chronique de campagne européenne 5 (Demandez le programme du PPE)

Ce matin, marché de Torcy. Heureusement que nous sommes heureux de nous retrouver pour faire campagne. Parce que cette fois, on ne peut pas dire que nous soyons vraiment stimulés et portés par l’ambiance…

Nous sommes à une semaine du premier tour. Habituellement en fin de campagne, sur les marchés on sent un frémissement. D’un seul coup, les passants viennent chercher les tracts, entrent volontiers en discussion, posent des questions, s’enquièrent de nos propres impressions, nous tapent sur l’épaule ou nous saisissent le bras pour nous dire de ne pas nous inquiéter…. Les politologues parlent du moment de la « cristallisation« . Celui où tout se joue et se fige à la fois. Nous sommes à une semaine et franchement, nous ne sentons pas grand chose…

Il faut dire que nous élisons des députés européens dans une circonscription régionale. Hors Ile de France, cette circonscription ne correspond géographiquement pas à grand chose puisqu’il s’agit du regroupement de plusieurs régions administratives. Une fois les députés élus, ils disparaissent dans un Parlement européen dont le fonctionnement complexe est totalement méconnu. Le travail législatif n’est pratiquement jamais commenté par la presse. Compte tenu de la taille des circonscriptions, aucun lien n’existe entre les élus et leur mandants. On ne parle finalement d’Europe et de parlement européen qu’une fois tous les cinq ans. Difficile de faire pire…

Les partis ont tendance à passer des messages sans rapport avec l’élection pour mobiliser leur électorat. Dernier exemple jeudi. Nicolas Sarkozy présentant son quatrevingt milième plan pour la sécurité signant en creux un échec devenu évident.

Que se passera-t-il donc le 7 juin? Les sondages se multiplient. Cela ne remplace pas un résultat. Mais pourquoi le cacher, ils sont plutôt inquiétants. Ils indiquent une forte dispersion des oppositions à Nicolas Sarkozy, ce qui permet à l’UMP de maintenir une avance qu’elle ne doit qu’à la réunion de toute la droite dans un seul parti.

Ils nous reste une semaine pour convaincre qu’une victoire même relative de la droite ne signifierait rien de bon pour les européens. L’autre matin Jakubyszyn donnait lecture sur RMC du programme des droites européennes regroupées au sein du groupe PPE. C’était édifiant. on y apprend que la droite européenne entend faire de la relation transatlantique une priorité pour éfendre nos valeurs, « défendre les valeurs communes de l’occident« . A propos de la crise, on apprend que « c’est une crise de valeurs« . Les fautifs ce sont « les familles qui renoncent aux obligations et à l’épargne pour rechercher la facilité et le confort. ce sont les valeurs qui sont en crise« . A pleurer. Troisième exemple cité le développement de la culture génétiquement modifiée et la critique du manque de productivité de l’agriculture biologique…

Trois raisons supplémentaires de faire jouer l’alternance le 7 juin.

chronique de campagne européenne 4 (discours de Savigny le Temple)

Les socialistes tenaient meeting hier soir à Savigny le Temple avec Harlem Désir. Voici la retranscription de mon intervention :

Chers amis,

Je veux d’abord saluer Jean Louis Mouton et Alain Traca et à travers eux tous les élus,

Saluer Emeric Bréhier et avec lui l’ensemble des secrétaires fédéraux et parmi eux Eduardo Cypel et Laetitia Martig qui ont particulièrement œuvré pour cette campagne,

Saluer plus largement vous tous militantes et militants, sympathisants, qui avez accompagné ou aller accompagner cette campagne que nous menons dans notre Seine et marne avec Thomas Petit sur la liste que conduit Harlem Désir.

Chers amis,

J’avais déjà mené campagne voici cinq ans avec Laurent Bonsang. Alors lorsque nous avons démarré je me suis permis de dire – comme ancien, comme vétéran – à Thomas : « tu sais, c’est pas facile une campagne européenne »… Je ne disais pas ça parce que je suis en onzième place et qu’il faudrait un raz de marée pour être élu, et une épidémie de grippe pour que Thomas puisse nous suppléer… non,  je disais cela parce que, d’expérience, la simple mobilisation de nos concitoyens est un travail. En lui disant, je ne pensais pas – pour tout vous dire – que ce serait si difficile. Sur chaque marché, dans chaque réunion publique, notre premier combat, notre première ennemie, c’est l’indifférence, la résignation, l’abstention. Il y a tous ces visages qui restent fermés. Murés dans leur douleur. Celle du chômage, celle de la précarité, celle de la misère. « pourquoi voter ? Pourquoi encore voter ? Que pouvez-vous pour moi ? Que peut l’Europe pour moi ? Et puis la crise, elle a tout emporté… »

Mais justement, c’est là le premier enjeu du 7 juin, tout ce que nous avons à porter auprès de ceux qui sont dans le doute – et ils sont trop nombreux – c’est justement que c’est la crise qui commande plus d’Europe. Et en Europe plus de gauche ! Et au sein de la gauche plus de socialistes, pour plus d’efficacité !

Alors il faut faire campagne. sans relâche. Même si longtemps d’ailleurs, nous avons fait campagne un peu seuls… Nous étions pourtant prêts au débat. Nous sommes seine et marnais et nous avons cru – il est vrai un peu vite – que le débat serait ici plus vif qu’ailleurs puisque c’est Franck Riester député maire de Coulommiers qui avait été désigné comme directeur de la campagne UMP. Ce que nous n’avions pas compris c’est qu’il avait été nommé directeur pour une non-campagne… Que sa mission c’était d’entretenir la démobilisation…

La campagne de l’UMP est en effet, cher Harlem, un peu moins pénible que celle que tu nous imposes. Une campagne de l’UMP c’est : pas de tracts, pas de meetings, pas de réunions publiques. Pas de débat contradictoire. En seine et Marne, au seul qui ait été programmé – à l’initiative du mouvement européen – l’UMP n’est pas venue. Oh, ils avaient une bonne excuse ! C’était Le fameux soir de leur réunion unique…

Mieux encore, c’était avec Rachida Dati ! Et une réunion sur le Parlement Européen avec Rachida Dati cela ne se rate pas ! Chacun le sait, madame Dati a une vision particulièrement claire de ce qu’est l’Europe : « l’Europe s’occupe de ce qu’on lui donne à s’occuper avec les personnes qui peuvent porter ces affaires à s’occuper »…

Je le dis en plaisantant. Je ne devrais pas. Alors que tant de Français doutent, la désinvolture est coupable. L’Europe ce n’est pas un parachute doré pour ministre en chute libre. L’Europe mérite mieux. Elle mérite des élus qui s’investissent. Elle mérite des Harlem, des Pervenche, des Benoit, des Monique, des Alain, des Thomas qui eux sont prêts à l’engagement. Prêts à faire changer l’Europe.

L’Europe mérite mieux qu’une UMP qui ne présente ses candidats que 30 jours avant l’échéance,

L’Europe mérite mieux qu’un parti qui s’affranchit de toute responsabilité en refusant d’assumer devant les électeurs son bilan depuis cinq ans,

L’Europe mérite mieux qu’un président qui n’offre qu’un jeu de postures et d’impostures.

Car enfin ! voilà une campagne qui démarre à droite avec un président qui à la veille du scrutin vient réveiller ses électeurs sur ses vieux thèmes, ses vieux fantasmes, ses vieilles peurs ! Quel serait l’enjeu du scrutin selon Nicolas Sarkozy ? L’adhésion de la Turquie ! Comme si cette question allait être tranchée dans les cinq prochaines années. Comme si la prochaine assemblée aurait à en décider.

A ce propos je veux simplement rappeler que sous présidence française, les négociateurs ont ouverts deux nouveaux chapitres du dossier d’adhésion et que lors de la révision constitutionnelle de juillet dernier, Nicolas Sarkozy a veillé à ce que soit retiré le verrou que Sarkozy Nicolas avait imposé à Jacques Chirac en 2005. Il s’agissait alors de soumettre à référendum tout nouvel élargissement. Cherchez l’hypocrisie, vous trouverez toujours Nicolas Sarkozy !

Non ce n’est pas la Turquie l’enjeu du 7 juin.

C’est plus concret. Parce que l’Europe c’est notre quotidien. L’Europe c’est l’avenir de notre environnement, c’est la sécurité alimentaire, c’est la protection des consommateurs, c’est la durée de notre temps de travail, c’est nos droits fondamentaux, c’est la protection des services publics, c’est même l’accès à des droits nouveaux comme Internet.

Comme le temps m’est compté, je ne vais pas égrener l’ensemble des combats nationaux qui trouvent leur prolongement en Europe. Je ne prendrais qu’un seul exemple tiré de l’actualité immédiate. A ceux qui se demandent à quoi peut servir l’Europe, je dis qu’elle peut servir à corriger la copie d’un gouvernement rétrograde. C’est ce qui s’est passé à deux reprises sur Internet et la loi Hadopi. Ne croyez pas que j’en veuille particulièrement à ce pauvre Riester, mais c’est encore lui qui était à l’œuvre comme rapporteur de cette loi… Mais là où le gouvernement français et sa majorité refusent de prendre en compte les évolutions liées à la société numérique, l’Europe elle avance. Et pour être honnête, au delà même de la seule gauche européenne.

Cette fois la remarque est pour Jean-François Copé. Parce que Jean-François Copé, il croit – je n’invente rien – que les 407 parlementaires européens qui ont adopté l’amendement Bono c’est le résultat – je le cite – d’une petite « manip » des socialistes français ! Ségolène serait là, elle nous conseillerait de l’excuser… Je me fais son interprète…  Alors, excusez Jean-François Copé ; depuis le 9 avril dernier, il voit des rideaux rouges partout. Des rideaux derrière lesquels se cachent des hordes de socialistes qui bondissent au dernier moment pour gagner les scrutins ! Alors imaginez ce cauchemar récurrent de Jean-François Copé jusqu’au 7 juin : un grand parlement rassemblant les parlementaires de 27 Etats membres, avec un immense rideau rouge derrière lequel ou plutôt devant lequel il retrouve 407 députés socialistes!..

Mes chers amis, le parlement européen est donc utile comme l’Europe l’est. Je suis européen comme vous. Quels qu’aient été vos votes passés.

Je continue de penser, quelles que soient les difficultés que rencontre l’Union européenne, qu’elle reste la plus belle aventure humaine et politique de la fin du siècle dernier et de ce siècle qui commence. Si il m’arrive de douter, ce n’est jamais de l’Europe, mais de la majorité qui la dirige. Cette majorité qui a été inspirée depuis trente ans par Reagan, Thatcher, Bush, et plus proche de nous par Aznar, Berlusconi, Barroso et Sarkozy qui en sont les derniers héritiers. Et c’est vrai notre Europe n’est pas la leur. Notre projet ne se confond en rien avec le leur.

· Oui je crois en l’Europe politique, celle qui donne une gouvernance économique à l’Europe, mais non je ne crois pas à une Europe qui s’identifierait à un seul homme, Non je ne crois pas à une Europe qui se limite à des réponses intergouvernementales, mais oui je crois à une Europe qui saurait inventer une réponse commune à la crise !

· Oui je crois en une Europe de la défense qui assure aux européens leur protection, leur liberté et leur autonomie de décision, mais non je ne suis pas favorable à la réintégration de la France dans le commandement intégré de l’OTAN.

· Oui je crois à une Europe qui défend les agriculteurs, ce qui est très différent de la suppression des quotas et l’interdiction de fixer des prix de référence.

· Oui je crois en une Europe qui regarde l’avenir de chaque côté de la méditerranée, mais non mon Europe n’est pas celle qui exclut a priori les turcs parce qu’ils sont musulmans, et qui adopte une directive honteuse contre les immigrants parce qu’ils sont pauvres et peuvent croupir 18 mois sans autre forme de procès dans des centres de rétention.

· Oui je crois en l’Europe sociale qui harmonise par le haut les droits des travailleurs, fait converger les fiscalités et lutte contre le dumping qui met en concurrence les salariés et organise les délocalisations. Mais non, mon Europe sociale n’est définitivement pas celle de la directive Bolkestein, celle du temps de travail hebdomadaire à 65 heures, ou celle de la libéralisation des services publics.

Harlem le dira après moi, mieux que moi,

notre Europe c’est celle de la régulation financière,

celle de la relance économique à travers un gouvernement économique,

notre Europe c’est celle de la défense des services publics à travers une directive cadre,

notre Europe c’est celle d’un salaire minimum partout, selon les capacités et les potentiels de chaque pays !

c’est celle de la suppression des stock options, de l’interdiction des licenciements boursiers !

Sur tous ces sujets, nous avons besoin de l’Europe pour avancer.

Notre Europe, c’est quand même autre chose que celle de Nicolas Sarkozy !

Nicolas Sarkozy, il nous dit qu’il a réuni le G20. Très bien de réunir le G20. Formidable. Quelle photo ! Il nous dit qu’il a réussi à dresser une liste, celle des paradis fiscaux. Bravo… Mais si c’était pour avoir la liste, il aurait pu s’éviter beaucoup de peine et d’argent. La liste, nous l’avions. Il suffisait – s’il s’agissait juste de cela – de nous la demander !

Avec les paradis fiscaux, le problème ce n’est pas de les désigner, c’est de les interdire ! Avec le secret bancaire le problème ce n’est pas seulement de l’évoquer, mais c’est de le lever !

Avec Sarkozy, le problème ce ne sont pas les mots, mais les actes ! Alors que la crise était sensée avoir servi de révélation à la droite, alors que le président s’est engagé à refonder le capitalisme, la dérégulation continue. Et cela, au nom même de la crise ! Avec cette droite, le cynisme n’est jamais loin. Si on les écoute, c’est parce que les salariés ont trop de droits que le capitalisme va mal. Le chômage c’est parce que les chômeurs ne sont pas assez souples. Aujourd’hui même se poursuit la discussion d’une proposition de loi UMP à laquelle son porte-parole, Frederic Lefebvre a proposé d’ajouter un amendement que personne n’avait osé jusqu’ici. Les femmes enceintes, les malades, les infirmes pourront désormais télétravailler entre deux allaitements, deux soins ou deux souffrances !..

Pour sortir de la crise, comment pourrions-nous faire confiance à ceux qui nous y ont entrainé ? La réponse c’est nous  ! Alors nous devons être à la hauteur. Ce qui suppose notre unité.

L’unité c’est la première condition de notre crédibilité.

Ceux qui aujourd’hui se détournent de nous, le font non pas en raison d’un désaccord de fond avec ce que nous sommes, mais parce qu’ils ont le sentiment que chez nous les ambitions personnelles prennent le pas sur les ambitions collectives.

Ce soir, en ce moment même se tient un autre meeting. A Nantes. Ce soir, Ségolène Royal et Martine Aubry font meeting commun. C’est cette image là que les Français attendent de nous. Notre image lorsque c’est celle de notre unité, elle est belle. Mais elle doit être durable. C’est la promesse de Nantes. Partout, il nous appartient de la tenir.

Chers amis, j’en viens à ma conclusion;  il nous reste quelques jours, quelques heures. Pendant ces quelques jours et heures qui nous restent, vous allez croiser voisins, amis, famille, collègues…

Portez haut nos couleurs, proclamez haut nos valeurs ! Soyez fiers d’être socialistes ! Faites entendre notre voix.

Il y a un peu plus de 100 jours, un autre grand peuple a fait le choix de l’alternance. A nous de donner cette chance à l’Europe.

Le 7 juin les oppositions à Nicolas Sarkozy seront majoritaires, mais cela ne suffit pas. Il ne suffit pas d’exprimer un front du refus. Il faut exprimer une alternative. Et ça, seuls les socialistes peuvent l’offrir aux européens.

Le 7 juin avec Harlem, aidez nous à changer l’Europe, aidez nous à donner rendez-vous à la victoire !

Chronique de campagne européennes 3

Etrange campagne.

Elle a d’abord mis un temps fou à démarrer. Et puis les premiers arguments dégainés, voilà que nous en sommes déjà à commenter les résultats! Les journaux fleurissent de commentaires sur leurs effets supposés sur les carrières des uns et des autres. L’UMP aurait gagné. Le PS ne se se relèverait pas de ses divisions et Martine Aubry serait menacée par un destin à la Rocard. Bayrou aurait réussi son pari et cavalerait flamberge au vent jusquà la prochaine présidentielle. J’exagère à peine.

Ce scénario c’est celui que vendent les spin doctors de l’Elysée. Ils sont tellement pressés d’enjamber le scrutin européen, qu’ils répandent les rumeurs sur le prochain remaniement. L’effet médiatique recherché est double :

  • Accréditer l’idée que prochain évènement important de la vie politique c’est le jeu de chaises ministérielles qu’organise Nicolas Sarkozy, pas le vote du 7 juin.
  • Distiller le nom de Claude Allègre pour démobiliser au passage les électeurs socialistes, écoeurés de voir les vieilles gloires se vendre pour pas cher.

Aucun média ou presque ne rappelle que la droite est historiquement faible. Que l’UMP, seul parti à soutenir son action est en dessous de 30%

Etrange campagne aussi parce qu’en quinze jours, les médias compriment le travail qu’ils répugnent à faire, au quotidien. Qui rend compte du travail parlementaire à Strasbourg ou à Bruxelles? La plupart des journaux n’ont même pas de correspondant permanent pour suivre l’actualité européenne !

Coment s’étonner dès lors qu’aux tracts que nous distribuons, les passants nous répondent trop souvent par un sourire poli : « c’est courageux de faire ce que vous faites, mais franchement cela nous indiffère« . En quelques secondes, il faudrait tout à la fois rappeler le fonctionnement de nos institutions européennes, faire le récit de cinq ans de mandat, et énoncer les principales propositions clivantes…

Alors, en courant derrière les unes et les autres, à la sortie d’un RER, sur le parking d’un supermarché, la devanture d’une boulangerie, nous essayons de vous dire que si le 7 juin l’alternance joue, la gauche mettra en place un bouclier social pour les salariés, les chômeurs, les retraités. Il comprendra notamment :
– Un salaire minimum dans chaque pays européen pour stopper les délocalisations
– Une directive pour empêcher les licenciements boursiers ;
– Une « clause de progrès social » pour qu’aucune directive ne puisse affaiblir nos droits sociaux ;
– Une directive cadre pour protéger les services publics.

Et cela ne vaudrait pas la peine de se mobiliser?

Chronique de campagne élections Européennes 2

Mardi 15:00 Assemblée nationale. Séance des questions au gouvernement. Au 1er rang du banc des ministres, le tandem Dati-Barnier. Aucun des deux ne semble très pressé de sortir de sa peau de ministre pour entrer dans celle de candidat. Bruxelles est encore synonyme d’exil et de punition à l’UMP…

Mardi 16:15 Vote solennel sur la loi Hadopi. Cette fois les boulons ont été vissés. Pas question pour la majorité de se faire à nouveau déborder. Pourtant 44 députés UMP refusent de jouer les godillots et s’abstiennent. Ces 44 là savent que leur patron JF-Copé se moque du monde lorsqu’il dit que l’amendement Bono adopté au Parlement européen (par 407 voix et qui contredit Hadopi) est le résultat d’une « manip » des socialistes. Au Parlement européen, la gauche est minoritaire. Il a fallu une bonne part des voix de la droite pour que soit votée l’obligation de passer par l’autorité judiciaire lorsque l’on veut couper un abonnement Internet. Il faut toute la démagogie de la droite française et le soutien objectif des majors et des grands médias (TF1 ne s’en cache pas) pour laisser croire aux artistes que cette loi est une réponse au téléchargement illégal. A ceux qui se demandent à quoi sert le Parlement Européen, voilà une réponse : à corriger les erreurs du gouvernement français sur Internet. Pour le prochain round, la discussion avec le conseil de l’Union, mieux vaudrait des députés anti Hadopi en nombre. A bons entendeurs…

Mercredi 19:30 Paris. Cirque d’hiver. La salle est comble. Jeunes et vieux militants sont venus. les drapeaux virevoltent. Les intervenants expriment dans leur diversité ce que les socialistes portent dans cette campagne. Pourtant, il manque quelque chose. Ce quelque chose est exprimé en creux par ce slogan cent fois scandé par la salle : « tous ensemble, tous ensemble, socialistes« ! La recherche obsessionnelle de l’unité couvre nos propositions pour ce scrutin.

Vendredi 20:00 Brie Comte Robert. Salle de « la clé des champs ». Le mouvement européen 77 a invité les candidats seine-et-marnais. Seule l’UMP a jugé inutile de venir. Pas même un représentant. On ne peut dire mieux son mépris pour le débat européen. Quel cynique jeu de rôle entre Bruno Lemaire, ministre des affaires européennes qui se désole de l’abstention prévisible et l’UMP qui se méfie d’une participation qui pourrait tourner au vote sanction de deux années de politique de Nicolas Sarkozy…

Samedi 21:00 Moscou, concours de l’Eurovision. Il n’y a pas qu’en politique que les sondages ne sont pas prédictifs… Patricia Kaas était – parait-il – favorite pour ce tour de chant, elle n’est arrivée que 8ème. Décidément l’Europe ce n’est pas « la France en grand » comme le proclamait autrefois les affiches du RPR lorsque ses dirigeants voulaient faire avaler la pilule de l’Union à leurs électeurs réticents. Les Européens ne s’inclinent pas spontanément devant le « génie français« . L’Europe c’est un ensemble de 27 pays qui demandent à être traités à égalité d’égards et de dignité. La remarque vaut pour de nombreux politiques français, avec une spéciale dédicace toutefois pour Nicolas Sarkozy dont la présidence fût un modèle d’autopromotion.

Dimanche 11:00 Champs sur Marne, parking de Carrefour Pyramides. Nous tendons nos tracts aux passants. Ce serait beaucoup dire que nous suscitons un grand intérêt. Il faut se battre pour convaincre chacun-e de l’intérêt de l’élection européenne. Sur toutes les lèvres : « la crise est là, vous ferez tous pareil« . Répéter et répéter encore. Non, une majorité de gauche ne ferait pas la même chose. Cete crise n’est pas venue par hasard. Elle est la conséquence d’une politique ultra libérale conduite de Reagan jusqu’à Bush aux Etats-Unis. Les derniers partisans de Bush en Europe s’appellent Barroso, Berlusconi et Sarkozy… Les américains ont choisi il y a un peu plus de 100 jours B. Obama. L’Europe aussi a droit à l’alternance le 7 juin.

Votez pour le « Manifesto » (chronique Européennes. J – 30)

A droite, les listes ne sont complètes que depuis hier. Un mois jour pour jour avant le scrutin. La campagne pour les élections européennes va peut-être enfin commencer.

Cela fait quinze jours que je parcours la Seine et Marne pour éveiller à l’intérêt du vote le 7 juin prochain. C’est peu dire que la campagne ne mobilise guère pour le moment. Partout l’ignorance et l’indifférence. C’est pour cela que la désinvolture de Rachida Dati le 23 avril, lorsqu’elle a montré le peu d’intérêt qu’elle portait à une assemblée où elle est appelée à siéger, est véritablement coupable. Difficile d’accepter que l’Europe soit ainsi traitée. Comme un vulgaire parachute doré pour Ministre en torche.

Je suis candidat sur la liste socialiste en Ile de France, liste conduite par Harlem, Pervenche et Benoit, tous les trois députés sortants aux solides états de service. Je suis en onzième position. Ce qui signifie qu’il faudrait sans doute près de 90% des voix pour que je sois élu… Si j’ai voulu cette place non éligible (comme il y a cinq ans), c’est parce que je suis un militant. Je crois à cette formidable avanture humaine qu’est l’Europe. Comme tous, il m’arrive d’être solidement ébranlé par les politiques conduites, mais justement jamais par la nécessité de construire l’Europe. Ce qui ne va pas en Europe, c’est la majorité qui la dirige. Cette majorité qui de directive Bolkestein,  en directive temps de travail, cherche à libéraliser, à déréguler et hélas à déshumaniser aussi parfois (directive retour).

L’élection au Parlement Européen a un impact sur nos vies. C’est en Europe que se décident les durées maximales hebdomadaires du travail, c’est en Europe que peuvent s’inventer les nouvelles règles pour encadrer le marché, c’est l’Europe qui seule est à même de prendre la dimension du désastre écologique.

Certains vous diront : « A quoi bon? la crise est là. Les européennes qu’est-ce que cela va changer« ? C’est ceux-là justement qu’il faudra convaincre que la crise économique, financière et sociale ne rend pas négligeable mais incontournable cette élection.

Les socialistes des 27 Etats membres se sont rassemblés autour d’un programme unique « le manifesto ».

Je reviendrai régulièrement au cours des prochaines semaines sur nos propositions très concrètes. Je veux aujourd’hui simplement insister sur cette formidable opportunité. Seuls les partis du « manifesto » ont fait ce travail commun. Eux seuls peuvent demain constituer l’épine dorsale d’une nouvelle majorité qui change l’Europe.

Le projet européen doit aujourd’hui trouver un nouveau souffle. Social. Qui d’autres que les socialistes peuvent y conduire?

Le débat interdit

Voilà une histoire que vous ne lirez nulle part ailleurs. Une histoire où la gauche a des idées, un projet et n’est pas déchirée. Une histoire qui n’intéresse donc pas les rédacteurs en chef.

Mardi 29 avril. 11 heures. A l’intérieur de la cour de l’Elysée, les journalistes attendent la sortie du conseil des ministres. Dehors un camion que le groupe socialiste a loué. Sur ses flancs, une adresse à Nicolas Sarkozy : « Monsieur le Président, trouvez-vous normal que les boucliers ne protègent que les riches? » Le premier tour de l’Elysée achevé, la police reçoit la consigne du cabinet du Chef de l’Etat de stopper le véhicule, à l’écart. Les collaborateurs du groupe rappellent aux forces de l’ordre que le code de la route n’a pas interdit les abords du palais aux camions publicitaires. Peu importe. Un long contrôle d’identité commence, le temps que les journalistes partent.

Le camion publicitaire a pour objet d’annoncer les propositions de lois socialistes débattues le lendemain à l’assemblée nationale.

Mercredi 30 avril. 9h30. A l’intérieur de l’hémicycle plus de deux cent cinquante députés présents un jeudi matin pour débattre des mesures du PS. La veille du 1er mai, le groupe socialiste dispose, pour une journée, de la maîtrise de l’ordre du jour de l’assemblée nationale. Les socialistes ont décidé d’utiliser cette opportunité pour que le débat démocratique puisse avoir lieu dans notre pays sur l’ensemble des rémunérations. C’est-à-dire celles des dirigeants d’entreprises cotées, mais aussi celles des millions de salariés qui n’ont souvent d’autre horizon que celui du gel de leurs salaires.

Ainsi le 1er débat autour de la proposition de loi «hauts revenus et solidarité » permet de poser les bases minimales d’une politique concernant les hauts revenus, bases sans lesquelles les fondements même de la cohésion nationale sont menacés.  Il est d’abord nécessaire de mettre un terme à la protection indécente dont disposent les plus gros patrimoines,  il est ainsi proposé :
–    L’abrogation du bouclier fiscal
Il est ensuite nécessaire de contrôler drastiquement l’usage de l’argent des contribuables lorsque l’Etat participe à la recapitalisation d’une entreprise. Ainsi il est suggéré :
–    le plafonnement des salaires des dirigeants d’entreprises aidées
Au-delà, il est indispensable de mettre fin au chapelet de scandales dévoilés ces dernières semaines sur les avantages disproportionnés que se sont accordés certains dirigeants d’entreprises. Ainsi il est demandé :
–    la suppression des stocks options sauf pour les salariés des entreprises de moins de cinq ans,
–    la suppression des parachutes dorés,
–    la limitation des retraites chapeaux.
–    La transparence des rémunérations des dirigeants d’entreprises
–    Le plafonnement entreprise par entreprise des rémunérations des dirigeants

La seconde proposition de loi « augmentation des salaires et protection des salariés et des chômeurs » a pour objet de remettre la question salariale au cœur du débat public, de privilégier les dispositifs de création d’emploi et de garantir l’indemnisation, la reconversion et le suivi de ceux qui basculent dans le chômage. Il est ainsi proposé :
De contribuer à l’augmentation des salaires par le :
–    Conditionnement du maintien des allègements de cotisations sociales patronales à la conclusion effective d’accords salariaux annuels
De soutenir la création d’emplois par la :
–    Suppression des dispositions rendant les heures supplémentaires moins onéreuses que les « heures normales » et conduisant à la destruction ou à la non-création d’emplois
De protéger et accompagner vers l’emploi les chômeurs par :
–    Augmentation des protections des salariés licenciés (indemnisation, formation, notamment généralisation sur l’ensemble du territoire du contrat de transition professionnelle)
–    Prolongation exceptionnelle de l’indemnisation des précaires (Interim, CDD), premières victimes de la crise.

Jean-François Copé qui n’est plus qu’amertume depuis le vote surprise sur la loi Hadopi, écume. Alors que cela ne s’est jamais produit sous la 5ème République pour une proposition de loi, l’ambitieux président du groupe UMP a voulu soumettre au vote une motion interdisant de poursuivre le débat. Après des échanges houleux, une passe d’armes d’anthologie avec Jean-Marc Ayrault, une suspension de séance a été demandée par les socialistes pour permettre à la conférence des présidents de se réunir. Elle ne s’est jamais réunie, mais pendant cette demie heure de réflexion, les députés UMP ont passé leur patron sous la douche. Ils lui ont demandé de mettre la pédale douce et de ne pas alimenter par ses provocations une tension désormais palpable.

Ce recul de Copé ayant pour effet de prolonger le débat, le gouvernement a annoncé un vote bloqué sur les articles et amendements, mardi prochain, jour du vote solennel. Le débat s’est donc poursuivi, mais sans votes. Le gouvernement a ainsi organisé l’absentéisme des députés UMP qui ont pu déserter l’hémicycle sans crainte d’être mis en minorité. En pleine polémique sur l’absence chronique de certains élus, les élus UMP sont partis en week-end plutôt que d’assumer la confrontation politique. Honteux, non?

Le problème de la droite, c’est qu’elle a un problème culturel avec la démocratie parlementaire qu’elle juge superflue. C’est le cas de Sarkozy. Ce n’est pas différent avec Copé partisan d’une « coproduction législative » qui n’a au delà des mots, jamais connu aucune traduction concrète. JF Copé voudrait incarner l’alternative à droite à N. Sarkozy. Il n’en est que la réplique.

Triste pays où la majorité n’assume pas le débat avec son opposition. Triste pays où les syndicats sont méprisés le 1er mai. Triste pays où monte la radicalité parce que le dialogue est rendu impossible par une conception personnelle du pouvoir. Triste pays où ce sont les riches que l’on protège et les plus pauvres que l’on stigmatise. Triste pays que celui que dirige Nicolas Sarkozy depuis près de deux ans.