Foule sentimentale…

Le président de la République a bien fait de ne rien programmer ce jeudi 29 janvier. A-t-il seulement écarté ses voilages pour regarder ces défilés à pertes de vue?

Nous étions des centaines de milliers à Paris, plusieurs millions sans doute à travers le pays à battre le pavé pour infirmer les dernières impressions du président-provocateur :  « Désormais, quand il y a une grève, personne ne s’en aperçoit« …

« Foule sentimentale
Il faut voir comme on nous parle
Comme on nous parle
 »

Pas vraiment de slogans. Pas de tubes. Pas de cris. Une fête grave. Des femmes et des hommes qui marchent ensemble pour se sentir plus forts. Pour résister à l’air libéral.  Pour se rappeler que tout ne s’achète pas. Pour partager des valeurs qui ne s’oublient pas.

Des sourires, mais pas de chants, pas de youyous, pas l’insouciance ni l’enthousiasme des manifs lycéennes. Une fête raisonnable de citoyens qui savent que la démonstration de force ne suffira probablement pas. Le Président « écoute« , mais n’en « tient pas compte« .

« Foule sentimentale
Il faut voir comme on nous parle
Comme on nous parle
 »

Mardi, la défense de la motion de censure par l’opposition parlementaire à l’Assemblée. Jeudi, plusieurs millions de Français dans les rues. Bien plus que la gauche syndicale et politique, bien plus que les troupes militantes, un mouvement de fond.

Une colère. Et une espérance à nourrir.

« Du ciel dévale
Un désir qui nous emballe
Pour demain nos enfants pâles
Un mieux, un rêve, un cheval
« 

L’opposition municipale à contre-temps

Lundi soir. Affluence record sur les bancs du public pour assister au conseil municipal. Assistance record, c’est-à-dire 23 personnes. Pas encore vraiment une émeute. Mais un progrès. Toujours triste de voir des chaises vides.

La première partie de la soirée a été consacrée au débat d’orientation budgétaire qui précède le débat sur le budget lui-même (en mars).

Ce budget 2009 s’exécutera dans un contexte économique et social qui est celui d’une crise sans précédent. La croissance sera négative, ce qui pour appeler un chat par son nom, signifie que nous serons en récession.

Les ressources de notre commune seront affectées très directement. Pourquoi? parce que nos recettes fiscales sont très largement dépendantes du marché immobilier. Les rentrées sont d’autant plus fortes que les mouvement d’achats-ventes ou les constructions sont nombreux et que les prix des transactions sont élevés. Lorsque le marché se retourne…

Nous aurons donc moins d’argent qui rentre, mais parallèlement, nous aurons plus de difficultés aussi. Pour de nombreux campésiens, la ville constituera le dernier filet de sécurité. Pas vraiment le moment d’augmenter les tarifs publics ou de diminuer les aides par exemple pour les enfants de familles modestes.

J’ai donc regretté hier soir que ce soit dans cette période singulière que l’opposition municipale conduite par M. Dubois alimente une polémique déplacée.

Une polémique aussi injuste que politicienne.

Injuste parce que la droite campésienne explique que nous allons « tout droit vers l’augmentation de nos taxes locales » pour « palier la baisse de la dotation de solidarité en région Ile de France ». La vérité, c’est que cette baisse est liée à la réforme de la taxe professionnelle mise en place par le Gouvernement. La vérité c’est encore la baisse du concours de l’Etat aux collectivités locales. Ainsi la fameuse DGF (Dotation Globale de Fonctionnement) n’est plus indexée que sur l’inflation prévisionnelle. Qu’est-ce que cela veut dire? que la subvention n’est pas revalorisée chaque année de l’inflation réellement constatée, mais du taux d’inflation calculé en loi de Finances initiale (à l’Assemblée nationale). Ainsi toutes les collectivités vont devoir remettre en cause des dépenses indispensables à la solidarité, pour faire face à la diminution drastique des différentes dotations et transferts de charge sans transfert des moyens financiers correspondants.

Politicienne, parce que la lecture du tract de VMC (pas la clim, mais Vivre Mieux à Champs), nous invite à des lendemains qui chantent : « nous lutterons pour la baisse des taux d’imposition tout en préservant un haut niveau d’investissement« . Faire plus avec moins, qui pourrait être contre?

On apprend que tout cela se réalisera avec une « baisse de 5% des frais de fonctionnement des services« . Sans dire quels seraient les services justement touchés ni quels postes seraient effectivement supprimés. Surtout ne faire de peine à personne. Sans rappeler qu’un « haut niveau d’investissement » suppose des frais de fonctionnement pour justement les faire tourner… Par exemple payer de nouveaux éclairages publics sans programmer les heures de travail pour entretenir le parc n’est pas très professionnel… Une municipalité qui engagerait des dépenses pour de nouveaux équipements publics sans anticiper leur coût d’entretien creuserait vite et durablement les déficits publics.

Au total, en écoutant et en lisant l’opposition municipale, je me disais qu’elle était surtout à contre-temps.

M. Dubois défend une politique qui n’est même plus portée par Nicolas Sarkozy depuis septembre dernier. A Champs, la droite n’a pas vu le temps passer. Elle a encore le nez dans les étoiles de la campagne présidentielle. Elle défend une baisse de la fiscalité que plus personne ne prône, compte tenu des difficultés qui sont devant nous. Elle suggère la suppression régulière de postes d’agents communaux, tandis que le Gouvernement en est lui-même venu à réhabiliter les emplois aidés (1).

Cette politique est totalement à contre-sens de ce qu’il faut faire en temps de crise. Il faut au contraire soutenir l’investissement des collectivités locales qui réalisent dans notre pays les trois quart de l’investissement public. Dans notre commune qui compte 700 entreprises, beaucoup dépendent ou attendent de la commande publique. Ainsi l’entreprise TIXIT qui fabrique à Champs des rayonages mobiles est en redressement judiciaire parce qu’elle n’arrive pas à faire face à des problèmes de trésorerie, alors même que son savoir-faire est reconnu. Il faut saluer la décision de la mairie qui a anticipé ses besoins futurs en passant commande à cette société de 15 000€ de travaux (alors qu’ils auraient pu s’étaler sur plusieurs années).

Espérons que les prochaines semaines porteront conseil à M. Dubois et ses colistiers. Après tout, le vote du budget n’interviendra qu’en mars.

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(1) Notez ce paradoxe qui n’est qu’apparent. Nicolas Sarkozy appelle à la signature de contrats précaires. Dans le même temps il supprime à tours de bras les postes d’enseignants ou d’hospitaliers.

Retour sur une folle nuit

Mardi 20 janvier. 21:30. La discussion démarre sur le fameux article 13 qui crée le « crédit temps » et permet que des amendements puissent être déposés sans être défendus… Jean-Marc Ayrault fait une ouverture : alors que le gouvernement aurait eu la faculté d’utiliser 8 fois le 49-3 en 2008 en application de la nouvelle constitution, il se contente de demander la possibilité pour chaque groupe de lever cette contrainte du crédit global sur 4 textes maximum par an (le gouvernement établit un parallèle entre la nécessité d’adopter un crédit global et la limitation de l’usage du 49-3 qui permet l’adoption sans vote).

Cette main tendue n’a pas été saisie. A peine cette intervention achevée, Jean-Luc Warsmannn, président de la Commission des Lois demande (en accord avec Jean-François Copé) la clôture des débats et pose une fin de non-recevoir à nos propositions. Le président de séance, Rudy Salles, fait alors voter la fin de la discussion générale sur l’article 13. Les communistes, les Verts, les Nouveau Centre n’ont même pas pu prendre la parole.

Après une suspension de séance, Jean-Marc Ayrault demande la réunion d’une conférence des présidents. Le président Accoyer la refuse sans explication.
Il revient en séance. les députés socialistes demeurent massés au pied de la tribune pour réclamer une conférence des présidents. La séance est de nouveau suspendue au bout de quelques minutes.

Avant même que la réunion de groupe socialiste ne s’achève, B. Accoyer dans une provocation supplémentaire fait appeler nos amendements et constater en notre absence qu’ils ne sont pas défendus pour les faire tomber un à un.

Alors que les députés entrent en séance, le président continue d’égrener les amendements. Les députés socialistes entonnent spontanément l’hymne national debout au pied de la tribune.Un moment d’émotion rare s’empare de l’hémicycle. Il y a des députés qui ont les larmes aux yeux. Aucun d’entre eux ne pouvait imaginer assister à une telle parodie de débat et à un pareil coup de force.

La séance  s’est poursuivie et a démontré par l’absurde, à quoi pouvait ressembler une assemblée où l’opposition est muselée. Des amendements qu’on appelle mais qui ne peuvent être défendus.

Au cours de cette nuit le président de l’Assemblée nationale a eu une attitude absolument incompatible avec l’exercice de sa fonction. Il a perdu toute crédibilité et toute autorité.  Alors qu’il avait évoqué lui-même la nécessité d’un accord dimanche soir à la radio, il s’est conduit comme le représentant de l’UMP. Le président de l’Assemblée aurait dû se comporter dans ce débat comme le garant du respect de l’expression des minorités. Il s’est comporté en simple exécuteur des basses œuvres du président Sarkozy et n’a pas trouvé la force de s’opposer à la pression que lui mettait Jean-François Copé.

Les images ont été si terribles pour lui qu’on imagine sans peine qu’elles ont motivé  le lendemain son changement d’attitude. La discussion est à nouveau ouverte, mais les propositions sont pour le moment très floues. Le président de l’Assemblée n’ose pas proposer un véritable compromis à l’opposition. Il demeure encore l’otage de ses propres amis. Nous verrons bien.
En attendant, la majorité a pris le risque d’une crise politique majeure qui  s’ajoute à une crise financière, économique et sociale. Il y a des gens qui à droite aiment  jouer avec les allumettes.

Mardi, Jean-Marc Ayrault défendra au nom des socialistes, radicaux et citoyens l’adoption d’une motion de censure.

Le temps du Parlement contre le temps du Président

Depuis mardi dernier, matins, après-midis, soirs et nuits, le combat fait rage dans l’hémicycle (1). Plus une minute de libre pour écrire sur ce blog.
Le sujet est parfaitement ésotérique. Il pourrait paraître déplacé de consacrer autant d’énergie à un projet de loi organique aussi éloigné des préoccupations des Français. Le droit d’amendement n’est pourtant pas un sujet technique, mais une garantie démocratique.

Concrètement, le Président de la République, irrité par les débats sur l’audiovisuel public puis sur le travail du dimanche, a décidé d’en finir avec l’opposition parlementaire. Sous couvert de bon sens (moderniser le Parlement), le projet de loi organique instaure un « crédit temps » sur chaque projet : C’est la majorité qui décidera du temps de l’opposition. Une fois ce temps épuisé, les amendements ne pourront plus être défendus.

L’obstruction est en réalité un fait rare : depuis 30 ans seuls 7 textes ont dépassé 100 heures de débat. Et ce fût à 4 reprises du fait de la droite… Qui peut s’indigner réellement que l’Assemblée Nationale consacre 79 petites heures à l’indépendance de l’audiovisuel public?
La vraie lenteur c’est celle du pouvoir réglementaire qui met des mois, voire des années à rédiger les décrets d’application. Un rapport du Sénat fin novembre fait apparaître que depuis 18 mois, le taux de mise en œuvre des textes votés n’est que de 24%…

Si le Président veut comprimer le temps parlementaire, c’est parce qu’il contrarie la communication présidentielle.
Avec Nicolas Sarkozy, la règle est simple : A chaque jour, son image. A chaque fait divers, sa loi. Dans ce tourbillon médiatique, chaque image doit tout à la fois marquer les esprits pour donner l’illusion de l’action et chasser la précédente pour limiter tout suivi et toute contestation.

Chaque semaine depuis son élection, Nicolas Sarkozy s’efforce d’imposer l’agenda politique : avoir le choix du thème, pour conserver la main. Le président de la République aime les annonces, mais il n’aime pas que l’on fouille derrière ses mots. Comme tous les illusionnistes, il a ses trucs. Pour les préserver, il veut maintenir la distance avec le public. C’est pourquoi il faut sans cesse aller vite, ne jamais s’arrêter, fixer l’attention sur le tour suivant.

Chacun comprendra dans ces conditions que le temps des députés qui est celui de l’analyse, de l’évaluation, de la contre-expertise continue d’être un caillou dans la chaussure du Président qui voudrait que, une fois le journal de 20H et ses annonces passés, on éteigne le Parlement.

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(1) Sur la photo prise vendredi soir dernier, les députés PS decendent au pied de la tribune pour interpeller le président de séance UMP Marc Laffineur qui refuse de respecter  le réglement de l’Assemblée, afin d’accélérer les débats.

Valoriser vraiment le travail

Samedi soir. Voeux au personnel communal. Comme toujours c’est aussi l’occasion de remettre un certain nombre de médailles du travail. Notre nouvelle directrice générale des services, madame Vigneron a pour la première fois pris la parole es qualités, avant de se voir elle même décorer. Pour nous, elle a retracé son parcours professionnel. En trois décennies, à force d’expériences accumulées et de concours internes réussis, elle est passée du statut de commis (à la mairie de Chelles) à la fonction enviée de directrice générale des services.

En l’écoutant, je ne peux m’empêcher de penser qu’il y a dans cette vie professionnelle exemplaire un modèle autrement plus stimulant que celui que nous suggère le président de la République. Plutôt que d’exalter les heures supplémentaires, le recul du départ à la retraite ou le travail dominical, un gouvernement qui voudrait valoriser le travail devrait ouvrir à chaque français un véritable droit à la mobilité sociale. La CGT a avancé l’idée d’une sécurité sociale professionnelle qui comprend la nécessité de promouvoir la formation tout au long de l’existence. Il y a là un chantier magnifique. Quoi de plus triste et de plus injuste que de penser que tout se joue avant 20 ans?

Quo vadis, Israël ?

Depuis onze jours je prête une oreille plus attentive à ma radio dès qu’un nouveau flash info délivre les dernières nouvelles de la guerre de gaza.

Israël c’est, pour nombre d’entre nous, plus qu’un pays. Ces jours derniers, au hasard de mes lectures, j’ai découvert une  intervention datant de 1967 de l’immense conscience que fût Primo LEVI qui définit l’Etat hébreu comme « la synthèse et le symbole de l’histoire de l’Humanité » (1). Par ces mots, l’auteur universel de « si c’est un homme » voulait dire que la création de l’Etat d’Israël, puis son existence étaient plus qu’une dette que le monde aurait contracté à l’égard des rescapés des pogroms, des ghettos ou de la Shoah. Il voulait lire dans sa brève histoire  « les vertus de la vocation de l’espèce humaine : le dépassement de la dispersion, de la discorde, des différences de langue, d’origine, de race, et leur fusion d’abord exténuante puis aisée, dans une cohabitation civile« .

C’est cette promesse là que ruinent aujourd’hui les promoteurs de l’escalade armée. Ils plongent les israéliens dans une impasse stratégique. Ces dernières années, les opérations militaires ont toujours  renforcé le Hamas et affaibli l’autorité palestinienne. Son président Mahmoud Abbas perd en ces heures cruelles le peu de crédibilité qu’il lui restait. Les plus radicaux emportent d’autant plus facilement l’adhésion qu’ils partagent le quotidien d’une population palestinienne exsangue. La catastrophe humanitaire constatée par le coordonnateur des secours d’urgence de l’ONU n’est pas un ferment de paix, mais le terreau fertile d’où naitront de nouveaux candidats à la lutte terroriste.

Tzipi Livni, ministre israélienne des affaires étrangères disait hier « nous combattons la terreur, nous ne cherchons pas un accord avec la terreur« . Le Hamas n’est pas un partenaire présentable. C’est un mouvement qui nie l’existence d’Israël. Tout cela est exact. Mais sans vouloir donner de leçons : avec qui faire la paix, si ce n’est justement avec ceux qui vous font la guerre? Longtemps Arafat fût le diable, puis vint le jour où les dirigeants israéliens acceptèrent de déjeuner avec lui, fût-ce avec une longue cuiller.

Inquiet des menaces que faisaient peser sur lui les voisins d’Israël, Primo LEVI poursuivait son discours ainsi « nous ne voulons pas que ce coin de terre sorti du néant soit détruit (…/…) s’il l’était, une portion d’humanité beaucoup plus importante que les simples chiffres ne le laissent entendre mourrait avec lui« . Il concluait par cette belle phrase : « la terre d’Israël est une idée, et les idées sont précieuses et rares : elles ne doivent pas, elles ne peuvent pas être supprimées« .

C’est cette idée qui est aujourd’hui menacée par le dogmatisme ou le cynisme de tous les pousse-au-crime et autres va-t-en guerre. L’intervention de Tsahal à Gaza est évidemment populaire dans la population israélienne. A quelques semaines d’une élection législative, il faudrait un homme ou une femme d’Etat, un Yitzhak RABIN pour accepter de remonter le courant d’une opinion à vif. Malheureusement, cette personnalité politique n’existe pas ou n’a pas encore émergé. Les dirigeants de Kadima se sont éloignés de l’esprit de sa fondation(2). Ariel SHARON ne s’est pas réveillé de son coma (3)…

C’est dans ce contexte d’incertitude que nous vivons maintenant. avec cette question aux lèvres « quo vadis, Israël« ? c’est-à-dire « où vas tu Israël? ». On prête à l’apôtre Pierre cette interpellation lorsqu’il le croisa le Christ au lendemain de son arrestation. Ce dernier entamait alors un long chemin de croix…

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(1) dans Primo Levi « feuillets épars » paru chez Robert Laffont.

(2) Kadima « en avant » est le parti fondé par Sharon, après que sa conversion au camp de la paix l’ait privé de l’aile droite du Likoud.

(3) Sharon est dans le coma depuis avril 2006.


Avec plus de force encore, bonne année !

Dans le Val Maubuée, les lacs sont gelés.

Comme une métaphore d’un temps politique et social qui s’est figé, mis entre  parenthèses quelques jours. Comme si les fêtes de fin d’année avaient fonctionné comme un dernier répit. Ce 1er janvier 2009, le jour de l’an a un goût de « jour d’avant« . La crise financière va maintenant se répercuter sur l’économie réelle. Les crises économique et sociale vont être d’une ampleur que nous ne savons évaluer précisément.

C’est dans ce contexte lourd que je vous présente avec plus de force encore tous mes voeux pour la nouvelle année.