Les deux dernières mesures scandaleuses qui nous attendent sur les retraites

Dans quelques jours, nous disposerons de l’intégralité de l’avant-projet gouvernemental de réforme des retraites. Mais le gouvernement nous a déjà pratiquement tout révélé de son dispositif. Il a distillé les annonces au goutte à goutte pour tester, mesure après mesure, notre résignation.
On l’aura compris, en dehors d’une contribution symbolique sur les hauts revenus, les salariés seront appelés à contribuer seul au sauvetage de notre système.De ce point de vue deux dernières annonces sont passées quasiment inaperçues alors qu’elles sont lourdes de menaces pour les salariés les moins protégés et les femmes.

Le ministre du travail a d’abord confirmé que les deux bornes du système de retraite actuel, 60 et 65 ans, seraient reculées en même temps.
En France, l’âge de départ à la retraite est lié à deux seuils de 60 ans et 65 ans.
On a beaucoup parlé du seuil de 60 ans. 60 ans, c’est l’âge auquel on peut faire valoir ses droits, mais pas forcément à taux plein. Le recul de ce seuil de 60 ans condamnera ceux qui ont commencé tôt dans les métiers les plus pénibles et les moins payés, qui disposent de leurs trimestres pour partir à taux plein, à rester au travail pour payer la retraite des autres.

On a moins parlé du second seuil de 65 ans. 65 ans correspond à l’âge du « taux plein », c’est-à-dire le moment auquel on peut liquider ses droits sans décote, quel que soit le nombre d’années cotisées. Le ministre du travail Éric Woerth l’a confirmé : le recul de l’âge légal de départ (60) aura pour corollaire celui du taux plein (65). Que cela signifie-t-il? Que pour avoir une retraite décente, les précaires, ceux qui ont eu une carrière morcelées avec des trous, des accidents de parcours, (principalement les femmes) devront travailler jusqu’à 66, 67, 68 ans.

Moi, je n’ai pas envie d’une société où, pour préserver les bénéfices des traders, le bouclier fiscal des rentiers, les stock options des chefs de grandes entreprises, l’on retrouve des caissières, des femmes de ménages, des serveuses mais aussi des infirmières ou des institutrices en exercice à 70 ans !

Cette réalité là c’est celle que connaissent déjà les américains. Disons le tout net, cette société me fait horreur. Et c’est l’honneur du parti socialiste de chercher toutes les autres solutions pour éviter cela.

L’autre scandale qui s’annonce c’est celui de la pénibilité.

Depuis 2003, on nous annonce que le critère de pénibilité va être pris en considération. Et puis rien n’avance. Le Chef de l’Etat avait réveillé un certain espoir en annonçant que la présente réforme intégrerait ces données.

Il existe un critère très simple qui est celui de l’espérance de vie, par métier. C’est en effet juste de permettre à ceux qui ont l’espérance la plus faible de partir plus tôt que les autres. C’est bien le minimum que nous puissions faire pour remercier ceux qui ont produit de la richesse dans notre pays au détriment de leur santé et de leur vie. Or qu’apprend-on par la bande ? Que le gouvernement entend individualiser la question de la pénibilité, ce qui veut dire qu’un salarié devra être déclaré inapte au travail pour se voir accorder le droit de partir plus tôt. C’était le combat du MEDEF et c’est bien le seul dans ce dossier des retraites à être entendu !

Si je fais de la politique, ce n’est pas pour le plaisir de distribuer des tracts et d’animer des réunions publiques, mais parce que je crois à une société plus juste. Le groupe socialiste va entamer un combat sans merci contre le projet de ce gouvernement. J’y mettrai toute mon énergie. Je veux que l’on sache que dans ce pays, il y a une autre voie que celle de la résignation.

Commentaires

eric
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autre scandale, celui de l’information tronquée : l’équité privé-publique !
Le taux de cotisation salarial est de 7,85 % chez les fonctionnaires contre 10,55 % dans le privé mais le taux de cotisation employeur est de 62,14 % pour les fonctionnaires civils contre 16,6 % dans le privé ! donc où se trouve l’équité : 69.99 % chez les fonctionnaires et 27.15% dans le privé.

De même, un enfant compte pour 1 an de cotisation dans le secteur public et 2ans dans le privé !

ROUCOU
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J’apprécie la justesse de tes propos qui mérite d’être largement diffusé

En effet ce que tu évoques par rapport à l’âge seuil de la pénibilité « les 65 ans » avec les conditions requises sont parfaitement ineptes dans un pays qui prône les solidarités
on va vers des doubles peines intolérables
Si je peux appréhender que « la marche des 60 ans » puisse ne pas constituer un dogme, il y a toutefois stratégiquement à maintenir ce pallier car le gouvernement ira encore plus loin que le seuil des 65 de pénibilité
Au bout d’un moment effectivement malgré le vieillissement de la population cela permettra de diminuer aussi les problèmes d’accueil en gérontologie… pour ceux qui n’auront pas les moyens d’aller en maison de retraite dite privée!

David
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Je crois que personne ne peut se réjouir de travailler plus longtemps. Mais le problème de financement des retraites n’est pas inventé par « ce » gouvernement.

Il n’y a aucun dogme dans le gouvernement de François Fillon, tout simplement parce que les français sont contre l’allongement de la durée de cotisation, si cette mesure est décidée, elle sera impopulaire et électoralement pas payante. Le dogme du PS est démagogique et irresponsable, car on n’allonge pas la durée de cotisation par plaisir !

Si vous vous engagez en politique pour une société plus juste, engagez vous aussi pour sauver notre système de retraite. Strauss Kahn l’a bien compris, pourquoi pas vous ?
Il existe d’autres sources de financement, explorons les sans a priori.

Françoise
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D’accord avec vous, David : « Il existe d’autres sources de financement, explorons les sans a priori » et c’est justement ce que ne veulent pas faire ceux qui nous gouvernent. C’est le dogmatisme dans toute sa splendeur et ils refusent d’en sortir !

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