La taxe carbone qui fait déborder le vase

La taxe Sarkozy sur les énergies fossiles ne passe pas. Les deux tiers des Français y sont opposés. Ce résultat est, à première vue, d’autant plus paradoxal qu’une majorité est acquise à l’idée d’une fiscalité écologique.

Il y a d’abord une incompréhension. Le gouvernement n’ose pas dire qu’il crée une taxe alors il communique sur les compensations. Il rend ainsi illisible son message. De deux choses l’une : soit la compensation compense et dans ce cas on imagine mal comment les comportements des Français seraient réorientés. Soit cette compensation ne compense pas, mais alors pourquoi taxer pour rendre ensuite  une partie du produit de la taxe?

Je crois surtout que ce qui rend cette nouvelle taxe très impopulaire, c’est le contexte fiscal de sa création. la tolérance fiscale des Français est liée au sentiment de justice fiscale. Et là le compte n’y est vraiment pas. Qu’on en juge :

Nicolas Sarkozy s’est fait élire sur un slogan « je serai le président du pouvoir d’achat ». Deux ans après le « président du pouvoir d’achat » s’est transformé en monsieur taxeS.
Pour la plupart ces taxes (plus de 3 miliards d’Euros) sont directement prélevées sur les Français :
– Taxe sur l’intéressement et la participation (300 millions €)
– Franchises médicales (850 millions €)
– Hausse de la redevance télévision (20 millions €)
– Taxe sur la téléphonie et internet (400 millions  €)
– Taxe sur les assurances vies et revenus d’épargne pour le financement du RSA (1,5 milliard € ). Bénéficiaires du bouclier fiscal pas concernés.

Ou sont répercutées sur eux (Pour plus de 1,3 milliard €) :

– Taxe sur les assurances et les mutuelles (1 milliard €)
– Hausse des cotisations retraite (150 millions €)
– Taxe pour financer la prime à la cuve (50 millions €)
– Taxe sur les ordinateurs (50 millions €)
– Taxe pour copie privée des disques durs externes et clés USB (30 millions €)
– Taxe sur le poisson (80 millions €)
– Taxe sur les huiles moteurs (44 € par tonne de lubrifiant)
– Taxe sur les imprimés publicitaires

Maintenant il faudra ajouter à ces 4,36 milliards € :

– taxe carbone (3 milliards €)
– augmentation du forfait hospitalier
– taxe à venir pour remplacer le produit de la TP

Dans le même temps, pendant que l’on ponctionne les classes moyennes et populaires, les cadeaux s’amoncellent sous le sapin des plus riches :

– bouclier fiscal pour les plus riches (500 millions €)
– baisse de la TVA sur la restauration de 14,1 points sans répercussion sur les prix (3 milliards €)
– refus de toucher aux niches fiscales (70 milliards € !) : les 100 contribuables qui réduisent le plus leur impôt, le réduisent de plus de 1 million € chacun.

Les taxes sur les superprofits sont elles symboliques: 480 millions €

-Taxe sur les stock-options (250 millions €)
– Taxe sur la publicité des chaînes privées (80 millions €)
– Taxe sur les compagnies pétrolières (150 millions €)

Enfin ces taxes créées ne sont même pas cohérentes entre elles :
Il est tout de même étonnant qu’au moment où on est instaurée une taxe carbone qui doit organiser la migration vers l’utilisation d’énergies non fossiles, le gouvernement envisage de taxer les éoliennes ! (pour compenser partiellement la perte de la TP)
C’est dans ce contexte fiscal que le gouvernement instaure la taxe carbone.
La même taxe, prélevée dans les mêmes conditions connaitrait un autre accueil si la fiscalité était plus juste.

Je prends un exemple simple :
Nombreux parmi nos concitoyens habitent en banlieue ou dans des communes rurales parce que le prix du logement dans les centres villes leur est devenu inaccessible. C’est souvent le cas des familles qui s’agrandissent et qui doivent changer de domicile. Ce déménagement est subi plus que choisi. Ce sont ces gens-là qui vont devoir payer la plus grosse taxe carbone. Inversement un cadre supérieur, célibataire qui habite le centre de Paris, qui n’a pas besoin de véhicule lui en sera exonéré.
C’est cela que nos concitoyens peinent à comprendre. Je prétends que les choses seraient très différentes si dans le même temps nous faisions par exemple :
–    une réforme de la taxe d’habitation qui est l’impôt le plus injuste puisqu’il ne tient pas compte des revenus mais uniquement de la surface occupée et qu’il est plus élevé dans les communes pauvres qui ne disposent pas d’autres ressources fiscales.
–    Une taxation spécifique sur les importations qui ont un lourd bilan carbone. Comment expliquer que l’on va taxer les déplacements domicile- travail mais que rien ne sera prélevé sur les produits qui ont fait le tour du monde pour venir sur nos marchés. Il est très utile de réorienter la consommation des ménages. Manger des cerises en décembre, cela n’est pas neutre sur le plan écologique. Faire fabriquer les pots de yaourts sur un continent, les remplir dans un second et les distribuer dans un troisième, voilà qui marque durablement l’empreinte écologique (sans compter le coût social lié à la délocalisation de nombreuses activités).

Une fois de plus Nicolas Sarkozy s’est emparé d’une bonne idée. Mais il l’a massacrée dans ses modalités. En pensant faire un coup politique, il a gâché une formidable occasion de aire avancer une cause que nous pouvons partager dans toutes les familles politiques.

Commentaires

Denise
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Oui quel gâchis cette taxe carbone. ENcore une occasion manquée.

Grégory
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Pauvre Nicolas lui qui croyais que se la jouer écolo était in!

Marc
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Ouais. Sarko de plus en plus out avec toutes ses taxes.
Serait temps qu’on ait une gauche forte. Ya un boulevard !

andré
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très instructif et à difuser

Grégory
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alors cette taxe carbonne elle est de notre poche ou elle est compensée faudrait savoir Nicolas

arbalette
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et elle ne servira même pas à l’écologie car la moitié des recettes servira à financer la surpression de la taxe professionnelle. La honte !

patrice.vallade
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Sur le sujet de la taxe carbone voici la réponse d’un des hommes parmi les plus censés que je connaisse (tiré d’un tchat sur latribune.fr):
Ne serait-ce pas plutôt une manière de plus de ponctionner le contribuable, sous couvert d’une bonne conscience écologique du gouvernement? Merci pour votre réponse et votre engagement pour la Nature.
POur ma part, cela restera de toute façon un petit palliatif, car les enjeux actuels concernant l’environnement sont colossaux et nécessiteraient des dispositions et des dispositifs nationaux et internationaux à la hauteur du problème. J’ai beaucoup de mal à accepter que l’écologie soit traitée comme un paramètre parmi d’autres.
Il faut prendre des décisions internationales radicales. Par exemple, traiter des biens vitaux (eau, terre, biodiversité sauvage et domestique) comme des biens qui ne peuvent pas être soumis à la spéculation et doivent être gérés comme des biens inaliénables, dont la sauvegarde doit être absolue…

C’est un des plus grand humaniste actuel.

keséco
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Si le but du gouvernement est d’augmenter les recettes fiscales, ce qui est certain puisqu’il fait cette réponse, pourquoi le faire avec la taxe carbone et pas n’importe quelle autre taxe ? Parce que c’est la seule taxe qui porte sur un domaine plus acceptable par les français… Il faut faire passer la pilule..

Mais si le but était vraiment d’orienter la consommation, alors oui, il fallait avant tout taxer les importations de produits lointains, ce qui présentait le double avantage de réduire l’émission carbone, et de relancer l’économie européenne et française.

Seulement M Sarkosy a trop peur de passer pour un protectionniste, gros mot aux yeux des libéraux héritiers des thèses américaines de Friedman ou Hayek..
Rappelons à ces libéraux que dans un monde entièrement libéral, un pays esclavagiste serait le plus compétitif et dominerait le monde en quelques années.. ..mais au fait, vous ne trouvez pas que ça ressemble à ce qui se passe, avec la Chine par exemple …??!

Le prix d’un produit ne contient pas toute l’information.. Il est du devoir du politique de forcer l’économie à une information plus complète sur tous les produits, tous les flux, pour que l’économie libérale conduise à la société souhaitée par le plus grand nombre. C’est l’information qui peut changer le monde.

La taxe carbone, la vraie, est une forme d’information.
Pas une simple recette fiscale.

Aux médias de le faire comprendre.. Et le gouvernement devra revoir sa copie..

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