s’en sont également émus par la voix de D. Guarrigues qui présentait un amendement commun avec les députés Goulard et Montchamp.
  3. Les retraites des personnes au carrières fractionnées notamment les femmes vont être pénalisées. Dans les faits on assistera à une baisse des pensions. C’est ce qu’a implicitement reconnu Chantal Brunel (UMP).
  4. Les hauts revenus et les revenus du capital contribueront à hauteur de 2 milliards d’euros en 2020 à la réforme. C’est moins de deux fois l’effort qui va être demandé aux fonctionnaires par l’augmentation de leurs cotisations (4,9 milliards en 2020)
  5. l’argument « c’est normal de passer à 62 ans parce que depuis 1982, l’espérance de vie a progressé de 6 ans » ne prend plus. Depuis 1982, la durée de cotisations est passée de 150 à 162 trimestres, soit 3 ans c’est-à-dire la moitié de l’espérance de vie acquise. Les Français ont déjà payé…

Demain les socialistes reprendront la démonstration. Ils feront progressivement apparaître que cette réforme est dictée par les intérêts du désormais fameux « premier cercle ».

La revanche des sites

Le pronostic n’engage que moi. Mais il y a peu à parier que les voix vont bientôt se multiplier pour demander la tête d’Eric Woerth. Pas les voix de l’opposition pour lesquelles la présence du maire de Chantilly au gouvernement devient une incroyable aubaine en mettant à nu les liaisons dangereuses du sarkozysme qui expliquent ses choix depuis 2007. Les « visiteurs du soir » qui iront réclamer à l’Elysée la démission du ministre appartiennent à cet « entre soi » qui évolue de cercles en coteries, de clubs en réseaux d’influence. Ce petit monde qui n’aime pas la publicité et lui préfère l’ambiance feutrée et climatisée des palaces ou des grands restaurants.

La succession quotidienne de révélations par la presse trouble la quiétude et la discrétion propres à la prospérité des affaires. Le feuilleton Woerth-Bettencourt inquiète en mettant à jour les liens incestueux qu’entretient ce pouvoir avec les milieux d’argent. Il révèle les mauvaises habitudes, les petits et grands arrangements, la cellule fiscale qui traite leurs dossiers, les privilèges accordés, le scandale des chèques de restitution du bouclier fiscal… Les projecteurs sont maintenant braqués sur cette ploutocratie qui évolue entre hippodromes, avant-premières et visites privées d’expositions. Les marchands d’art y côtoient les grands patrons, les financiers et les proches de Nicolas Sarkozy.

Eric Woerth, après avoir été pour nombre d’entre eux la solution, est en passe de devenir le problème. Alors que le Président de la République a tenté le 12 juillet de siffler la fin du match, voilà que les journaux ouvrent les prolongations.

Marianne2.fr et le Canard enchainé révèlent une nouvelle affaire, la vente décidée par Eric Woerth, quelques jours avant son départ du ministère du budget, d’une parcelle de la forêt de Compiègne à un prix dix fois inférieur au marché. Le bénéficiaire de cette opération président de la Société des courses de Compiègne est l’un des dirigeants de France Galop, association dont Florence Woerth est membre depuis 2003.

Médiapart a de son côté enquêté sur la baronne Eva Ameil. C’est elle qui a contredit les dépositions de Claire Tribout en affirmant qu’elle n’avait jamais eu de conversations avec la comptable de madame Bettencourt, au moment où cette dernière s’inquiétait de la sortie de 150 000 euros en liquide. Jusqu’ici, chacun imaginait l’employée type de la BNP, occupant deux mètres carrés de bureau banalisés, sans liens personnels avec sa clientèle. En clair une femme qui n’aurait aucun intérêt à travestir la vérité. C’est son témoignage qui a constitué l’un des piliers de la contre-attaque de l’UMP. Le site d’information nous apprend qu’elle est l’une des amies de la sœur de M. de Maistre et qu’elle anime le très mondain le Maxim’s Business Club dont la domiciliation sociale est désormais… le Fouquet’s.

Enfin le Nouvelobs.com publie un mémo de M. De Maistre destiné à André Bettencourt en date du 29 septembre 2006 et dont l’objet est le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy après une discussion avec… Eric Woerth. Cette note constitue un démenti cinglant aux déclarations croisées de MM. De Maistre et Woerth qui n’ont cessé de nier leur proximité et relance la suspicion sur la contribution des Bettencourt à la campagne de 2007.

Pendant une semaine, la contre-offensive de l’UMP a été d’une violence rare. Après les raids de l’aviation (Bertrand, Morano, Estrosi, Lefebvre, Paillé), le pas lourd de l’infanterie dirigée par Claude Guéant, le général Sarkozy pensait pouvoir faire du 14 juillet le moment de son triomphe. Mais voilà si l’Empire contre-attaque, ce soir l’heure est à la revanche des sites…

Quand l’Empire contre attaque

Ca y est. L’Empire contre attaque. Premier temps de la manoeuvre, discréditer la presse. Mediapart est la cible la plus commode, publié sur Internet, média jeune et inconnu du grand public. Peu importe que toute la presse du Point à Marianne ait contibué à sortir de nouveaux éléments dans cette affaire. C’est le site dirigé par le sulfureux Edwy Plenel qui a le droit aux honneurs des snipers du gouvernement. Les arguments sont simples : le web est une usine à ragots. Mediapart utilise des « méthodes fascistes« .

La gauche elle serait coupable de « populisme » et ferait  « le jeu de l’extrême droite » lorsqu’elle se borne pourtant à interroger le gouvernement, exige un juge indépendant et la création d’une une commission d’enquête. L’accusation est d’autant plus savoureuse qu’Eric Woerth fit alliance aux régionales avec le FN et que c’est le fondateur de l’Oréal qui fut le principal financeur dans les années 30 de « la Cagoule« , organisation fasciste de sinistre mémoire…

Sur le dossier lui-même, on apprend que Claire T. la comptable de madame Bettencourt reviendrait sur une partie de ses déclarations. Outre le fait que cette rétractation est très partielle, il n’est pas inutile de s’interroger sur les conditions dans lesquelles nous parvient cette information.

  1. Claire T. répond à la police dans le cadre d’une enquête préliminaire. Ce qui signifie pour les non initiés qu’elle répond, hors présence de son avocat, à des enquêteurs placés sous l’autorité d’un procureur, M. Courroye, ami notoire de Niclas Sarkozy et lui-même mis en cause dans les fameux enregistrements du majordome.
  2. Alors que M. De Maistre n’a jamais été inquiété, Madame T. l’est pour la troisième fois. De quoi intimider les esprits les plus indépendants.
  3. Ce n’est pas madame T. qui communique avec la presse puisqu’elle est toujours entendue. C’est donc le parquet qui transmet en temps réel à la Chancellerie et à l’Elysée qui distillent à leur tour les informations. Il n’est pas inimaginable de penser que les comptes rendus soient très partiels. Et c’est à partir de ces éléments choisis que le pouvoir organise sa communication désormais.

Personne ne sait, et l’opposition n’a jamais dit, que tous les soupçons qui pèsent, notamment sur Eric Woerth, étaient avérés. Mais comment faire le tri entre accusations diffamatoires et délits éventuels lorque la commission d’enquête demandée est refusée et qu’aucun juge d’instruction, magistrat indépendant, n’est nommé?

En réalité les zones d’ombres sont toujours aussi nombreuses :

  • La presse a révélé une fraude fiscale, que madame Bettencourt a ensuite reconnue. Pourquoi M. Woerth qui avait été informé par le parquet de la vraisemblance d’avoirs dissimulés en Suisse n’a-t-il pas agi?
  • La presse a révélé un évident conflit d’intérêt entre le métier de madame Woerth et les fonctions ministérielles de son mari. Elle a d’ailleurs démissionné en reconnaissant avoir « sous-estimé » ce conflit. Cela solde-t-il le passé?
  • La presse a révélé un chèque à Valérie Pécresse dont le montant excède le niveau autorisé pour les campagnes électorales. Qu’est devenue la différence?
  • La presse a révélé que M. Woerth avait reçu un chèque de madame Bettencourt à destination d’un parti de poche dont il est l’unique adhérent et dont l’objet est sa seule promotion. Si le don est légal, n’y-a-t-il pas matière à s’interroger pour un ministre du budget, chargé de contrôler la situation fiscale de madame Bettencourt?
  • La presse a révélé le contenu de bandes magnétiques faisant état de don à Nicolas Sarkozy. Claire T. déclare ne pas en avoir la preuve mais donne des éléments qui peuvent au minimum susciter notre éveil.
  • Les mêmes enregistrements ont fait apparaître l’immixion du conseiller justice de Nicolas Sarkozy dans une procédure privée opposant mère et fille Bettencourt. Madame Alliot-Marie l’a confirmé et justifié au nom du patriotisme économique. Qui peut se laisser convaincre par un tel argument?
  • Claire T parle de retraits de 50 000 euros réguliers en liquide. La banque a-t-elle prévenu TRACFIN? Si tel est le cas l’administration fiscale a-t-elle été saisie? Quelles procédures ont alors été engagée, alors que visiblement madame Bettencourt n’a pas subi d’examen approfondi de sa situation fiscale depuis une grosse dizaine d’année?
  • La presse a soulevé une deuxième affaire, avec cette fois la famille du vendeur d’art, Wildenstein. La veuve dit avoir saisi Eric Woerth à deux reprises sans réponse de sa part alors qu’elle évoquait la fuite de 3 milliards d’euros dans plusieurs paradis fiscaux. M. Woerth n’a jamais répondu. Est-ce parce qu’il menacerait directement en l’espèce un co-fondateur de l’UMP, lui même chargé de rabattre les généreux donateurs sur le sol américain?

L’Empire contre attaque, mais ne convainc pas. Il est irresponsable de laisser le doute s’installer. Seule la justice peut apaiser l’exigence commune de vérité.

Qui alimente le Front National ?

Il y a des idées qui ont la vie dure. Ainsi, la droite pense que « la meilleure défense, c’est l’attaque ».
Depuis plusieurs jours les déclarations des dirigeants de la droite se multiplient. Les socialistes seraient coupables de populisme. François Baroin a franchi la ligne jaune en accusant la gauche de faire le jeu de l’extrême droite.

Qu’en est-il vraiment ? La gauche joue-t-elle contre les institutions démocratiques ? Menace-t-elle les principes républicains ? Renie-t-elle les valeurs de ses pères ?

Poser ces questions c’est y répondre. L’opposition exerce son droit de contrôle. En posant des questions précises, en refusant de demander des démissions, en préservant la présomption d’innocence, elle joue son rôle. En dénonçant la connivence qu’entretiennent les dirigeants de l’UMP avec les grandes fortunes, les socialistes prolongent les combats de Jaurès et de Blum.

Que dirait-on si à l’inverse, la gauche ne relayait pas les légitimes interrogations de la presse et des Français ? L’extrême droite aurait alors tout loisir de dénoncer la « bande des quatre » et un système parlementaire dans lequel chacun tient son voisin.

Ce qui alimente aujourd’hui le populisme c’est le refus par M. Woerth de s’expliquer clairement, c’est cet indécent cumul entre les fonctions de ministre avec celle de trésorier de l’UMP, c’est la création de ce club des généreux donateurs auquel on promet le maintien du bouclier fiscal, c’est ce refus d’accepter la mise en place d’une commission d’enquête qui fasse la lumière.

C’est lorsque les élites nourrissent le soupçon que leur légitimité est atteinte.

Pourquoi Eric Woerth doit rester au gouvernement

Il y aurait bien un scénario diabolique : Nicolas Sarkozy, conscient de l’impossibilité de maintenir Eric Woerth se poserait non pas la question de savoir si il doit le démissionner, mais quand il doit l’exfiltrer de son gouvernement.

Parfait connaisseur des médias, le chef de l’Etat attendrait la fin du pic médiatique, ce moment où les journalistes ne feraient plus recette avec cette embarrassante affaire Bettencourt. En faisant partir trop tôt son ministre, il se retrouverait en première ligne, rattrapé par l’immixion de son conseiller Ouart dans les démêlés judiciaires de la famille Bettencourt, par ses rencontres à l’Elysée avec le gestionnaire de fortune M. De Maistre, par sa présence au Bristol lors des soirées organisées pour et avec les généreux donateurs de l’UMP… Le Président attendrait don son heure, protégé par son ministre-fusible. Grillé pour grillé, le ministre du travail pourrait bien encore servir à lui éviter la foudre quelques semaines, le temps de clore la session parlementaire et de voir la France passer à autre chose, coincée entre camping, chaises longues et crème solaire.

A la rentrée, il annoncerait un remaniement (après avoir laissé fuiter que ce grand moment n’interviendrait qu’en octobre). Le ou la nouvelle ministre aurait eu tout l’été pour se préparer au débat sur les retraites. L’effet de surprise permettrait de gagner une quinzaine pendant laquelle la presse pourrait commenter la nouvelle « séquence qui s’ouvre » et se perdrait en conjectures pour savoir si Nicolas Sarkozy a « repris la main » ou pas. Le nouveau ministre annoncerait quelques inflexions modestes sur les retraites en espérant que la nouveauté de sa nomination et ces évolutions permettraient d’apaiser une rentrée sociale que l’on pressentait agitée.

Mais Nicolas Sarkozy n’est pas le diable. Et pour une fois, le président n’a pas tort. Il faut maintenir coûte que coûte Eric Woerth. Je m’explique :

  • qui mieux que ce ministre des affaires sociales incarnerait cette confusion entre les milieux d’argent et la droite?
  • Qui mieux qu’Eric Woerth pourrait défendre dans le débat sur les retraites, l’inégal partage de l’effort entre revenus du capital et du travail?
  • Qui mieux que lui pourrait défendre la rigueur pour les modestes et la clémence fiscale pour les grandes fortunes?
  • Qui mieux qu’ Eric Woerth pourrait contribuer à la mobilisation syndicale du 7 septembre? Deux, trois millions de personnes pourraient se retrouver à manifester au choix contre la réforme des retraites ou cette société où l’indécence est érigée en modèle ?

Monsieur le Président, en politique les symboles ont leur importance. Ne nous privez pas de ce ministre qui incarne mieux que tous les autres, votre politique.