Et si Sarkozy avait compris avant les autres que la gauche est prête à redémarrer?

« Les Français ont fait le tour de ce président. Ils n’espèrent plus de Nicolas Sarkozy, mais reconnaissons qu’ils n’espèrent pas encore en nous« . C’est par ces mots que Jean-Marc Ayrault appelait les députés et sénateurs socialistes à rendre plus lisibles leurs propositions lors des journées parlementaires de Toulouse qui viennent de se terminer.

A priori, rien ne devrait laisser penser que les socialistes ont la moindre chance de l’emporter en 2012. Et pourtant. Ce mois de septembre me laisse penser que quelque chose est en train de se passer. Rien de perceptible encore. Juste une esquisse. Le trait est encore maladroit. le style mal assuré. Mais l’inspiration est revenue.

Loin de moi, l’idée de penser que la suite est une promenade de santé. Mais il y a des indicateurs qui passent du rouge à l’orange.

Nicolas Sarkozy est à la peine. Ses discours collent de moins en moins à la réalité de son action. Pour éviter d’être assimilé à un libéralisme qui a fait faillite, il adopte un discours de « refondation du capitalisme » mais il est incapable de revenir sur ses fautes originelles (injustice fiscale). Il ne satisfait pas à gauche en maintenant une politique de droite qui limite le pouvoir d’achat de l’immense majorité au profit d’une minorité. Il déçoit la droite qui découvre que le champion du « moins d’impôts » s’est transformé en « monsieur taxes« .

La majorité UMP/NC se lézarde sur chaque projet de loi. La coproduction UMP/ gouvernement apparaît pour ce qu’elle est un vulgaire slogan  entretenu par JF. Copé, mais qui n’a d’autre réalité que publicitaire.

Face à lui, la gauche est encore hésitante sur le fond, divisée sur ses leaders et sur ses alliances, Mais… Depuis la consultation des militants PS hier soir, quoi que l’on puisse penser des primaires, les socialistes se sont donnés un moyen de régler la question de la désignation de leur futur-e candidat-e. L’application inédite du non cumul des mandats va offrir un ballon d’oxygène au « vieux parti » et ouvrir au renouvellement nécessaire. Les parlementaires socialistes commencent à rendre audibles leurs contre-propositions.

Les élections partielles sont elles mêmes encourageantes. La droite, forte au 1er tour, est sans réserves au second. La droite perd des sièges et la gauche en gagne. L’élection de justesse, à 5 voix, du député UMP Poisson est exemplaire de la situation actuelle. Dans une circonscription jusqu’ici détenue sans faiblesse par Christine Boutin, la victoire est devenue possible à gauche. C’est une verte qui était présente au second tour, ce qui fait dire à certains esprits rapides que le PS est mort et déjà remplacé. Pas si simple. Dans les Yvelines, les socialistes étaient arrivés divisés au 1er tour. La vraie leçon est là : lorsque le PS incarne l’alternative comme à Carcassonne, alors il capitalise la confiance des électeurs de gauche. Inversement, il suffit qu’il montre ses insuffisances pour que ses électeurs le fuient sans remords.

Cette fragilité de la droite est devenue si apparente au chef de l’Etat qu’il cherche aujourd’hui moins à convaincre du bienfondé de sa politique qu’à diviser la gauche. Après avoir pratiqué une « ouverture » dont l’objectif était la démobilisation de l’électorat PS, Nicolas Sarkozy a cherché à valoriser Olivier Besancenot. Lors d’un voyage au Liban, il avait expliqué à François Hollande, encore 1er secrétaire du PS que le NPA serait l’enfer de la gauche comme le FN l’avait été pour la droite. Il s’est ensuite essayé à l’instrumentalisation des Verts. Le scrutin de dimanche dernier dans la Xème circonscription des Yvelines lui a toutefois montré les limites de son art. La manipulation finit par se retourner contre son auteur. Les écologistes peuvent s’avérer de redoutables compétiteurs-ices de second tour.

Ce matin le Parisien livrait un sondage de CSA donnant 31 % à l’UMP aux prochaines régionales. C’est certes 10 points devant le PS, mais le parti du président ne peut compter au second tour que sur les 8% du FN. Tous les autres partis étant désormais dans l’opposition.

Nicolas Sarkozy est si conscient de l’évolution du rapport de force qu’il a fait procéder à un scandaleux redécoupage des circonscriptions législatives qui obligera la gauche à réaliser près de 52% des voix en France pour obtenir 50% des sièges à l’Assemblée ! (débat sur la ratification de l’ordonnance fixant le redécoupage la semaine prochaine à l’Assemblée).  Le chef de l’Etat prévoit également de modifier le mode d’élection des élus départementaux et régionaux en créant une nouvelle catégorie d’élus, les conseillers territoriaux. s’agira d’introduire le scrutin majoritaire à un seul tour, ce qui permettra à la droite de gagner chaque fois qu’elle sera unie face à une gauche divisée (débat au Sénat en décembre). `

Quelque chose me dit que ces réformes en précèdent une autre : le passage au scrutin majoritaire à un tour pour l’élection des députés.

En politique le diable est dans les modes de scrutin.

Commentaires

Grégory
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L’espoir fait vivre.. Pour ma part je trouve que Sarko n’a pas les bonnes jambes actuellement mais je trouve aussi que le PS pédale dans la semoule…

Martine Aubry est pathétique et si je votais socialiste jusqu’alors la prochaine fois ce sera Europe écologie si les socialos ne se reprennent pas.. Je n’ose même plus ouvrir mon face book de peur de voir les militants socialistes des amis s’y exprimer. Ils m’ont souler avec leur prosélitisme direction ou Ségolène..
Sur le fond certes il y a le groupe parlementaire mais ce sont souvent sur les sujets périphériques ou médiatiques qu’on entend les socialistes. J’aimerais pour ma part les entendre vraiment sur la hausse du forfait hospitalier, sur le déficit abyssal de la sécu, sur les lois pénitentiaires. Que répondent ils à Fennec lorsqu’ils parlent de donner à la perpétuité son vrai sens et donc interdire la remise en libertés à certains prisonniers?.. Si de tels propos d’un magistrat ça ne fait pas réagir un dirigeant socialiste..

Grégory
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merci des conseils mais toujours le c’est la faute des médias on sait bien qu’ils nous serviront pas la soupe.. Il reste que je maintiens c’est aux élus de se faire entendre et pas seulement des initiés…

Valdo
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Je ressens la même chose. Pas certain qu’ils regagnent des régions. Mais quels seront les recours contre la modification des modes de scrutins puisqu’ils sont majoritaires à l’Assemblée?

Estelle Picard
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Valdo c’est là tout le problème comment les empécher de bidonner la carte électorale? Y a bien des gardes fous..Mais ils ont le bistouri ….
Vous pouvez toujours hurler.. mais l’opinion publique s’en fout..

Y a pas il faut bosser, ne pas s’endormir sur vos lauriers même si vous croyez que vos régions vont résister, car rien n’est dit et le ps n’est pas à l’abri d’une nouvelle claque.
Avant tout regagner en crédibiité sur le plan national et pourquoi pas imiter vos amis les grecs ce soir ..c’est ce que je vous souhaite Valdo

Jean-Michel
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Ah il est fort Sarko , il va nous enfumer grave avec les scrutins, et après on s’étonnera que l’alternance n’est plus possible..
Il va même s’intéresser de plus près aux élections locales, les propriétés de la gauche, désormais place aux conseillers térritoriaux..C’est vrai il a raison Valdo on peut faire quoi pour s’opposer à ce nouveau tour de passe passe?

Marie
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Gregory

Il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre.

Moi je les ai entendus les socialistes et sur l’augmentation du forfait hospitalier , et sur le déficit et les lois pénitencières et autre …. oui Gregory je les ai entendus.Alors si vous êtes un peu attentif sans être selectif par rapport a ce qui se passe au PS vous les auriez entendus comme moi.

Arnaud Picard
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Bonne nouvelle Olivier tu nous dis que les socialistes sont de retour.. on attendait ça depuis longtemps.. Il y a encore un peu de friture sur la ligne avec la polémique sur Mitterrand mais comme le disait François Hollande lors des journées parlementaires il était temps qu’aubry monte dans la locomotive et tire tous les wagons. j’espère que désormais on entendra plus rue solférino taper sur Ségolène.

Grégory
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Je ne suis pas sourd simplement je n’ai pas l’oreille collée aux rails.. et pas sélectif ..je les écoute sans distinction quand ils s’expriment
ce we je suis tombé sur une émission avec un socialiste et parce que je ne suis pas de mauvaise foi j’ai bien aimé ce que j’ai entendu démocratie de la réussité, politique industrielle c.. des sujets de fond étaient traités .. Il faudrait que ca soit comme ça plus souvent . Mais vous pouvez pas me dire que les socialistes sont toujours audibles sur les grands sujets Marie, par exemple cette semaine je les ai plutot entendu sur Frédéric Mitterrand.. Ils ont été bons sur la poste je vous le concède mais même sur ce sujet il faut aller plus loin comment la poste doit être pensée avec l’évolution nécessaire de ses missions dans un contexte de concurence..

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