L’omniprésent M. Courbit

Demain, l’Assemblée sera saisie en deuxième lecture d’un projet sur les jeux en ligne. La droite ne déposera aucun amendement. L’objectif est clair : obtenir un vote conforme après le vote du Sénat et en finir avec un débat embarrassant. Dans un billet du 5 octobre dernier, j’alertais déjà les lecteurs de ce blog sur ce que j’ai appelé la seconde nuit du Fouquet’s.

Il n’y a qu’en France où le gouvernement légifère sur les jeux en ligne dans la précipitation. Le commissaire européen en charge du marché intérieur, Michel Barnier (ancien ministre UMP) entend lui prendre le temps de la réflexion et du diagnostic (Procédure du livre vert) pour proposer ensuite une législation européenne sur le sujet.

Cette urgence ne peut s’expliquer que du point de vue des potentiels bénficiaires de l’ouverture de ce marché des jeux : l’intérêt est de se placer dans le carré de tête des opérateurs de jeux en ligne européens avant le mondial de football de juin 2010.

Parmi les heureux bénéficiaires de ce jackpot il y a l’omniprésent M. Courbit. C’est dans les secteurs où l’Etat se retire, les jeux ou l’énergie, que ce businessman issu du show-biz espère maintenant faire prospérer le magot sur lequel il a mis la main, en vendant ses parts dans Endemol France (240 millions d’€).

Stéphane Courbit va où est l’argent et démultiplie les participations, les rachats, les associations juteuses pour contrôler des sociétés de jeux qui ont d’ores et déjà commencé leur activité d’opérateurs de jeux (Betclic, Mangas-gaming, Everest Gaming spécialisé dans le poker, Expekt, Betathome, …), illégales pour les joueurs français, mais qui concernent un bon million de clients et ont rapporté déjà un magot de plus de 300 millions d’€ de chiffres d’affaires, l’an passé.
Dans cette course de vitesse pour profiter des politiques de déréglementation mises en place par l’Elysée, il est conseillé par Alain Minc depuis une dizaine d’années (et actionnaire minoritaire de sa holding Financière LOV), mais également stratège du chef de l’Etat.

Plus intriguant encore, Stéphane Courbit (associé à Publicis) est au même moment à la manoeuvre pour le rachat de la régie publicitaire de France Télévisions.
De quoi s’agit-il cette fois? De confier la régie publicitaire d’un média public à des opérateurs privés, sans aucune raison apparente. En effet, cette régie très performante a, malgré la suppression de la publicité après 20 heures sur les chaînes publiques, rapporté  à l’entreprise publique près de 400 millions d’€. Alors pourquoi se précipiter pour la céder au moment où tant d’incertitudes pèsent sur le financement de France Télévisions (1) ? Comment ne pas s’inquiéter d’une tutelle financière privée qui pourrait demain peser sur l’indépendance éditoriale des chaînes ?

Cette privatisation est si contestée que le ministre de la culture a fini par reconnaître ce matin devant l’Association des journalistes médias (AJM) une «situation mal aisée à résoudre». Quel sens de l’euphémisme… Après les scandales de l’EPAD (Jean Sarkozy), d’EDF (Henri Proglio), voici celle de la libéralisation des jeux en ligne et de la privatisation de France Télévisions Publicité. On murmure que dans les prochains jours se profile déjà le limogeage d’Anne Lauvergeon à la tête d’AREVA (Bouygues à la manoeuvre).

La défaite des régionales encaissée, rien n’a changé, ni le cap politique, ni l’éthique, ni la gouvernance.

Les urnes à peine rangées, les derniers commentaires juste publiés, les cartes du monopoly sont ressorties. Les affaires reprennent.

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(1) la Commission européenne a retoqué l’idée d’une taxe sur les télécoms pour compléter le financement de l’audiovisuel public (370 millions d’€ de recettes évaporées)

Tout ça pour ça ?..

L’ampleur du score de la gauche (54,1%), l’écart avec celui de l’UMP (18,7 points) , donnent aux résultats des élections régionales une dimension nationale qu’aucun observateur de bonne foi ne peut contester.

Les Français qui ne sont pas venus voter (48,9%) ont fait part de leur désarroi et ceux qui sont venus, de leur désaccord avec la politique conduite par le gouvernement. C’est à peine un votant sur 3 qui a choisi le parti du président !

Quelle réponse a-t-il été apporté?

  • Hier soir un remaniement présenté comme une ouverture… aux Villepinistes et aux Chiraquiens !
  • Cet Après-midi, Au delà des mots et de la reconnaissance formelle de la défaite, le Premier Ministre est demeuré dans le déni de réalité. toutes les orientations, tous les projets ont été maintenus à l’exception de l’abandon de la « taxe carbone ».

Aujourd’hui ce sont 800 000 personnes qui ont défilé dans les rues pour exprimer leur exigence de justice sociale. Jusqu’à quand le pouvoir demeurera sourd à ce qu’exprime le pays?

Ce qu’attendent les Français c’est une réorientation complète des politiques conduites. Il y a deux sujets majeurs sur lesquels nous souhaiterions notamment entendre François Fillon :

  • Sa politique en faveur de l’emploi, et en faveur de ceux qui, l’ayant perdu se retrouvent en fin de droit et s’exposent à la pauvreté.
  • Sa politique fiscale au moment où les déficits se creusent et où les moyens de répondre à la crise se réduisent. Est-il possible de maintenir le paquet fiscal adopté en juillet 2007? Est-il acceptable de maintenir 70 milliards de niches fiscales qui permettent aux plus fortunés et au mieux informés d’échapper à l’impôt?

Ce n’est pas au groupe UMP qu’il faut répondre, Monsieur le Premier Ministre, mais aux Français…

Dimanche, on compte sur vous !

Voilà la campagne s’achève. Jusqu’au bout, nous sommes allés à votre rencontre (notamment avec Florence Bret-Mehinto – sur la photo – qui était avant le remodelage des listes de second tour, notre candidate campésienne ).

Avant le premier tour, nous savions que l’abstention serait massive (j’y reviendrai dans un prochain post). Nous avons souvent rencontré une indifférence polie.

Ces dernières heures, vous étiez plus nombreux à prendre les tracts que nous vous tendions, à entamer la conversation, à afficher un sourire de connivence, à nous dire « à dimanche ! » Nous nous sommes pris à espérer, plus que la victoire, une participation accrue qui donne davantage de force à ce vote.

Dimanche on compte sur vous pour une région solidaire qui dans les limites de ses compétences, puisse être un amortisseur de crise, un bouclier social. on compte sur vous pour une région qui valorise ses talents, ses entreprises, sa diversité, mise sur la technologie, la recherche, l’innovation pour créer les emplois de demain et réponde à la concurrence internationale par la performance plutôt que par la précarisation des salariés.

Dimanche on compte sur vous pour dire oui à une majorité de gauche, dans laquelle le rassemblement ne signifie pas l’uniformité et, réciproquement, dans laquelle les différences ne conduisent pas à la division. Du dialogue entre roses, rouges et verts est né un projet qui comprend notamment la tarification unique pour le pass Navigo. Saisissons cette chance.

Dimanche on compte sur vous pour une victoire large qui pèse aussi sur les choix nationaux. Cette élection est bien entendu une élection locale, mais le résultat pèsera forcément sur le rythme et la nature des réformes.

A dimanche !

La femme d’honneur et le cynique

Ce n’est pas possible. Je n’y crois pas. Non, il n’a pas pu récidiver… Pincez-moi, réveillez-moi ! Dîtes-moi qu’il n’a pas pu recommencer ça.

Après avoir tenté d’instrumentaliser le thème de l’identité nationale, voilà que le président ressort celui de l’insécurité pour arracher des réflexes pavloviens aux électeurs de droite. Et voilà qu’à Dammarie-les-lys, flanqué de Chantal Brunel, Nicolas Sarkozy nous promet une nouvelle nouvelle nouvelle loi…

Cette annonce appelle trois remarques rapides de ma part :

  • Le chef de l’Etat a une image très méprisante des électeurs de droite : légèrement racistes et sécuritaires jusqu’à l’obsession…
  • A force de créer une peine automatique après chaque fait divers, la justice pourra bientôt se passer de juges. Il suffira d’un distributeur.
  • Les services de l’Elysée sont mieux renseignés que ceux de Matignon. Au moins Sarkozy ne confond pas comme Fillon les policiers morts et vivants.

Ce dérapage du Premier Ministre hier soir illustre le cynisme avec lequel les dirigeants du pays se sont emparés de l’émotion publique pour chercher un petit et indécent profit électoral.

Si j’étais électeur de droite, je n’aurais décidément pas trouvé de bonnes raisons de soutenir mon camp dimanche prochain.

Mais je ne voudrais pas terminer ce billet aujourd’hui sans vous dire qu’à l’inverse, l’électeur de gauche que je suis, aurait volontiers voté pour l’accession d’une femme de droite sous la prestigieuse coupole de l’Académie française.

Simone Veil, rescapée des camps d’extermination, vient d’accéder au rang d' »immortelle« . Douce revanche. Rentrée d’Auschwitz-Birkenau où elle a perdu sa mère, chacun aurait compris qu’elle bascule dans le cynisme après avoir perdu toute illusion sur la nature humaine. Elle aurait pu se réfugier dans la haine, elle a choisi au contraire le pardon et la réconciliation. Elle a consacré sa vie publique à la défense de la construction européenne et du couple franco-allemand.

Ce 18 novembre, elle était l’honneur de la droite.

vers une tarification unique des transports publics

La négociation avec les Verts et le Front de Gauche a débouché sur un accord concernant les transports publics. Que dit-il? Que la future majorité au conseil régional, si les urnes confirment l’élan à gauche du 1er tour, se donnent deux ans pour aboutir à une tarification unique des transports publics. D’après les projections qui sont faites, le pass Navigo mensuel passerait ainsi à 65 euros pour tous les franciliens. Nous aurons là une application d’un principe de solidarité entre les populations de l’Ile de France. Il n’est pas juste que celles et ceux qui ont été contraints de se loger en première ou en deuxième couronne, qui sont ceux qui ont les temps de transports les plus longs, soient aussi ceux qui paient le plus cher le droit de se déplacer. Les parisiens paieront 8,4 euros de plus, mais les habitants du Val Maubuée paieront entre 26,7 et 44,9 euros de moins selon qu’ils habitent dans la zone 4 ou 5 du RER. Le surcoût estimé est d’environ 600 millions par an, ce qui n’est pas rien, mais nous sommes loin de ce que proposent Copé et Jégo avec leurs forfaits à 30 ou 45 euros…

Certaines associations d’usagers voient dans cette tarification unique une incitation à habiter loin, à dénaturer nos campagnes avec de nouveaux projets immobiliers et au bout du compte à augmenter les circulations automobiles. L’angoisse exprimée n’est pas absurde. Mais elle donne un poids déterminant au prix du transport dans les arbitrages des particuliers lorsqu’ils hésitent sur leur lieu de résidence. La vérité est hélas plus triviale, c’est le prix des logements qui pousse à l’exode.

Félicitons-nous plutôt de voir ce projet avancer. Enfin.

Liste d’union pour le second tour dans le 77

A l’issue des négociations entre les différents partenaires, la liste déposée pour le second tour en Seine et Marne est la suivante :

Jean-Marc Brulé (EE) Europe Ecologie
Marie Richard (PS)
Jean-Paul Planchou (PS)
Geneviève Wortham(PS)
Jean-François Pélissier (FG) Front de Gauche
Lilianne Pays (EE)
Eduardo Cypel (PS)
Brigitte Eude (PS)
François Kalfon (PS)
Fatna Lazreg (EE)
Philippe Sainsard (PS)
Julie Nouvion (EE)
Philippe Camo (FG)
Josette Mollet-lidy (PRG) Parti Radical de Gauche
Thibault Guillemet (EE)
Roseline Sarkissian (PS)
Pascal Marotte (PS)
Laeticia Martig (PS)
Eric Ferrand (MRC) Mouvement Républicain et Citoyen (Jean-Pierre Chevènement)
Nathalie Tortrat (EE)
Richard Taillefer (PS)
Catherine Jouanneau (FG)
Dimitri Bandini (MUP) mouvement unitaire progressiste (Robert Hue)

Flagrant déni

Dimanche soir un ministre, visiblement agacé, a vendu la mèche. En sortant de l’Elysée, il a livré « off the record » aux journalistes présents les argumentaires qu’il était prié de réciter sur toutes les antennes.  Ainsi dès 19 heures, les estimations des instituts de sondages n’étaient pas encore connues du grand public, mais les radios délivraient déjà les « éléments de langage » de l’UMP transformant une bérézina en quasi-victoire… A 20 heures personne ne fût donc surpris par le discours délivré par les porte-paroles de la droite.

L’air est connu. Il a été chanté par bien des perdants. Mais à ce point… Quel est le résultat observable de ce premier tour de scrutin : une majorité rose rouge verte qui se dessine dans l’ensemble des régions, l’UMP et le nouveau centre qui représentent à peine le quart des Français, le Front National qui enraye son recul historique et même retrouve des scores très inquiétants en PACA et dans le Nord-Pas de Calais, une abstention massive qui touche d’abord les électeurs du président. Dit autrement, la politique d’ouverture a fait long feu, la stratégie du parti unique de la droite a échoué, le siphonage des électeurs du FN s’est au minimum interrompu après un catastrophique débat sur l’identité nationale, la déception est immense parmi les électeurs du sarkozysme, notamment dans les classes populaires qui avaient été séduites par le slogan « travailler plus pour gagner plus« .

Ce matin en écoutant Xavier Bertrand sur France Inter débiter pour la neuf cent quatre vingt dix neuvième fois les mêmes fiches préparées par le bon Dr Guéant, je ne savais plus si je devais rire ou pleurer. A se demander si le secrétaire général de l’UMP n’a pas été secrètement appointé par Martine Aubry pour assurer l’abstention massive des électeurs de droite au second tour. Même le Figaro de ce matin aborde sans fard les enseignements du 1er tour « c’est dans l’Est et les départements qui avaient le plus voté Sarkozy en 2007 que les électeurs ont davantage boudé les urnes. » Citant Jérome Fourquet de l’IFOP le journaliste souligne que  » le parti de Jean-Marie Le Pen regagne du terrain en dépit de l’abstention et non à cause de l’abstention. » Plus loin, sous la plume de Sophie Huet on découvre la sociologie du vote d’après une enquête Opinion way qui fait apparaître que même chez les plus de 60 ans, seuls 38% ont voté UMP contre 65% au second tour de la présidentielle de 2007. On ne saurait dire ni mieux ni davantage.

A nier le message adressé par les Français et singulièrement par une part des électeurs de droite, les stratèges de l’UMP s’exposent à ce qu’il leur soit répété avec plus de force encore dimanche prochain.

Comme je ne peux imaginer que les dirigeants de l’UMP soient totalement « manchots » – ils l’ont prouvé par le passé – je me rabats sur une explication psychologique dont je vous laisse apprécier la pertinence.

Le déni de réalité est en psychologie « un des multiples mécanismes de défense dont le moi dispose pour se préserver de l’angoisse. Son fonctionnement consiste à nier la réalité perçue. Lorsque ce mécanisme est utilisé par le sujet, celui-ci transforme inconsciemment la signification des faits qu’il perçoit, car ses perceptions sont cause d’angoisses. La réalité perçue est niée et à elle se substitue un monde imaginaire, plus confortable. Nous le retrouvons aussi dans la schizophrénie, dans laquelle le sujet vit dans un monde imaginaire, où il peut satisfaire, par exemple, son désir de toute puissance. »

No comment…

Résultats Ile de France, Seine et Marne, Champs sur Marne

Résultats 1er tour élections régionales en Ile de France
Nombre       Inscrits %     Votants %
Inscrits                6 764 464
Abstentions        3 795 226        56,11
Votants                2 969 238      43,89
Blancs ou nuls    80 016               1,18                 2,69
Exprimés             2 889 222       42,72               97,31

Liste conduite par                                               Voix          %
Mme Valérie Pécresse (UMP-NC)               802 096    27,76
M. Jean-Pierre Mercier (LO)                           18 286    0,63
Mme Marie-Christine Arnautu (FN)           268 313    9,29
Mme Cécile Duflot (Europe Ecologie)        479 039    16,58
M. Alain Dolium (MoDem)                            114 984    3,98
M. Jean-Marc Governatori (ECO)                 40 371    1,40
M. Pierre Laurent (FG)                                   189 187    6,55
M. Axel de Boer (DVD)                                    24 686    0,85
M. Jean-Paul Huchon (PS)                           729 861    25,26
M. Nicolas Dupont-Aignan (DLR)                119 835    4,15
M. Olivier Besancenot (NPA)                         90 322    3,13
M. Almamy Kanoute (DIV)                              12 242    0,42

Résultats en Seine-et-Marne

Nombre          % Inscrits          % Votants
Inscrits                   812 494
Abstentions            475 850            58,57
Votants                   336 644             41,43
Blancs ou nuls           10 471              1,29                    3,11
Exprimés                 326 173            40,14                 96,89

Liste conduite par Voix        %
Mme Valérie Pécresse (UMP-NC)              85 900    26,34
M. Jean-Pierre Mercier (LO)                          2 592    0,79
Mme Marie-Christine Arnautu (FN)          43 384    13,30
Cécile Duflot (Europe Ecologie)                  46 922    14,39
M. Alain Dolium (MoDem)                           12 859    3,94
M. Jean-Marc Governatori (ECO)                  5 781    1,77
M. Pierre Laurent (FG)                                   16 681    5,11
M. Axel de Boer (DVD)                                    2 022    0,62
M. Jean-Paul Huchon (PS)                           82 829    25,39
M. Nicolas Dupont-Aignan (DLR)               13 570    4,16
M. Olivier Besancenot (NPA)                        12 422    3,81
M. Almamy Kanoute (DIV)                               1 211    0,37

Résultats Champs Sur Marne
Nombre              % Inscrits
Inscrits                             13 916
Abstentions                                                     61,6
Votants                              5 345                    38,4
Exprimés                          5 224                    37,5

Liste conduite par                                              Voix                     %
Mme Valérie Pécresse (UMP-NC)                 1003                   19,2
M. Jean-Pierre Mercier (LO)                              34                     0,7
Mme Marie-Christine Arnautu (FN)               492                    9,4
Mme Cécile Duflot (Europe Ecologie)             943                  18,1
M. Alain Dolium (MoDem)                                231                    4,4
M. Jean-Marc Governatori (ECO)                     84                     1,6
M. Pierre Laurent (FG)                                       510                    9,8
M. Axel de Boer (DVD)                                          31                    0,6
M. Jean-Paul Huchon (PS)                               1456                  27,9
M. Nicolas Dupont-Aignan (DLR)                     194                   3,7
M. Olivier Besancenot (NPA)                              216                   4,1
M. Almamy Kanoute (DIV)                                   30                   0,6

« Délégiférons »

« Délégiférer ». Ne cherchez pas ce verbe dans votre dictionnaire, vous perdriez votre temps. Il s’agit de la dernière invention sémantique du président. Il déclare ainsi dans le Figaro Magazine de cette fin de semaine  » au second semestre 2011, le gouvernement marquera une pause pour que le Parlement puisse, s’il le souhaite, délégiférer« .

Si légiférer c’est « faire la loi », délégiférer est un verbe qui résonne comme un aveu d’échec. Après avoir fait vite et mal, il faut défaire.

La séance du SAN du Val Maubuée (Syndicat d’Agglomération Nouvelle) d’hier soir nous a offert une excellente illustration de cette façon toute sarkozienne de gouverner à coup d’annonces et de coups de menton. Nous avons adopté le budget en nous demandant avec quelles recettes nous bouclerons les prochains. Fait exceptionnel, droite et gauche, au delà des postures se sont retrouvées pour condamner l’improvisation de la réforme de la taxe professionnelle.

Cette réforme n’est pas intégralement financée, ce qui conduira fortement à creuser les déficits et la dette, et à une hausse des impositions locales et nationales sur les ménages en contrepartie de cette importante baisse d’impôt pour les entreprises.

Les niveaux communal et intercommunal seront  privés de leur capacité à faire varier le taux d’une partie de l’imposition locale sur les entreprises (la CVAE est un taux national). La seule marge de manœuvre restante sera d’augmenter les impositions sur les ménages.

L’autonomie fiscale des collectivités est sacrifiée, du fait de la perte d’une grande partie du pouvoir de vote des taux.

Les régions ont été sacrifiées en matière de répartition des ressources fiscales locales, et ne disposent plus d’aucune marge de variation de leurs impositions. Le risque évident pour notre collectivité c’est de voir les financements publics de nos projets par la région diminuer, augmentant d’autant notre propre charge.

La péréquation est la grande oubliée de cette réforme, au détriment des communes les moins favorisées. Aucune solution n’a été retenue à ce sujet durant le débat pour les communes et intercommunalités. Ce statu quo n’est pas acceptable. Un dispositif ambitieux remplaçant les actuels Fonds départementaux de péréquation de la taxe professionnelle (FDPTP) est absolument nécessaire.

Le gouvernement a imposé par un amendement de dernière minute contre la volonté initiale du Parlement, un mode de calcul de la compensation de la réforme pour 2010 défavorable aux collectivités. Plus grave encore, les dotations de l’Etat complétant le manque à gagner du remplacement de la TP par la CET, seront figées à partir de 2011. Cela signifie qu’elles n’évolueront plus, à l’image des dotations budgétaires annuelles.
Cette réforme est déséquilibrée et dangereuse pour les ménages, parce que les collectivités n’auront d’autre choix que de se tourner vers eux pour maintenir leurs recettes, ou de dégrader le niveau des prestations et des services rendus à leurs populations.

Délégiférons donc. Vite !

Ne vous excusez pas de voter pour cette femme…

C’est comme ça, je n’aime pas les « journées de ». Celle de « la femme » encore moins que les autres. Comme si il en fallait une pour mieux oublier les 364 autres. Mais comme j’ai aussi mes contradictions, je me dis que c’est un bel hommage à rendre à celles qui, en Europe et aux Etats-Unis, entamèrent une longue marche vers l’égalité, un 8 mars 1911. Il y a un siècle déjà. Il y a un siècle à peine.

Ce combat a, pour les plus jeunes, quelque chose qui relève du bon sens. Tant mieux s’ils voient dans les inégalités persistantes, un anachronisme. La vérité, c’est que le féminisme dût se frotter à tous les préjugés. Le féminisme est né au 19ème siècle, comme le socialisme. Tous deux se sont présentés comme des mouvements d’émancipation, de construction de la société sur des bases nouvelles, de refus des dominations illégitimes. Pourtant cette conquête des femmes dût se heurter à de nombreuses résistances, y compris dans le mouvement ouvrier. Certains voyaient alors dans le travail des femmes une forme de dumping qui conduisait à tirer les salaires vers le bas. D’autres voulaient circonscrire le travail féminin à certaines tâches compatibles par leur nature à l’infériorité physique et intellectuelle du deuxième sexe. Il a fallu attendre le gouvernement du Front populaire pour que trois femmes deviennent ministres (alors qu’elles n’étaient ni électrices ni éligibles) et donnent à la cause des femmes une légitimité et une nouvelle visibilité.

Ce combat demeure – hélas – d’actualité. Ces derniers jours à l’Assemblée plusieurs nouvelles pierres ont été posées. Une proposition de loi sur les violences faites aux femmes (co-initiative PS-UMP) a été votée, une résolution sur la clause dite de « l’Européenne la plus favorisée » a été adoptée (résolution PS votée par tous les groupes appelant à légiférer en harmonisant les législations nationales à partir des dispositions en vigueur les plus favorables aux femmes en Europe). Une autre proposition de loi PS sera débattue le 25 mars, prolongeant le congé maternité à 20 semaines. Une autre viendra pour obtenir la parité aux élections législatives.

Ce combat, il est porté aujourd’hui par des élues et des militantes connues ou inconnues qui, pour une large part, ont fait leurs premiers pas grâce à la parité voulue par le gouvernement de Lionel Jospin. Geneviève Wortham (sur la photo) est de celles-là. Conseillère régionale sortante et candidate sur la liste de Jean-Paul Huchon,  Marie Richard(1), Florence Bret-Mehinto (2) et les autres, elle était à Champs en fin de semaine dernière pour nous aider à faire campagne. Nous avons distribué dans le froid et puis nous avons été nous réfugier pour boire un café.

Elle est radieuse. A se demander si les campagnes électorales n’ont pas été inventées pour elle… Geneviève s’illumine quand elle discute politique. Elle parle  avec cette passion inentamée. Rien en elle ne semble pouvoir être corrompu par les délices du pouvoir, les miroirs flatteurs de la notoriété ou le confort de la notabilité. Le temps n’a en rien érodé ses convictions. Elle est fidèle à ce qu’elle croit. Il y a quelque chose de Louise Michel chez cette institutrice que je n’ai cessé d’entendre depuis que je la connais vitupérer contre toutes les injustices.
En l’écoutant, je me dis qu’elle incarne magnifiquement ces combats centenaires du socialisme et du féminisme. Je me dis aussi que sa trop grande modestie porte encore la marque de notre culture. Comme si elle devait toujours donner davantage de gages. Comme si elle devait s’excuser d’avoir eu cette folle ambition d’être élue.

Elle va m’en vouloir d’avoir écrit ces quelques mots sur elle. Elle va les trouver exagérés. Elle dira que c’est trop. Tant pis. J’assume.

Dimanche prochain, ne vous excusez pas de voter pour elle !

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(1) Marie Richard est tête de liste socialiste pour le 77. Elle est vice-présidente sortante de la région et maire de la Ferté sous Jouarre

(2) Florence Bret-Mehinto est la candidate campésienne de la liste PS. Elle prend le relai symbolique de Jeanne Chédhomme conseillère régionale sortante qui ne se représentait pas. Florence est également adjointe au maire à Champs.