Adja et Fatoumia

Samedi 23 juin Ozoir la Ferrière.

Adja et Fatoumia sont lycéennes. Adja vient du Sénégal et Fatoumia de l’archipel des Comores. Dans la foule, rien ne les distingue. Mais elles se savent différentes. Adja et Fatoumia sont « sans papiers ». A tout moment, elles craignent de devoir interrompre leurs études, quitter leur commune, leurs amis.

Les « sans papiers » c’est souvent une chronique « sans visages ». Adja et Fatoumia nous rappellent que derrière les statistiques, il y a des vies. Des vies d’enfants. En Seine-et-Marne Adja et Fatoumia sont les premières à être parrainées dans le cadre de la mobilisation du Réseau Education Sans Frontières.

Depuis trop longtemps, le débat sur l’immigration a quitté le terrain de l’humanité et de la rationalité. Il y a d’abord eu l’extrême droite pour exacerber les peurs. Et puis la droite elle-même y est venue. Il est loin le temps où la droite préférait « perdre les élections plutôt que son âme ».

Alors évidemment tu vas me dire, « au moins la droite a saisi que la France ne pouvait pas accueillir toute la misère du monde ». Et puis qu’ « on ne peut pas gouverner juste avec des bons sentiments ».

Sans doute. Mais voilà, il y a des politiques qui réussissent l’exploit de ne pas procéder de bons sentiments et qui n’obtiennent même pas les résultats escomptés.

La vérité sur l’immigration est assez simple :
1/ L’émigration est un arrachement pour celui qui quitte son pays.
2/ Pourtant, il y a des pays que l’on fuit. Soit parce que la démocratie n’y est qu’une utopie, soit parce que la pauvreté y est insupportable.
3/ Tant que le décalage entre le nord et le sud, l’ouest et l’est, s’accroîtra, il y aura des candidats au départ. Quels que soient les dangers encourus. Quel que soit le prix à payer.

Et que fait le gouvernement Villepin ?
Sarkozy veut une « immigration choisie ». En gros, la France accepte de conserver les étrangers diplômés. En revanche, les autres n’ont pas leur place parce qu’ils constituent « l’immigration subie ».
Quels résultats obtiendra-t-on si cette politique se met en place ?
En pillant la matière grise des pays en voie de développement, nous les priverons des ressources qui leur sont justement nécessaires. Parce qu’ils ne détiendront pas les clés de leur propre développement, ces pays connaîtront un nombre croissant de candidats à l’émigration. En bref « l’immigration choisie » de Nicolas Sarkozy prépare l’ « immigration subie » de Sarkozy Nicolas.

La solution c’est au contraire l’immigration partagée. Le co-développement. La négociation de partenariats avec les pays d’émigration. La seule façon de tarir la source de l’immigration c’est d’agir sur ses causes.

Parce que, vois-tu, les « bons sentiments » peuvent aussi être synonymes d’efficacité …

Le choix des militants

Hier soir tous les militants socialistes de la 8ème circonscription ont voté. C’est eux et seulement eux qui ont fait le choix de leurs candidats.
22h30. Le dépouillement commence (photo). Monique et moi frôlons la majorité absolue de deux voix au 1er tour. Personne ne l’avait anticipé. Surtout pas nous… Avec trois candidats, cela paraissait impossible.

Après la proclamation des résultats, Daniel Vachez annonce qu’il renonce à un 2ème tour. Je mesure le geste. Plutôt que de creuser les divisions et d’aiguiser des amertumes, il choisit avec responsabilité de passer le témoin. J’imagine ce que cela peut représenter pour lui.
Il me dit que c’est à moi de rassembler tous les socialistes maintenant. Les militants l’applaudissent longuement. Je me demande si je dois prendre la parole à mon tour. Je choisis de ne pas parler. Je crois que ce soir, c’est à lui d’avoir le dernier mot.

En quelques minutes, je passe du statut de militant à celui de candidat. Je réalise à peine. Les amis me tombent dans les bras, m’embrassent.

Maintenant, Monique et moi, allons représenter les valeurs et les projets des socialistes dans la 8ème. Cela pourrait être écrasant. C’est surtout formidablement stimulant.

Une autre histoire commence.

Des ailes et des devoirs

Jeudi c’était l’assemblée générale contradictoire. Entre 150 et 200 militants étaient présents pour écouter les 3 candidats à la candidature et leurs suppléants.

Je vais t’avouer un truc. Moi j’avais déjà envie d’être dans la vraie campagne. Celle contre la droite. La polémique avec les autres socialistes, ça m’agace. Je ne rentre jamais là-dedans. Je ne comprends pas ceux qui se plaignent des batailles d’éléphants au niveau national et qui les reproduisent ensuite à l’échelon local.

Je sens dans cette salle où nous sommes rassemblés tant de potentialités pour travailler ensemble demain et puis une telle envie de gagner. Ça donne des ailes et des devoirs. Il ne faudra pas décevoir. Cela exige déjà un vrai changement dans nos comportements politiques. C’est pour ça que je me suis engagé au mandat unique. Député c’est un boulot à plein temps. C’est sûr qu’il est possible de tout cumuler. Mais on devient alors une machine. Une machine à décider qui n’a plus de temps pour écouter.

Pour faire de la politique, tu ne crois pas qu’il vaut mieux des hommes plutôt que des machines ?

Tout sur ma mère

Je vous parlais de ma mère, hier, dans mon post sur l’école…

Elle est née au Vietnam (d’une mère vietnamienne et d’un père moitié vietnamien, moitié chinois).
Mon père est né en France de parents français (mais sa mère avait des origines espagnoles).
Tout ça pour dire que quand j’ai eu la riche idée d’adhérer au PS, ma gentille maman qui voulait prévenir toute illusion et déception, me dit « pourquoi tu veux entrer dans la politique ? tu n’es pas français. Ils ne voudront jamais de toi ».

Eh bien, vous savez quoi ? je ne l’ai pas crue…

L’immigration est une chance

Enfant, adolescent, je m’en suis pris des bâches (« sale chinois », « bol de riz » et autres amabilités du genre), mais je n’ai jamais douté de ce que ce pays était le mien.

Les temps ont changé. Et puis « jaune », c’est moins dur à porter qu’arabe ou noir. Le jaune n’est que « fourbe », alors que « l’arabe est voleur » et le noir « fainéant »… Le jaune est « discret » tandis que les autres font du bruit. Le jaune ne tue que dans sa communauté (et fait même disparaître les corps), les autres ont le mauvais goût de s’en prendre aux blancs… Caricatural ? Oui sans doute. Mais pas pour ceux qui vivent au quotidien l’humiliation d’être différents.

Si demain je suis élu, je mettrais au premier plan de mes engagements le combat contre le racisme et les discriminations. Plus par intérêt personnel car voilà bien longtemps que je n’ai plus eu à souffrir de cela, mais parce que je conserve en mémoire cette souffrance. Ceux qui ne l’ont jamais vécu peuvent difficilement comprendre la violence du rejet quand il n’est fondé que sur la couleur de sa peau.

L’immigration demeure une chance. En me mettant au service de la collectivité toute entière, je voudrais en apporter une nouvelle démonstration.

Ce que je dois à l’école de la République

Entre la fête des mères et l’anniversaire de ma maman, je suis venu retrouver ma famille à Orléans. C’est là que j’ai grandi. C’est d’ici que je viens. De la cité des Blossières.
Du haut de ma tour (j’ai été très fier que ce soit la plus haute du quartier : 12 étages) je pouvais voir mon école (photo). Je me rends compte aujourd’hui de tout ce que je dois à l’école de la République. J’ai eu la chance de tomber sur des institutrices qui m’ont donné suffisamment de confiance et d’assurance dans les premières années pour ne pas totalement sombrer au collège quand il a fallu se mesurer aux élèves des autres quartiers.

J’ai été une heureuse exception

Je mesure aussi que dans cette classe des Blossières, je fais figure d’exception. Je crois que seules Hava (dont la ténacité forçait l’admiration), Carole (la fille du poissonnier), ou Florence (qui dans mes souvenirs fut souvent la 1ere de la classe) ont franchi le cap de la 5ème et ont réalisé des études supérieures.
Nous sommes un peu les alibis d’une République qui peine à tenir toutes ses promesses. Parce que dans ces classes métissées, il y a des jeunes qui s’en sortent, on voudrait laisser croire que les mêmes possibilités étaient ouvertes à tous.

Pourtant, l’égalité ce n’est pas seulement d’accorder les mêmes droits à tous, parce que cela peut demeurer très formel. La vraie égalité, c’est d’accorder les mêmes chances à tous, c’est-à-dire plus de moyens pour les enfants que la naissance n’a pas forcément placé dans les meilleures conditions de réussite.
En 2007, la gauche devra concentrer les moyens d’abord sur les territoires qui en ont le plus besoin. Ce n’est pas de la discrimination positive comme je l’entends parfois. Il s’agit simplement de justice et d’égalité…