Que vaut encore la parole d’Eric Woerth ?

Je n’aime pas les « chasses à l’homme« . Mais contrairement aux propos outrés de François Fillon, les « chiens » n’ont pas été lâchés. Mardi et mercredi, les députés socialistes se sont limités à trois questions, sans jamais mettre en cause l’honnêteté du ministre :

Quelles suites donner sur le plan fiscal aux fraudes désormais avouées de madame Bettencourt ? Sera-t-elle poursuivie ou privigéliera-t-on les arrangements entre amis ?
Pourquoi aucune poursuite n’est engagée sur le plan pénal contre M. de Maistre, gestionnaire de fortune ? Le majordome auteur des enregistrements pirates a été immédiatement mis en garde à vue. Quelle est la raison de la clémence dont bénéficie le patron de madame Woerth ? Pourquoi Patrick Ouart, ancien conseiller justice de Nicolas Sarkozy ne fait l’objet d’aucune procédure alors que les enregistrements font apparaître qu’il était en contact avec M. de Maistre et que les faits rapportés dans les écoutes pirates sont rigoureusement exacts?

Au delà des suites judiciaires, quelle déontologie guide ce gouvernement ? Qui ne voit le conflit d’intérêt évident entre les fonctions exercées par le mari et la femme ? C’est tellement vrai que Florence Woerth a démissionné et que c’est son mari qui a choisi de l’annoncer. Qui peut sérieusement plaider pour le cumul entre la fonction de ministre du budget et celle de trésorier de l’UMP ?
Mardi, Eric Woerth est intervenu lors de la séance des questions d’actualité. Il a utilisé la tribune de l’Assemblée nationale pour faire une déclaration sur son intégrité alors même que la question posée à la garde des Sceaux et ne la mettait pas en cause.
Lors de cette mise au point soigneusement indignée, le ministre Woerth a déclaré, parlant de sa femme et de lui-même : « jamais ni elle ni moi n’avons été informés d’une quelconque fraude ou évasion fiscale ». Vendredi soir, réagissant à un article du journal Marianne, le procureur de la République Philippe Courroye l’a démenti en révélant que l’administration fiscale avait été prévenue le 9 janvier 2009, le parquet ne pouvant décider seul de se saisir d’un fait de fraude fiscale.
Le ministre n’a pas nié. Comment le pourrait-il ? Il était à l’époque engagé dans un combat très médiatique contre l’évasion fiscale. Comment ses services auraient-ils pu oublier de l’informer des soupçons pesant sur la plus grosse fortune de France?
Il s’est défendu en affirmant avoir demandé un contrôle fiscal de… M. Banier. Pour prolonger sa défense, l’ancien ministre du budget a affirmé qu’il n’avait donné aucune instruction visant madame Bettencourt. Ce faisant il a escamoté la seule vraie question : pourquoi n’a-t-il engagé aucune action contre madame Bettencourt alors qu’il explique avoir commandité un contrôle de la situation de son « ami photographe » ?

Personne ne peut à ce jour conclure à une quelconque culpabilité d’Eric Woerth. Il a le droit à la présomption d’innocence. Mais c’est sa parole qui a perdu toute crédibilité. Hier, il prétendait ne pas connaître M. de Maistre avant que nous apprenions qu’il l’avait lui même décoré de la légion d’honneur quelques semaines après l’embauche de son épouse. Il a ensuite menti en prétendant n’avoir jamais été informé d’éventuelles fraudes de la patronne de Loréal.

S’il n’y a pas encore d’affaire Woerth, il y a clairement un problème Woerth.

Le naufrage

« Ce que je sais de la morale, c’est au football que je le dois« . Si la phrase d’Albert Camus est juste, alors les palinodies de l’équipe de France en Afrique du Sud ne sont pas seulement grotesques, elles sont inquiétantes.

Où est passé l’esprit sportif? Où a disparu le fair-play? Qu’est devenu l’esprit collectif?  L’esprit de solidarité a malheureusement abandonné le terrain pour ne réapparaître que dans la défense improbable de Nicolas Anelka.

Le football à force de glorification de ses stars, a fini par remplacer l’esprit du jeu par une culture du résultat. Aux champions, il est tout pardonné. Les bleus ont conservé dans la défaite ce comportement d’enfants gâtés.

Chacun pourra apercevoir dans ce naufrage une métaphore de celui de la société française. Une société minée par ses conflits, incapable de se transcender dans des valeurs qui fédèrent, dirigée par des élites qui semblent plus préoccupée par la défense de ses privilèges que par la mission qui leur a été confiée. Entre l’immaturité des bleus, l’obsession médiatique d’une Rama Yade rattrapée par le coût de ses chambres d’hôtel, les cigares à 12 000 euros de Christian Blanc, la construction de la maison d’Alain Joyandet, les liaisons dangereuses de la famille Woerth avec Lilianne Bettancourt, les derniers jours ont fourni trop d’occasions de stigmatiser l’affaissement de la morale publique.

A chacun il est urgent de rappeler que le fait de porter le maillot des bleus, de représenter la France est un honneur qui se mérite. L’exemplarité n’est pas un supplément d’âme, elle est un devoir.

le projet de réforme des retraites décortiqué

Dans quelques heures la concertation avec les syndicats s’achèvera. La copie du gouvernement n’aura guère changé. Depuis plusieurs mois, le plan gouvernemental était décidé et la lente distribution d’information n’avait pour objet que de contribuer à briser tout esprit de résistance en installant une forme de fatalisme.

Le projet est donc connu depuis mercredi. Que peut-on en dire? Il est injuste car il fait peser la quasi intégralité du financement sur les salariés et parmi eux sur ceux qui ont eu les carrières les plus fragiles. Il est irresponsable car il n’est pas réellement financé et a pour horizon 2018, c’est à dire après-demain. Le fameux projet qui devait tout régler jusqu’en 2050 n’était qu’une chimère. Pire, après 2018, les caisses du fonds de réserve auront été vidées alors qu’elles devaient servir à garantir les retraites de ceux qui partiront dans les décennies 20 et 30, moment du pic démographique.

Le débat commence, à nous de peser pour obtenir que ce projet ne voit jamais le jour.

A. Un projet injuste
1.    Le relèvement de l’âge de la retraite à 62 et 67 ans

L’âge légal d’ouverture des droits à la retraite passe à 62 ans. Cela aura pour effet de pénaliser les salariés ayant commencé tôt et dont les carrières pénibles ne sont pas prises en compte (cf.A.2)
Le gouvernement a certes prorogé le dispositif de départ anticipé pour les carrières longues, mais ce qu’il dit moins fort c’est que l’âge d’accès sera décalé parallèlement au relèvement de l’âge légal ! En outre seules 50 000 personnes devraient pouvoir en bénéficier en 2011 selon les chiffres donnés par le gouvernement. En bref, les personnes ayant commencé à travailler après 18 ans seront touchées de plein fouet par le relèvement de l’âge légal. Celles qui ont démarré avant pourront partir à 60 ans si elles n’ont eu aucune interruption significative de carrière (chômage), ce qui est peu vraisemblable.

L’âge d’annulation de la décote passe à 67 ans. Pour les femmes aux carrières souvent incomplètes, pour les précaires, pour les jeunes qui entrent de plus en plus tard dans la vie professionnelle, il faudra attendre 67 ans pour atteindre une retraite à taux plein.

2.    La prise en compte de l’invalidité pas de la pénibilité

Alors qu’il s’agissait d’un engagement de François Fillon en 2003, la prise en compte de la pénibilité n’a pas été négociée avec les organisations syndicales.

Il faudra être atteint d’une incapacité physique diminuant sa capacité de travail de 20% « ayant donné lieu à l’attribution d’une rente pour maladie professionnelle ou pour accident du travail » pour bénéficier de la retraite à 60 ans.

Les salariés exposés à des matières dangereuses par exemple devront déjà être atteint d’une affection grave pour pouvoir partir à 60 ans. L’espérance de vie par métier n’est même pas évoquée.

3.    90 % de la réforme financée par les seuls salariés

Les prélèvements sur les revenus du capital et les hauts revenus sont dérisoires. Au total 90 % de la réforme serait en l’état supportée par les salariés à travers les mesures d’âge et le relèvement des cotisations des fonctionnaires.

Parmi toutes les mesures envisagées celles sur les stock options et les retraites chapeaux continueront d’être prises en compte dans le calcul du bouclier fiscal.

4.    L’emploi des séniors négligé

Alors que le taux d’emploi des séniors des 55 – 64 ans n’est que de 38,9 % en France (contre 47,3% en moyenne en Europe), que celui des 55 -59 ans n’est que de 58,5% (61,4% UE), que les seniors ne sont que 25% à retrouver un emploi après six mois de chômage, rien ou presque n’est prévu pour palier cette situation.

Il est uniquement prévu un « CDD seniors », dispositif d’aide à l’embauche pour les plus de 55 ans (14% du salaire brut). Pour l’obtenir l’employeur pourra se contenter de signer un CDD de plus de six mois.

Au total, la politique du gouvernement transformera des salariés qui auraient du partir en retraites en chômeurs.

5.    Le hold-up sur les générations futures

Le gouvernement Jospin a créé le fonds de réserve des retraites dont l’objet est de faire face au pic démographique de 2020/30 en garantissant le niveau des pensions. Il devait atteindre 150 milliards d’€ en 2020. La droite a délibérément choisi de ne plus alimenter ce fonds depuis 2002 la privant de 50 milliards de cessions d’actifs qui auraient dû l’alimenter. Ce fonds dispose aujourd’hui de 34,5 milliards d’euros .

Cet argent qui était destiné à la préservation des retraites des générations qui partiront dans les années 2020 et 2030 va être siphonné. Le gouvernement a annoncé qu’il utilisera « les ressources du Fonds de Réserve des Retraites (FRR) pour financer l’intégralité des déficits du régime général et du FSV ».

B. Un projet irresponsable

1.    Un projet de très court terme

Le projet du gouvernement devait résoudre la question des retraites de manière quasi définitive. Nous découvrons une réforme qui ne prévoit de financement que jusqu’en 2018.

2.    Un projet qui n’est pas financé et qui creuse la dette publique

Dans les simulations données par le gouvernement pour présenter le financement de son projet, il y a une ligne mystérieuse de 15,6 milliards d’€ qui correspond à un « effort de l’Etat ».

En effet en 2020, en additionnant les 20,2 milliards liés au recul de l’âge légal (20 milliards), les 4,6 milliards liés aux mesures nouvelles, et les 4,9 milliards prélevés sur les fonctionnaires, il manque 15 milliards…

Ces 15 milliards « d’effort de l’Etat » sont tout simplement 15 milliards de déficit maintenu. Comment dès lors parler de retour à l’équilibre ?

le gouvernement créé du déficit dans le budget de l’Etat pour combler les déficits des régimes de retraite. Il déplace les déficits donc : il creuse un trou dans le budget de l’Etat pour combler un trou dans la branche retraite. Le déficit public global augmente de la même manière. Ce sont donc les générations futures qui paieront.

Les deux dernières mesures scandaleuses qui nous attendent sur les retraites

Dans quelques jours, nous disposerons de l’intégralité de l’avant-projet gouvernemental de réforme des retraites. Mais le gouvernement nous a déjà pratiquement tout révélé de son dispositif. Il a distillé les annonces au goutte à goutte pour tester, mesure après mesure, notre résignation.
On l’aura compris, en dehors d’une contribution symbolique sur les hauts revenus, les salariés seront appelés à contribuer seul au sauvetage de notre système.De ce point de vue deux dernières annonces sont passées quasiment inaperçues alors qu’elles sont lourdes de menaces pour les salariés les moins protégés et les femmes.

Le ministre du travail a d’abord confirmé que les deux bornes du système de retraite actuel, 60 et 65 ans, seraient reculées en même temps.
En France, l’âge de départ à la retraite est lié à deux seuils de 60 ans et 65 ans.
On a beaucoup parlé du seuil de 60 ans. 60 ans, c’est l’âge auquel on peut faire valoir ses droits, mais pas forcément à taux plein. Le recul de ce seuil de 60 ans condamnera ceux qui ont commencé tôt dans les métiers les plus pénibles et les moins payés, qui disposent de leurs trimestres pour partir à taux plein, à rester au travail pour payer la retraite des autres.

On a moins parlé du second seuil de 65 ans. 65 ans correspond à l’âge du « taux plein », c’est-à-dire le moment auquel on peut liquider ses droits sans décote, quel que soit le nombre d’années cotisées. Le ministre du travail Éric Woerth l’a confirmé : le recul de l’âge légal de départ (60) aura pour corollaire celui du taux plein (65). Que cela signifie-t-il? Que pour avoir une retraite décente, les précaires, ceux qui ont eu une carrière morcelées avec des trous, des accidents de parcours, (principalement les femmes) devront travailler jusqu’à 66, 67, 68 ans.

Moi, je n’ai pas envie d’une société où, pour préserver les bénéfices des traders, le bouclier fiscal des rentiers, les stock options des chefs de grandes entreprises, l’on retrouve des caissières, des femmes de ménages, des serveuses mais aussi des infirmières ou des institutrices en exercice à 70 ans !

Cette réalité là c’est celle que connaissent déjà les américains. Disons le tout net, cette société me fait horreur. Et c’est l’honneur du parti socialiste de chercher toutes les autres solutions pour éviter cela.

L’autre scandale qui s’annonce c’est celui de la pénibilité.

Depuis 2003, on nous annonce que le critère de pénibilité va être pris en considération. Et puis rien n’avance. Le Chef de l’Etat avait réveillé un certain espoir en annonçant que la présente réforme intégrerait ces données.

Il existe un critère très simple qui est celui de l’espérance de vie, par métier. C’est en effet juste de permettre à ceux qui ont l’espérance la plus faible de partir plus tôt que les autres. C’est bien le minimum que nous puissions faire pour remercier ceux qui ont produit de la richesse dans notre pays au détriment de leur santé et de leur vie. Or qu’apprend-on par la bande ? Que le gouvernement entend individualiser la question de la pénibilité, ce qui veut dire qu’un salarié devra être déclaré inapte au travail pour se voir accorder le droit de partir plus tôt. C’était le combat du MEDEF et c’est bien le seul dans ce dossier des retraites à être entendu !

Si je fais de la politique, ce n’est pas pour le plaisir de distribuer des tracts et d’animer des réunions publiques, mais parce que je crois à une société plus juste. Le groupe socialiste va entamer un combat sans merci contre le projet de ce gouvernement. J’y mettrai toute mon énergie. Je veux que l’on sache que dans ce pays, il y a une autre voie que celle de la résignation.