UMP, la semaine de vérité

Cette semaine parlementaire est très particulière. Ce sera pour les députés de la majorité, la « semaine de vérité ». Les hasards du calendrier conduisent en effet à ce que mardi les députés votent sur trois propositions de loi socialistes puis entament la discussion des articles de la loi de finances Pour 2010. Cette conjonction de textes va contraindre la droite à se prononcer en quelques jours sur de nombreux sujets emblématiques qui,  mieux que de grands discours sur la « refondation du capitalisme » ou la « défense du modèle social français« , définissent une politique.

Voilà un an que la crise est là. Voilà un an que le pouvoir nous annonce que plus rien ne sera comme avant. Jusqu’ici nous n’avons rien vu. La gauche propose cette semaine ses solutions sous forme de propositions de lois ou d’amendements. Elle interpelle l’UMP : « Vous voulez refonder le capitalisme ? Vous voulez un hyper parlement face à un omni président ? Et bien, chiche! » La majorité est au pied du mur, nous allons maintenant observer ce qu’elle est capable de faire. L’heure serait à la « co-production législative »? voyons ça !

  • La droite condamne les bonus, les retraites chapeaux, les parachutes dorés, les rémunérations extravagantes des traders et de certains dirigeants d’entreprises ? Alors la majorité doit adopter la proposition de loi socialiste relative aux hauts revenus et mettant en oeuvre notamment un revenu maximum (25 fois le salaire minimum dans les entreprises qui font l’objet d’une aide publique. Revenu maximum discuté dans un comité des rémunérations puis voté par les assemblées générales des actionnaires dans les autres sociétés)
  • La droite se révolte contre le crédit rechargeable (revolving) dont les taux sont ceux de l’usure et dont les mécanismes conduisent droit aux subprimes ? Alors la majorité doit approuver la proposition de loi socialiste relative à l’abrogation du crédit revolving et la mise en place d’un crédit universel.
  • La droite veut protéger les services publics, elle veut préserver le statut de la poste et interdire sa privatisation? Alors elle ne doit pas craindre de voter la résolution déposée par les socialistes intimant au gouvernement la nécessité de prendre les mesures rendant applicables les règles relatives à un référendum d’initiative populaire.
  • La droite veut revoir et réguler le système bancaire, permettre à l’Etat de prendre sa légitime part du retour à bonne fortune des établissements de crédit? Alors elle doit confirmer en séance,  malgré le veto de Madame lagarde, le vote en commission de l’amendement Migaud qui relève l’imposition des bénéfices des banques de 10%.
  • La droite veut lutter contre l’injustice fiscale? Alors elle pourra voter les amendements socialistes au budget qui ont pour effet de plafonner les niches fiscales à 15 000 Euros. Elle pourra donner ses suffrages à une contribution de 11% sur la levée des stock-options. Si elle n’a pas le courage de voter l’abrogation pure et simple d’un insupportable bouclier fiscal, elle pourra – a minima – suivre le président de la commission des lois qui s’est prononcé pour une double exception au principe, la CSG et la CRDS sortant de l’assiette.
  • La droite veut une contribution énergie climat qui n’ait pas pour effet d’accroitre les inégalités? Alors elle pourra adopter les amendements de la gauche rendant plus progressives les compensations et évitant le ridicule d’un remboursement forfaitaire identique pour les smicards et les bénéficiaires du bouclier fiscal.
  • La droite veut prendre en compte la « souffrance au travail« , alors qu’elle  commence comme le lui demandent les députés de la gauche, le conseil économique et social, le président de l’Assemblée nationale, par renoncer à l’amendement Copé qui taxe les indemnités versées aux accidentés du travail.
  • La droite veut limiter les baisses de TVA aux entreprises d’hôtellerie – restauration qui jouent le jeu de la baisse des prix, de la formation et de l’augmentation des salariés? Alors elle abrogera avec les socialistes une mesure qui coûte aujourd’hui 2,5 milliards aux contribuables sans contrepartie.
  • La droite veut mettre fin aux excès des mouvements de capitaux? Elle pourra avec la gauche accepter de fixer un taux à la « taxe Tobin » (qui est pour le moment à taux 0).
  • La droite veut éviter que la nécessaire réforme de la taxe professionnelle ne se solde par un transfert de charges des entreprises vers les ménages? Alors elle accèdera à la demande formulée par l’ensemble des sensibilités de la gauche de former un groupe pluraliste qui utilise les 6 prochains mois pour aboutir à ue réforme de la fiscalité locale consensuelle.

Voilà dans les prochaines heures quelques occasions que la gauche donnera à la droite, pour qu’elle vive et vote selon les principes qu’elle affiche. Chaque fois qu’elle prendra par les cornes le veau d’or capitaliste, chaque fois qu’elle voudra en maîtriser, réguler et limiter les excès, elle recueillera le soutien de la gauche. Chaque fois au contraire qu’elle se réfugiera derrière une compassion de façade pour mieux masquer sa lâcheté, elle trouvera la gauche face à elle pour lui rappeler que la crise exige un profond changement.

Un parfum d’indécence

Brutalement le masque a lâché. Pendant deux ans, il avait fallu comprimer, contenir, entretenir une image. Et puis la digue a été emportée.

Il y a eu les « plaisanteries » douteuses de Brice Hortefeux sur le « profil type » de l’auvergnat. Certes, il n’y avait pas eu « mort d’homme », mais ce fût la révélation d’un racisme ordinaire et franchouillard, celui qui nourrit les discriminations et les brimades quotidiennes de tant de nos concitoyens issus de l’immigration.

Il y a eu ce procès Clearstream, concours de manipulations et de coups tordus entre deux fauves qui n’ont d’autre rêve que de se battre au dernier sang. Ce fût la révélation d’un président, garant de l’indépendance de l’autorité judiciaire, trop obnubilé par sa haine pour s’imposer une distinction entre prévenus et coupables.

Il y a eu ces hallucinantes déclarations de Frédéric Mitterrand sur « l’Amérique qu’on aime » et celle « qu’on aime pas », c’est-à-dire celle qui ose poursuivre Roman Polanski pour viol sur mineure de 13 ans. Ce fût la révélation d’un état d’esprit, celui de « demi-dieux » qui croient pouvoir épargner à leurs amis la justice des hommes.

Il y a eu ces Unes de la presse répétées sur Eric Besson qui a fait de la transgression et de la trahison sa marque personnelle. Ce fût grâce à son ex femme la révélation de la psychologie fragile et torturée d’un ministre d’ouverture.

Il y a eu cette « jungle » que l’on vide à Calais et ces avions qu’on remplit pour l’Afghanistan, renvoyant vers la guerre, le fanatisme, la violence et peut-être la mort des familles qui avaient fui leur pays. Ce fût la révélation de la force brutale d’un gouvernement qui tourne le dos à la vocation de la France, terre d’asile et protectrice des droits de l’Homme.

Il y a eu ce discret cadeau de la libéralisation des jeux en lignes au mépris des risques d’addiction, de corruption et de blanchiment de l’argent sale. Ce fût la révélation de l’actualité d’un pacte non écrit mais jamais dénoncé, qui lie celles et ceux qui la nuit de la victoire du 6 mai 2007, furent les invités du nouveau président au Fouquet’s.

Il y a eu cette commission des Finances au cours de laquelle le directeur de cabinet du président avoua que l’Elysée verse 43500 euros mensuels à Pierre Giacometti pour des conseils sur l’opinion. Ce fût la révélation du prix qu’accorde le président non aux Français, mais à ceux qui font profession de les endormir.

Il y a eu ce scandaleux jeu de chaises musicales pour permettre au fils du président de devenir à 23 ans président du modeste établissement public qui a la gestion du plus grand quartier d’affaires d’Europe. Ce fût la révélation d’une présidence qui se rêve en monarchie héréditaire.

Il y a eu ce redécoupage des circonscriptions législatives pour compliquer l’alternance puisqu’il faudra désormais que la gauche fasse 51,4% pour être majoritaire en sièges à l’assemblée quand il n’en faudra que 48,6 à la droite pour diriger le pays. Ce fût la révélation d’un pouvoir qui ose tout, jusqu’à fausser les règles de la démocratie.

Il y a surtout eu cette averse de taxes sur les ménages, les malades et les accidentés du travail tandis que le parapluie fiscal continuait de protéger ceux qui vivent déjà à l’abri de leur fortune. Cette fois ce ne fût pas une révélation, mais la confirmation d’une politique.

Cela s’est passé entre le 15 septembre et le 15 octobre. Cela s’est passé en France. Il flottait comme un parfum d’indécence.

La nuit du Fouquet’s (Tome 2)

Pour le président, tout a commencé cette nuit-là. Celle du 6 mai 2007. Celle de sa victoire, de sa consécration, de son apothéose. Pour cet homme qui n’avait jamais fait mystère de ses ambitions, ce fût la nuit d’un rêve éveillé, celui de sa vie. Pour partager son ivresse, le président avait fait réserver le Fouquet’s. Ainsi le grand restaurant du 99 avenue des Champs Elysées accueillit, au coeur du triangle bling bling parisien, les amis du nouveau souverain. Les vrais. Ceux qui comptent. Pas ceux qui, massés à la Concorde, attendaient « leur » président en chantant à tue-tête les refrains entonnés par Enrico macias, Mireille Mathieu et Jane Manson.

Ce soir-là le Ghota de la finance, de la presse, du CAC 40 fêtait Nicolas et Cécilia. Vincent Bolloré offrit au nouveau couple présidentiel l’hospitalité et le confort de son yacht « le Paloma » pendant que Rachida Dati passait de groupe en groupe en servant son sourire étincellant.

Cette nuit-là, le président ne l’a jamais oubliée. Comment le pourrait-il?

Le 7 octobre, à bien des égards sera la seconde nuit du Fouquet’s. A 21h30,  l’Assemblée Nationale débattra en effet d’un projet emblématique d’une politique et d’une pratique du pouvoir qui confinent au népotisme. On y discutera d’un projet de loi d’un genre nouveau : un projet que rien ne justifie. Un projet sans cause officielle. Je veux parler du projet de libéralisation des jeux en ligne (aujourd’hui les jeux sont un monopole d’Etat).

Y aurait-il une obligation qui nous viendrait d’un traité européen signé par mégarde?
La réponse est non. Le gouvernement prétextait une contrainte communautaire, mais depuis le 8 septembre dernier, nous savons qu’il n’en est rien. La Cour européenne de justice a en effet justifié l’interdiction faite par le Portugal à la société autrichienne Bwin de proposer des jeux de hasard sur Internet dans ce pays.

Y aurait-il un problème de gestion du monopole de la Française des jeux ?
Pas davantage. Jusqu’ici la Française des jeux exerce un monopole au nom de l’ordre public et de l’intérêt général. L’ensemble de ses recettes font l’objet d’une fiscalité propre. Pour parler clair, la Française des Jeux distribue ses bénéfices entre les gagnants (61%) et l’Etat (28%), le solde restant à la Française des jeux.
Alors comment comprendre que le président de la République organise la concurrence, et donc la perte de bénéfices pour la Française au moment où il explique que « les caisses sont vides » ?
Comment expliquer que cet argent est superflu alors que le gouvernement s’apprête à faire les poches des accidentés du travail ou à taxer les indemnités de départ des préretraités volontaires ? Aujourd’hui la Française verse par exemple 126 millions à la sécurité sociale. Comment ne pas rapprocher cette somme des 150 millions attendus de la taxe sur les accidentés du travail ?

Si aucune raison officielle n’existe, c’est sans doute parce qu’il faut la rechercher ailleurs. La réponse elle est à rechercher dans le petit livre écrit par Ariane Chemin et Judith Perrignon au lendemain de la soirée du 6 mai 2007 : « La nuit du Fouquet’s ». Aujourd’hui, ils ont la confirmation de l’amitié et de la générosité du Président. Alors que le pays traverse une crise sans précédent, le premier projet de loi important de la session ordinaire a pour objet d’ouvrir à quelques grands patrons un marché exponentiel, celui des jeux en ligne !

Qui sont en effet celles et ceux qui pressent le Parlement de légiférer sur ce sujet ? Stephane Courbit, Alain Minc, Bernard Arnault, Arnaud Lagardère, Vincent Bolloré, Arthur, Patrick Le Lay, Martin Bouygues, Dominique Desseigne et François Pinault… Leur point commun : être des amis proches du pouvoir et d’avoir tous été présents la « nuit du Fouquet’s ». Casinotiers, financiers, patrons de presse, producteurs, ils sont tous là ; prêts à conquérir un nouveau marché. Demain on autorisera la publicité à la télévision, à la radio, et il sera possible de lancer des paris sur le score final, l’auteur du premier but, le nombre de cartons jaunes… Il suffira aux spectateurs internautes d’un click, puis d’un autre, suivi de nombreux autres pour d’abord espérer gagner, puis espérer se refaire, et enfin maudire la défaite.

A ce jeu, ils seront juste quelques-uns à ne jamais perdre. N’oubliez pas leurs noms. A eux rien n’est jamais refusé. Ni la fortune ni les honneurs. Tout leur est dû. Ce sont les amis du Président.

Et si la gauche redémarrait? (suite)

Les premières réactions sur Facebook à mon précédent post étaient univoques : il fallait avoir beaucoup fumé ou avoir beaucoup d’imagination pour observer un redémarrage à  gauche! Je reprends donc : je ne décris pas une gauche qui n’existe pas. Celle que je vois est effectivement malade. Je préfère penser, convalescente. Mais je maintiens que l’UMP a de son côté de sérieux soucis à se faire sur le plan électoral . Je maintiens aussi que lorsque les socialistes ne sont pas artificiellement divisés, ils demeurent la force de l’alternance. J’observe enfin que lorsque les socialistes ne sont pas à la hauteur, l’électorat de l’opposition ne s’évapore pas et se fédère par exemple sur les candidats écologistes comme dans les Yvelines. Si ce que j’écris là n’avait aucune réalité, Nicolas Sarkozy ne prendrait pas autant de risques politiques pour accumuler les tripatouillages électoraux.

Mais ce billet vient de plus loin. Il est l’expression de ma mauvaise humeur. Je suis fatigué de la lecture récurrente des éditorialistes qui n’en finissent plus de décrire l’agonie des socialistes. Je suis tout aussi las des socialistes qui n’aiment rien tant que se flageller en public, en général sur le dos d’un-e  voisin-e. La rénovation ce n’est pas l’auto-dénigrement permanent.

La gauche va sans doute « très mal« , mais lorsque ce week-end, deux millions de personnes signifient par un vote symbolique leur attachement au statut de la Poste, il est permis d’espérer. Les sondages montrent que c’est à une majorité très confortable que nos concitoyens refusent toute privatisation du plus ancien de nos services publics. La gauche va sans doute très mal, mais ses valeurs sont donc loin d’être minoritaires dans le pays.

La gauche va sans doute « très mal » sur tout le continent. La crise de la social-démocratie est sans doute européenne, mais ce week-end ce sont les socialistes grecs de Papandréou qui ont remporté les élections législatives. C’est vrai la semaine précédente les allemands du SPD ont perdu. Mais ils sortaient d’ue coalition avec la droite qui a brouillé leur identité et interrogé sur leur utilité. C’est exact que Les travaillistes anglais devraient selon toute vraisemblance subir une cuisante défaite prochainement. Mais qui ne voit l’usure d’un « New Labour » au pouvoir depuis douze ans?

Pourquoi je m’agace? Parce que le commentaire « Canal habituel » c’est « la gauche est sans idées, sans projet« . Les valeurs, le système libéral ont beau mener le monde au quasi chaos, ce sont les idées des sociaux démocrates qui sont dépassées !

Pourquoi je m’exaspère? Parce que la victoire des socialistes du Pasok ne sera décrite demain que comme une victoire locale, alors que celle du SPD la semaine dernière était présentée comme une défaite européenne.

Pourquoi je m’inquiète? Parce que je ne voudrais pas que Nicolas Sarkozy soit le seul à prendre un vent qui souffle à nouveau de la gauche. Pas parce que c’est lui. Mais parce que nous n’allons pas vers le même port.

Et si Sarkozy avait compris avant les autres que la gauche est prête à redémarrer?

« Les Français ont fait le tour de ce président. Ils n’espèrent plus de Nicolas Sarkozy, mais reconnaissons qu’ils n’espèrent pas encore en nous« . C’est par ces mots que Jean-Marc Ayrault appelait les députés et sénateurs socialistes à rendre plus lisibles leurs propositions lors des journées parlementaires de Toulouse qui viennent de se terminer.

A priori, rien ne devrait laisser penser que les socialistes ont la moindre chance de l’emporter en 2012. Et pourtant. Ce mois de septembre me laisse penser que quelque chose est en train de se passer. Rien de perceptible encore. Juste une esquisse. Le trait est encore maladroit. le style mal assuré. Mais l’inspiration est revenue.

Loin de moi, l’idée de penser que la suite est une promenade de santé. Mais il y a des indicateurs qui passent du rouge à l’orange.

Nicolas Sarkozy est à la peine. Ses discours collent de moins en moins à la réalité de son action. Pour éviter d’être assimilé à un libéralisme qui a fait faillite, il adopte un discours de « refondation du capitalisme » mais il est incapable de revenir sur ses fautes originelles (injustice fiscale). Il ne satisfait pas à gauche en maintenant une politique de droite qui limite le pouvoir d’achat de l’immense majorité au profit d’une minorité. Il déçoit la droite qui découvre que le champion du « moins d’impôts » s’est transformé en « monsieur taxes« .

La majorité UMP/NC se lézarde sur chaque projet de loi. La coproduction UMP/ gouvernement apparaît pour ce qu’elle est un vulgaire slogan  entretenu par JF. Copé, mais qui n’a d’autre réalité que publicitaire.

Face à lui, la gauche est encore hésitante sur le fond, divisée sur ses leaders et sur ses alliances, Mais… Depuis la consultation des militants PS hier soir, quoi que l’on puisse penser des primaires, les socialistes se sont donnés un moyen de régler la question de la désignation de leur futur-e candidat-e. L’application inédite du non cumul des mandats va offrir un ballon d’oxygène au « vieux parti » et ouvrir au renouvellement nécessaire. Les parlementaires socialistes commencent à rendre audibles leurs contre-propositions.

Les élections partielles sont elles mêmes encourageantes. La droite, forte au 1er tour, est sans réserves au second. La droite perd des sièges et la gauche en gagne. L’élection de justesse, à 5 voix, du député UMP Poisson est exemplaire de la situation actuelle. Dans une circonscription jusqu’ici détenue sans faiblesse par Christine Boutin, la victoire est devenue possible à gauche. C’est une verte qui était présente au second tour, ce qui fait dire à certains esprits rapides que le PS est mort et déjà remplacé. Pas si simple. Dans les Yvelines, les socialistes étaient arrivés divisés au 1er tour. La vraie leçon est là : lorsque le PS incarne l’alternative comme à Carcassonne, alors il capitalise la confiance des électeurs de gauche. Inversement, il suffit qu’il montre ses insuffisances pour que ses électeurs le fuient sans remords.

Cette fragilité de la droite est devenue si apparente au chef de l’Etat qu’il cherche aujourd’hui moins à convaincre du bienfondé de sa politique qu’à diviser la gauche. Après avoir pratiqué une « ouverture » dont l’objectif était la démobilisation de l’électorat PS, Nicolas Sarkozy a cherché à valoriser Olivier Besancenot. Lors d’un voyage au Liban, il avait expliqué à François Hollande, encore 1er secrétaire du PS que le NPA serait l’enfer de la gauche comme le FN l’avait été pour la droite. Il s’est ensuite essayé à l’instrumentalisation des Verts. Le scrutin de dimanche dernier dans la Xème circonscription des Yvelines lui a toutefois montré les limites de son art. La manipulation finit par se retourner contre son auteur. Les écologistes peuvent s’avérer de redoutables compétiteurs-ices de second tour.

Ce matin le Parisien livrait un sondage de CSA donnant 31 % à l’UMP aux prochaines régionales. C’est certes 10 points devant le PS, mais le parti du président ne peut compter au second tour que sur les 8% du FN. Tous les autres partis étant désormais dans l’opposition.

Nicolas Sarkozy est si conscient de l’évolution du rapport de force qu’il a fait procéder à un scandaleux redécoupage des circonscriptions législatives qui obligera la gauche à réaliser près de 52% des voix en France pour obtenir 50% des sièges à l’Assemblée ! (débat sur la ratification de l’ordonnance fixant le redécoupage la semaine prochaine à l’Assemblée).  Le chef de l’Etat prévoit également de modifier le mode d’élection des élus départementaux et régionaux en créant une nouvelle catégorie d’élus, les conseillers territoriaux. s’agira d’introduire le scrutin majoritaire à un seul tour, ce qui permettra à la droite de gagner chaque fois qu’elle sera unie face à une gauche divisée (débat au Sénat en décembre). `

Quelque chose me dit que ces réformes en précèdent une autre : le passage au scrutin majoritaire à un tour pour l’élection des députés.

En politique le diable est dans les modes de scrutin.