Retraites, ça commence mal !

C’était le 25 janvier dernier sur TF1. Dans une émission taillée sur mesure, Nicolas Sarkozy faisait face aux Français. Parmi les 11 sélectionnés pour interpeller le chef de l’Etat, une infirmière d’Argenteuil qui soulignait la dégradation de ses conditions de travail et rendait difficile un départ à la retraite à 60 ans (55 aujourd’hui). Ce soir-là le président reconnaissait la pénibilité de la profession et conclut l’échange par la promesse d’une discussion approfondie : « on en reparlera avec les syndicats parce que la pénibilité est un sujet extrêmement complexe« .

C’était le 24 mars. Au lendemain de la défaite des régionales, le président s’exprimait de manière inhabituelle à la sortie du Conseil des Ministres. Sur un ton solennel il s’engageait ainsi : « mes chers compatriotes, je connais votre inquiétude sur l’avenir de nos retraites. Et je sais la sensibilité du sujet, mais mon devoir de Chef de l’Etat est de garantir que nos retraites seront financées. Je ne passerai pas en force. Le temps qu’il faudra sera donné à la discussion avec les partenaires sociaux« .

Aujourd’hui, l’Assemblée est saisie d’un projet de loi dit de « rénovation du dialogue social dans la fonction publique« . Ce projet  porte bien mal son nom puisqu’il y a été ajouté subrepticement un changement de régime de la  retraite des infirmières. Alors qu’aucun accord majoritaire n’a su être trouvé avec les syndicats d’infirmier-e-s dans le cadre d’une négociation express, le gouvernement a décidé de faire passer par la loi ce qu’il n’avait pas réussi à contractualiser avec les partenaires sociaux.

Les infirmières sont ainsi sommées de choisir entre la revalorisation de leur salaire et le maintien de leur âge de départ à la retraite. Leur revendication légitime de passer en catégorie A et leur intégration au processus LMD (License, Master, Doctorat) est soumise à l’acceptation de 5 années d’activité supplémentaire.

Cette méthode contredit toutes les annonces du Chef de l’Etat. Elle place les infirmières en situation de faire un choix alors même que personne ne connaît les règles qui seront adoptées pour l’ensemble des salariés et notamment la manière dont sera appréciée la pénibilité.

De deux choses l’une, soit ce texte préfigure ce que sera la réforme globale. Chacun appréciera. Soit ce texte est sans rapport avec ce qui sortira du chapeau en septembre et alors il sera légitime d’adapter le régime des infirmières. En bref, ni fait, ni à faire…

Commentaires

Hugues
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On a en France un problème énorme qui n’est pas celui de l’allongement de la durée de travail : on n’a simplement pas assez de travail. Avec un taux de chômage de 10% officiel (et bien plus dans la pratique), il faudrait déjà que les gens puissent travailler et aient un minimum de choix dans le type de travail qu’ils peuvent effectuer. En supposant qu’on puisse régler ce problème, le reste est peut-être moins grave, car les gens peuvent alors troquer un travail pénible vers un travail plus intéressant en fin de carrière, et peut-être que 5 ans de plus ce n’est pas si grave, surtout si c’est mieux payé. De même, s’il y a plus de demande de travail (de la part du marché), automatiquement les salaires montent aussi. Magique.

Donc le problème n’est pas tant un problème de négociation mal foutue qu’un problème de machine économique grippée. Le problème est aussi un problème de compétence : les employeurs ne trouvent pas assez de personnel qualifié. Tout entrepreneur vous dira la même chose: pas moyen de trouver du personnel fiable et compétent, sans parler du problème récurrent depuis des décennies du manque de soutien à l’innovation, tant en amont (recherche et développement) qu’en aval (commercialisation, soutien logistique). Sans parler non plus du soutient systématique aux entreprises du CAC-40 alors que les gisements d’emploi sont ailleurs, dans les petites et moyennes entreprises.

Du coup le personnel présent et compétent est sur-demandé, exactement ce qui arrive à cette infirmière. En plus dans son cas nous avons un état dogmatique qui ne fait pas contribuer ses fonctionnaires à l’assurance maladie (pas de charge), et donc fait tourner le système de sécurité sociale en semi-faillite permanente pour entretenir le mythe du gouffre du déficit de l’assurance santé, ce qui permet de virer ou ne pas remplacer les départs dans ce secteur d’activités. Ce qui entretien le même mécanisme.

Il faut un changement d’attitude, et autre chose qu’un hyper-président qui, par sa nature même, décourage la pensée innovante (sortir de la boite) et les initiatives, et encourage le retour aux solution expéditives, car M. le président veut des résultats pour hier. Dans ce contexte la négociation est impossible, car le président ne peut pas les suivre personnellement, et toute décision prise par consensus, discussion, etc sera forcément mauvaise car ne correspondant pas à l’humeur du président au moment même où il a 5 minutes pour y penser.

En gros ce régime est une catastrophe. S’il y a une chose que le règne Sarkozy aura démontré, c’est que le système de la 5e république n’est pas adapté à un monde complexe. Voir la différence énorme des décisions prises démocratiquement au parlement Européen: réfléchies, consensuelles, difficiles, et celles imposées par l’Elysée: sans rapport avec les vrais problèmes, dogmatiques, politiciennes.

Un ami qui vous veut du bien
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Un conseil Monsieur Faure et aux socialistes pour vous construire un discours sur le régime des retraites…

Augmenter le moontant des cotisations, cotiser plus longtemps… pourquoi pas ? Discours sur la pénibilité , l’emploi des seniors , la question aussi des droits d’héritage… Tout ça oui.

Mais symboliquement, ayez le courage de vous attaquer au régime très spécial des retraites des parlementaires, et des élus en général, il y a des choses totalement abhérentes…. un exemple extreme pour l’anecdote. Un député du Nord, âgé de 90 ans, a quitté en juin 2007 son siège obtenu en 1973. Il reçoit à ce seul titre aujourd’hui 5 738 euros de retraite par mois
….

Si vous mettez ça aussi sur la table (même si c’est surtout de l’ordre du symbole, mais c’est aussi cela la politique) , pas impossible que les français vous écoutent aussi un peu +…

Anne Laure
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Pour les retraite il faudra augmenter les cotisations il n’y a rien de choquant à donner plus pour nos retraites mais il faudrait aussi s’attaquer aux régimes spéciaux . les régimes des parlementaires par exemple ce serait temp de mettre fin à ces vieux pivilèges; Ce serait pas mal aussi de revenir sur toutes les niches fiscales à défaut du bouclier fiscal

un ami qui vous veut du bien
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Oups … après avoir écouté françois lamy , pas de discussion possible pour la remise à plat concernant les retraites des parlementaires.
Dans une interview, très énervé visiblement par le sujet, il conclut  » « il faut arrêter la démagogie ! Le problème des retraites en France n’a rien à voir avec celui de la retraite des parlementaires ».
Il se tire à mon avis lui même (et le PS aussi) une belle balle dans le pied.

Espérons qu’il mette la même énergie pour défendre notamment les petites retraites et toutes les inégalités qui apparaissent sur ce sujet….

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